CHAPITRE IV
^uel *$t «e perspnpige ttytfeiieux?
Qui étes-vous donc, mon père, demande Dominique au saint religieux, pour effrayer ainsi ces misérables? Voilà la seconde fois que votre présence produit à mes yeux ce singulier effet sur eux. — Mon fils, lui répond le père Isidore en lui serrant les mains avec amitié , je puis vous dire à présent que vous le saurez; vous apprendrez un jour qui je suis : eh, puissiez-vous alors me conserver votre estime et votre amitié!, — Ce sont deux sentimens que vous m'avez inspirés dès notre entrevue dans le carrosse de Dreux. •— Je suis
CARRILLOOTŒUR. 55 maintenant, mon fib, en tournée dans ces campagnes pour y demander aux bmëê charitables de légers donspour notre courent. J'ai aperçu f au moment oi* j'allais entrer ici , le carrosse * la livrée des d'AHnvih Soupçonnant de leur part quelque nouvelle perfidie dont je ne pouvais t me rendre compte , j'ai écouté à cette porte , et je suis entré pour terrifier la méchante femme qui vous a ravi votre Àdrienne. — Elle vous connaît donc ? — Vous ave^ vu si elle me connaît 9 si elle me redoute !....
— Vous avez apparemment des droit*
sur elle? — fies droits que le
criminel donne toujours à celui qui peut le perdre* — Le perdre!,., vous pourriez confondre, perdre les d'Alinvil ? ~ Si je dis un mot , ils sont rayés de la société. — Que ne le dites- vous, ce mot terrible que
vons ne pouvez taire sans nuire aux bond, que ces gens-là persécutent?, -*-? Ah, Dominique ! c'est pour vous que je garde le silence. — Pour moi!
— Pour vous et pour des gens....
qui doivent vous devenir bien chers I
— Expliquez-vous ? — Je ne le puis.
J'ai fait aux autels du Créateur le serment solennel de garder jusqu'à la mort ce fatal secret. ~ Voua ne pourriez donc le révéler sans vous rendre parjure ? — Cela me serait impossible; mais ces méchans ignorent rengagement que j'ai pris devant Dieu. Ils tremblent à toute minute que je ne dévoile leurs forfaits.
— Oh ciel ! des forfaits ! — Ils onjt été jusqu'à vouloir attenter à ma vie, mais c'était par excès de rage : car ils savent trop que, quand je n'existerais plus, je ne suis pas le seul dépositaire de leur secret. Dieu ; qui m'a sauvé
CÀRRILLÔNNEUR. 55 de leurs pièges , a imprimé en même temps dans leur âme une terreur si grande à mon seul aspect, que ma vue produit toujours sur eux Feffet dont tous veness d'être téràùin*
Dominique se tourne interdit vers Mathieu Robineau : Eh bien , mon cher Mathieu ! que dites-tous de tout cela? — Je dis que tes ennemis île sont plus cachés à me* yeux , et que je sais aussi de quel côté sont tes amis* —Ce respectable vieillard a raison, reprend le père Isidore, Vos amis, Dominique*,, sont dans la famille Saint- Erbin. — Us vous connaissent aussi , mon père, messieurs <te Saint-Erbin?.... — Je vous demande s'ils doivent me connaître y je sure le Érère de madame de SaintErbin. — Vous?
— JUtf baronne est ma sœur* *r- Quor, cette dame si respectable !..♦.
J'aurais dû m'en douter; tous lui
$6 . LE PETIT ressembla beaucoup , et voii* avea sans doute aussi les vertus qui là rendent si chère à tout le monde, *- Mon fils , ne. jugez pas si farora* blement de moi. Je suis homme, et susceptible de toutes les faiblesses annexées à l'humanité» Voilà Victor Pénon, son oncle.... ils me connais* sent B88ez/u. ~~ Pour savoir, inter* rompt Vîotor, que vous êtes l'homme le plus respectable, le plus digne , le plus.*...
Le père Isidore parait troublé. Il fait tomber la conversation sur un autre sujet. Comment étea-vous ici , Dominique, et blessé, à ce qu'il me parait ?
Borainique lui lait part du projet qu'il avait de se rendre au château de Haut-Buisson, et de sa chute de cheval qui l'a forcé à demander !'hcrs :
pttalité chez le bon laboureur Pénom
CARRIiXONNEUR. 5 T lie pèrelsWore lui répond : Eh quoi, mon fils! von*aor iez fait l'imprudence d'aller von» livrer vous-même à vos* ennemis ! vous alliez mettre le pied dans 1 asile du crime ! Vous n'en seriez pas sortr, infortuné jeune homme!
Us vous auraient tué ! — Comment , sans craindre que les lois...? — H y a long-temps qu'ils se sent mis audessus de toutes lés lois divines et humaines* Ils veulent vdto* attirer* chez eux à tout prix pour vous perdre ; c'est pour cela qu'ils ont enlevé Àdrienne de Bléville, espérant que F amour vous faisant tout braver pour la revoir, vous vous rendriez? à leur repaire, où la mort devait tous attendre. Us ont dicté eux-mêmes à la tremblante Àdrienne le billet que vous avez reçu d'elle. Mademoiselle <fe Biéville Fa écrit sans en sentir les conséquences , sans en prévoir les
suites. Voilà la tactique de ces monstres. — Mais qu ai - je pu faire pour leur être si odieux? — Vous ne l'apprendrez que trop tôt.... Mais l'heure s avance, et Adrienne ne vient point !
— Vous espérez qu'ils vous la rendront? — S'ils me la rendront ! vous verrez. „
Tout le monde crut que le père Isidore se flattait d'un vain espoir ; car la soûife, la nuit entière s écoulèrent sans qu'on vit venir quelqu'un du château. Cette nuit, le révérend pèse capucin la passa dans le lit d'un des fils Pénon. II dorrak très-bien , ainsi que Dominique et son bon Robifteâu. '
Le malin, après le déjeuner, le père Isidor&prît du papier et écrivit ce billet au comte d Alinvil :
« Je vous avertis que si vyus né <c me renvoyez pas Adrienne avec le
CARR1LLONNEUR. 5g «porteur du présent billet, je vous « fais arrêter, par la gendarmerie, sur « une plainte au criminel que je sauce rai dicter à Dominique. J ai pris ce « jeune homme sous ma protection , « je ne le quitterai plus désormais.
« Je sacrifierai ma vie pour lui, si vous « m'y forcez : Vous m'avez entendu :
« agissez, ou n<?us agirons*
h Le père Isidore. »
On envoie ce billet au diâteau pas le même petit garçon de la veille, et une heure après, on le voit revenir avec Adrknne elle- même, qui se jette en fondant ea larmes dans les bras du bon religieux» Eh bien , Messieurs, dit le père capucin, ai- je réussi ? — Vous ro'éloims» d* plus €3 plus! répond Dominique.,. ,
Le petit Pénon remet aij pèn&t*idore une lettre que le -comte d Alin-
6o LE PETIT
vil a écrite pour loi. Le religieux la Ht tout bas en rougissant, en pâlissant tour à touf . Cette lettre est longue , et parait, à la pantomime du père Isidore , remplie d'injures et de menaces. Il dit tout haut , après l'avoir lue : Je me doutais de tout cela ; va , méchant , ton heure est venue. Ton supplice va commencer; il sera éter- ; Dell
* Dominique demande à Âdrienne comment ou hii a rendu sa liberté.
J'attendais à tout moment, réponditelle, que tous arrivassiez, monsieur Dominique. On m'avait dicté le billet ^ue vous avez reçu /dont je ne prévoyais pas les conséquences; car, dès mon arrivée à Haut -Buis s on , on m'avait traitée avec beaucoup d'égards, on ne parlait de vous .devant moi qu'avec des^ démonstrations* d'amitié, d'intérêt, qui tie me parais-
CARRILLONNEUR. 6t raient guère suspectes, dans Fignorenée où } étais surtout , oh je suis encore, des rapports que tous pouvez avoir avec messieurs <f Àlinvil (les secrets de mon père et ceux de' monsieur de Saint-Erbinont toujours été impénétrables pour moi ) ; enfin , tout à l'heure, monsieur le comte et la comtesse mont fait descendre de la chambre où j'étais surveillée par deux vieilles mégères»
Àdrienne , m'a dit le comte en dis* simulant une rage concentrée /je vous avais fait enlever un moment à voire famille , dan» l'espérance de faire revenir ici Dominique, qui nous est bien cher!....* nous avons la triste preuve qu'il noirs déleste autant que nous l'aimons. Il refuse de venir ici > et d'ailleurs, on vous redemande de la part de vos parens. Nous ne prétendons pas vous» tenir toujours en
captivité» Vous être libre de suivra ce paysan, qui va vous ramener à l'ami intime de votre père* Allex, Adriemie, et n'oubliez pas- de dire à Dominique que, malgré les fautes de mes fils et les pleurs que je verse sur la mort de mon Octave* il peut le remplacer chez moi quand il voudra. On me calomnie, on me noircit à ses yeux»
Qu'il vienne : il trouvera ces. bras ouverts comme ceux du plus tendre père! lia dû me connaître*, me ju«< ger, dans le temps où il m'a sauvé la vie* Pourquoi est-il changé à mon égard ? Je Faime tant que , pour le voir ici, là» près. de moi» j emploie rais, jq .crçt* ,1a violence, comme je lai fait en vain , il y a quelques jours, dans le petit bois du .presbytère. L'excès de mon amitié me rend coupable à ses yeux; c'est un défaut dont je.jie me corrigerai }a~
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mars!...,. Telles sont > monsieur Do 4 minique f ses propres paroles. Je Vai quitté eu tremblant , et me voilà dans le sein de mes meilleurs amis !
H y a, dit Dominique , une incohérence marquée dans les actions et les paroles de ce comte d'Almvil I C'est par excès d'amitié qu'il me faisait carotter par ses gens, dans le petit bois, lorsque votre seul aspect la fait fuir! c'est par excès d'amitié qu'il m'a menacé , caressé tour à tour, et persécuté de toutes les manières depuis que j'ai le mal* heur de le connaître! — JLes méçhans , répond le père Isidore , ont on esprit de vertige qui les fait déraisonner par momens, agir toujours avec la dernière inconsquence , et finir par s'envelopper de leurs #propres filets. 11 ne sait que faire pour vous a tlircr chez lui ; et s'il vous
6/ f LE PETIT tenait cette fois, après avoir balancé dans l'incertitude où il est toujours que vous soyez le Dominique son neveu, cette fois, dis-je, il vous perdrait. — II en serait capable ? — Si vous saviez comme moi le motif qui 1 animé contre ce neveu^ vous n'en douteriez plus! — Hein , Dominique, interrompt Robincau , et la lettre d'hier, si je l'avais laissée partir tefte que tu me l'avais dictée, où en serais- tu ? le comte saurait que tu es en effet son neveu. — Ciel î s'écrie le père Isidore en reculant deux pas, il est donc vrai
Nous en avions presque la certitude' par mille recherches que nous avontf faites à votre sujet; mais cela est sûr enfiftt vous êtes ce pauvre enfant abandonné aux Champs-Elysées! Qui vous sauva donc alor& de ce cruel abandon ? — Vous le voyez , répond
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Dominique , c'est ce respectable vieillard, — Homme généreux I homme parfait! ah! tous rendez lé bonheur à toute une fatiriHe ! Mais pourquoi > cher Dominique , vous êtes- vous obstiné à cacher si longtemps te secret, qui n'en était pas tout à fait un pour nous? — Je ne le sais que depuis deux jours, mon révérend père. Mon digne bienfaiteur que voilà était absent ; ce n'est
qu'à son retour — Oh ! que mon
beau-frère va être content quand il apprendra qu'il est retrouvé, ce neveu qu'il chérit tant! — Vous me permettreg, interrompt Robineau , d'être le premier à lui apprendre cette nouvelle. Gardez tous encore ce secret, de grâce , jusqu'à ce que je trouve à propos d'en instruire monsieur le baron de Saint-Erbrn.
Adrienne et le père Isidore sen-
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gagèrent & n en rien laisser pénétrer ; puis le père capucin ajouta s Le voilà donc cet enfant qui noue a coûté tant de larmes ! O divine Providence ! que tes décrets sont admirables! L'orphelin n'avait ni parens, ni nom, ni asile! tu envoies un se* cond père à l'orphelin! tu le mènes par la main a travers tous les écueila du malheur, de l'inexpérience, et tu le produis aujourd'hui pour consoler les bons et eonfondre les méchans! O mon Dieu ! c'est ici qu'il est juste de dire avec saint Ambroise : Tu suis de l'œil le coupable qui se cache dans V ombre, et V innocence trouve en toi tôt ou tard un vengeur! Tu seras vengé , Dominique , tu le seras !
Pardonnez -moi ce langage familier que m'inspire l'excès de mon émotion! — Oh! parlez -moi, mon père!
parlez-moi comme à un fils chéri!
CARKILLONNEUR. 67 J'ai donc enfin là, près de moi, deux êtres qui s'intéressent $. ma triste destinée! Depuis long-temps jetais privé de ce bonheur! — Vous êtes injuste, Dominique! Vous n avez donc pas su apprécier le cœur de monsieur de Saint- Erbin et celui de ma sœur? Dans peu , vous verrez que le nombre de vos amis est plus grand que vous ne le pensez... mais il nous faut quitter cette demeure; noua sommes voisins d'ennemis trop dangereux Ils sont capables, pour se venger de moi, de vous, d'entourer cette chaumière , de nous attaquer de
nuit; je les connais! Comme
notre cher Dominique ne peut marcher, nous prierons Jacques Pérçon d aller tantôt nous chercher une voiture bien douce à la ville prochaine t et nous partirons dès ce soir pour nous rendre tous auprès de monsieur
de Saint- Erbin et du bon Blé ville, qui peut-être ignoré encore le*liëu qu habite sa fille. — Je lui ai écrit, reprend Âdrientie; j'ai trouvé le moyen de lui faire parvenir une lettre par l'exprès qui a porté à «Paris celle de itaonsieur Dortainique. — Fort bien , toa fille* Bon Pénon, tous permettrez que rotre fis aîné «lie pour nous****.
Pénon répond : Avec le plus grand plaisir, mon révérend père.
Et Jacques sort pour faire cette commission*
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