‹ petit carrillonneur, Volume 4Chapitre 2 sur 10 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Sage conduite -de Robinean»

Jlfit bien, jeune cavalier, comment vous trouvez - vous ? — JBien , obligeant Pénon , bien pour mou état* Et votre femme ? — Elle va morguenne à merveille aussi. Dame, elle est habituée à çà; voilà son douzième enfant, et j'espère bien que, Tannée prochaine, un treizième complétera le demi-quarteron. — Tout cela existe?

— Tout çà se porte comme vous et moi..... Comme moi s'entend ; car

vous...... — Et vous pouvez soutenir

une famille aussi nombreuse ? ,*— Grâces aux bienfaits d'un bon seigneur, nous travaillons, nous gagnons, nous sommes heureux, et

tout le monde lest autour de nous* — Est-on bien éloigné ici du château de Haut-Buisson? — Non; à une petite demi lieue ;*on le voit dans le jour. Estce que vous alliez au ch&tapu de Haut- Buisson? — C était là où tendaient tous mes vœux.

Le laboggeur fronce le sourcil et parait plus froid ; il continue d'un ton sérieux : Est-ce que monsieur connaît monsieur le comte d' Al in vil? —Beau* coup. — Oh ! oh ! vous êtes son ami , peut-être? — Je suis... Mais pourquoi changez-vous donc si subitement de ton ùl de couleur, bon Pénon?-^- C'est que.... lorsque monsieur sera rétabli, je le prierai de rendre bien vite cette chambre à mon fils Jacques* Nfrus n aimons pas recevoir ici longtemps les amis d'un si méchant homme, — Cela est ferme , et pourrait être imprudent, brave homme $

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en supposant que je fusse en effet l'ami intime de monsieur d'Àlinvil.

—Je ne le crains pas, allez. Il le sait!.*.

Et ce gros monsieur - là , il est donc aussi de sa société?

Robineau répond pour son compte : Je n'ai pas cet honneur, monsieur Pénon, et rassurez-vous. Bien loin d'aimer, d estimer le seigneur dont vous parlez , Dominique que voilà fut sa victime dès sa plus tendre enfance* — Dominique! quoi ce serait là.....

Monsieur serai t ce Dominique dont on a tant parlé, il y vingt ans à peu près, dans tout Marseille? — Monsieur Pénon, sauriez vous quelque chose ?

qu'en disait- on ? — Oh ! rien , rien !

On n'a en que... que des soupçons.. • Je dois me taire ; la reconnaissance m'en fait un devoir. — De grâce, parlez! — Je ne sais rien , vousdis-je.

Mais voilà ce cher monsieur Dami-

ao LE PETIT

nique! Oh, que monsieur le baron aurait de plaisir à le revoir! —Quel baron? —Hein?... aucun, «.personne..* Peste soit de ma langue !*— C'est monsieur le baron deSt.-Erbin?— Lui!...

po;nt du tout ; il ne connaît pas, il ne doit pas connaître M. Dominique...

Dominique interrompt : Vous lui devez tout, ma-t-on dit, ainsi que ce brave militaire qui .est ici/— Victor; Pénon, ifïon neveu? vous avez raison de l'appeler 4>rave. C'est un César t»

çà a quarante ans; c'est le fils de mon pauvre frère aine , que j'ons perdu bien malheureusement. — Vous ne joignez pas me répondre , relative* ment à monsieur de Sain t-Erbin ? — Ecoutez donc, vous m'avez recom-, mandé de la prudence , et je dois en avoir; car on ne sait à qui on parle.

Vous alliez chez ce... ce comte d'À~ linvil ! Je suis bien charmé de revoir

CARRILLONNEUR. ai monsieur Dominique , dont les mal* heurs m oui intéressé, quoique Je n aie foit 'qu'en entendre parler; mais si monsieur Dominique prend le parti du plus méchant de ses deux oncles, ma foi , qu'il s'arrange , il en sera la dupe, et ce ne sera pas ma faute.

Le laboureur se retourne pour quitter la chambre. Robineau veut en vain le dissuader, il sort. Eh bien, dit^ Dominique a Robineau, vous avez un exemple de mille et une tracasseries que j'ai endurées. Vous Toyeas! ce paysan fait comme tous ceux qui m'ont entouré. Des demimots, des exclamations en4>ien oïl' en mal, et jamais d'explications; voilà ce que j'ai entendu jusqu'à présent. Il sait quelque chose 9 et l'obstiné qu'il est ne le dirait pas pour un empire! Cela est plus cruel que la certitude du malheur !..... Peut - être

a* LE PETIT

tirerons - nous plus d'éclairéissemens de «on neveu, Victor Pénèn , avec qui je me suis trouvé dans la voiture de Dreux. Je vous en ai parléhier, vous vous en souvenez? — Très-bien.*..; Mais le jour parait; essaie de prendre quelque repos. — Et vous - même, mon bon père !... On a porté l'attention jusqu'à mettre là, par terre, près de mon Ht , un matelas pour ▼ous. Etendez - vous dessus et doivttiez. — Ma foi , cela n'est pas de refus*

Un petit crochet permettait <fe fermer en dedans la porte de la chambre. Robineau prit cette précaution ; puis il se jeta sur son lit dç camp; et Dominique, ainsi que lui, dormirent profondément , sans qiron vint le& interrompre , jusqu'à midi , heure à laquelle ils se réveillèrent plus calmes et mieux portans* *

C ÀRRÏLLONNEUR. a3 Dès que Mathieu Robineau eut ouvert sa porte , la sage-femme se présenta, amenant un chirurgien qu'elle avait été chercher à Àiiet , le matin* Vous avez donc , dit - elle , mis la clanche à la porte {mot demi on se sert dans ces campagnes pour désigner un loquet)! —Oui , ma bonne dame. — Je me suis aperçu de çà. J'ai voulu clancher en dehors ; j'ai senti de la résistance , et j'ai dès -lors attendu votre réveil pouçyous présenter monsieur, qui est chirurgien:, et qui soignera bien mieux, que moi votre jeune blessé. > .. ,

Le chirurgien visita, pansa le bras, le pied de Dominique, et jugea qu'il lui faudrait au moins huit jours pour qu il put marcher. Cette annonce désespéra notre jeune ami, qui ne pensait qu'à «son Adrtenne. H supplia Mathieu, Robineau d'écrkfc sur le champ

a 4 LE PETTT

au château de Haut-Buisson , et cela

sous sa dictée.

Mathieu céda à sa prière ; mais il se proposa de laisser dicter Dominique, et de n'en faire qu'à sa tète.

Quand il s'est procuré plume, papier, tout ce qu'il fatit, il se met de-, vant une table, et prie DomûwçM ide, commencer. Voici «que lui. dicte Dominique:

« Ma chère Adrienne! )

. « Je suis à deux pas dé vous, et J« ne puis vous voir! » •"■'*

Robinéau , au lieu de ces mots , écrit :

« Ma chère Adrienne!

«Un incident imprévu me prive du -bonheur de vous voir* "

Dominiovk , dictant t « Je sa»

« maintenant «on sort j je sàia (jaeje

CARfcfLLONNEUR, *5

m aip»*i} 40»t«e Bowmique de JJar-

* seille.... » ! ,

: lU*w»%a» écrivant autfp chme:

m B<mr i^M ïfndie plus vite auprès. de « vous, j'?i Uop pressé ua maudit « ebeval*— »

-DoMSNi«uit « Que vous, cherchez « tout* m .

* Robinb^HK « Qui m'a Jeté par.

«terre«««*0

Dominique. « Malheur au comte i< cTAlinvil! J*ai des droits maintenant « pour le «wjiiqgdre. et pour vous reu tirer de ses mains L*«. » , f

R<wtf|U.u* ic Au mpment où je spr« «c tais de chez moi. Ne vous alarme^ « pat; cet accident est léger; mais « une fouUtre me force à garder la « chambre**». »

. DpBUNiQift. fc Qtj'ii tçemblç, cet

«j^m^jû etr coupable! Use légère

«Jfoiij^re.me retiept che^lej^u;

iv. a

s6 LE PETIT

k reur Pénon , à une demi-tiëue de soft <c château...»

ftôèittRAv. « Peut-être ^Mi^eliuU « à dix jours Sans pouvoir me tendre « & Haiit4BuissoTu Dfes ,qtoè je serai ce rétabli , je me ferai uft «devoir d'y

€C VOIW. • •• H

Dominique. ce Vous pouv« ta y ce adresser vos lettres....'**

Rojpineau. « 11 est inutile que v^us « ta'écriviek... >>

1 DoMim^tns. *e Et vousTeeéVres mes If f épouses patr'dii ageht fi&èîe.,.. >i ;

Robineau. «rCar je ne pourrais

* vous répondre ,'âyimt la main droite

* enveloppée.... » : '' ,ii ' > -)

IfolittriKgbft. «J'afî'ip^eritiiîïprèli frète moi riion'fidèle ami Ntàtliieo Ro-

* bineau,».. »

K*bis*â'ij; ir firf à pr&tëtft pffcV de

* moi mon fidèle «m RômVibsrcr....» '

DbfoiNt<£v)k « Qui mie pirôdi^réldirs

CÀkRILLONNEUR. a?

« ses soims. Aussi ne suis*|g inquietci quç de vous ! #>

Robzhsau* «Aussi je ne isuts in- (i quiet que de vous ! »

Dominions, k II me faut btet* de la ic résignation pour ne pas inaudire le «sort qui me sépare, pour fosg*»

« temps encore , de vous y quand nous « sommes si prèsi'un de 1 autre ! *>

Robineàu* « H me làui bien de la n résignation pour ne pas maudire le « sert qui me sépare encore de tout ce « que j'adore. »

Dominique, « Adieu f adieu , ma te chère , ma toute aimée Admette ! »

Robineàu. u Adieu, adieu ^ «a « chère, ma toute aimée Aérienne! »

On voit que Robtneau a écrit tonte autre chose que ce que lui a dicté Dominique ^ et il a eu pour ode des raisons que k docteur pénétrant doit deviner. Quand il a fini , le vieillard s'empresse de ployer h lettre» 11 va

la cacheter , lorsque Dominique ia lui

demande pour la signer.

Robineau ne «attendait pas à cela.

Il répond : Pourquoi signer ? Il est sensé que, blessé comme tu tes, il t'a été impossible.... D ailleurs , je vais ajouter que tu as été obligé d emprunter une main étrangère/ —Vous ferez bien d'ajouter cela.

.. Robineau écrit par post-scripium :

« Comme il m'est impossible de tenir « une plume , c'est mon ami Robi- « neau qui vous écrit cette lettre sous * ma dictée.»

Robineau s'en ,croit quitte ; mais l'obstiné jaune homme veut voir la lettre » Ja relire. Il la trouve insignifiante f froide , sans expression* H la demande. Robineau refuse * Dominique 1 exige avec vivacité. La voilà , lui dit d'un, air sérieux Robineau» en la lui donnant.

lih bon Dieu, mon cher Mathieu I

CARRILLONNEUR. s 9 vous n'avez pas écrit un mot de ce que je vous ai dit! —Non, mon ami, et tu en sentiras la raison. Tu dis à Âdrienne que tu es & deux pas d'elle; dans la chaumière de Pénon î Tu menaces le comte d'Àlinvil! tu lui prodigues les épithètes les plus injurieuses, et cefa dans une lettre qu'il in ter* ceptera sans doute , qu'il lira avant de la laisser remettre & mademoiselle de Blévillet Tu ranimes contre elle!

contre moi ! Tu le pousses à quelque acte de violence I qui sait? Peut-être à te faire arracher d'ici , de mes bras trop faibles peur te retenir I J'ai des pressentiment que si ce méchant homme te savait si voisin de son chà* teftu, il serait capable de tout pour se venger de la manière outrageante dont tu parles de lui à sa prisonnière»

Fais donc une réflexion : Si nous présumons que ce cbmte a dicté la lettre

5o LE PETIT

d'Adrien ne , sois s6r qu'il voudra en connaître la réponse; et alors, iîfaut mettre de la modération dans cette réponse.... Que veux-tu apprendre à ton Adrienne? Ta chute de cheval qui t'empêche d'aller la revoir j voilà tout. Relia ma lettre 4 moi , et tu verras que ton but est rempli , sans que le comte puisse s'en formaliser, ni te soupçonner à deux pas de lui* Voilà ce que j ai décrit j écoute avec attention.

« Ma chère Adrienne ,

« Un incident imprévu tue prive h du bonheur de vous voir. Pour me « rendre pins vite auprès de vous, w j'ai trop presse un maudit cheval « qui ma jeté par terre , au moment u où je sortais de chez moi. Ne vous « alarme* pas : cet accident est lé- « ger ; mais une foulure me force à

CARRÏLLOWNEUR. 3i

ce garder la chambre» Peu t-&i?e sçrai }o

h huit ^ dix jours sans pouvoir m*

m rendre à Haut-Buisson* îùfa que je

« serai rétabli, je me ffeçei un devoir

« djf vole*, il est ioutile que voua m'en

« criviaz.j ç*r jn ne pourrais vous ré-

rt pondre, aytnl la main droite enve~

« loppée. J ai à présent près de moi

te mon fidèle ami Robineau. Ainsi je

a ne suis inquiet que de voua.

* Il me faut bien de la résignation « pour ne pas maudire le sort qui me « sépare encore de tout oe qu? j'a- «dore!

«Adieu, adieu, ma chère, ma toute a aimée Adrienne ! »

P. S. « Comme il m'est impossible « de tenir une plume, c'est mon ami «Robineau (fui voua écrit cette lettre « sons ma dictée. » La voilà en entier, cette lettre. Elle est sage , elle

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5a ^ PETIT

est raisonnable. Tu leur fais croire que ton accident t est arrivé en sortant de chez toi : ils te supposeront toujours k Paris , et ils ne te chercheront pas dans leurs environs, Tu voulais que le comte apprit que tu sais ton sort, que tu es le Dominique à qui il en veut tant! C'était une imprudence, un aveu prématuré» Notre but , en altent à Haut-Buisson , n est pas d'y faire une fanfaronnade inutile; mais bi et* -de chercher à délivrer tonÀdrienne, en laissant son persécuteur, le tien (puisqu'il ne Ta enlevée que pour t'.attirer chez lui)>dans la même incertitude sur ton état, ce qui lui ôte le droit de primer sur toi, de te commander, d'interposer enfin l'autorité d'un oncle» Te croyant fils de monsieur Craque! 7 toi protestant toujours que tu l'es , nous courrons moins de danger en allant lui deznan-

- CÀRRILLONNEUR. 35 «1er raison d'un enlèvement illégal»

Sens-tu tout cela, fou que tu es !.»••* Nous nous faisions de belles affeires 9 si j avais écrit toutes les sottises que ton inexpérience me dictait Fietoi à ma prudence. J'ai consenti à t accompagner sans doute , quelques dangers que nous pussions courir ea «liant nous livrer à ton ennemi ; mai* il est des moyens de prévenir ces dangers, ou du moins de les rendre moins imminens; et si tu veux te laisser gouverner par moi, tu verras que nous sortirons triomphans de ce pas difficile*.

Dominique, ému jusqu'aux larmes de la solidité des conseils de son ami, le prie d excuser sa jeunesse, sa vivacité, et lui proteste qu'il s'en rapportera dorénavant à ses sages avis.

En ce moment, Jacques Pénon entre avec ua de ses jeunes frères-,

qui va, dit-il, au village d'Anet Jacques demande si monsieur Dominique a quelque erdre à lui donner.

Robineau a cacheté sa lettre. Il a mis sur la suscriptton : A mademoiselle Advienne de Bléville, chez monsieur le comté dAlimil, au château de Haui- Buisson A\ prie le petit bonhomme de la remettre à son adresse, en lui recommandant bien de ne pas dire, quelques questions qu'on lai fasse, de qui, ni de quel endroit elle vient.

L'enfant sort ponr faire ses commissions*

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