CHAPITRE III
Tableaq moral.. Visite prévue. . ^
VicToaPépoo, ce notaire se*eu du cultivateur, ,vîçpt demander des ppity^lles du malade PofgiaiqMe k rassure fur son éipt, et s'informe à son tour de celui de. l'accouchée. EUe va bien , répond Victor ; nous dipe-* um$ lou« auprèp <J|e $çn lit, et je youp y porterai, ipqn jpupe amû Assii & ta^Ie, la. jambe aUpngéesur u*>siege # -vous verrez. qu* *v\qus sçrez biem,. f Mais permettes - moi de vopç fgigç une question- Mou oncle, n| ? a dit que vous êtes monsieur Domio^que d'A- Hnvil de Marseille; cela est- il vrai?
— Je fc sua, — 4b > mon ami, per-
mettez que je vous embrasée : vous êtes le neveu du plus estimable de tous les' hommes* — Vous n entendez sûrement pas désigner ici le seigneur de Haut-Buisson. — Lut , grand Dieu l c est tout l'opposé de celui dont je tous parle. C est monsieur de Saint- Erbro, mon cher, c'est le digne baron de Samt-Erbin qu! mérite votre respect et toute votre tendresse. Si vous le connaissiez l si vous saviez ce qu'il est ! — Ecoutez, mon cher Robin eau, si vous n'êtes pas encore convainc»
de toute la probité de monsieur de Saint -Erbfn, voilà monsieur qui va vous persuader* J'aime à entendre l'éloge de cet excellent homme, et Je rougis de plus en plus des sottes terreurs qu'il ma , sans le vouloir, inspirées. Parlez , monsieur Victor, parlez.
Victor reprend î* parofe. Mon jière,
CARRILLONNEUR. 3 7 non malheureux père.... faut-il vous l'avouer. »«• oui, je dois le dire. 11 est d'un homme d'honneur de convenir des torts de ses perens pour ennoblir les êtres généreux qui les ont pardonnés*
Mon père était un des. fermiers de monsieur le baron ; c'est-à-dire qu'à deux lieues du château de la Croix- Saint-André, mon père faisait valoir une ferme qui dépendait de ce ch4teau. Mon père n'avait qu'un frère, ce bon Pénon ches lequel vous êtes»
Ce frère » ayant point de moyens d'existence, demeurait chez mon père* et lui rendait des services. Quant à moi , on m'avait placé tout jeune che»
le jardinier du parcde la Cro&Saint- André» Tout allait bien. Mon père payait exactement son fermage tçup les ans» li était veuf, et n'avait d'autre charge que la famille de son frère»
qui était marié Y et -père déjà d'une nombreuse famille en très-hasr âge»
Pendant une certaine, époque à Ut quelle monsieur le baron de Saint~ Erbin fy un assez long séjour à Marseille, mon père parut se déranger de ses affaires» Il restait à Paris des semaines pritièrss, et laissait à mon on* cle tout Tejnabarras de la ferme.
Monsieur le baron revint de M$jfseille, triste, chagrin > accablé de soucis. Ne voulant voir personne, lui et sa famille se concentrèrent dans leur intérieur. Il apprit les fréquena voyages de mon père ; il le vit triste de son côté, sombre et changeant à vue d'œiL 11 lui en demanda un jour les molifo; avec cette bonté qui le caractérise. Pour toute réponse , mon père fondît en larmes et le quitta* Une explication alors aurait empêché un crime 3 il fut commis!..-. Dans la nuit
CÀRRlLtONNEUR. 5g 4pA suivit cette fatale journée, le feu prit à la ferme de mon père. Grains , bestiaux , granges, écuries, jusqu'au mobilier même de mon père et de mon oncle, tout fut détruit!..» On ne savait si Ton devait accuser le hasard eu les hommes d'un pareil malheur, lorsque mon père, bourrelé de remords , fut se jeter aux genoux de monsieur le baron , en lui avouant qu'il était l'incendiaire* Une mauvaise connaissance qu'il avait faite à Paris lui avait montré la route des maisons de jeu. Mon coupable père ayant tout perdu, devant de tous les côtés, avait pris ce parti désespéré pour éviter de payer son fermage. As- tu donc ou?* blié , malheureux ! lui dit le baron indigné, que tu as un frère, des ne* veux, un fris, un fils, père dénaturé, que tu réduis à la mendicité?
Monseigneur, lui répondit mon père ,
JbyVJC
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ea embrassant ses genoux, j'ose vousles recommander tous; quant à moi, je me punis»
Une fenêtre était ouverte. L'infortuné s y précipite , et tombe sur la pierre, où il reste sans vie* Quel spectacle affreux pour monsieur le baron, qui avait déjà bien assez de ses peines U... Hé bien f au Heu de repousser loin de lui les parens du coupable, ce bon , ce généreux seigneur nous assembla tous : Votre frère, dit- il à mon oncle et £ moi, votre père a commis un crime affreux; mais qui peut se vanter d arrive» au terme de sa vie, sans l'avoir souillée par quelque tache! (Il soupire*) Il eut des remords» Eh , peuvent-ils effacer les torts qu'on a eus!.... Mais enfin, il eut des remords, et moi , moi , grand Dieu! qui dois plus que tout autre avoir de l'indulgence pour les pas-
CARRILLONNEUR, 4* sions humaines, je lui aurais pardonné, s'il n'eût pas cédé à l'excès de son repentir. Grand exemple, que peu d'hommes ont le courage de suivre. Il n'est plus, et je ne vous punirai point des malheurs qu'il a accu* mules sur vos têtes*
A* ces mots, il fit don à $ton oncle de la petite ferttie où nous nous trouvons aujourd'hui , qui dépendait autrefois du château de Haut-Buisson , mais que des partages avaient fait tomber en sa possession. Quant h moi , qui manifestais un goût domi* nant pour létal militaire , il me fit enseigne dans son régiment» Il m'a depuis avancé d'une manière trop généreuse , et j'ai encore aujourd'hui l'honneur de servir sous ce grand capitaine* Md fortune, celle de mon oncle, de ses enfans, tout cela est l'ouvrage d un homme qui aurait dû
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nous abandoaner. Jugez du respect tueux attachement que nouaki avon»
tous voué pouc la vie.
Soudain le cultivateur Pénon ef tous ses encans entrent dans la chambre de Dominique* Je faisafc, leur dit Victor, l'éloge de notre digue bienfaiteur. — De j#op$ieur de Saint- Érbin ! s écrie Pénon ; c'est aujourd'hui le jour de aa naissance ; il a aujourd'hui même cinquante-cinq ans* Vous savez que nous avons l'habitude de prier tous les ans le ciel pour la conservation de ses précieux jours.
Voilà son portrait, celui de sa ter»
tueuse épouse» Prosternez vous, eu-»
fans; à genoux tous devant ces images chéries!
En une minute tout le monde esté genoux, et Pénon prononce à haute voix une prière qui est répétée , phrase par phrase, par toute la famille»
CARWLLONNEUR. 45 Tableau touchant! qui arrache de* larmes des yeux de Dorramque ému t et même de ceux du. bon Mathieu Robineau.
À présent, dit en riant le cuhîrateur Pénon > à présent que nous avons prié pour N eux , allons nous mettre à table, où nous boirons & leur santé I
Cet avis fut goûté de tout le monde, et les jeunes garçons du bon laboureur '6e firent un honneur de porter Dominique sur des sièges préparés pour lui à table, de manière à ce que son pied ne fût pas gêné.
Madame Pénon était là, i$ns son \Kt, tenant sur son sein son petit nouveau-né, et rayonnante de>oie etde santé.
Le petit bonhomme qui avait porté à Haut-Buisson la lettre de Dominique était revenu ; mais il n'avait paa
1 air du tout content de son message* Jacques, Vaine des fils Pénon, lui demanda s'il avait bien remis sa lettre. — Oui, mon frère, répondit l'enfant ; c'est une grande dame de condition qui me la prise des mains, et qui, après l'avoir décachetée et hie , m'a fait des questions, des ques* tions!.,.. Je répondais toujours qn'un monsieur que je ne connaissais pas m'avait arrêté sur la grande route , pour me charger de cette lettre. Bah!
elle n'en voulait rien croire; elle disait toujours : Mais la lettre d'Âdrienne n'a dû arriver qu'hier soir à Paris, et très tard; comment se fait-il que Dominique, blessé sans doute ce matin en montant à cheval , ait pu faire parvenir ici cette lettre, qui ne porte aucun timbre de la poste.....? Elle disait cela,. cette belle dame, à un grand monsieur en robe de chambre
CARRILLOMNEUR. 45 %ou*ed'<or,qui secouait h télé en oigne de doute. — Eh puis ? — Eh (mis—., je me suis en allé; mats je me suis bien aperçu que fêtais suivi de loin par un grand domestique. Quand je me retournais, il s'arrêtait; quand je marchais, il continuait la même route que moi, là- bas, par le chemin de traverse des trois figuiers. Enfin, je suis entré ici, et j'ai vu ce même domestique qui interrogeait vivement Jean , notre garçon de char rue. Je ne sais pas ce qu'il lai demandait.
Je le devine, moi, interrompt Dominique, et noua allons sûrement % recevoir un message de monsieur le comte
Dominique se trompait ; ce fut une visite qu'il jFeçut, et d'une personne qu'il n'attendait guère. La porte sou*
«vre vivement On voit entrer la
jÊomtesse d'ÀlinvU elle-même, qui
salue Pénon <f un sfiï affable, demande à l'accouchée des nouvelles de sa santé f «t sans attendre sa réponse , arrive droit à Dominique, prend un siège et s'asseoit près de iui : Mon bon Dieu ! s ecrie-t-elle , qu avez-vous , Dominique ? vous écrrviee qae vous , aviee une* foulure! cela pafatt plus Sérieux qu'on ne le croyait Vous ne pouvez pas marcher, je le vois ; mais on va vous transporter doucement an château. J'ai là ma grande berlme; elle est très-douce. Je ne souffrirai pas que vous restiez plus longtemps chez ces paysans. ■— Ces paysans, Madame, lui répond Dominique en réprimant son indignation, sont bons», humains , hospitaliers j ils prennent soin d'une vie qàe vos fis ont voulu in arracher par la plus lâche des tra*»
Irisons. ■»— Boni est-ce qu'il né fairt pas pardonnera de mauvaises têtes!
CARRILLONNEUR. fyf folie de faunes gens animés les uns centre les autres, et qui m'a coulée un fiU bien cher (ellejhmt d'esittyer /jueU/uâs larmes ) ! C'est sans notre aveu* je tous prie ée le croire.....
monsieur le comte et moi, noua tes avons joliment grondés ! — Joliment grondés !«•». et Jnademoisetie'de Bléville ! les avez- vous aussi joliment grondés pour avoir ravi avec violence cette Jeune pertonne à son père? — À son père?, mais désabusez - vôtos dohc :* Adrienne n'ert point la fitte de ce Bléville. — En supposant qu'elle ne Je soit pas , ave^vous'des droits sur elle ? — Otri , inonc&er* nous...... nous en avons.
Soyez sûr que nous n'avons feit que
ce que nous devions faire Puisje
vous emmener ; voyons , décidea*vous. ->-** Est-ce > Madame , pour souffrir de nouvelles persécutions?— -Eh,
vous n'en auriez jamais éprouvé > méchant jeune homme , si , dans les commencement, vois aviez répondu à lamour d'une personne qui voulait vous éviter tous ces chagrins, seul avec elle dans une campagne éloignée de ceux qui voulaient vous nuire.... Il eu est temps encore; cette personne vous adore toujours ; elle peut.,.. — Cessez, Madame, de tenir le langage du vice dans l'asile de la vertu. Respectez l'innocence et la candeur de ceux qui vous entendent — Comme il me parle! — Comme je le dois; mais je vous croyais dans un couvent, séparée de votre époux, de vos enfans, depuis la mort de.... — > J'ai eu cette idée -là un moment. Je suis trop bonne épouse, trop tendre mère pour me priver de mon mari, de mes fils. Je suis revenue me jeter dans leur* bras. — Parlons, Madame,
CÀRWttONNEUR. 4g de ma cbace Àdrienne : elle ma écrit que voua ne la rendriez qu'à moi* YousleUuajre;* promis apparemment»
Je vperis attendre l'effet de cette pro~ messe, et je vous prîéxle l'envoyer ici même, près de ces bons cultivateurs et de mon vieil ami Mathieu Robinean que voici.
La comtesse parcourt Robineau de k tête augefpeda avec un 1 regard dédbjgneux; puis elle répond : Cest ce vieux bonhomme de ménétrier que j'ai vu une ou deux fois* Je vous félicite, Domioijpe, sur le choix de vos amis! ~Si j avais pu choisir de même mes ennemis* Madame , je les aurais désiré moins vils et moins: lâchés, — Vous oses m'insulte* i ce point ! redoqte* !...— Je ne crains rien, Madame; c'est à vous d* trembler.
— A moi! -r Si vous ne rende» p*6 Àdrienpe à sa femiUe ou * ui&i, qui iv. 5
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dois être son époux, je vous attaque en justice , et tous vos secretralors seront dévoilés! —insensé (elle pâlit} l tu nie fais pitié! tu serais perdu le premier! De quel droit me derdsmde^tu Adrienne? Qui oserait l'arracher de mes mains?
Moi! s'écrie un étranger qui entre précipitamment.
Dominique reconnaît Soudain le père capucin qui la déjà soustrait à Ja fureur du comte d'Alinvil.
Moi! continue avec fermeté le père Isidore; et vou&favez ce dont je suis capable, si vous ne me la rendes pas avant deux heures d'ici !
La laide comtesse tombe par terre sans connaissance. On lui prodigue les soins de l'humanité;- elle ne revient à elle que pour retomber dans lin de ces accès nerveux qui ressemblent à une «frayante épilepeie, Elle
CARMLLONNEUR. 5i se roule, elle se tord les bras; elle s'écrie : Spectre affreux ! fantôme abominable! ôte-toi de mes yeux J...
Oo court à sa voiture. Ses gens et son fils Charles, qui l'attendaient au dehors, arrivent, l'emportent et la ramènent dans cet état au ch&teaude Haut-Buisson*
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