‹ Petit carême; sermons et morceaux choisisChapitre 31 sur 116 · SERMON POUR LE JOUR · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE JOUR

dont il baigna son trône pour expier le scandale de sa chute , les richesses immenses qu'il amassa pour élever un temple au Dieu de ses pères , sa conliauce dans le grand prêtre et dans les ministres du culte saint , le soin qu'il prit d'inspirer a son fils Salomon les maximes de la vertu et de la sagesse , et enfin le bon ordre et la justice des lois qu'il établit dans tout Israël.

Voilà , Sire, la grandeur que votre IMajesté doit se proposer. Régnez de manière que votre règne puisse être éternel ; que non-seulement il vous assure la royauté immortelle des enfants de Dieu , mais encore que, dans tous les âges qui sui- \Tont, on vous propose aux princes vos successeurs comme le modèle des bons rois.

Ce ne sera pas seulement en remportant des victoires que vous deviendrez un grand roi; ce sera votre amour pour vos peuples , votre fidélité envers Dieu, votre zèle pour la religion de vos pères, votre attention à rendre vos sujets heureux , qui feront de votre règne le plus bel endroit de nos histoires , et le modèle de tous les règnes à venir.

Aimez vos peuples, Sire; et que ces mêmes paroles si souvent portées à vos oreilles trouvent toujours un accès favoi-able dans votre cœur. Soyez tendre, humain, affable, touché de leurs misères , compatissant à leurs besoins ; et vous serez un grand roi, et la durée de votre règne égalera celle de la monarchie. Dieu vous a établi sur une nation qui aime ses princes , et qui par cela seul mérite d'en être aimée. Dans un royaume où les peuples naissent, pour ainsi dire , bons sujets , il faut que les souverains en naissant naissent de bons maîtres. 'Vous voyez déjà tous les cœurs voler après vous : Sire , l'amour ne peut se payer que par l'amour ; et vous ne seriez pas digne de la tendresse de vos sujets, si vous leur refusiez la vôtre.

Il n'y a point d'autre gloire pour les rois : leur grandeur est toute dans l'amour de leurs peuples; ce sont eux qui perpétuent de siècle en siècle la mémoire des bous princes. Et quelle gloire en effet pour un roi de régner encore après sa mort sur

les cœurs de ses sujets! d'être sûr que, dans tous les temps à venir, les peuples, ou regretteront de n'avoir pas vécu sous son règne, ou se féliciteront d'avoir un roi qui lui ressemble ! Quelle gloire. Sire, de faire dire de soi, dans toute la suite des siècles, comme la reine de Saba le disait de Salomon : Heureux ceux qui le virent, et qui vécurent sous la douceur de ses lois et de son empire! Heureux l'âge qui montre à la terre un si bon maître ! Heureuses les villes et les campagnes qui virent revivre sous son règne l'abondance , la paix , la joie , la justice, l'innocence des âges les plus fortunés! Heureuse la nation que le ciel favorisera un jour d'un prince qui lui soit semblable !

Grand Dieu! c'est vous seul qui donnez les bons rois aux peuples; et c'est le plus grand don que vous paissiez faire à la terre. Vous tenez encore entre vos mains Teulaut auguste que vous destinez à la monarcbie. Son âge, son innocence, le laissent encore l'ouvrage commencé de vos miséricordes. Il n'est pas encore sorti de dessous la main qui le forme et qui l'achève. Grand Dieu! il est encore temps, formez-le pour le bonheur des peuples a qui vous l'avez réservé ; et que cette prière , si souvent ici renouvelée , ne lasse pas votre bonté, puisqu'elle intéresse si ion le salut et la félicité d'une nation que vous avez toujours protégée !

C'est sous les bons rois que votre culte s'affermit , que la foi triomphe des erreurs , que l'affreuse incrédulité est bannie ou obligée de se cacher, que les nouvelles doctrines sont proscrites , que les esprits rebelles ne trouvent de protection et de sûreté que dans l'obéissance et dans l'unité; que vos ministres, paisibles dans l'exercice de leurs fonctions , et veillant sans cesse à la conservation du dépôt, voient l'autorité de l'empire donner les mains à celle du sacerdoce; et que tous les cœurs , déjà réunis au pied du trône , portent la même union et la même concorde au pied des autels. Ajoutez donc en lui de jour en jour, ô mon Dieu, de ces traits heureux qui promettent de bons rois à leurs peuples ; que l'ouvrage de vos miséricordes croisse et se développe tous les

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i.'jurs en lui avec ses années. Nous ne vous demandons pas ru'il devienne le vainqueur de l'Europe; nous vous demandons (ju'il soit le père de son peuple. C'est la puissance de votre bras qui nous l'a conservé, en frappant autour de son berceau tout le reste de sa famille royale; que ce soit elle qui nous le torme et qui nous le préparc. Il est, comme Moïse, l'enfant sauvé des funérailles de toute sa race; qu'il soit comme lui le sauveur et le libérateur de son peuple; et que ce premier prodige, qui l'a retiré du sein de la mort, soit pour nous le présage assuré de ceux que vous nous faites espérer sous son empire! Ainsi soit-il.

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