IMMUTABILITE DE LA LOI DE DIEU
Un des reproches les plus pressants et les plus ordinaires que les premiers apologistes de la religion faisaient autrefois aux païeus, c'était l'instabilité de leur morale , et les variations éternelles de leur doctrine. Gomme la plénitude de la vérité ne se trouvait pas dans leur vaine philosdjjhie , et (lu'iis ne puisaient pas leurs lumières, disait Tertullion , dans cotte raison souveraine qui éclaire tous les esprits , et qui est le docteur immuable de la vérité ; mais dans la corruption de leur cœur , et dans la vanité de leurs pensées ; ils qualifiaient le bien et le mal selon leurs caprices, et les vices et les vertus étaient presque parmi eux des noms arbitraires : Malum ac bonumpro arbitrio ac libidine interpretantur. (Tertull.) Cependant, continue ce Père, le caractère le plus inséparable de la vérité, c'est d'être toujours le même : le bien et le mal tirent leur immutabilité de celle de Dieu même , qu'ils glorifient ou qu'ils outragent : sa sagesse , sa sainteté , sa justice , sont les seules règles éternelles de nos mœurs , et il n'appartient pas aux hommes
do changer à leur gré ce que les hommes n'ont pas élal)li , et ce qui est plus ancien que les hommes mêmes : Ilœc est veritatis integritas; nonmuiare sententiam , ncc variarejudidum : non])Otesl aliud cssc quod vere quidem bonum est seu maluvi : omnia pênes Dei veritalem fixasunt. (Tertull. )
Or , il n'était pas étonnant que la morale n'eût rien de fixe dans les écoles païennes, livrées à l'orgueil et aux variations de l'esprit humain , c'était la vanité , et non pas la vérité , (pii faisait les philosophes ; les règles changeaient avec les siècles ; de nouveaux temps amenaient de nouvelles lois : en un mot , la doctrine ne. changeait pas les mœurs; c'était le changement de mœurs, qui entraînait toujours celui de la doctrine.
Mais ce qui étonne, c'est que les chrétiens, qui ont reçu du ciel la loi éternelle et imrauahle qui règle les mœurs, la croient aussi changeante que la morale des philosophes; qu'ils se persuadent que les devoirs rigoureux que l'Évangile prescrivait d'ahord aux premiers âges de l'Église , se sont adoucis avec le relâchement des mœurs , et ne sont plus faits pour l'affaiblissement et la corruption de nos siècles.
En effet, mes frères, TÉvangile , la loi de Jésus-Christ, est immuable dans sa durée : voyant tout changer autour d'elle , seule elle ne change point; les devoirs qu'elle nous prescrit , fondés sur les besoins et sur la nature de l'homme , sont de tous les temps et de tous les lieux , comme elle. Tout change sur la terre , parce que tout se sent delà mutabilité de son origine: les empires et les Ktats ont leur progrès et leur décadence : les arts et les sciences tombent ou se relèvent avec les siècles : Ifs usages changent sans cesse avec le goût des peuples et des climats : du haut de son immutabilité , Dieu semble se jouer des choses humaines , en les laissant dans une révolution éternelle : les siècles à venir détruiront ce que nous élevons avec tant de soin ; nous détruisons ce que nos pères avaient cru digne d'une durée éternelle; et, pour nous apprendre le cas que nous devons faire des choses d'ici-bas , Dieu permet qu'elles n'aient rien de fixe et de solide , que l'inconstance même qui les agite sans cesse.
Mais au milieu des changements des mœurs et des siècles , la loi de Dieu demeure toujours la règle immuable des siècles et des mœurs. Le ciel et la terre passeront , mais les paroles saintes de
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la loi ne passeront point : telles que les premiers fidèles les reçurent à la naissance de la foi , telles les avons-nous encore aujourd'hui , telles nos descendants les recevront un jour , telles enfin les bienheureux dans le ciel les adoreront , les aimeront éternellement : la ferveur ou le dérèglement des siècles n'ajoute ou ne diminue rien à leur indulgence ou à leur sévérité ; le zèle ou la complaisance des hommes ne les rend ni plus austères , ni plus accommodantes : la rigueur outrée ou le relâchement excessif des opinions et des doctrines , leur laisse toute la sage sobriété de leurs règles ; et elles forment cet Évangile éternel , que l'Ange , dans l'Apocalypse , annonce dès le commencement , du haut du ciel , à toute langue et à toute nation : Et vidi altertnn Angclmn volanlem per nieclhun cœlam , habentcm EcangcUum œtcrmim , ut evançjdizaret sedentibus super omnem terram. (Ai>oc,. xiv , G. )
Cependant, mes frères, lorsque nous vous représentons quelqiiefois, dans les mœurs des premiers fidèles, tous les devoirs de l'Évangile exactement remplis , leur détachement du monde , leur éloignement des théâtres et des plaisirs publics, leur assiduité dans les temples , la modestie et la décence de leurs parures , leur charité pour leurs frères, leur indifférence pour toutes les choses périssables , leur désir continuel d'aller se réunir à Jésus-Christ : en un mol , cette vie simple , retirée , mortifiée , soutenue par des prières ferventes et par la consolation des livres saints , et telle enfin que l'Évangile la prescrit à tous les disciples de la foi : lorsque nous vous rapprochons , dis-je , ces anciens modèles , pour vous faire sentir, par la différence des premières mœurs d'avec les vôtres, combien vous êtes loin du royaume de Dieu : loin d'clre effrayés de vous trouver dissemblables à un point , qu'on croirait à peine que vous fussiez disciples d'un même maître et sectateurs de la même loi ; vous nous reprochez de rappeler sans cesse jusqu'à l'ennui ces premiers temps, de ne parler que do l'Église primitive, comme s'il était possible de régler nos mœurs sur des mœurs dont il ne reste depuis longtemps aucune trace, impraticables aujourd'hui parmi nous , et que les temps et les usages ont universellement abolies : vous dites qu'il faut prendre les hommes tels qu'ils sont ; qu'il serait à souhaiter que la première ferveur se fût conservée dans l'Eglise ; mais que tout se relâche cl s'affaiblit avec le temps ; et que vouloir nous ramener à la vie des premiers siècles ,
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ce ivest pas proposer des mo3'ens de salut , c'est prèclicr seulomer.t que personne n'y doit plus rien prétendre.
Mais je vous dcin.indc premièrement , mes fr<>res , les temps et les années qui ont si fort altéré la pureté du christianisme, ont-elles altéré celle do l'Evangile? les règles sont-elles devenues plus commodes et plus favoral>les aux passions , parce que les hommes sont devenus plus sensuels et plus voluptueux? et le relâchement des mœurs a t-il adouci les maximes de Jésus-Christ? Lorsqu'il a prédit dans l'Évangile , que dans les derniers temps , c'est-à-dire, dans les siècles où nous avons le malheur de vivre , il ne se trouverait presque plus de foi sur la terre , que son nom y serait à peine connu , que ses maximes y seraient anéanties , que les devoirs seraient incompatihlesavec les usages , et que les justes eux-mêmes se laisseraient presque souiller par la contagion universelle, et entraîner au torrent des exemples : a-t-il ajouté qu'alors , pour s'accommoder à la corruption de ces derniers temps , il relâcherait quelque chose de la sévérité de son Évangile ; qu'il consentirait que les usages établis par l'ignorance et le dérèglement des siècles, succédassent aux règles et aux devoirs de sa doctrine ; qu'il exigerait alors de ses disciples, infiniment moins qu'il n'exigeait à la naissance de la foi ; et que son royaume , qui n'était d'abord promis qu'à la violence , serait alors accordé à l'indolence et à l'oisiveté? l'a-t-il ajouté , je vous le demande ? Au contraire , il avertit ses disciples qu'alors , que dans ces derniers temps , il faudra plus que jamais veiller, prier, jeûner , se retirer sur les montagnes, pour se mettre à couvert de la corruption générale : il les avertit que malheur alors à ceux qu i resteront exposés au milieu du monde; qu'il n'y aura presque de sûreté que pour ceux qui se dépouilleront de tout , qui fuiront du milieu des villes ; et il finit par les exhorter encore une fois de veiller , et de prier sans cesse , pour n'être pas enveloppés dans la condamnation générale: Vigilateitaque, omni tcmpore orantes , ut digni habemninî fugcretsta omnia qiiœ fidura sunt. ( Luc , xxi , 36. )
Et en effet, mes frères , plus les désordres augmentent , plus la piété doit être fervente et attentive ; plus nous sommes environnés de périls , plus la prière , la retraite , la mortification , nous deviennent nécessaires. Le dérèglement des mœurs d'aujourd'hui ajoute encore de nouvelles obligations à celles de nos pères ; et, loin
que la voie du salut soit devenue plus aisée que dans les premiers temps , nous périrons avec une vertu médiocre, qui, soutenue alors par l'exemple commun , aurait peut-être sufli pour nous assurer le salut.
D'ailleurs, mes frères, je vous le demande en second lieu; croyez-vous de bonne foi que les préceptes rigoureux de l'Évangile , ces maximes de croix , de violence , de renoncement , de mépris du monde , n'aient été faites que pour les premiers âges de la foi? Croyez- vous que Jésus-Christ ait destiné toutes les rigueurs de sa doctrine pour ces hommes chastes , innocents , charitables , fervents, qui vivaient dans ces temps heureux de l'Église, ces hommes qui s'interdisaient eux-mêmes tous les plaisirs , ces premiers héros de la religion, qui conservaient presque tous jusqu'à lalin, la grâce de larégénéralion quiles avait faits chrétiens? Quoi! mes frères , Jésus-Christ n'aurait récompensé leur zèle et leur fidélité , qu'en aggravant leur joug, et il aurait réserve pour les hommes corrompus de nos siècles toute son indulgence ? Quoi ! mes frères , Jésus-Christ n'aurait fait des lois sévères de pudeur , de modestie, de retraite, que pour ces premières femmes chrétiennes qui renonçaient à tout pour lui plaire , qui ne se partageaient qu'entre le Seigneur et leur époux ; qui, renfermées dans l'enceinte do leurs maisons, élevaient leurs enfants dans la foi et dans la piété: les Electre , les Éunice , les Loïde, ces premières héroïnes de la foi? et il exigerait moins aujourd'hui de ces femmes molles, voluptueuses, mondaines, qui blessent tous les jours nos yeux par l'indécence de leurs parures, et qui corrompent les cœurs par la liberté de leurs mœurs , et les pièges qu'elles tendent à l'innocence ? Et où serait ici l'équité et la sagesse tantvantéc de la morale chrétienne ? On exigerait donc plus de celui qui doit moins? les transgressions de la loi dispenseraient donc de sa sévérité ceux qui la violent? il suflirait d'avoir des passions, pour être en droit de les satisfaire ? la voie du ciel s'aplanirait pour les pécheurs , et conserverait toute son àpreté pour les justes? et plus les hommes auraient de vices, moins ils auraient besoin de vertu?
De plus , souffrez que j'ajoute en dernier lieu, mes frères : Si le changement des mœurs pouvait changer les règles , si les usages pouvaient jnstitier les abus, la loi éternelle de Dieus'açcommoderaitdoncà l'inconstance des temps, et au goût bizarre des hommes?
il faudrait donc un |Évangile pour chaque siècle et pour chaque nation ? Car nos usages n'étaient pas établis du temps de nos pères; sans doute ils ne passeront pas jusqu'à nos derniers neveux ; ils ne sont pas communs à tous les peuples qui adorent comme nous Jésus-Christ. Donc ces usages ne peuvent, ni devenir notre règle , ni la changer ; car la règle est de tous les temps et de tous les lieux: donc de nouvelles mœurs ne forment pas pour nous un nouvel Évangile, puisqu'il faudrait dire anathèmeà un ange même qui viendrait nous en annoncer un nouveau , et que l'Évangile ne serait plus qu'une loi humaine, et point silre pour les hommes, si elle pouvait changer avec les hommes : donc il ne faut pas juger des règles et des devoirs par les mœurs et par les usages ; mais juger des usages et des mœurs par les devoirs et par les règles : donc c'est la loi de Dieu qui doit être la règle constante des temps , et non pas la variation des temps, devenir la règle même de la loi de Dieu.
Ne nous dites donc plus , mes frères , que les temps ne sont plus les mêmes ; irais la loi deDieune l'est-elle pas ? que vous ne pouvez pas réformer des mœurs universellement établies ; mais on ne vous charge pas de la réiorraation de l'univers : changez-vous vous même ; sauvez votre âme , dont vous êtes chargé ; voilà tout ce qu'on exige de vous : qu'enfin , les chrétiens des premiers temps avaient, ou plus de force, ou plus de grâce que nous : ah! ils avaient plus de foi , plus de constance, plus d'amour pour Jésus- Christ , plus de mépris pour le monde : voilà tout ce qui les distinguait de nous.
N'avons-nous pas les mêmes sources de grâces qu'eux , le même ministère, le même autel, la même victime ? Les miséricordes du Seigneur ne cdulcnt-elles pas avec la même abondance sur son Église ? N'avons-nous pas encore au milieu de nous des âmes pures et saintes , qui font revivre la foi et la ferveur des premiers temps, et qui sont des preuves vivantes de la possibilité des devoirs , et des miséricordes du Seigneur sur son peuple.' Ne dites donc plus , dit l'Esprit de Dieu , que les temps qui nous ont précédés avaient des avantages sur le notre : JN'e dicas qttod pnora tcmpora mcliom fuere quam mine sunt; stulta enim est hujusrcmodi intcrrofjaiio. {Ecoles, vu, ,11.) Il en a toujours coulé pour enivre Jésus-Christ : il a fallu dans tous les temps porter sa
croix , ne pas se cûiiforœer au siècle corrompu, vivre comme des étrangers sur la terre : les saints ont eu, dans tous les temps , les mêmes passions à combattre que nous , les mêmes abus à éviter, les mêmes pièges à craindre, les mêmes obstacles à surmonter : et s'il y a ici quelque différence, c'est que, dans les premiers temps , ce n'étaient pas de seuls usages arbitraires qu'il fallait éviter , les dérisions du monde seulement qu'on avait à craindre en se déclarant pour Jésus-Christ ; c'étaient les supplices les plus cruels auxquels il fallait s'exposer; c'était la puissance des césars , et la fureur des tyrans, qu'il fallait mépriser; c'étaient des superstitions respectables par leur ancienneté, autorisées par les lois de l'empire , et par le consentement de presque tous les peuples , dont il fallait se dispenser; c'était, en un mot, l'univers entier qu'il fallait armer contre soi. Mais la foi de ces hommes pieux était plus forte que les supplices, que les tjTans, que les césars, que le monde entier, et la nôtre ne peut tenir contre la bizarrerie des usages , ou la puérilité d'une dérision; et l'Évangile, qui pouvait autrefois faire des martyrs , à peine peut-il aujourd'hui former un fidèle. La loi de Dieu est donc immuable dans sa durée ; toujours la même dans tous les temps et dans tous les lieux : mais elle est encore immuable dans son étendue, et la mémo pour tous les états et toutes les conditions.
Le caractère le plus essentiel de la loi de Jésus-Christ, est de réunir sous les mêmes règles , le juif et le gentil , le grec et le barbare , les grands et le peuple , le prince et les sujets : en lui il n'y a plus d'acception de personne. La loi de Moïse, du moins dans ses usages et dans ses cérémonies, n'était donnée qu'à un peuple seul : mais Jésus-Christ est un législateur universel; sa loi comme sa mort est pour tous les hommes. Il est venu de tous les peuples ne faire qu'un peuple; de tous les états et de toutes les conditions ne former qu'un corps : c'est !e même esprit qui l'anime, les mêmes lois qui le gouvernent : on peut y exercer des conditions différentes , y occuper des places plus ou moins honorables ; mais c'est ie même mouvement qui en régit tous les membres. Toutes ces distinctions odieuses qui divisaient autrefois les hommes , sont anéanties par l'Évangile: cette loi sainte ne connaît plus ni pauvre, ni riche , ni noble , ni roturier, ni maître , ni esclave ; elle ne voit dans les hommes que le titre de fidèle, qui les égale tous; elle ne
les distingue point par leurs noms et par leurs places, mais par leurs vertus; et les plus grands à ses yeux sont ceux qui sont les plus sain.ts.
Cependant une seconde illusion assez ordinaire contre l'immutabilité de la loi de Dieu , c'est de se persuader quelle change et s'adoucit en faveur du rang et de la naissance, que ses obligations sont moins austères pour les personnes nées dans l'élévation ; et que les obstacles que les grandes places, et les mœurs attachées à la grandeur, mettent à l'observance des devoirs sévères de l'Évangile , et qui en rendent aux grands la praticiue presque impossible, en rendent aussi la transgression plus innocente. On se figure que les abus permis de tout temps par l'usage aux grands, leur sont accordés par la loi de Dieu, et qu'il y a une autre voie de salutpoureux que pour le peuple. Delà toutes les loisde l'Église violées; les temps et les jours consacrés à l'abstinence, confondus avec le reste des jours, sont regardés comme des privilèges refusés au vulgaire , et réservés au nom seul et à la naissance : de là ne vivre que pour les sens , n'être attentif qu'à les satisfaire ; ne refuser rien au goût , à la vanité , à la curiosité , à l'oisiveté , à l'ambition; faire son Dieu de soi-même : la même prospérité quj facilite tous ces excès , les excuse et les justifie.
Mais , mes frères , je l'ai déjà dit , l'Évangile est la loi de tous les hommes : grands, peuples, vous avez tous promis sur les fonts sacrés de l'observer : l'Église , en vous recevant au nombre de ses enfants , n'a pas proposé aux grands d'autres vœux à faire , et d'autres règles à pratiquer qu'au simple peuple : vous y avez tous fait les mômes promesses ; tous juré , à la face des autels , d'observer le même Évangile : l'Église ne vous a pas demandé alors si par votre naissance selon la chair , vous étiez grand ou peuple ; mais si, par votre renaissance en Jésus-Christ, vous vouliez être fidèle , et vous engager à suivre sa loi : sur le serment que vous en avez fait , elle a mis l'Évangile saint sur votre tête, pour marque que vous vous soumettiez à ce joug sacré.
Et au fond, mes frères , de bonne foi , si l'Évangile avait des distinctions à faire, et des complaisances à accorder; si la loi de Dieu pouvait relâcher quelque chose de sa sévérité , serait-ce en faveur de ceux qui naissent dans l'élévation et dans l'abondance.' Quoi ! elle conserverait toute sa rigueur pour les pauvres et pour
les malheureux? elle condamnerait aux larmes, aux jeûnes, à la pénitence , au dépouillement , ces infortunés dont les jours ne sont presque mêlés que de souffrance et d'amertume , et qui ne goûtent rien de plus doux dans leur état que de manger avec sobriété un pain gagné à la sueur de leur front? et elle déchargerait de ces devoirs rigoureux les grands de la terre ? et elle n'exigei-ait rien de pénible de ceux dont les jours ne sont diversifiés que par la diversité des plaisirs? et elle réserverait toute son indulgence pour ces âmes molles et voluptueuses qui ne vivent que pour les sens, qui ne croient être surla terre que pour y jouir d'une injuste félicité, et qui ne connaissent point d'autre Dieu qu'ellesmêmes ?
{Sermon pour le dimanche de lu Passion.)