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2')i suii l'aumône.
pas les mêmes pour tous les états ; qu'elles augmeutent à proportion du rang et de la naissance; qu'une étoile, comme parle l'apôtre , doit différer en clarté d'une autre étoile ; que même, dès les siècles apostoliques, envoyait dans l'assemblée des fidèles des hommes revêtus d'une robe de distinction, et portant au doigt un anneau d'or, taudis que les autres, d'une condition plus obscure , se contentaient de simples vêtements pour couvrir leur nudité; qu'ainsi la religion ne confond pas les états; et que si elle défend à ceux qui habitent les palais des rois la mollesse des mœurs et le faste indécent des vêtements, elle ne leur ordonne pas aussi la pauvreté et la simpli(;ité de ceux qui vivent au fond des champs et de la plus obscure populace : je le sais.
Mais, mes frères, c'est une vérité incontestable, que ce qu'il y a de superflu dans vos biens ne vous appartient pas, que c'est la portion des pauvres ; et que vous ne devez compter a vous de vos revenus, que ce qui est nécessaire pour soutenir l'état où la Providence vous a fait naître. Je vous, demande donc : Est-ce l'Évangile, ou la cupidité , qui doit régler ce nécessaire? Oseriez-vous prétendre* que toutes les vanités, dont l'usage vous fait une loi, vous fussent comptées devant Dieu comme des dépenses inséparables de votre condition? prétendre que tout ce qui vous flatte , vous accommode, nourrit votre orgueil , satisfait vos caprices , corrompt votre cœur, vous soit pour cela nécessaire? prétendre que tout ce que vous sacrifiez à la fortune d'un enfant pour l'élever plus haut que ses ancêtres; tout ce que vous risquez à un jeu excessif; que ce luxe, ou qui ne convient pas à votre naissance , ou qui en est un abus , soient des droits incontestables qui doivent être pris sur vos biens avant ceux de la charité? prétendre enfin que parce qu'un père obscur et échappé de la foule vous aura laissé héritier de ses trésors, et peut-être aussi de ses injustices, il vous sera permis d'oublier votre peuple et la maison de votre père, vous mettre à côté des plus grands noms, et soutenir le même éclat , parce que vous pouvez fournir à la même dépense?
Si cela est ainsi , mes frères, si vous ne comptez pour superdu que ce qui peut écliapper à vos plaisirs , à vos profusions , à vos caprices , vous n'avez donc qu'à être voluptueux , capricieux, dissolus, prodigues, pour être dispensés du devoir de Taumône. Plus vous aurez de passions à satisfaire, plus l'obligation d'être charitable diminuera ; et vos excès, que le Seigneur vous ordonnait d'expier par la miséricorde, seront eux-mêmes le privilège qui vous eu décharge! Il faut donc qu'il y ait ici une règle à observer, et des bornes à se prescrire, différentes de celles delà cupidité: et la voici, la règle de la foi. Tout ce qui ne tend qu'à nourrir la vie des sens , qu'à flatter les passions , qu'à autoriser les pompes et les abus du monde, tout cela est superflu pour un chrétien; c'est ce qu'il faut retrancher et mettre à part : voilà le fonds et l'héritage des pauvres ; vous n'en êtes que le dépositaire , et ne pouvez y toucher sans usurpation et sans injustice. L'Évangile, mes frères, réduit à peu le nécessaire du chrétien, quelque élevé qu'il soit dans le monde ; la religion retranche bien des dépenses : et si nous vivions tous selon les règles de la foi, nos besoins , qui ne seraient plus multiphés par nos passions, seraient moindres; nous trouverions la plus grande partie de nos biens inutile; et, comme dans le premier âge de la foi, l'Église ne verrait point d'indigent parmi les fldèles. îsos dépenses augmentent tous les jours, parce que tous les jours nos passions se multiplient ; l'opulence de nos pères n'est plus qu'un état pauvre et malaisé pour nous , et nos grands biens ne peuvent plus suflire , parce que rien ne suftit à qui ne se refuse rien.
Et, pour donner à cette vérité toute l'étendue que demande le sujet que nous traitons , je vous demande eu second lieu, mes frères : l'élévation et l'abondance où vous êtes nés vous dispensent-elles de la simplicité, delà frugalité, delà modestie, de la violence évangélique.^ Pour être nés grands, vous n'en êtes pas moins chrétiens. Eu vain, comme les Israélites dans le désert , avez-vous amassé plus de manne que vos frères; vous n'en pouvez garder pour votre usage que la me-
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sure prescrite par la loi : Oui multum, nonahundavit '. Hors de là, Jésus-Christ n'aurait défendu le faste, les pompes, les plaisirs, qu'aux pauvres et aux inallieureux; eux à qui Finfortuiie do leur condition rend cette défense fort inutile.
Or, cette vérité capitale supposée; si , selon la règle de la (bi , il ne vous est pas permis de faire servir vos richesses à In félicité de vos sens ; si le riche est obligé de porter sa croix , de ne chercher pas sa consolation en ce monde, et de se renoncer sans cesse soi-même comme le pauvre : quel a pu être le dessein de la Providence en répandant sur vous les biens de la terre, et quel avantage peut-il vous en revenir à vous-mêmes? Serait-ce de fournir à vos passions désordonnées ? mais vous n'êtes plus redevables à la chair, pour vivre selon la chair. Serait-ce de soutenir l'orgueil du rang et de la naissance? mais tout ce que vous donnez à la vanité, vous le retranchez de la charité. Serait-ce de thésauriser pour vos neveux? mais votre trésor ne doit être que dans le ciel. Serait-ce de passer la vie plus agréablement? mais si vous ne pleurez , si vous ne souffrez, si vous ne combattez, vous êtes perdus. Serait-ce de vous attacher plus à la terre? mais le chrétien n'est pas de ce monde, il est citoyen du siècle à venir. Serait-ce d'agrandir vos possessions et vos héritages? mais vous n'agrandiriez jamais que le lieu de votre exil ; et le gain du monde entier vous serait inutile , si vous veniez à perdre votre âme. Serait-ce de charger vos tables de mets plus exquis ? mais vous savez que l'Évangile n'interdit pas moins la vie sensuelle et voluptueuse au riche qu'à l'indigent. Repassez sur tous les avantaç^cs que vous pouvez retirer selon le monde de votre prospérité , ils vous sont presque tous interdits par la loi de Dieu. Ce n'a donc pas été son dessein de vous les ménager, en vous faisant naître dans Tabondance ; ce n'est donc pas pour vous que vous êtes nés grands ; ce n'est pas pour vous , comme le disait autrefois Mardocliée à la pieuse Esther, que le Seigneur vous a élevée à ce point de grandeur et de prospérité qui vous environne : c'est pour son peuple affligé; c'est pour
■ U. Cou., c. 8, V. 13.
SUR LAU.MOiNE. 257
(?'tre la protectrice des infortunes : Et qxds novit xdrmn ad regmnn veneris , ut in tali tempore parareris •? Si vous ne répondez pas à ce dessein de Dieu sur vous , continuait ce sage /uif, il se servira de quelque autre qui lui sera plus fidèle; il lui transportera cette couronne qui vous était destinée; il saura bien pourvoir par quelque autre voie à l'affliction de son peuple, car il ne permet pas que les siens périssent; mais vous et la maison de votre père périrez : Per allam occasionem liberabuntur Judxi; et tu, et domus patris tui , peribitis '. Vous n'êtes donc, dans les desseins de Dieu , que les ministres de sa providence envers les créatures qui souffrent : vos grands biens ne sont donc que des dépôts sacrés que sa bonté a mis entre vos mains pour y être plus à couvert de l'usurpation et delà yiolence, et conservés plus siirement à la veuve et à l'orpbelin : votre abondance, dans l'ordre de sa sagesse, n'est donc destinée qu'à suppléer à leur nécessité; votre autorité, qu'à lesprotéger; vos dignités, qu'à venger leurs intérêts: votre rang, qu'à les consoler par vos offices : tout ce que vous êtes , vous ne l'êtes que pour eux ; votre élévation ne serait plus l'ouvrage de Dieu; et il vous aurait maudits en répandant sur vous les biens de la terre, s'il vous les avait donnés pour un autre usage.
Ail ! ne nous alléguez donc plus , pour excuser votre dureté envers vos frères , des besoins que la loi de Dieu condamne ; justifiez plutôt sa providence envers les créatures qui souffrent ; faites-leur connaître , en rentrant dans son ordre , qu'il y a un Dieu pour elles comme pour vous; et bénir les conseils adorables de sa sagesse dans la dispensatiou des clioses d'icibas, qui leur a ménagé dans votre abondance des ressources si consolantes.
Alais d'ailleurs-, mes frères, que peuvent retrancher à ces besoins que vous nous alléguez tant, les largesses modiques qu'on vous demande? Le Seigneur n'exige pas de vous une paitiede vos fonds et de vos héritages, quoiqu'ils lui appartiennent tout entiers, et qu'il ait droit de vous en dépouiller;
' EsTii., c. 4, V. i/<. - n]>ia.
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il vous laisse tranquilles possesseurs de ces terres , de ces palais qui vous distinguent dans votre peuple, et dont la piété de vos ancêtres enrichissait autrefois nos temples ; il ne vous ordoune pas, comme à ce jeune homme de l'Evangile, de renoncer à tout, de distribuer tout votre bien aux pauvres , et de le suivre ; il ne vous fait pas une loi > comme autrefois aux premiers fidèles , de venir porter tous vos trésors aux pieds de vos pasteurs; il ne vous frappe pas d'anathèine, comme il frappa Ananie et Sa[ihire , pour avoir osé seulement retenir une portion d'un bien qu'ils avaient reçu de leurs pères, vous qui ne devez peut-être qu'aux malheurs publics et à des gains odieux ou suspects l'accroissement de votre fortune; il consent que vous appeliez les terres de vos noms, comme dit le prophète, et que vous. transmettiez à vos enfants les possessions qui vous sont venues de vos ancêtres ; il veut seulement que vous en retranchiez une légère portion pour les infortunés qu'il laisse dans l'indigence ; il veut que , tandis que vous portez sur l'indécence et le faste de vos parures la nourriture d'un peuple entier de malheureux, vous ayez de quoi couvrir la nudité de ses serviteurs qui n'ont pas où reposer leur tête; il veut que de ces tables voluptueuses , où vos grands biens peuvent à peine suffire à votre sensualité et aux profusions d'une délicatesse insensée , vous laissiez du moins tomber quelques miettes pour soulager des Lazarcs pressés de la faiui et de la misère ; il veut que, tandis qu'on verra sur les murs de vos palais des peintures d'un prix bizarre et excessif, votre revenu puisse suffire pour honorer les images vivantes de votre Dieu ; il veut enfin que , tandis que vous n'épargnerez rien pour satisfaire la fureur d'un jeu outré , et que tout ira fondre dans ce gouffre , vous ne veniez pas supputer, votre dépense, mesurer vos forces, nous alléguer la médiocrité de votre fortune et l'embarras de vos affaires ,' quand il s'agira de consoler l'afdictiou d'un chrétien. Il le veut: et n'a-t-il pas raison de le vouloir? Quoi ! vous seriez riches pour le mal et pauvres pour le bien ! vos revenus suffiraient pour vous perdre , et ils ne suffiraient pas pour vous sauver et pour ache-
ter le ciel! et parce que vous outrez l'amour de vous-mênies , il vous serait permis d'être barbares envers vos frères !
Alais , mes frères, d'où vient que c'est ici la seule circonstance ou vous diminuez vous-mêmes l'opinion qu'on a de vos richesses? Partout ailleurs, vous voulez qu'on vous croie puissauts ; vous vous donnez pour tels ; vous cachez même quelquefois sous des dehors encore brillants des affaires déjà ruinées, pour soutenir cette vaine réputation d'opulence. Cette vanité ne vous abandonne donc que lorsqu'on vous fait souvenir du devoir de la miséricorde : alors , peu contents d'avouer la médiocrité de votre fortune, vous l'exagérez; et la dureté l'em- |)orte dans votre cœur, non-seulement sur la vérité , mais encore sur la vanité. Ah ! le Seigneur reprochait autrefois à un évcque, dans l'Apocalypse : « Vous dites : Je suis riche, je « suis comblé de biens ; et vous ne savez pas que vous êtes « pauvre , nu et misérable à mes yeux • ! « Mais il devrait aujourd'hui changer ce reproche à votre égard , et vous dire : Oh! vous vous plaignez que vous êtes pauvres et dépourvus de tout ; et vous ne voulez pas voir que vous êtes riches , comblés de biens, et que, dans un temps où pres(iue tous ceux qui vous environnent souffrent, vous seuls ne manquez de rien à mes yeux.
Et c'est ici le second prétexte qu'on oppose au devoir de l'aumône, la misère générale. Aussi les disciples répondent en second lieu au Sauveur, pour s'excuser de secourir cette multitude affamée, que le lieu est désert et stérile, que l'heure est déjà passée, et qu'il faut renvoyer le |)euple, afin qu'il aille dans les bourgs et dans les maisons voisines acheter de quoi se nourrir r Désertas est tocus hic, etjam hora prsetertit '. Nouveau prétexte dont on se sert pour se dispenser de la miséricorde : la stérilité et le dérangement des saisons.
Mais, premièrement, Jésus-Christ n'aurait-il pas pu répon. dre aux disciples , dit saint Chrysostome : C'est parce que le lieu est désert et stérile , et que ce peuple ne saurait y trouver de quoi soulager sa faim , qu'il ne faut pas le renvoyer à
' Apoc, c. 3, y. 17. — ' Makc, c. 6, V. S5.
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jcilu , de peur que les forces ne lui manquent en chemin? Et voilà ce que je pourrais aussi d'abord vous répoudre : Les temps sont mauvais; les saisons sont fàclieuses : ah! c'est pour cela même que vous devez entrer dans des inquiétudes plus vives et plus tendres sur les besoins de vos frères. Si le lieu est désert et stérile pour vous , que doit-il être pour tant de malheureux ? Si vous vous ressentez du malheur des temps, ceux qui n'ont pas les mêmes ressources que vous , que n'en doivent-ils pas souffrir? Si les plaies de l'Egypte entrent jusque dans les palais des grands et de Pharaon même, quelle sera la désolation de la cabane du pauvre et du laboureur? Si les princes d'Israël, dans Samarie affligée , ne trouvent plus de ressource dans leur aire, ni dans leur pressoir, selon l'expression du prophète, quelle sera l'extrémité d'une populace obscure , réduite peut-être comme cette mère infortunée , non à se nourrir du sang de son enfant, mais à faire de son innocence et de son âme le prix funeste de sa nécessité?
Mais d'ailleurs ces fléaux dont nous sommes affligés, et dont vous vous plaignez , sont la peine de votre dureté envers les pauvres ; Dieu venge sur vos biens l'injuste usage que vous en faites : ce sont les cris et les gémissements des malheureux que vous abandonnez , qui attirent l'indignation du ciel sur vos terres et sur vos campagnes. C'est donc dans ces calamités publiques qu'il faut vous hâter d'apaiser la colère de Dieu par l'abondance de vos largesses ; c'est alors qu'il faut plus que jamais intéresser les pauvres dans vos malheurs. Ah! vous vous avisez de vous adresser au ciel , d'invoquer par des supplications générales les saints protecteurs de cette monarchie, pour obtenir des saisons plus heureuses, la cessation des fléaux publics , le retour de la sérénité et de l'abondance : mais ce n'est pas là seulement qu'il faut porter vos vœux et vos prières; vous ne trouverez jamais les saints sensibles à vos peines, tandis que vous ne le serez pas vous-mêmes à cell.es de vos frères; vous avez sur la terre les maîtres des vents et des saisons : adressez-vous aux pauvres ; ce sont eux qui ont , pour ainsi dire , les clefs du ciel; ce sont leurs vœux qui rè^
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glent les temps et les saisons , qui nous ramènent des jours sereins ou funestes, qui suspendent ou qui attirent les faveurs du ciel : car l'abondance n'est donnée à la terre que pour leur soulagement; et ce n'est que par rapport à eux que le ciel vous punit, ou que le ciel vous favorise.
Mais pour achever de vous confondre, vous, mes frères, qui nous alléguez si fort le mallieur des temps; la rigueur prétendue de ces temps retranche-t-elle quelque chose à vos plaisirs? Que souffrent vos passions des misères publiques? Si le malheur des temps vous oblige à vous retrancher sur vos dépenses , retranchez d'abord tout ce que la religion condanme dans l'usage de vos biens; réglez vos tables, vos parures, vos jeux, vos trains , vos édifices, sur le pied de l'tvangile; que les retranchements de la charité ne viennent du moins qu'après tous les autres; retranchez vos crimes avant que de retrancher vos devoirs. C'est le dessein de Dieu, quand il frappe de stérilité les provinces et les royaumes, d'ôter aux grands et aux puissants les occasions des dissolutions et des excès : entrez donc dans l'ordre de sa justice et de sa sagesse; regardez-vous comme des criminels publics que le Seigneur châtie par des punitions publiques ; dites-lui , comme David, lorsqu'il vit la main de Dieu appesantie sur son peuple : C'est sur moi. Seigneur, qui suis le seul coupable , qui ai attiré votre indignation sur ce royaume en abusant de ma prospérité, et en me livrant à des passions honteuses ; c'est sur moi seul que doit tomber la fureur de votre bras : Fertatur , obsecro, maniis tua contra me^: mais cette populace obscure et affligée; mais ces infortunés qui, dans une condition pénible, ne mangeaient leur pain qu'à la sueur de leur front: eh! qu'ont-ils fait. Seigneur, pour être exposés au glaive de votre vengeance ? Ego siim quipeccavi , ego inique egi : isti qià oves sunt, quidfecerunt ' ?
Voilà votre modèle; faites cesser, en finissant vos désordres, la cause des malheurs publics ; offrez à Dieu, en la personne des pauvres, le retranchement de vos plaisirs et de