‹ Petit carême; sermons et morceaux choisisChapitre 110 sur 116 · TABLEAU D UN KTAT FLORISSANT · texte numérisé non relu

TABLEAU D UN KTAT FLORISSANT

La France, sortie des troubles inséparables d'une longue uiiiio»' rite , voyait croître avec le roi ses espérances et sa gloire. Nos troupes aguerries par nos propres dissensions; de grands généraux formés, et, en combattant même contre la patrie, devenus des chefs consommés pour la défendre ; les finances rétablies par les soins d'un ministre habile; la licence changée en règle, les anciennes maximes, presque oubliées, rappelées à leur premier esprit; les arts, déchus dans la faiblesse du gouvernement, reprenant avec lu! leur éclat et leur vigueur ; les lettres , que nos troubles et nos malheurs avaient comme bannies , rétablies en honneur pour publier nos victoires; ces hommes uniques, dont les ouvrages seront de tous les temps , et qui jusque-là n'avaient paru que successivement de siècle en siècle , ou de règne en règne parmi nous , devenus communs, et se pressant, pour ainsi dire, de naître tous à la fois sous un règne déjà si glorieux; l'État, comme le roi, dans une jeunesse vive et florissante.

Au milieu de tant de prospérités , le Dauphin est donné à la France; l'objet des vœux publics, le gage du bonheur des peuples, l'espérance de la monarchie , le lien de la succession royale , l'enfant de la gloire et de la magnificence.

Nos succès croissent avec lui ; ses jours ne sont plus complés que par les victoires d'un pcre triomphant; chaque saison vient mellre au pied de son berceau royal des trophées et des dépouilles; les merveilles se multiplient ; l'abondance embellit le dedans du royaume , tandis que la valeur en recule les frontières ; la pompe lies maisons royales répond à la grandeur du roi; de superbes é.lifices sortent en un instant, comme par enchantement, du sein de l:i lerre; l'ouvrage de p!u>ieurs siècles devient l'ouvrage de quel- (| les mois; la stérilité des lieux se tourne en ornement; et le roi, lie I elour de ses campagnes , après avoir vaincu ses ennemis , vient se délasser chez lui à vaincre encore la nature.

(Or. [un. du Dauphin.)

ror.TKArr.

Je ne vous dirai pas qu'il avait reçu eu ciel un de ces génies heureux qui trouvent dans leur propre fonds ce que l'étude et l'expérience ne sauraient guère remplacer quand on ne l'a pas; qu'il était né instruit sur l'art périlleux de gouverner les peuples; que de tous les mystères de la sagesse des hommes il n'ignora que ceux qu'il n'eut pas voulu suivre ; et que , comme cet habile conducteur du peuple juif, il sut dès sa jeunesse tous les secrets de la science des Cgypliens. Je n'ajouterai pas que les affaires n'eurent jamais rien d'obscur qu'il n'éclaircit, rien de douteux ([u'il ne décidât , rien (le diflicile qu'il n'aplanit, rien de délicat qu'il ne ménageât, rien (le périlleux qu'il ne franchit, rien de pénible qu'il ne dévorât ; que les plus vastes l'étaient moins que son esprit , et que , partagé entre mille soins, il fut toujours tout entier à chacun.

(Or. fuit, de M. de Villeroij.)

PORTRAIT DU DLC DE MONTA tSlER ET DE BOSSUET.

L'un ■ , d'une vertu haute et austère, d'une probité au-dessus de nos mœurs , d'une vérité U l'épreuve de la cour ; [)hilosophc sans ostentation ; chrétien sans faiblesse ; courtisan sans passions ; l'arbitre du bon goût et de la rigidité des bienséances ; l'ennemi du faux ; l'ami et le protecteur du mérite; le zélateur de la gloire de la na-

' Le duc de Moiitjusicr.

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Gl'} MORCEA.IIX CHOISIS

lion ; le censeur de la licence publique ; enfin un de ces hommes (jui semblent cire comme les restes des ancicimes mœurs, et qui ne sont pas de notre siècle.

L'autre ', d'un génie vaste et heureux ; d'une candeur qui caractérise toujours les grandes âmes et les esprits du premier ordre ; l'ornement de l'épiscopat , et dont le ckrgé de France se fera honneur dins tous les siècles ; un évéque au milieu de la cour ; l'homme de tous les talents et de toutes les sciences; le docteur de toutes les Églises; la terreur de toutes les sectes; le Père du dix-septième siècle, et à qui il n'a manque que d'être né dans les premiers temps, pour avoir été la lumière des conciles , l'àme des Pères assemblés , dicté des canons, et présidé à Nicée et à Éphèse.

Deux hommes uniques chacun dans leur caractère, et qu'on aurait cru ne pouvoir plus être remplacés après leur mort, si ceux qui leur ont succédé dans l'éducation du prince qui doit régner ne nous avaient appris que la France ne fait guère de pertes irréparables.

{Orais. funeb. du Dauphin.)

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