‹ Petit carême de MassillonChapitre 40 sur 45 · ET LES VERTUS DES GRANDS. 32Î · texte numérisé non relu

ET LES VERTUS DES GRANDS. 32Î

des dispositions plus favorables à la vertu que le simple peuple, un cœur plus noble et plus élevé, des inclinations plus heureuses , des sentimens plus dignes de la grandeur de la foi; plus de lumière, plus d'élévation , plus de connaissance , plus d'instruction , plus de goût pour les bonnes choses.

Vous avez reçu de la nature ces inclinations fortunées qui se communiquent avec le sang, des passions plus douces, des mœurs plus cultivées , des bienséances plus voisines de la vertu ; cette politesse qui adoucit l'humeur, cette dignité qui retient les saillies du tempérament, ceîte humanité qui rend pîus sensible aux impressions de la grâce, De combien de bienfaits abusez vous donc, nies frères, quand vous ne vivez pas selon Dieu! Quel monstre d'ingratitude qu'un grand , qu'un homme comblé d'honneur et de prospérité, et qui ne lève jamais les veux au ciel pour adorer la main qui les lui dispense!

Et d'où crojez-vous aussi , mes frères,

O'iG SERMON SUR LES VICES que viennent les calamités publiques, les fléaux qui affligent les villes et les provinces? Ce n'est que pour punir l'usage injuste que vous faites de l'abondance , que Dieu frappe quelquefois de stérilité les terres et les campagnes. Sa justice, indignée que vous employiez contre luises propres bienfaits, les soustrait à vos passions, répand son indignation sur la terre, permet les guerres et les dissensions, renverse vos fortunes, éteint vos familles, fait sécher la racine de votre postérité , fâit passer à des mains étrangères vos titres et vos possessions, et vous rend les exemples éclatans de l'inconstance des choses humaines , et les monumens anticipés de sa colère contre îes cœurs ingrats et insensibles aux soins paternels de sa providence.

V oilà, mès frères, les deux caractères inséparables de vos péchés : le scandale et l'ingratitude. Voilà ce que vous êtes quand vous n'êtes pas fidèles à D eu.

Voilà à quoi peut-être vous n'avez pas fait attention. Vous ne sauriez être me-

ET LES VERTUS DES GHAÏÎDS. 2>l*J diocrement coupables dès que vous l'êtes. Les passions sont les mêmes dans le peuple et parmi les puissans ; mais il s'en faut bien que le crime soit égal; et souvent un seul de vos crimes entraîne plus de malheurs, et a devant Dieu des suites plus étendues et plus terribles, qu'une vie entière d'iniquité dans une âme obscure et vulgaire. Mais aussi , mes frères, vos vertus ont le même avantage et la même destinée; et c'est ce qui me reste à vous dire dans la dernière partie de ce discours.

SECONDE PARTIE

Si le scandale et l'ingratitude sont les suites inséparables des vices et des passions des personnes élevées , leurs vertus aussi ont deux caractères particuliers; qui les rendent infiniment plus agréables à Dieu que celles du commun des fidèles : premièrement , l'exemple; secondement, l'autorité. Et voilà, mes frères, une vérité bien consolanff pour vous que la providence a fait naître

323 SERMON SUR LES VICES dans l'élévation , et bien capable de vous animer à servir Dieu et de vous rendre la vertu aimable. Car ce serait vous tromper que de regarder l'état où vous êtes nés comme tm obstacle au salut et aux devoirs que la religion nous impose. J'avoue que les écueils y sont plus dangereux que dans une destinée plus obscure, les tentations plus vives et plus fréquentes; et en vous marquant les avantages que vous pouvez trouver dans l'élévation , par rapport au salut, je ne prétends pas en dissimuler les périls que Jésus-Christ nous a marqués lui-même dans l'évangile.

Je veux seulement établir cette vérité, que vous pouvez faire plus pour Dieu que le simple peuple; qu'il revient à la religion infiniment plus d'avantages de la piété d'une seule personne élevée, que de celle presque d'un peuple entier de fidèles; et que vous êtes d'autant plus coupables quand vous oubiiez Dieu, qu'il tirerait plusde gloirede votre fidélité, et que vos vertus ont des suites plus

ET LES VERTUS DES GRANDS. 32<J étendues pour l'utilité de l'église et poui* l'édification des fidèles.

La première , c'est l'exemple. Une âme d'entre le peuple qui craint Dieu ne le glorifie que dans son cœur; c'est un enfant de lumière qui marche, pour ainsi dire, dans les ténèbres : elle lui rend des hommages, mais elle ne lui en attire point. Renfermée dans l'obscurité de sa fortune, elle ne vit que sous les yeux de Dieu seul; elle souhaite que son nom soit glorifié, et lui rend par ses désirs la gloire qu'elle ne peut lui rendre par ses exemples. Ses vertus sonî utiles à son salut; mais elles sont comme perdues pour le salut de ses frères : elle est ici-bas comme ce trésor caché dans la terre, que le champ de Jésus-Christ porte à son insçu, et dont il ne fak aucun usage.

Mais pour vous, mes frères, qui vivez exposés aux regards publics et à la vue de tous les peuples, vos exemples de vertu deviennent aussi éclatans que vos noms : vous répandez la bonne odeur

33o SERMON SUR LES VICES

de~Jésus-Christ par-tout où celle de votre rang et de vos titres est répandue; vous faites glorifier le nom du Seigneur partout où le vôtre se fait connaître. La même élévation qui apprend à tous les hommes que vous êtes sur la terre, leur j apprend aussi ce que vous faites pour le ciel. Les avantages de la nature dé- * couvrent partout en vous les merveilles ! de la grâce. Les peuples , les villes , les provinces , qui entendent sans cesse répéter vos noms, sentent réveiller avec : eux l'idée de vertu que vos exemples y I ont attachée. Vous honorez la piété dans l'esprit du public, vous la prêchez à ceux que vous ne connaissez pas, vous devenez, dit le prophète, comme un signal de vertu élevé au milieu des peuples. Tout un royaume a les yeux sur vous et parle de vos exemples, et jusque dans les cours étrangères votre piété devient un événement aussi connu que votre naissance. Le bruit de la sagesse de Salomon était répandu dans toutes les cours de l'Orient , dit l'écriture; et

ET LES VERTUS DES GRANDS. 33 £ •celle d'Ethan PEzrahite, d'Héman el de Caleol , les principaux des enfans de Mahol, n'était pas moins connue à Jérusalem , malgré la distance des lieux qui les faisait vivre si loin de la Palestine.

Or, dans cet éclat , quel attrait de vertu pour les peuples ! Premièrement , les grands modèles touchent bien plus, et la piété devient comme un bon air pour le peuple, dès que l'exemple des grands l'autorise. Secondement , l'idée de faiblesse que les hommes attachent à la vertu tombe dès qu'elle est ennoblie de vos noms, pour ainsi dire, et qu'on peut lui faire honneur de vos exemples. Troisièmement, la modestie et la frugalité n'ont plus rien de honteux pour le reste des hommes dès qu'ils voient en vous qu'on peut être grand et modeste, et que la fuite du luxe et de la profusion , non-seulement ne fait point de honte aux petits, mais donne même une nouvelle dignité à l'élévation et à la naissance. Quatrièmement, com-

332 SERMON SUR LES VICES bien d'âmes faibles rougiraient de la vertu, que votre exemple rassure, qui ne craignent plus de marcher après vous, et qui trouvent même beau de suivre vos traces ! Cinquièmement , combien d'âmes trop sensibles encore aux intérêts de la terre , craindraient que la piété ne fût un obstacle à leur élévation , et trouveraient peut - être dans cette tentation l'écueil de tous leurs désirs de pénitence, si elles n'apprenaient, en vous voyant, que la piété est utile à tout, et qu'en attirant les grâces du ciel elle n'éloigne pas celles de la terre! Sixièmement, vos inférieurs, vos créatures, vos esclaves, tous ceux qui dépendent de vous, trouvent la vertu bien plus aimable depuis qu'elle est devenue un moyen sûr de vous plaire, et que le même progrès qu'ils font dans la piété, ils le font dans votre confiance et dans votre estime.

Enfin, mes frères, quel honneur pour la religion, lorsqu'elle peut montrer en vos personnes qu'elle sait encore se for-

ET LES VERTUS DES GRANDS. 333 mer des justes qui méprisent les honneurs , les dignités, les richesses; qui vivent au milieu des prospérités sans en être éblouis, qui sont élevés aux premières places sans perdre de vue les biens éternels , qui possèdent tout comme ne possédant rien , qui sont plus grands que le monde entier, et regardent comme de la boue tous les avantages de la terre dès qu'ils deviennent un obstacle aux promesses que la foi leur montre dans le ciel! Quelle confusion pour les impies de sentir, en vous voyant marcher dans les voies du salut au milieu de toutes les prospérités humaines, que la vertu n'est pas un pisaller, qu'en vain ils tâchent de se persuader qu'on n'a recours à Dieu que lorsque le monde nous manque, puisque, comblés des faveurs du monde, vous ne laissez pas d'aimer l'opprobre de Jésus- Christ ! Quelle consolation même pour noire ministère de pouvoir nous servir de vos exemples dans ces chaires chrétiennes pour confondre les

pécheurs d'une destinée plus obscure ; de pouvoir leur citer vos vertus pour les faire rougir de leurs vices; de pouvoir leur faire honte de toutes les vaines excuses qu'ils nous opposent, en leur alléguant votre fidélité à la loi de Dieu , en leur montrant que les périls qui les environnent ne sont pas plus grands que les vôtres; que les objets des passions au milieu desquels ils vivent sont moins séduisnns; que le monde ne leur offre pas plus de charmes et plus d'illusion qu'il vous en olfre; que si la grâce peut se former des cœurs fidèles jusque dans les palais des rois , elle peut s'en former à plus forte raison dans le tumulte des villes et sous le toit du citoyen et du magistrat, et qu'ainsi on trouve le salut partout, et que notre état ne devient un prétexte favorable à nos passions que lorsque la corruption de notre cœur est la véritable raison qui les autorise.

Oui, mes frères, je le répète, vous donnez, quand vous servez Dieu, une nouvelle force à notre ministère, plus

ET LES VERTUS DES GRANDS. 333 de poids aux vérités que nous annonçons aux peuples, plus de corrfiance à notre zèle , plus de dignité à la parole de Jésus-Christ, plus de crédit à nos censures, plus de consolation à nos travaux; et, en jetant le^yeux sur vous, le monde trouve la décision des vérités qu'il nous avait contestées. Que de biens, meâ frères , reviennent donc à l'église de vos exemples! Vous donnez du crédit à la piété , vous honorez la religion dans l'esprit des peuples , vous animez les justes de tous les étals, vous consolez: les serviteurs de Dieu , vous répandez dans tout un royaume une odeur de vie qui confond le vice et qui autorise la vertu , vous maintenez les règles de l'évangile contre les maximes du monde; on vous cite dans les villes et dans les provinces les plus éloignées pour encourager les faibles et agrandir le rovaume de Jésus-Christ; les pères apprennent vos noms à leurs enfans pour les animer à la vertu; et, sans le savoir, vous devenez le modèle des peuples } l'entretien

336 SERMON SUR LES VICES des petits, l'édification des familles, l'exemple de tous les états et de tous les ordres. A peine les principaux des tribus dans le désert, et les femmes les plus distinguées eurent apporté à Moïse leurs ornemens les plus précieux pour la construction du tabernacle, que tout le peuple, entraîné par leur exemple, vint en foule offrir ses dons et ses présens, et qu'il falluTque Moïse mît des bornes à leurs pieux empressemens , et modérât l'excès de leurs largesses.

Ah ! mes frères, que de biens , encore une fois , vos seuls exemples peuvent faire parmi les peuples! les plaisirs publics décriés dès que vous ne les autorisez plus par votre présence ; les modes indécentes proscrites dès que vous les négligez: les usages dangereux surannés dès que vous les abandonnez; la source de presque tous les désordres tarie dès que vous vivez selon Dieu : et de là que d'âmes préservées, que de malheurs prévenus, que de crimes arrêtés, que de maux empêchés! Quel gain pour

ET LES VERTUS DES GRANDS. 887 la religion, qu'une seule personne élevée qui vit selon, la foi! Quel présent Dieu fait à la terre, à un royaume, à un peuple , quand il lui donne des grands et des puissans qui vivent ddns sa crainte! Et quand l'intérêt seul de votre âme, mes frères, ne suffirait pas pour vous rendre la vertu aimable, l'intérêt de tant d7âmes à qui vous êtes une occasion de salut en vivant selon Dieu, ne devrait- il pas préférer la crainte et l'amour de sa loi à tous les vains plaisirs de la terre? Est-il de plaisir plus doux pour un bon cœur que de devenir une source de salut et de bénédiction pour ses frères ?

Et ce qu'il y a ici d'heureux pour vous, mes frères, c'est que vous ne vivez pas seulement pour votre siècle; je l'ai déjà dit : vos exemples passeront jusqu'aux siècles suivans ; les vertus des simples fidèles périssent , pour ainsi dire, avec eux ; mais vos vertus seront conservées dans nos histoires avec vos noms. Vous deviendrez un modèle de

338 SERMON SUR LES VICES piété pour nos neveux , comme vous l'avez été pour les peuples qui ont vécu avec vous; vos rangs et vos emplois, vous liant aux principaux évènemens qui se passent dans notre siècle, vous feront passer avec eux jusqu'aux siècles à venir; les cours qui succéderont à la nôtre trouveront encore l'histoire de vos mœurs et de vos saints exemples mêlée avec l'histoire publique de nos purs ; vous donnerez encore du crédit à la piété dans les âges qui nous suivront; le souvenir de vos vertus, conservé dans nos annales, y servira encore d'instruction à vos descendans qui les liront; et l'on pourra dire un jour de vous , comme de ces hommes célèbres et pleins de gloire et de justice dont parle l'écriture, que votre piété n'a pas lini avec vous; que le souvenir de vos vertus passera d'âge en âge; que les peuples raconteront jusqu'à la fin votre sagesse et vos exemples ; que l'église publiera vos louanges, et que les biens que vous avez faits, et l'odeur de votre

ÊT LES VERTUS DES GRANDS. 339 vie se conservera toujours au milieu de nous avec les descendans qui naîtront de la gloire de votre sang, et qui succéderont à vos noms et à vos titres :

Quorum pietates non defuerunt ; cunt semine eorum permanent bona (i).

Mais ce n'est pas tout, mes frères; l'exemple rend vos vertus un bien public, et c'est là leur premier caractère; mais l'autorité , qui en est le second f achève et soutient les biens infinis que vos^xeroples onl commencés : et quand je dis l'autorité, mes frères, que ne puis-je développer ici tout ce que cette idéè me découvre d'immense dans les suites fécondes de la piété des grands e£ des puissans î

Premièrement , la protection de la vertu. La vertu timide est souvent opprimée , parce qu'elle manque ou de hardiesse pour se montrer, ou de protection pour se défendre ; la vertu obscure est souvent méprisée, parce que rien ne la relève aux jeux des sens, et que le monde est ravi de pouvoir fair#

(i) Ecclesiast.^ c. 44 > 7. 10, 11.

340 SERMON SUH LES VICES un crime à la piété de l'obscurité de ceux qui la pratiquent. Mais dès que vous en prenez vous-mêmes le parti, mes frères, ah! îa vertu ne manque plus de protection ; vous devenez les interprêtes des gens de bien auprès du prince, déjà si favorable lui-même à la piété, et les canaux par lesquels ils trouvent tous les jours accès auprès du trône; vous mettez en place des hommes justes qui deviennent des exemples publics; vous produisez des serviteurs de Dieu, des hommes pleins de lumières, de science et de vertu , qui seraient demeurés dans ]a poussière, et qui, à la faveur de voire nom et de votre appui, paraissent dans le public, mettent en œuvre leurs talens , enrichissent quelquefois l'église d'ouvrages saints et chrétiens , contribuent à l'édification des fidèles ^ à l'instruction des peuples, à la consommation des saints; apprennent les règles de la vertu à ceux qui les ignorent , les apprendront à nos nerveux, et feront passer dans tous les siè-

ET LES VERTUS DES GRANDS. 34 1 cles suivans , avec les monumens pieux de leur zèle, les fruits immortels de la protection dont vous avez honoré la vertu , et de votre amour pour les justes.

Que dirai-je, mes frères? Vous soutenez le zèle des gens de bien dans les entreprises saintes, et votre protection les anime et leur fait surmonter tous les obstacles dont le démon traverse toujours les œuvres qui doivent glorifier Dieu et contribuer au salut des âmes.

Que d'établissemens utiles aujourd'hui , et qui sont une source de bénédiction dans l'église , n'ont dû autrefois leur naissance qu'au crédit d'une seule personne élevée, à qui Dieu avait rais dans le cœur de protéger une œuvre dont il devait tirer un jour tant de gloire ! Que de pieux desseins et avantageux à l'église exécutés /auraient échoué, si l'autorité d'un juste en place et élevé dans l'église n'eût appiani toutes les voies qui semblaient en rendre l'exécution impossible! Que de saints ministres de Jésus- Christ ; soutenus dans leurs fonctions,

auraient cédé aux contradictions, et privé par leur retraite les peuples de leurs instructions et de leurs exemples, si leur vertu n'eût trouvé dans la piété des grands et des puissans une protection qui assurait la paix à leur troupeau et l'autorité à leur ministère!

Que dirai-j e , encore, mes frères?

vous rendez par vos exemples la vertu respectable à ceux qui ne l'aiment pas ; et ce n'est plus une honte d'être chrétien , dès que par-là on vous ressemble ; vous ôtez à l'impiété cet air de confiance et d'ostentation avec lequel elle ose tous les jours paraître, et le libertinage n'est plus un bon air dès que votre conduite l'improuve; vous maintenez parmi les peuples la religion de nos pères; vous conservez la foi aux siècles qui nous suivront; et souvent il ne faut qu'un grand dans un royaume , ferme dans la foi, pour arrêter les progrès de l'erreur et des nouveautés, et conserver à tout un état la foi de ses ancêtres. La seule Esther conserva le peuple et la loi de

ET LES VERTUS DES GRANDS. 2>^3 Pieu dans un grand empire; le seul Mathathias tint bon contre les autels étrangers , et empêcha les superstitions de prévaloir au milieu de Juda ; et la France ne doit les lumières de l'évangile et la connaissance de Jésus-Christ qu'à la piété d'une sainte princesse qui conquit à la foi , avec le cœur d'un époux infidèle , un royaume qui depuis en a toujours été le plus ferme appui et la portion la plus pure et la plus florissante. Oh! mes frères, que vous êtes grands quand vous êtes à Jésus-Christ ! et que votre naissance et votre élévation paraissent avec bien plus d'éclat et de dignité dans les fruits immenses de votre piété que dans le faste de vos passions, et tout le vain attirail des magnificences humaines!

Secondement, les récompenses delà vertu. Vous la mettez en honneur en lui donnant, dans le choix des places qui dépendent de vous , les préférences qui lui sont dues, et ne confiant les emplois qu'à ceux dont la piété mérite

S44 SERMON SUR LES VICES la confiance publique; en ne comptant sur la fidélité des subalternes qu'autant qu'ils sont fidèles à Dieu , et recherchant principalement dans les hommes la droiture de la conscience et l'innocence des mœurs , sans quoi tous les autres talens ne forment plus qu'un mérite équivoque qui devient ou nuisible ou inutile.

Et de là, mes frères, quel nouveau bien pour le public ! quel bonheur pour un royaume où les gens de bien occupent les premières places, où les emplois sont les récompenses de la vertu, où les affaires publiques ne sont confiées qu'à ceux qui cherchent plus les intérêts publics que leurs intérêts propres, et qui ne comptent pour rien le gain du monde entier s'ils venaient à perdre leur âme !

Quel avantage pour les peuples lorsqu'ils trouvent leurs pères dans leurs ]uges, les protecteurs de leurs faiblesses dans les arbitres de leur destinée, les consolateurs de leurs peines dans les

ET LES VERTUS DES GRANDS. 840 interprêtes de leurs intérêts ! Que d'abus prévenus , que de larmes essuyées , que d'injustices évitées, quelle paix dans les famiiles , quelle consolation pour les malheureux, quel honneur même pour la vertu, lorsque les peuples sont ravis de la voir en place, et que le monde lui-même, tout monde qu'il est, est pourtant bien aise d'avoir des gens de bien pour défenseurs et pour juges 1 Quel attrait pour la vertu lorsqu'on voit qu'elle est devenue le chemin dos grâces, et qu'outre les promesses du siècle à venir elle a encore pour elle les récompenses de la terre! Promissionern hahens vilœ quce nunc est 7 et futur œ (1).

Et ne dites pas, mes frères, qu'en récompensant la vertu on ne corrige pas les pécheurs , et qu'on multiplie seulement les hypocrites. Je sais jusqu'où l'amour de l'élévation peut pousser les hommes, et quels abus ils sont capables de faire de la religion pour,

(t) i Tira.* c. 4, y. 8.

arriver à leurs fias; mais du moins vous obligez le vice de se cacher, du moins vous lui ôtez l'éclat et la sécurité qui le répand et le communique, vous conservez du moins l'extérieur de la religion parmi les peuples, vous multipliez du moins les exemples de la piété parmi les fidèles; et s'il ny a pas moins de dérèglement, les scandales du moins sont plus rares.

Enfin , les saintes largesses de la vertu , Mais je sens que mon sujet m'entraîne , et il est tems de finir. Oui, mes frères, que de nouveaux biens encore pour les peuples dans l'usage chrétien et charitable de vos richesses ! Vous mettez l'innocence à couvert, vous préparez des asiles de pénitence aux crimes, vous rendez la vertu aimable aux malheureux par les ressources qu'ils trouvent dans la vôtre; vous assurez aux maris îa fidélité de leurs épouses , aux pères le salut de leurs enfans, aux pasteurs la sûrelé de leurs brebis, la paix aux familles, la consolation aux affligés, l'itr

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