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Les vains triomphes des conquérans n'étaient qu'un spectacle d'orgueil, de larmes, de désespoir et de mort; c'était le triomphe lugubre des passions humaines, et ils ne laissaient après eux que les tristes marques de l'ambition des vainqueurs et de la servitude des vaincus,
Le triomphe de Jésus-Christ est aujourd'hui, pour les nations même qui deviennent sa conquête, un triomphe de paix, de liberté et de gloire.
Il triomphe de ses ennemis , mais pour les délivrer et ]es associer à sa puissance. Il triomphe du péché; mais , en effaçant et attachant à la croix cet écrit fatal de notre condamnation , il en fait couler sur nous une source de sainteté et de grâce. Il triomphe de la mort, mais pour nous assurer l'immortalité.
Telle est la gloire de la religion : elle iroffre d'abord que les opprobres et les souffrances de la croix; mais c'est un triomphe glorieux , et le plus grand spectacle que l'homme puisse donner à la terre. Rien ici-bas n'est plus grand que la vertu : tous les autres genres de gloire, on les doit au hasard ou à l'adulation, et à l'erreur publique; celleci, on ne la doit qu'à Dieu et à soimême. On en fait une honte aux princes et aux puissans; et cependant c'est par elle seule qu'ils peuvent être grands, puisque c'est par elle seule qu'ils peuvent triompher de leurs ennemis*, de leurs passions , et de la mort même*
Exposons ces vérités si honorables à
POUR. LE JOUR DE PAQUES. 269 la foi, et consacrons à la gloire de la religion l'instruction de ce dernier jour, qui est le grand jour des triomphes de Jésus-Christ.
SECONDE PARTIE, Sire ,
La gloire des princes et des grands a trois écueils à craindre sur la terre : la malignité de l'envie, ou les inconstances de la fortune qui l'obscurcissent ; les passions qui la déshonorent; enfin , la mort même qui l'ensevelit , et qui change en censures les vaines adulations qui l'avaient exaltée.
La religion seule les met à couvert de ces écueils inévitables, et où toute la gloire humaine vient d'ordinaire échouer : elle les élève au-dessus des évènemens et de l'envie; elle leur assujétit leurs passions; enfin , elle leur assûre après leur mort la gloire que Ja malignité leur avait peut-être refusée pendant leur vie. C'est ce qui fait au-
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jourd'hui le triomphe de Jésus-Christ ; et c'est ce modèle glorieux que nous proposons aux grands de la terre.
Toute la gloire de sa sainteté et de ses prodiges n'avait pu le sauver des traits de l'envie; et son innocence avait paru succomber aux puissances des ténèbres qui l'avaient opprimée. Mais sa résurrection attache à son char de triomphe ces principàutéset ces puissances même : sa gloire sort triomphante du sein de ses opprobres ; sa croix devient le signai éclatant de sa victoire; la Judée seule l'avait rejeté, et l'univers entier l'adore.
Oui, mes frères, quelle que puisse être la gloire des grands sur la terre , elle a toujours à craindre : premièrement, la malignité de l'envie qui cherche à l'obscurcir. Hélas! c'est à la cour sur-tout où cette vérité n'a pas besoin de preuve. Quelle est la vie la plus brillante où l'on ne trouve des taches? Où sont les victoires qui n'aient une de leurs faces peu glorieuses au vainqueur? Quels sont les succès où les uns ne prê-
?OUR LE JOUR DE PAQUES. 2JI ient au hasard les mêmes évènemens dont les autres font honneur aux talens et à la sagesse? Quelles sont les actions héroïques qu'on ne dégrade en y cherchant des motifs lâches et rampans ? Eu un mot, où çont les héros dont la malignité, et peut-être la vérité , ne fasse des hommes ?
Tant que vous n'aurez que cette gloire où le monde aspire , le monde vous la disputera : ajoutez-y la gloire de la vertu, le monde la craint et la fuît , mais le monde pourtant la respecte.
Non, Sire, un prince qui craint Dieu et qui gouverne sagement ses peuples, n'a plus rien à craindre des hommes.
Sa gloire toute seule aurait pu faire des envieux; sa piété rendra sa gloire même respectable. Ses entreprises auraient trouvé des censeurs , sa piété sera l'apologie de sa conduite. Ses prospérités auraient excité la jalousie ou la défiance de ses voisins; il en deviendra par sa piété l'asile et l'arbitre. Ses démarches ne seront jamais suspectes, parce qu'elles
seront toujours annoncées par la j ustice. On ne sera pas en garde contre son ambition, parce que son ambition sera toujours réglée par ses droits. Il n'attirera point sur ses états le fléau de la guerre , parce qu'il regardera connue un crime de la porter sans raison dans les états étrangers. Il réconciliera les peuples et les rois, loin de les diviser pour les affaiblir et élever sa puissance sur leurs divisions et sur leur faiblesse. Sa modération sera le plus sur rempart de son empire ; il n'aura pas besoin de garde qui veille a la porte de son palais; les cœursde ses sujets entoureront son trône et brilleront auîour à la place des glaives qui le défendent. Son autorité lui sera inutile pour se faire obéir; les ordres les plus sûrement accomplis sont ceux que l'amour exécute ; et la soumission sera sans murmure, parce qu'elle sera sans contrainte. Toute sa puissance l'aurait rendu à peine maître deses peuples; par la vertu il deviendra l'arbitre même des souverains. Tel était, Sire, un de
POUE LE JOUR DE PÂQUES. 2^3 vos plus saints prédécesseurs , à qui l'église rend des honneurs publics , et qu'elle regarde comme le protecteur de votre monarchie. Les rois ses voisins, loin d'envier sa puissance, avaient recours à sa sagesse; ils s'en remettaient à lui de leurs differens et de leurs intérêts; Sans être leur vainqueur, il était leur juge et leur arbitre; et la vertu toute seule lui donnait sur toute l'Europe ua empire bien plus sûr et plus glorieux que n'auraient pu lui donner ses victoires. La puissance ne nous fait que des sujets et des esclaves : la vertu toute seule nous rend maître des hommes.
Mais si elle nous met au-dessus de, l'envie, c'est êile encore qui nous rend supérieurs aux évènemens. Oui, Sire, les plus grandes prospérités ont toujours ici-bas des retours à craindre : Dieu , qui ne veut pas que notre cœur s'attache où notre trésor et notre bonheur ne se trouvent point , fait quelquefois du plus h* ut point de notre élévation le premier degré de notre décadence. La gloire des
hommes , montée à son plus grand éclat, s'attire, pour ainsi dire, à elle-même des nuages. L'histoire des états et des empires n'est elle-même que l'histoire de la fragilité et de l'inconstance des choses humaines : les bons et les mauvais succès semblent s'être partagé la durée des ans et des siècles ; et nous venons de voir le règne le plus long et le plus glorieux de la monarchie finir par des revers et par des disgrâces.
Mais, sur les débris de cette gloire Jiumaine, votre pieux et auguste bisaïeul sut s'en élever une plus solide et pins immortelle. Tout sembla fondre et s'éclipser autour de lui; mais c'est alors que nous le vîmes à découvert lui-même : plus grand par la simplicité de sa foi et par la constance de sa piété que par l'éclat de ses conquêtes : ses prospérités nous avaient caché sa véritable gloire ; nous n'avions vu que ses succès, nous vîmes alors toutes ses vertus : il fallait que ses malheurs égalassent ses prospérités ; qu'il vît tomber autour de lui tous