‹ petit carrillonneur, Volume 4Chapitre 5 sur 10 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

11 tamM <fa?s uo piège affreux,

vjet obligeant jeune homme a trouvé une chaise de poste très-commode , dans laquelle Dominique pourra tenir sa jambe allongée sur up coussin. Il remercie ses hôtes des soins qu'ils lut ont prodigués ; puie on le place dans la voiture; le religieux et Robineau montent près de lui, et le «ilitaîre, Victor Pénon, qui veut saisir cette occasion d'aller saluer son bienfaiteur , monte sur le cheval qui, deux jours avant, a jeté par terre Dominique qt son compagnon de voyage. On sait que ce cheval, re- Irouvé par Jacques Pénop , a été gardé

HJn

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avec soin dans l'écurie de la petite ferme. Mathieu Robineau avait eu l'attention de le débarrasser de la valise et des effets qu'il portait.

On fait de part et d'autre de nouveaux vœux pour le bonheur commun, et nos amis partent pour le <*h4teau de 4a Croix* Saint- And ré. Us sont en forée 9 et ne craignent pas qu'on les attaque. Le brave Victor Pénon est capable de les défendre seul .contre six hommes.

Il ne N leur arrive rien en route* Après «roir voyagé toute la nuit, très-lentement, à cause de l'état de souffrance de Dominique , l'aurore vient 1er éclairer, etk soIeH qui la suit dore bientôt les blutes murailles du château gothique dé monsieur de Saint -Erbin. Quel bonheur, se dit Dominique! je rends Adrienueàson père, et je l'épouse de suite sans doute;

CARR1LLONNEUR. 71 car je sais maintenant qui je suis. Je me découvre. On m'apprend tous les secrets qui me concernent, et Ton n a plus de raison pour me refuser une main qu'on m'a promise.

Dominique se flatte d'être bientôt an comble de ses vœux ; mais il a encore besoin de patience ; il a quelques nouvelles épreuves à subir avant d'arriver à ce but si désiré.

Il est grand jour quand la voiture entre dans la cour d'honneur du château. Les deux jeunes Sain t-Erbin y promènent, leur frère Vallery, qui commence à marcher. Qui nous arrive - là ? s'écrient - ils ; serait - ce Adrienne? — C'est elle-même ! s'écrie Victor Pén on, qui est descendu pour donner la main aux voyageurs.

Qu'en juge de la joie des fils du baron ea retrouvant leur fugitive *

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en voyant revenir leur cher Dominique. Ils saluent avec respect le révérend père capucin, et s empressent autour de Dominique, qui leur raconte en somme la cause de son accident»

Monsieur et madame de Saint-Eis bin > ainsi que monsieur de Bléville , sont bientôt avertis de l'arrivée inattendue de tant de personnes qui leuç .

sont si précieuaee. De Blévijle, serre sa fille dans ses bras, et la famille Saint-Erbin presse Dominique de lui dire comment il a pu retrouver son Adrienne* Avant de répondre , Do* miniqu* présente Mathieu Robineau.

A ce nom, le baron de Saint- Erbin parait surpris et iqtimidé; il a changé de couleur* Quoi! dit -il, c'est là ce bon' vieil ami deftt vous pous avez fait tant d eteges p Domï-

CARRILLONNEUR. 7 3 nique ?.•. j'en suis ravi... enchanté..»

Il tous aura sans doute instruit.-. *

Permettez, monsieur le baron, répond Mathieu Robin eau, que nous parlions de cela dans un autre moment ; celui-ci est consacré à la joie , à la reconnaissance ; car mon jeune ami ma justement vanté les soins qtie vous lui avez prodigués ici. — Ah ! monsieur Rohineati , que ne m est-il permis de vous apprendre à quel point ces prétendus soins sont intéressés ! — Je crois vous deviner, monsieur*— Vous me devinez?

Il pâlit et semble prêt à perdre connaissance* Madame de Saint-Er T bin, qui s'aperçoit de son état, jette un cri, lui fait donner ce qui lui est nécessaire pour le faire revenir, en disant : Ah ! mon ami ! vous m aviez promis d être .plus courageux ! Que sera-ce donc, quand il faudra parler?

iv. 4

74 LE PETIT Je ne conçois rien à cet excès de faiblesse ! — Ma chère Caroline , répond le baron d une voix altérée , j'aurai plus de force , je t en réponds mais c est que la présence

de monsieur Rohineau...» — Eh bien, mon ami , monsieur Robineau a tout l'extérieur d'un parfait honnête homme* C'est le conseil, l'ami intime de Dominique ; il sera digne de nous entendre et de lui dicter la conduite qu'il * devra tenir. Remettez - vous , Prosper. Que feriez-vous donc à la place de d'Alinvil ? — 11 y a longtemps, Caroline, que je n'existerais plus. — Tiens , mon ami , vois ce bon Victor Pénon qui té presse dans ses bras comme un fils ferait à sop père.

Victor répond : Cest <jue monsieur le baron est bien un père pour moi. Dominique sait ce que nous lui

CARR1LLONNEUR. 7 5 devons; mon oncle et mm, nous lui avons tout dit. — Imprudent ! dit à son tour le baron , qui reprend des forces , fallait-il confier le malheur de votre père ? — Vous lavez réparé, mon colonel ; et ce trait vous fait trop d'honneur pour ne pas le pu* blier.

On s'entretint, pendant tout le dîner, de la noire méchanceté des d'Alinvii; et Dominique se sentant fatigué, on le porta dans son appartement, où il demanda à être placé près de la fenêtre ouverte , afin d y respirer lair embaumé des fleurs du parterre, et de voir ses amis, qui étaient allés au parc pour s'y promener. Valiery seul resta près de lui pour lut tenir compagnie.

Dominique, en portant ses regards sur la vaste étendue du parc, re« marqua avec surprise qu'on y avait

rétabli la clôture de la partie cédée à un prétendu voisin. Qu'est-ce que.

cela veut dire ? demanda-t-il à Vallery ; on avait abattu ces treillages , et on les a remis. — Ah! ah ! répondit le jeune homme embarrassé, vous

remarquez cela C'est vrai..., mon

père , qui aime beaucoup ces bosquets , en a voulu faire sa promenade particulière; il ne. veut pas y être troublé par nous autres, par les gens de la maison» — Par vous autres, mes amis? mais il me semble avoir entendu dire à table que votre congé de semestre était près d'expirer, que vous alliez bientôt rejoindre le régiment de votre père, dans le-r quel vous servez tous les trois. —

Cela est encore vrai Que vous di-

rai-je ? pour avoir fait remettre cette clôture, mon'père a eu apparemment des raisons particulières qu'il n aura

CARRILLONNEUR. 77 pas jugé à propos de nous communiquer, — Voilà ce que vous pouviez répondre de plus raisonnable, mon cher Vallery. Et l'homme au tantfbour, au cor de chasse, vient -il toujours faire ses folie3 ? —* Non , oh!

non; mon père y a mis bon ordre :

nous ne l'entendons plus. — Ce fou qui me donnait des avis, comme si l'on en voulait ici à mes jours..,. — Vous voyez, Dominique; vous avez bien la preuve que c'est ou un insensé ou un agent des d'Alinvil, qui voulait vous effrayer. On vous aime ici comme l'enfant de la maison , et vous en aurez des preuves. — Je le*»

père, en*....

Il allait dire : En épousant mademoiselle de Blé ville; mais il se retint, se rappelant soudain que le jeune Vallery ressentait pour Adrienne un amour sans espoir.

Ces deux amis causèrent; mais Dominique désira bientôt se mettre au lit, où il dormit profondément jusqu'au lendemain matin.

Il est à xemarquer qu'il se passa huit joursf entiers sans que le baron ni de Bléville demandassent à Mathieu Robineau ou à Dominique un efctretien particulier. Quand Robineau voulait leur parler, le baron et son ami changeaient de couleur, et le quittaient sans le laisser aborder une conversation qu'ils prévoyaient concerner Dominique. En revanche, le baron, de Bléville et le P* Isidore avaient souvent des entretiens particuliers j ce qui, en surprenant beaucoup Robineau, lui faisait craindre que le révérend père capucin n'eût pas bien gardé son secret. Cette affectation de l'éviter et ces colloques fréquens entre eux indisposèrent beau*

coup Robineau, qui ne sut plus que penser des prétendus amis de son élève.

Il fit part de ces réflexions à Do* m inique, qui les traita de chimères, persuadé qu'il n'était rien de pfos pur au monde que la famille Saint Erbin et ses amis.

Pendant ce tetops, il était totalement rétabli de sa chute; il avait retrouvé son agilité habituelle.

Un matin qu'il se promenait seul devant l'avenue du château, un des domestiques du baron l'arrêta, et lui dit : J'allais à votre appartement , monsieur Dominique* — Que me voul«-vous?— Il y a à l'auberge du Petit-Saint Jean , là* bas, à un quart de lieue , un monsieur qui voudrait bien vous parler. **- Quel est-il? — Je l'ignore; il dit avoir été un de vos plus grands amis. -~l$on nom? — Il ne

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me l'a point dit J étais là, moi, dans cette auberge , à boire bouteille avec mon cousin , qui en est le premier garçon. En, entendant dire que j'étais du château de la Croix-Saint- André , ce monsieur m'a engagé à tous prier en grâce de vous rendre sur le champ à cette auberge, m'assurant que vous auriez le plus grand plaisir à le revoir. — Ce n'est point quelqu'un de chez monsieur d'Alinvil , sans doute? — Oh! je vous certifie bien que non, monsieur Dominique. Je connais ces visages-là ,. et je sais trop la haine, que ces messieurs vous portent, pour vous engager dans leurs pièges. — Un grand ami de nupa * enfance ! je ne vois que monsieur le^curé Paterne. — C'est cela sans doute ; c'est un curé ; car il a les cheveux en rond; un petit vieillard > frais encore....... — C'est lui ; ce ne

CARRILLONNEUR. Si

peut être que lui; mais pourquoi ne Tient-il pas me trouver au château?

— C'est ce que je lui aï demandé. Il m'a répondu qu'il n'avait pas l'honneur de connaître assez particulièrement monsieur le baron pour prendre cette liberté ; que d'ailleurs . il avait dès choses très-secrètes à vous communiquer ; qu'enfin vous lui rendriez le plus grand service, et à vous-même aussi, si vous alliez le trouver. Que craignez- vous, monsieur Dominique?

Dans une auberge , la maison est sûre, j'y ai mon cousin, — Allons, voyons donc ce que me veut ce grand ami de mon enfance : c'est sans doute monsieur Paterne» .

Le domestique quitte Dominique ; et celui-ci, qui n'est pas peureux, ne pense pas à le retenir, à se faire accompagner par lui. Il s'achemine lentement vers l'auberge du Petit-Saint-

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Jean , où il arrive bientôt. Un vieillard est sur la porte; aussitôt qui!

aperçoit Dominique, ce petit vieillard sort sur la toute, lui prend le bras, et Dominique reconnaît monsieur Noblel.

Quoi ! lui dit Dominique avec humeur, cest vous, Monsieur, qui me dérangez!...— Oui, oui, c'est moi.

Venez vous promener là-bas le long de ce petit bois ; j ai mille choses à vous dire. — Et moi , je n*ai rien à apprendre de vous* — Oh ! vous inécouterez! c'est pour votre intérêt. — D'où vous tf ent cette chaleur à prendre mes intérêts? vous en ai- je prié?.... — L'amour du prochain me suffit pour que je sois toujour*;prét £ rendre service. Si je viens vous parler, c'est pour suivre les dernières volontés de ma sœur, de mademoiselle Noblet, cette s§inte personne

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que vous ave» vue, je crois, chee moi, à Dreux. Je l'ai perdue, cette chère sesur ; elle éat morte, et.,.. — Tant pia; mais laisses • moi, je né Veux rien avoir à démêler avec un homme aussi méchant que vous. — Méchant! ah! voua allés me trouver bieh plus méchant > car j'ai de jolies choses à vous apprendre sur mademoiselle Àdrienne de Bléville. — Sur Adrienne!

Tout en parlant , l'honnête mon* sienr Noblet serrait le bras de Dominique , et le faisait marcher dans la campagne ver» un petit buts qui offrait un ombrage délicieux contre les ardeurs du soleil. Dominique voulait le quitter; mais M. Noblet venait de nommer Adrienne , et ce nom chéri excitait sa curiosité.

Qu'allez •vous me dire? demanda Dominique, homme vraiment calom-

84 LE PETIT niat>eur, oseriez* vous ternir la vertu 4'Adrienne? — Non, oh 4 non; la jeune personne est vertueuse, très* vertueuse ; mais son prétendu père..* — Monsieur de Bléville ? i— Elle n'est point fille de Bléville. — Encore le même mensonge! Adieu. — Attendez donc ; vous serez bien étonné quand je vous aurai nommé son véritable père. — Vous le connaissez? *— Et vous aussi. C'est... — Après? — C'est un capucin du couvent de Dreux , le révérend P. Isidore. — Isidore î Elle est fille ? — Du révérend P. Isidore, je vous le jure sur l'Evangile. — Allons, quel conte inventé par la noirceur! Un religieux aussi respectable!

. Us étaient arrivés à l'entrée du petit bois. M. Noblet poursuit : as-»

éeyons-nous-là* je vais vour raconter des choses que vous avea ignorées

CARRILLONNEUR. 85 jusqu'à présent, et qui vontbien vous étonner.— Mais, d'où tenez-vous... — Je vous nommerai après mes autorités; asseyez-vous donc.

Dominique , très-étonoé, s assied ; monsieur Noblet en fait autant et continue : Le P. capucin n'a pas toujours été capucin ; il est frère de madame de Saint- Erbin. — Je sais cela* — Et moi aussi, vous voyez que je suis intruit. Resté veuf, avec Adrienne au berceau , il fit des folies, des fredaines (à l'oreille de Dominique ) ; on parle même de grands crimes L... (plus haut) mais vous savez que Dieu n'abandonne jamais le pécheur. Sa grâce toucha le cœur de celui-ci. II se repentit y et vaut mieux, dit l'Ecriture, un coupable qui se repent, que quatrevingt-dix-neuf justes. Alors il confia sa fille à de Bléville, qui avait été

le complice de ses fautes; il obtint de lui qu'il se ferait passer pour le père d'Âdrienne, et il se jeta dans l'état monastique. Cela est aussi vrai que j'ai l'honneur de vous le dire. — Qui a pu vous instruire?.». — Qui? quelqu'un qui le sait bien} c'est monsieur le comte d'Àlinvil» — Le comte d'Àl Vous connaissez ée misérable ! — Pas si misérable, mon cher»

Parlez plus bas} car il est là qui nous écoute.

, À l'instant Dominique sent qu on lui jette un drap sur la figure» Cinq a six personnes se précipitent sur lui et l'entraînent, malgré ses efforts, dansun endroit plus écarté de ta forêt.

Là, il est Hé, garotlé à un arbre»

On lui Ate le drap de dessus la tête ; on lui ferme fa bouche avec un bail* Ion , et il voit le comte d'Alinvil le poignard levé sur iui..~»

CARRILLONNEUR. &7

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