SERMON POUR LE DIM. DES RAMEAUX
piété : l'essentiel est de leur montrer quelle est la piété de leur état. Quoique l'Évangile propose à tous la même doctrine, il ne propose pas à tous les mêmes règles : les devoirs changent avec l'état; plus il est élevé, plus. ils se multiplient-, plus nos places nous rendent redevables au public, plus elles exigent des vertus publiques; et nous devenons mauvais, si nous ne sommes bons que pour nous-mêmes.
Or, la piété des grands a trois écueils à craindre , qui peuvent changer en vices toutes leurs vertus.
Premièrement, une piété oisive et renfermée en elle-même, qui les éloigne des soins et des devoirs publics.
Secondement, une piété faible, timide, scrupuleuse, qui jette l'indécision dans leurs entreprises et dans toute leur conduite.
EnOn, une piété crédule et bornée , facile à recevoir l'im-, pression du préjugé, et incapable de revenir quand une fois elle l'a reçue.
C'est-à-dire qu'il faut à la piété des grands la vigilance publique , qui fait agir ; le courage et l'élévation , qui font décider et entreprendre ; enfin, ou les lumières qui empêchent d'être surpris , ou une noble docilité qui se fait une gloire de revenir dès qu'elle a senti qu'on l'a surprise.