‹ Petit carême de MassillonChapitre 9 sur 45 · SUR LE MALHEUR DES GRANDS QUI ABANDONNENT DIEU · texte numérisé non relu

SUR LE MALHEUR DES GRANDS QUI ABANDONNENT DIEU

Cùm immundus spiritus exierit de homine y amhulat per loca inaquosa } quœrens requiem s et non invenit.

Lorsque Pesprit immonde est sorti d'un homme5 il s'en va par des lieux arides, cherchant du xepos , et il n'en trouve point.

Luc. P c. Il jY. 24.

S ÎRE,

Cet esprit inquiet et immonde, qui sort et rentre dans l'homme d'où ii est sorti, qui change sans cesse de lieu, qui essaie de toutes les situations, et ne peut se plaire et se fixer dans aucune , qui court toujours pour découvrir des sentiers agre'ables et délicieux, et qui ne marche jamais que par des lieux tristes et arides, qui cherche le repos et ne le trouve pas, c'est l'image de l'humeur et du caractère des grands de la

gi TROISIÈME DIMANCHE

terre , toujours plus inquiets, plus agités et plus malheureux que le simple peuple, dès que^ livre's à leurs passions et à eux mêmes , ils ont abandonné Dieu.

C'est la figure naturelle de cet état d'élévation et de prospérité si envié du inonde, et si peu digne d'envie selon Dieu. Le bonheur , SiRE , n'est pas attaché à l'éclat du rang et des titres; il n'est attaché qu'à l'innocence de la vie. Ce n'est pas ce qui nous élève au-dessus des autres hommes qui nous rend heureux , c'est ce qui nous réconcilie avec Dieu. Vous portez !a plus belle couronne de l'univers ; mais si la piété ne vous aide à la soutenir, elle va devenir le Fardeau même qui vous accablera. En un mot> point de bonheur où il n'y a point de repos , et point de repos où Dieu n'est point.

Ainsi l'élévation toute seule ne fait pas le bonheur des grands, si elle n'est accompagnée de la vertu et de la crainte du Seigneur. Au contraire, plus on est grand , plus on vit malheureux, si Ton ne wt point aveu Dieu.

DE CAHEME. 98 Vërîtë importante qui va fairele sujet de ce discours. Im plorons , etc. Ave ; etc.

Sire ,

Si l'homme n'était fait que pour la terre, plus il y occuperait de place, et plus il serait heureux,

Mais l'homme est né pour le ciel : il porte écrits dans son cœur les titres augustes et ineffaçables de son origine ; il peut les avilir, mais il ne peut les effacer. L'univers entier serait sa possession et son portage , qu'il sentirait toujours qu'il se dégrade , et ne se satisfait pas en s'y fixant : tous les objets qui l'attachent ici -bas l'arrachent, pour ainsi dire , du sein de Dieu , son origine et son repos éternel, et laissent une plaie de remords et d'inquiétude dans son âme, qu'ils ne sauraient plus fermer eux-mêmes ; ils sent toujours la douleur secrète de la rupture et de la séparation ; et tout ce qui altère son union avec Dieu le rend irréconciliable avec lui-même*

Cependant nous nous promettons foujours ici-bas une injuste félicite', Nous courons tous dans cette terre aride, comme l'esprit de notre évangile, après un bonheur et un repos que nous ne saurions trouver. A peine détrompés , par la possession d'un objet, du bonheur qui semblait nous y attendre, un nouveau désir nous jette dans la même illusion; et passant sans cesse de l'espérance du bonheur au dégoût, et du dégoût à l'espérance , tout ce qui nous fait sentir notre méprise devient luimême l'attrait qui la perpétue.

Il semble d'abord que cette erreur ne devrait êlre à craindre que pour le peupie. La bassesse de sa fortune laissant toujours un espace immense au-dessus de lui , il serait moins étonnant qu'il se figurât une félicité imaginaire dans les situations élevéesoù il nepeut atteindre, et qu'il crût , car tel est l'homme , que tout ce qu'il ne peut avoir, c'est cela même qui est le bonheur qu'il cherche.

Mais l'éclat du rang , des titres et de

DE CARÊME. 93 la naissance, dissipe bientôt cette vaine illusion. On a beau monter et être porté sur les ailes de la fortune au-dessus de tous les autres , la félicité se trouve toujours p!acée plus haut que nous-mêmes :

plus on s'élève, plus elle semble s'éloigner de nous. Les chagrins et les noirs soucis montent , et vont s'asseoir même avec le souverain sur le trône. Le diadème, qui orne le front auguste desrois, n'est souvent armé que de pointes et d'épines qui le déchirent ; et les grands , loin d'être les plus heureux , ne sont que les tristes témoins qu'on ne peut l'être sans la vertu sur la terre.

Il est vrai même que l'élévation nous rend plus malheureux , si elle ne nous rend pas plus fidèles à Dieu. Les passions y sont plus violentes, l'ennui plus à charge, la bizarrerie plus inévitable, c'est à-dire , le vide de tout ce qui n'est pas Dieu plus sensible et plus affreux,

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