‹ petit carrillonneur, Volume 4Chapitre 7 sur 10 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Enfin il va tout savoir.

vjes six personnages étaient pâles, paraissaient troublés, agités, inquiets de ce qui allait se dire. La famille Saint-Erbin surtout était dans uq état difficile à décrire; et Ton va juger du caractère noble et ferme du P. Isidore, en apprenant qu'il a gardé à Robineau le secret que celui-ci avait exigé de lui.

D'abord il règne un profond silence, et tout le monde se regarde, comme indécis de savoir lequel portera le premier la parole. C'est le père Isidore qui rompt ce silence. D'après lavis, dit-il à monsieur de Saint-Erbin, que j'ai donné hier au comte

CARRILL0NNE13R. io5 cTAlinvil , et puisqu'il doit venir ici après-demain , il est inutile de laisser plus long-temps Dominique dans l'if gnorancé de ce qui concerne sa famille. Je juge donc à propos de l'interroger, et de lui apprendre ensuite tous les détails de sa naissance. Répondez, Dominique; êtes -vous, oui ou non , le fils àes : bonnes gens qui vous ont 'sôrvi de pèrp et «aère ?

Robinerfu 'interrompt : 'Avant qu'il répande, mon * révérend père , ayez la bonté de me dire* si 1 aveu qu'oit exige de Ifà , si le r^t qu on va lui faire, riemiirotit pasplusàson reposa quils ne èenatf utiles a sa destinée j icar? à Fentendra,. on doit eatiger de hii une soumission, «oe docilité à toute épreuve , et votre secret parait si important, q*j'or> voulait attendre que Dominicpe flùt.mûri encore par l'âge et Te&périence* T

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11 est certain, réplique le père Isidore , tfueTce secret est duro nature a être caché encore qoelqtie tempe à un homme auesi jettne que lest Do* miniqùe.* Mais les circonstances nous pressent, et vous êtes le, vous, rkmî* sieur Rôbineau, <qui saurez, p&r votre crédit sur lui, par Fatlachejfriemt qu'il tous porte , et réprimer sa surprise, et corf) primei- quelques rnonvernens d'impatience que eau» doute il éprouvera. Certainement >ce qu'on exige de lui eet at»déssH#des forces humaines.

II faut panW cependant. (Reculer de pareils aveux , c«st £e* rendre plus pénibles à foice. Ntaas riions tous *ieus abaisser à ses yeox étonnés; maïs frous comptons sur vous, sur son excellent ccbur ? pour oe pas nous faire repentir de no^De statfénité. Le bien , d ailleurs , se trouvera ici à oèté du mal, et nous ^espérons que l'un

CARR1LL0NNEUR. to 7

fera pardonner à 1 attife**.». Tout cela est * encore émgmatique».»** Veuillez d'abord répondre* Est* il -cet enfant abandonné au* Champs - Elysée» ?

— H l'est, Messieurs} en voilà 4o$ preuves.

Robineau jette sur une table les papiers trouvés jadis sur l'enfant* Le baron s'en saisit et fAik en disant :

C'est cela! voilà bien les actps qui constatent la toœt de sas pavens, la lettre commencée parElvinaL* C est lui! Fatale lumière 1 tu m éclaires en* fin, et voici le moment de cette fa- -neste esplicatson que je recule en vain depuis huit jours ]*•*.• Vous avez dû remarquer, monsieur Robineau, que je vous évitais gpur éloigner ce Ariste .aveu* Vaines Aenenas !•.. elles me glacent, et pourtant il faut parler! Do* ininique, vous été» jdou neveu; ma sœur fut votre mèie, <ct *otre père

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fut le frère du comte et du marquis d'AIinviL— Je ne m'en suis que trop douté, dit Dominique, depuis que 'j ai la certitude de mon .état. — Mon cher Dominique! tu m'appartient par les liens du sang !.,... Cependant ton sort 'est entre mes mains. Il ne tient qu'à moi de te reconnaître oh dç te * désavouer, sans que tu puisses exiger que je te rende ton nom* — Dtetf!

co/rament cela peat-iil âlre? .— Cela est, et tu en auras bientôt laoonviction»« Uiaut que tu mérites ce bienfait 4é màpart.... —«Par quel moyen ?~ El* te rendant dignexie la main d*Àsdrietme» — À «propos^ j c^Àdrienûe > puis- je croire, Messieurs, «e que ce perfide Noblet Wa^k , quelle n'ef t point la fille.de monsieur de Blévilie ?

— iElle n'est point sa fille. — * Q ciel!: ^ et son pèreeecrih selon lui, ce réw érend- père Isidore*

Je suis son père, interrompt le religieux en versant des larmes; mais ce secret est encore ignoré d'elle, et : tu es le premier, Dominique, à qui il ait été révélé. Voilà déjà , ne$t -ce pas , un premier obstacle à ton bonheur : tu ne voudras pas épouser la fille d'un homme que des remords «ont plongé dans un oloître* — Des remords! — Oui, mon fils, des re- . mords cruels , dont la pénitence , la . prière, tous les secours de la religion n'ont pu çpfipre débarrasser ma cons* cience !...»Çominique, votre front se couvre d'un nuage.^vos yeux expriment le mépris..^ vous balancez ! Il est inutile de vous en dire davantage ; ce premier aveu nous a tous condamnés ! — Parles! oh, parlez ! ne jug^z pas que mon. 4 tonne ment soit... . — Non, SainUErbin^ f non ( Use lèva)* r remettons ces détails à un autre mo-

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ment, ou plutôt ensevelissons • les

dans le plus profond silence ! Si

Dominique frémit à un &*»1 mot ,

quelle, serait ensuite «a doreur s'il

savait....!

Mathieu ftdbineau reprendra parole : le le connais, Messieurs; Dominique aura le courage d'entendre tout ce-que vous avez à lui apprendre.

Il vous saura gré de votre sincérité ; et quelque faute que la fatalité ait fait commettre dans cette affaire, il aura l'indulgence de l'excuser

Dominique confirme cette assertion : Je vous le jure, dit- il , 6 mes meilleurs amis! Eu .grâce, ne me replongez pas dans l'obscurité, dans cette nuit de ténèbres où j'erre à l'aventure depuis tant è années ! Que m'importerait d'ailleurs de savoir de quel père Àdrieûïie aurait reçu le„ jour! Je l'aime, je l'adore; -elle

CÀRRILLONNEUR. i* r est belle, vertueuse; elle sera ma femme !

Elle sera sa femme! réplique avec joie le père Isidore; ce mot nous rassure tous! De Bléville, faites-lui devant nous ce rccît douloureux, et tombons tous ensuite à ses pieds pour réclamer cette indulgence qu'il nous a promise, dont nous avons un si grand besoin. {Au baron) : Du courage, Saint-Erbin! ce moment est sans doute humiliant ; mais il -faut l'offrir au Seigneur en expiation de nos fautes!... Je l'ai dit cent fois : l'enfant grandira, il deviendra un homme, et un jour if nous faudra rougir à ses yeux L. ce jour, le voilà; montrons nous fermes, quoique humbles et modestes. La récapitulation , la confession exacte de nos erreurs en Sera la juste et la dernière punition.

Parlez , de Bléville ; nous sommes en

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famille f il ny a point ici d'étranger, car l'honnête Robineau peut passer pour 1$ second père de notre enfant; ainsi n'omettez aucune particularité.

Je vais donc, dit de Biéville, faire ce récit pénible 5 i^t dussé-je encourir à jamais la haine de Dominique, je » épargnerai personne; c'est vous dire assez y mes amis, que je ne me c ménagerai pas plus que tous ceux qui orjt joué un râle dans cette intéressant^ histoire.

LINFANT PERDU.

Lp plus* étroite amitié unissait dès l'enfance le vieux baron de Saint- Erbin, père de celui qpe .vous voyez , ^ t le comte François- Dominique d'Alinvil, à qui le seigneur de Hatit- Buisson doit le jour. Ces amis , élevé* ensemble dans le même collège , ea

CARRILLONNEUR. n5 furent retirés par leurs parens, qui se connaissaient aussi particulièrement.

On leur donna des précepteurs; et pour tromper l'absence ( car l'un demeurait ici et l'autre à Marseille), ils s écriraient des lettres , qu'on a gardées Jfans la famille Saint-Erbin, et qui respirent le plus tendre attachement.

Ayant perdu tous deux, dans un âge déjà fait , les auteurs de leurs jours, ils se virent possesseurs dune immense fortune, et songèrent à se marier. Mais craignant que ce lien ne les désunit, ils se promirent de se présenter mutuellement leurs prétendues avant le mariage, et de faire jurer à ces dames la même amitié qui devait unir leurs maris jusqu'à leur dernier soupir ; cette promesse fut accomplie à la rigueur. Quelques jours avant leur hymen , les deux

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lancées se virent , s'embrassèrent , et promirent en effet de ne troubler jamais cette amitié d'enfance qui faisait le bonheur 4e leurs futurs époux.

Toutes ces paroles furent tenues; mesdames de Saint-E?bin et d'Alin* vil s'aimaient comme des sqjurs , tandis qu on aurait pris leurs maris pour deux frères; exemple rare de deux ménages qui n'en faisaient pour ainsi dire qu un ; car si monsieur et madame d'Alinvil venaient l'hiyer au château de la Croix Saint- André , monsieur et madame de Saint-Erbin allaient à leur tour passer Tété à la terre d'Alinvil , située à une lieue c)e Marseille, en sorte qu'ils étaient toujours ensemble. Cette félicité, n'aurait jamais été troublée s'il ne fût pas survenu des eafans, et des enfans dont quelques-unjs ont été bien loâi de ressembler à leurs pères.

C ARRILLONNËUft. 1 1 S Monsieur de Saint -Erbin eut un fils et une fille. Monsieur d'Alinvil devint père de trois garçons > et malheureusement tous ces enfans furent gâtés par leurs mères. Mesdames d'Alinvil et de Sainl-Erbin étaient bonne* sans doute, mais fèibles à l'excès.

Quand je dis cependant qu'elles gâ» * tèrent tous leurs ertfons, je tohe trompe beaucoup, et je dois rectifia cette erreur. Madame de SaintErbin détestait sa fille, et n'avait des yeux que pour le baron , .son filfc , taudis que , de son côté , madame d'Alinvil n'adorait que le marquis, son fila aine, et le comte , son puiné. Son troisième fifà, le plus jeune de tous, n'avait pas le bonheur de lui plaire. Dominique, c'était le nom qu'on lui donnait , était doux, timide, rudoyé par sa mètc; il avait devant elle un air toujours effrayé, qu'elle prenait pour de la

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bêtise , tandis que la jactance , la hauteur, ramour?propre de ses deux autres fils passaient à ses jeux pour dç l'esprit , pour une noble élévation.

Madame de Saint-Erbin t^puyait sa fille gauche , laide, stupide; elle la laissait continuellement avec les gens, et ne s'occupait point de son éducation,;, au lieu que son fils, qui valait cependant mieux que les deux aînés d'ÀKnvil, lui semblait un petit aigle, fait pqftr illustrer un jour la famille. Cette partialité d'une mère pour Fuu de ses enfans aux dépens *lMtf .autre , n'est que trop commune dans la société , et ce fut , Dominique , la cause de tous les malheurs de vos parens. Ecoutez-moi avec attention.

Ces deux mères , ainsi prévenues , s'entendaient à merveille pour trouver qu'elles avaient raison dans la manière déplacer leur affection. Ainsi,

CARRILLONNEUR. 1 1 7 madame de Saint-Erbin trouvait que ie petit Dominique était détestable , et madame d'Àlinvii entretenait son ami dans la haine quelle portait à Sophie de Samt-Erbin. Elles n eurent pas de peine à persuader à leurs maris que tel ou tel de leurs enfansétait plus aimable que les autres- Ainsi, dans chacune des deux maisons -, il y eut-un pauvre enfant <%|feté des auteurs de ses<jours. • *? .

QaVrive-t-ii en. pareil cas, et quand deux familles se voient fréquemment ? Que les' deux . petits infortunés se rapprochent , se parlent, se consolent, sont toujours ensemble. Proscrits du salon, où l'on n'admet que les deux irères, laisses tous deux dans l'antichambre , dans la société des valets, ils ne voient qu'eux deux; ils citent ensemble, et cette conformité cîfe malheur r ce rapport de si-

tiiation jette sou vent dans leurs jeunes cœurs un commencement d'affection qui devient pins vif avec le temps; c'est ce qui arriva. À force de se dire dans cet âge tendre et dans leur petit langage , i T Un : Maman m'a enfermée, parce que mon frère lui a fait un faux rapport sur moi ; l'autre : Papa m'a fait mettre en pénitence, parce que mon fier* lui a dit que f avais joué au lieu de travailler; ils ajoutent réciproquement : Je suis bienàplain- dreî — Et moi aussi 1 *-* Il n'y a que toi qui me console! -r-Je ne suis aimib que de t&i seul au .monde!....* Et Ton a'aîwe en effet, le cœur se prend pour la vie.

PareUm de ces détatts puérils; mais ils peignent l'enfance. lia itooa retracent surtout celle de Dominique d' A- Kfcvil et dé Sophie de Sai»t-Erbiiw Ces pauvres enfeos, grandis ' sans

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cesse , gourmandes , abandonnés à eux-mêmes, ne se plaisaient qu'entre eUx^et 1 amour enfin remplaça par la suite un sentiment qu'une douce sympathie avait fait naître ; mais , habitués à cacher leurs chagrins, à ne les corn* muniquer qu'a eux seuls, ils se confièrent leur mutuel amour, en se promettant bien de ne rien laisser paraître aux regards de leurs pafens. Ils avaient quinze à seize tnw, ces infortunés, et leurs pères et mères les prenaient toujours peut des imbécittes. D'un autre côté, leurs frères abusaient de leur état pour flatter les auteurs de leurs jours , pour se rendre seuls intéressans. C'était des petits prodiges qu'on tenait, qu'on encensait, qu'on gâtait à 4a journée»

Une perte d'argent que firent les deux fatoaites leur tnggéra quelques réflexions* Messieurs d'A.lmrîl et de

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SainUErbin ayaient placé des sommes assez fortes sur un navire qui fit naufrage. Cet événement, qui cependant était bien loin de les ruiner , engagea leurs femmes à se concerter sur un plan qu'elles méditaient depuis long-temps en faveur de leurs cbers favoris»

Madame de Saint-Erbin dit \w jour au baron : M03 ami , voilà une grande perte que nous éprouvons ! À peine nous reste- 1- il assez de fortune pour donner à notre fils un état de maison digqe de nous. Le. voilà dans le militaire, il faut l'y Soutenir; comment le pourrons-nous, si nous partageons nos épargnes eji deuxpçrtions? Vous savez combien notre fille Sophie est gauche, idiote; il faudra des millions pour se défaire de cela; au lieu. quelle a tout pour faire une. religieuse. ~ Vous avez raison, baronne. Cela ne

CARRILLONNEUR. m fcrak rien dans le monde; tandis que notre fils Prospères! un garçon plein d'esprit et de talent, qui peut devenir un jour, qui sait? maréchal de France, peut-être! — 0. Dieu! maréchal de France , mon " ami ! comme vous flattez mon amour-propre! Voilà qui , est décidé, Sophie sera religieuse* — Elle sera religieuse* Xe tous . laisse, absolument la maltresse de choisir Pordre , de vous mêler de tous les détails que nécessitera sa profession de foi.

< Voilà Sophie sacrifiée d'un celé; voyons de l'autre.

Avez -vous jamais pensé, dit un soir madame d'AlinvH au comte , à' un- état pour cet imbécille de I)omi« nique ? — Quel état toules vous qu i prenne? il estsisot, si peu instruit. — Mais vraiment il faudrait s'en r cuper.Savez-tous qu'il va sur dix T .

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ans, qu'il ne peut pas restera rien' faire , tandis qu* ses deux frères sont déjà sous-lieuienans* —Je ne luiaounais pas- plus de moyens poup Je militaire que pour* le civil. — C'ert bien vrai» Convoitée que e'est un fardeau cruel qu'un pareil idiote.! La perte de oe navire a kit mie tell? brèche à notre fortune , que je ne vois pas *t elle pourra suffire pour pousser trais jeunes gens dans le monde; débar~ fassens-nqus de eéuh>cL liai du goût pour la solitude , pour la méditation} foison s en un radine. — > Ak, Madame, un moine! — Mais.ih y. a des moittea, Monsieur , qui onfc de l'esprit, . des moyens^ qui ont illustré leur ordre»

Ce ne sera pasrceini-ci, il est *£*»• '-*« Je sui* de votre: avis; mais perdre ainsi Un jeune hortuneJ —^ Perdre ! il ne sera pas perdu pour cela* Bon Rousseau, mon oonfo^eur, m'a dit

CAKRILLOKNEÙR. 12S qu*iMe ferait entrer dans Tordre de* Bénédictine II aijrà: les yeux .sur lui { et nom « le verrons quand nous you* drbns. -^Comtesse , je ne consentirai fattîaisà'pfiver de sa liberté unkribftu**é que 1» nature» a pas favorise de ses dons, mais qui est notre fils comme tes autres. «-Comme les at£»

tres>, aon';>eâff! les autres dont vous p&frteasontcharmans, et celui-ci est maussade , triste , «ans énergie, en-* nuyi^è^ tout et toujours ennuyeux* IRT*^ oonwoea^roius pas souvent avec nwpi^ftff Sahs doute... mais».. — Ah!

coiffé <j ne me "donnez pas le chagrin fie m^i^oir refusée* — C'est que ceci eàt dfane importance..,!-" Pas tant. Il fera heureux, ce cher Dominique»

€«l# lia point dépassions, de goût p&utf rien. *.J ait remarqué qtrii était pitié dévot qu'on neî'està sota âge* ûïea Rappelle à: lui j €«at «a voc^-

tion, on n'en: peut douter. — Vous voulez.».? *— Cher petit comte , lais»

ëez-jnoi arranger tout cela avec mon confesseur. Don Rousseau vous .dira.., — II me dira! mon cœur me dira que je suis père avant que don Rousseau m ait dit tout ce qu'il vous plaira. — Mais je suis mère , aussi , el assurément je suis bonne, mère;; car c'est pour le bien de mes deux charmans fils, que je place celui-ci dans un état qui lui convient à tous lfe£*fe$ërds.

Cédez, mon «mi ^fartes-moi ce petit plaisir -là, si vous ne vouleë pas. que je meure de chagrin. Voir mes fils ne pas réussir dans le monde , faute de fortune f cela ( elle pleure ) , oui cela abrégerait mes jours I — Calmez-vous, comtesse, vos jours me sont plu$ précieux que l'avancement, d'ailleurs très - douteux , d'un imbécifle. Faites #e aue vous voudrez; que don itous?

CARRÏLLONNEUR. <*5 seau prenne Dominique, qu'il en fasse lin moine , puisque vous le désirez ; c'est un état fort respectable.

Ainsi les deux femmes lont emporté. Les deux maris se trouvent

seuls ensemble. Sais-tu . dit monsieur

de Saint-Erbin, que ma femme veut faire de Sophie une religieuse? — > Sais- tu que la mienne veut que Do* ininique soit bénédictin ? — A la bonne heure pour ton Dominique ; qui est vraiment un sot dans toute l'étendue du terme; mais j'ai quelque regret que ma pauvre Sophie. »... — Ta pauvre Sophie ! c'est une petite précieuèe que personne ne voudrait jamais épouser. — Ton Dominique est un petit orgueilleux qui regarde à peine les gens. On le rencontre , bâillant, soupirant, revint on ne sait à quoi. — Ta Sophie est du même caractère. Toujours lea bras croisés ,

ia« LE PETIT

se s'occupait! ni de fcctiirp, m d'aucun art quelconque. — Tien*, chef comte , sans nous abuser à CQWfXçt> les défauts de ces deux niai* là, convesoiks que c'est leur ipiqulup. cloître.

Nos femmes l'ont très-bien deylaé.

t— Je ne puis disconvenir qu'elle* oqt raison > mais cela me foit de h peide* J'ai pourtant donné ma parole à b| corrilesse. t— . La baronne a aussi la mienne. — Tant mieux, mon ami.

Cela fera que nous ne nops occupe* rons plus que de ceux qui méritent tonte notre tendresse.— Mon Prosper, par exemple?— Ah, c'est un jeu.ne homme accompli. -r Comme tes deux aines; il» sont charmans!

Vous voyez que les deux pères ce sont pas plus raisonnables que leur* femmes. Gomme ih se /trompaient sur le véritable caractère de ces, pauvres enfatts! Toujo*rs grondés, il était

CAKRILLONNEUR- " -»ay naturel qu'ils parussent timides, gau>ches même devant ceux qui les rendaient malheureux. Maie , en outre qu'ils -possédaient un excellent cœur, Hs avaient du fonds, des moyens. Le jeune hoteme s'amusait à dessiner le paysage , et on le décourageait sans cesse en disant qu'il ne ferait jamais rien de bon* La jeune Sopirie lisait des fores d'histoire, de voyages, de morale , et comme on lui objectai t qu'elle deviendrait une pédante, une femme savante , elle cachait son livre chaque fois qu'elle voyait entrer quelqu'un* Voilà pourquoi Tune avait, disait-on, les bras croisés, et l'autre recherchait les promenades solitaires* II* ne pensaient d'ailleurs qu'au tendre amour qui les unissait de cofear , secrètement , et cela sans oser concevoir l'espoir «de se voir jamais époux ! « >

Que devinrent • ils séparément,

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quand on leur apprit le projet qu'on avait formé de les renfermer dans un couvent! Habitués + obéir, courbés bous le poids d'une trop sévère domination, ils ne purent que pleurer et gémir» Dominique eut pourtant le courage d'opposer quelque résistance; mais sa mère, femme aitière, opiniâtre, quand on ne lui cédait pas, lui' signifia que telle était sa volonté , et le mit dans les mains du cafard don Rousseau -, dont la captieuse îhétoii- * que ébranla le j eu ne bom me.

Mécontent cependant, et voyant bien qu on le sacrifiait à l'intérêt de 6es frères, il osa leur chercher dispute; il s'ensuivit quelques coups, dont plusieurs, portés par Dominique, cassèrent le bout du nez de son frère cadet , qui fut sur le champ pleurer et se plaindre auprès de sa mère. La comtesse, furieuse de ce qu'un petit

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monstre avait, selon elle, défiguré un de ses benjamins , jeta les hauts cris, et intercéda l'autorité de son mari , qui ordonna que le paufre Do* minique entrât ; dès le lendemain même , dans la sainte retraite de don Rousseau.

Le même ordre fut donné dans là maison Saint- Erbîn, relativement à Sophie , qui dut entrer sur le champ a® couvent de la Visitation.

Il faut convenir aussi que ces deux amans, affaiblis par le malheur, n'avaient pas une très-forte tête, et nous allons en avoir une preuve.

Ces scènes se passaient ici même dans ce château* Dans l'après-midi, Dominique et Sophie se rencontrèrent au bout d'une allée du parc où chacun avait été pleurer de son c6lc.

Te \oilà, Dominique , dit Sophics — Et toi, Sophie, tu pleures comnre

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moi. — Je ne faôé que cela ! «^ Souffrirons-nous qu'on noua sacrifie pour des frères <fui ont été nos tyrans I -r Quel remède à cela, mon patuvw Dominique? — J'en connais un; maie il demande du courage. -*•' Lequel ?

— C est de fuir cet asile , qui ne fwi jaunis pour bous le toit palet n$l, — O ciel! et si roa mère nous retrouva!

■^-Elle ne nous retrouvera pas. -r— Où; aller? yr. Qh r je vais l'indiquor une bonne cachette, va! Tu sais que la nourrice qui, par l'effet du Uaaard, flous a tous deu& allaité* au château?, est établie,, maintenant daçâ une petite ferme à sis lieues d'ici ? allons la trouver. Son maçi est , connue elle , une bonne personne, 11$ nous cacheront, et nous aurons le temps de faire changer dç projet à nos cruefô pa«rensj car c'est domain que mous d^ von$ çUe sép^réç pau£ jamai*. Ok ,

CARILLONNE OR. 1 3 1 c'est demain , je le sais ! .—* Hé bien , partons. — Sur le champ? — Tout de suite, J ai par bonheur la ckf dune porte de sortie sur Ja campagne; per * sonne fie noua voit; profitons du moment* Viens d abord chez le jardinier, qui ne sera pas chez lui ; car le voilà là ; je t'expliquerai mon projet . .

Sophie tremble ; elle n'est pat dé* cidée ii un pareil acte de désobéis»

sance; mais Dominique , égaré, kof* de lui, lui dit ce qu'il veut faire; il la persuade, il l'entraîne, et les voili dans la cabane du jardinier, ofr ils ne trouvent qu'une très- jeuae fille. &»» bet , lui dit Dominique , il faut cftit tu nous aides à nous déguiser. Nous voulons- causer une surprise à nos chères mamans. Donne* moi vite, à moi , la veste, les habits de ton grand frère Jacquot ; et à mademoiselle, le

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corset , les jupes , tout ce qui endtmanche^a sœur aînée. -

La petite Babet , habituée à jouer avec les enfans du château , ne fait aucune difficulté de se prêter à ce vœu. Voilà Dominique déguisé en Jacquot, et la jolie Sophie {car elle est jolie, n en déplaise à ses pareiis) devient, en un moment, une fille de campagne* Nos deux amans laissent là leurs premiers vêteraens , en promettant à Babet qu'ils vont venir les reprendre ; et sortant soudain par le parc , ils courent à perdre haleine dans la campagne.

En quatre heures de temps , ils font les six lieues qui conduisent chez la nourrice , où ils arrivent à la nuit , fatigués, .halelans et «tout en sueur • Thomas et sa femme allaient fermer leur porte* Eh bon Dieu , dit Thomas, qu est - ce que je vois là ?

qui sont donc ces paysans de nouvelle fabrique? Dieu me pardonne, je crois que c'est monsieur Dominique et ma* demoiselle Sophie! — C'est nous, répond Dominîqoe , c'est nous-mêmes, bon Thomas; où est ta femme ? — La voilà* — Je ne la voyais pas* Bonjour, mère Thomas; comment vous portez • vous V — Bien, mes enfans ; mais qui vous amène à cette heure ^t faits comme vous l'êtes? — Oh, mère Thomas! avez «vous un garçon de ferme, une fille de basse- cour? — Nous avons de t#ut çà ; pourquoi ?

—Oh, que c'est dommage ! c'est égal !

prenez-nous toujours, nous travaillerons bien. — Comment ! que ditesvous? — Je labourerai vos champs, Sophie aura soin de vos poules , de vos cannes, de toutes vos bêles» — , Ahçà, est-ce. qu'ils sont devenus fous? — Nous sommes amoureux l'un

iH LE PETIT .

de 1 autre. Nos barbares pareils vett* " lent faire d'elle une religieuse, de ipoi lin moine} vous jujet comme cela nous convient ! Nous avons pensé à vous ; nous nous sommes dit : La mère. Thomas est bonne; elle aura pitié de nous; elle a besoin de bras pour ses travaux 9 nous allons lui offrir les noires.,.. Et nous voilai Que faut -il faire? y a- 1- il de l'ouvrage pour le moment? Le cheval est- il pansé? îes charrues sont*- elles rentrées? Vas donc , Sophie, k la basse* cour pour voir s'il, n'y a* pas quelque chose à ranger...*. Oh , noua vous aiderons, bien ! — Quelle volubilité !

devines tu m* mot de tout cela, toi, Thomas?— Ma foi. non.; je suis tout ébahi comme toiw — Voilà nos jeunes seigneurs qui veulent être garçons de ferme à présent! — ll.parait que ceai l'amour» — Oui, Thomas > t reprend

CARRILLONNEUR. i55 Dominique, c est l'amour, vous 1 ave* devint; on veut nous séparer, noue plonger clans un cloître ; nous aimons mieux labourer la terre ; c'est ce qui nous amène ici. — À f insu de vq$ parois? — Parbleu! est-ce qu'ils nous auraient laissé aller? — Hom !...hom!...

j'y suis à présent... Ob ! ce chien- d'à* mour!... voilà encore de belles œuvres qu'il fait là ! Allons , allons , entrez, jeunes gens; le principal est de sou* per, de vous coucher ensuite, et de** main nous verrons.*... ~~ Oui , demain , je me lève de grand matin d'abord, et je tmaillç comme un diabkt I Voili. le moment de faucher les prés. Sophie et moi, une faucille à la main... oh! vous verrez!

Thomas fait à sa femme , qui veut parle»*, signe de se taire * et Ton se met à table* ltf course a donné, de l'appétit i QQ9 jeune* genr j ils déva~

156 LE PETÏ?

rent , et Thomas leur fait racdnteir le* détails de leur fuite* 11 hoché la tête en signe de mécontentement ; mais il n'en témoigne rien par ses discours ; au contraire, il encourage les amans»

et leur promet de très- bonnes places chez lui, ce qui leur cause une joie infinie* Après le souper, la mère Thomas faU dans sa chambre un Ut pour SÊbphie, et elle envoie Dominique coucher près de son mari , dans une autre pièce. La fatigue procure aux voyageurs un très-bon sommeil. Dominique se réVeille fort tard , et n'est pas étonné de ne pas voir Thomas dans la chambre. Il passe dans celle de la mère Thomas, qui fait le dé* jeûner de Sophie. Dominique el Sophie la remercient de l'hospitalité qu'elle leur a donnée. Ils lui demandent de l'ouvrage. Demain , dit la mère , dépiain vous vous occuperez.

CAMlLLONÏîEUR- i3 7

Mon homme ne veut pas que vous travailliez aujourd'hui-.

Elle lès fait déjeuner, puis elle .. les mène voir son petit apanage , et à chaque objet qu elle montre , Dominique s'écrie : Je ihe charge de cette étable... voilà un cheval qui n aura affaire qu'à moi. Mon Dieu ! que oous allons donc être heureux !

La mère Thomas trouve le moyen de les occuper ainsi toute la matinée.

Deux heures sonnent au coucou de la chambre rustique , et tout à coup ils voient entrer messieurs d'Alinvil et de Saint-Erbin.

On s'était bien aperçu de leur évasion au château, et le rapport de la petite Babet n avait pas pu éclairer sur la route qu'ils avaient prise ; mais voua vous doutez bien , mes amis , que le prudent Thomas avait envoyé, an homme sage, dès trois heures du

matin , un exprès à la Croix-$i*ift£~ André pour avertir qu'il tenait Lçs fugitifs. Là-dessus , les deux amis , outrés de fureur, étaient soudain partis en berline.

Que devienoeol nos jeunes gens , qui , en vrais enfans , s'étaient imaginés qu'on les prendrait pour travailler aux champs! Us restent

confondus , et voient clairement qu'on les a trahis, Les deux pères, aigris .par cette folle démarche, les font monter en voiture avec eux, et les accablent de reproches pendant toute la route. Vous vous aimez, à ce qu'on prétend, leur dit le baron de Saint-Erbin ; c'est un amour de tête , ou plutôt une e$pèce de rapprochement qu'a fait naître, la conformité de votre situation* Au surplus, il font vous habituer à ne. plus vous voir, car, de ce pas, vous aile* entrer daos

les saintes «misons qui tous sont destinées. — Quoi! dit Dominique, nous ne rentrerons paé au château? ~r Non , mooskur. — £t c'est dans cet état que vous nous pgéteatereg ?... — Cest en Jacquot et en Babet que •voua entrerez au couvent ; nous sommes bien aises qu'on y ait la preuve de votre désobéissance. Vous prendrez demain les hehits de la maison ; vous n'avez plus besoin des vôtres. — Pères cruels! — Point d'injures , monsieur, ou nous vous accablons du poids de notre malédiction !

Cest ainsi que deux pères insensé* traitent les victimes innocentes de leur prédilection , pour des, fils ingrats.

En vain ils pleurent, en vain iis se lamentent : on les emmène à Paris, où, prenant une autre voiture, mou*

i4o LE PETIT

sieur de Saint-Erbin conduit sa fille au couvent de la Visitation, tandis que monsieur d'Àlinvil traîne son malheureux fils aux Bernardius de l'abbaye Saint- Germain.

lis sont maintenant sous les verroux de gens sévères qui les cori-' damnent au long supplice de la ré* clusioti. Plus d'amour , plus d espoir; il faut obéir à des pères qui sont devenus leurs tyrans !

Force fut à eux de céder à tout ce qu'on exigea; mais le temple du Seigneur fut souvent arrosé de leurs larmes, et ses voûtes retentirent de leurs; tristes gémissemens !

Laissons-les un moment à leurs regrets, et voyons ce qui va se passer dans leurs familles.

Quelques mois après, le jeune Prosper de Saint-Erbin, qui venait de se distinguer à l'armée par des aci»

CAMULLONNEUR. *4i

lions d éclat, épousa mademoiselle Caroline de Surval, fille de'son'co* loaelj et le fils cadet de monsieur d'Alinvil prit aussi pour femme une demoiselle de Présec , celle laide comtesse d'Alinvil actuelle que vous connaissez tous. Ces mariages Curent ac&ttipagnés de dots magn*- 'fiques dé la p£rt des deux pères?? et Sis donnèrent lieu à elfes fêtes qui se terminèrent de la manière la plus Ira* giqttew

On était eu fort de l'hiver; le grand canal de la terre d'Alinvil, où se* taient fait les deux noces, était glacé.

On voulait donner aux personnes rassemblées au château le plaisir d une Bourse en traîneaux sur qe canal. 11 fe'y rénflit *iu«>$ôciété de plnadecin- <qm*û te personnes qui patihèrnni pen- 4iënt toute 'une 'matinée. Soi* qu'on ^approchât dW dégel *u qu'un poids

if» LE PETIT

trop considérable eût fatigué la glacé »

ettese roittpit tout à eèup ; pktô&urs tcafeieatt disparurent soudain. D<J ce noaabse fut celui qui partait ritesdaiutes d'Alinvik et de Sairtt-Erbin', avec deux damc5 de leurs amies»

Quand on tes retira de l'eau , il fujt HapoaaiMe^de les pappefer à 1* vie) til® n tétaient plu* , fidixjautfOÊpei?*senhits furent «wttj^tes^yiçHiiws dt oeii accident, qui fit b4auc^pd«'bruif dans la province, et qui sembla pco~ hostàquec \ç& fotljbtvïiï^fci&nt arrivée pan la $ Aile dm» Ifcftertfe '4îA^ Knrilh • ■ ! "î ..:„:

• Messieurs tf AJ wil 4£ dû ■ . Sainte £tè>hi,*eetç* seuls, par ce wUf) fur «este;, se jetènent dras Jtasr-brap. ^9 dei i autre!qnrfonriarî<t?Qmfciim^ ^n ^é^iâoti: M&oq aooi, nmj«i^<wwiOft$ un ' jpute «h semble i^j commet jti* np^fl t de lç faire ' iwk iufoTUu)fee5f^^*6e<ïJ

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CARftILLÔTNWÊUR. 10 Leur amitié s^at éteinte au même' instant, dans le même tombeau. La n^tre enJkù le même sort! Jurons* de faire ensemble ïe cour trajet de la vie qu'il nou* reste encore à parcourir; et que les actions qui doivent le marquer soient les mêmes pour rira:

comme peter l'autre. Consommons ftnivrege que nés femmes avaient commencé ; qu enfin v Dominique et Sophie prononcent leurs vœux !

Ce parti fut arrêté , et Prosper de Saint-Erbin, ainsi que fes fils tfAliti* Vil , redoublèrent de marques, de tendresse auprès dé leurs pères ^our les ^^g^ & ne poini abandonner' etf projet. •

. Deux années, 'nécessaires 1 au Noviciat des jetine&lgentf , s^feoulèient et rendirent le comte d ! Mûvil et Prosper de Saint-Erbm , pères chacun de deux garçons. Ge doubla lie» resserra

celui des deux veufs , qui se laissèrent Jès-lors mener aveuglément par leurs, fils. En vain Dominique e& Sophie suppliaient # écrivaient des lettres louchantes j leur résistance ne faisait qu'aigrir les barbares auteurs de leurs malheureux jours* On leur signifia, qu'ils eussent à prendre , à une époque, convenue, l'un l'habit, l'autre le voile.

Leur désespoir, à cet ordre cruel, fut au comble* Ils jurèrent de se réu«* nir , et ils en trouvèrent les moyens.

Vqypn$ cçux que prit Sophie.

. Une pensionnaire de son souvent l'avait prise en une telle amitié, qu'elle lui avait promis de tout faire pour la soustraire à la tyranpie de ses parens. Elle lui faisait parvenir hfi lettres de Dominique , et trouvait le secret de faire passer à celui-ci celles de Sppliie. La mère de cette pensionnaire, riche veuve, nommée

CARKILLONNËUR. 145 madame dé VaUerre , partageait Fa* mitié que sa fille avait vouée è la jeune de Saint-Erbin , et l'indignation que tout le monde éprouvait de la conduite que son père tenait envert elle. Madame de VaUerre et sa fille formërentle projet de réunir les amans»

#t elles en vinrent à bout eh faisant faire pour Sophie des robes toutes semblables à celle que portait mademoiselle de VaUerre. Sophie, vêtue absolument comme cette jeune personne, portant, ainsi quelle avait coutume de le faire, un long voile sur sa figure, sortit du couvent un soit avec madame de Val terre, qui la jfepassef pour m fille, et la recueillit chtselte»

De son c^té, Dominique, aide de

même par cette dame obligeante,

séduisit à force d'or le portfefc de son

couvent, qui disparut avec lui» Les

iv. 7

deux amans furent emmenés atast à quatre-vingts lieue* de Paris, daaa une terre cfce madame de Valtenre»

Vous dire comment ceftte,dame, <fui avait de puissantes protections , m' tira 4 e <? ette «fiWVt fierait vous en»

tretenir d'objets étrangers à mon art»

jet. Le principal est, de, savoir qua Dominique et. Sophie se tpouvèrenl libres, réunis , au moment même ou on allait Isa forcer à prononcer leura Yceux* v

Madame de YdUerre, qui jouissait* d'une très-grande considération dao* la province, fut trouver leutfs detue pères.; et pouf lés force» à* marier les jeunet gens* eBe fit le petit nien* songe de supposer que l'amour ajarife' aveuglé les amans , Sophie était eà~ ceinte* Elle essuya d'abord des re* proches auxquels elle répondit avefc modération; et leur prouvant que tit

CARRILLONNEUR. i4y chose était trop avancée pour pou»

m reculer sans déshonorer heurs deux familles > elle obtint enfin leur consentement. Mais ces évènemens inattendus redoublèrent leur haine pour ces pauvres eu fans, et lçurs frèr rçs dès4ors jurèrent leur «perte. Ce qui anima bien plus encore ces médian* frères, ce fut un testament que firent messieurs d'Alinvil et de Saint- Erbio , chacun séparément , mais contenant les mêmes clauses. Par ce tçsUfaent , ils tipAéritaient Domi* nique et Sophie, se contentant de substituer leurs *parts d'héritage en faveur de le*?» eafcns , en cas qu'ils m eusaent; mais s'il n,en provenait point de leur hymen , tout devait passera leurs frères* Ce fui cet acte, * monument d iniquité, qui causa tous les malheurs des deux époux* Me voilà armé enfin à la longue suite de

persécutions qu'ils éprouvèrent, et c'est ici que ces indignes frères vont 8e dévoiler tout entiers à vos regards.

Malgré les pressentimens de œe*« sieurs d'Alinvil et de Saint -Erbin pères , qui s'imaginaient mourir un jour ensemble > comme ce malheur était arrivé à leurs épouses , monsieur deSaint-Erbin , le plus vieux , le plus infirme des deux amis , fut attaqué d'une maladie longue , gravç^, douloureuse, qui leraporta ^«éme, dans ce château. Bbn fils lui fit ériger, un monument funèbre, dans une chapelle souterraine, où le baron, qui était généralement regretté, fut inhumer La douleur que monsieur d'Alinvil ressentit de la perte de son.

ami fut si profonde , que dès ce moment la tête de ce vieillard s'affaiblit* Sans perdre en entier la raison, il

CàRRILLONNEUR. i49 devînt faiWe et timide ; il tomba enfin dans un état très-voisin de l'enfance.

Ses fils , le comte et le marquis, pro- ; filèrent de cette -espèce d'aliénation d esprit pour le mené* plus que jamais à leur gré. Dominique et sa femme, rentrés en grâce auprès de lui, étaient à Marseille dans la terré de leur père, et lui prodiguaient tous les soins de la tendresse filiale ; mais Dominique avait la tête un peu faible comme le vieux comte ; il était loin de prévoir tous les coups qu'on allait lui porter.

Déjà son frère le comté et son béau-frcre Prosper étaient pères de trois erifans, lorsque Sophie devint enceinte. Les affaires relatives à la succession du vieux baron de Saint- Erbin n'étant pas encore terminées , ces frères tremblèrent que la clause du testament qui substituait la part

i5o LE PETIT

d'héritage des deux pères en faveur de ] enfant que Sophie portait da»6 son sein, ne ftkt exécutée, et déjà les notaires , les procureurs tenaient ce testament ; ils priaient d'attendre I»

aaissance de .l'enfant pour remplir cette terrible clause. La cupidité se joignit à la haine qu'ils portaient aux deux jeunes époux; ces frère& barbares s'assemblèrent et formèrent un projet dont on ne trouve pas d'exemple dans les annales de la malignité.

Sophie , qui approchait du terme de sa grossesse, fut, d'après ce plan atroce , enlevée dans une promenade solitaire où on l'avait appelée seule.

Elle disparut, et ses frères affectèrent de grandes démonstrations de douleur, de regrets qui en imposèrent ; ils feignirent même de faire des recherches, et se rapprochèrent de Dominique, qu'ils essayèrent de consoler.

CARAIELONNÈUR. i5i

Une lettre anonyme lui fut envoyée.

On y supposait qu'un grand seigneur étranger, épris dœ charrues de la jeune femme , lavait enlevée pour kif faire passer les mers* Des témoins gagnés affirmèrent lavoir vu embarquer; tout fut enfin arrangé de manière i dissiper les soupçons qu'on aurait pu» concevoir sur les deux familles. Ou était, pendant ce tempslà, l'infortunée Sophie? Dans les souterrains de ce château * où on lavait amenée* Là, désespérée, outrée d'indignation, *}le fut confiée aux soins d'une femme mercenaire qui , possédant l'art des aecouchèmens f la délivra d'un fils qu'on enleva sur le champ sans lui donner le sacrement du baptême, ni même aucun nom.

qui pût le faire distinguer. Je reviendrai à ce malheureux enfant* Suivons sa mère.

i5* LE PETIT

. Ce fat en vain qu'on tâcha de lui persuader que son enfant étçit rnorL Elle n'en voulut rien croire ; et soupçonnant avec raison que la clame du testament, était le seul motif des cruels tourmens qu'on lui faisait éprouver, elle -menaça d'avoir recours aux lois. Les frères conjurés se voyaient trop avancés pour recules; ils la tinrent enfermée pendant plus de deux années , en. rassurant qu'elle ne recouvrerait jamais sa liberté qu'à une seule condition que voici?

. On lui promit de la ramener à son mari , si elle jurait qu'elle accrédite»

rait la fable du prétendu enlèvement par un seigneur étranger, qu'elle en persuaderait Dominique lui-même.

.On lui promettait de plus de lui rendre son fils, si elle et son mari se soumettaient à renoncer à la clause du testament. La pauvre femme pro-

CÀRRILLONNEUR. i53 mit tout, fit tous les sermens qu'on exigea d'elle , et monsieur de Survol, frère, de madame de Saint* Erbin ,• un des agens les plus actifs de ce complot, chargea un de ses amis nommé Saint-Eve, inconnu jusqu'alors des jeunes époux, de reconduire Sophie à Marseille, prétextant qu'il la enlevée à son tour à son ravisseur pour la réunir à son mari.

Ce nouveau plan fut exécuté avec adresse. Saint-Eve fit accroire qu'il revenait de l'Amérique , où madame d'Alinvil l'avait connu, lut avait raconté ses malheurs , et qu enfin , il avait eu le bonheur de la ramener en France, à son mari. La jeune femme appuya ce mensonge; mais, ainsi qu'on devait le prévoir , elle confia ensuite la vérité à son époux, qui devint furieux*

Le comte d'Alinvil, son frère, lui

i54 LE PETIT

fit sentir que, s'il faisait un éclat , il perdrait deux familles et se deshonorerait lui-même. On lui confia qqe la clause du. testament était seule la cause de la conduite qu'on tenait envers lui.. On lui promit de lui rendre son enfant, s'il voulait renoncer à cette clause; il s'y refusa obstinément , et menaça toujours. \fn poison subtil lui fut alors administré par le marquis <T Ali n vil, et ce monstre fit partager ce sort affreux à la malheureuse Sophie, qui ne mourut que six jours après son mari. On sut, bien qu'avant d'expirer, ces deux victimes de la cupidité proférèrent mille imprécations centre leurs bourreaux j mais il n'y avak près d'eux que ce»

mêmes bourreaux , qui avaient eu le soin d'écarter les étrangers.

Ainsi moururent, à la fleur de leur £ge , Dominique et Sophie, qui furent

CARRILLOJNNEIJR. r55

iqhumés arec pompe et sans qu'on cherchât à éclaircir la cause de leur mort, tarit la femillé d'Àlinvil était estimée dans la province. Il y eut bien des soupçons, mais ils furent sourde et tenus secrets. '

Voyons maintenant ce qu'est devenu leur fils infortuné*

Cet enfant du tnalheur, sans nom , ne tenant à la société par aucun lien:

civil, fut confié à une nourrice qui 1 fut payée largement pour consentir i passer pour sa mère. Cette femme crut d'ailleurs faire une bonne œuvre , car on lui dit que c'était un enfant trouvé > qu'on se chargeait de la dédommager de tous ses soins jusqu'à l r âge où il serait en état d'apprendre un métier.

Mais domine les méchans ne peuvent rien faire sans des complices, il arriva que la sage-femme qui avait

i56 LE PETIT •

gardé Sophie dans le souterrain ; tomba malade; sentant sa fin arriver, et pénétrée de justes remords, elle fit prier le vieux comte d'AJinvil de l'honorer d'une visite , et elle lui avoua tout ce qui s'était passé.

Le comte, indigné, ne voulant pas d'abord éclater contre ses fils, courut chez la nourrice de l'enfant , se nomma comme son aïeul, et intimida tellement, par ses. menaces, cette paysanne , qu'elle lui laissa emporter le fils de Sophie ; il avait alors vingtneuf mois et quelques jours. Ce fut à l'époque de la mort funeste des deux époux que le vieux comte emmena leur fils au château. Quelle fut la terreur des d'Âlinvil , quand ils virent qu'ils venaient de commettre deux crimes inutiles, que leur père, furieux contre eux , avait trouvé l'eniant quft avait , soudain appelé

CARRILLGNNEtJR. i5 7 Dominique , du nom de' son père !

Ils se crurent perdus , surtout en voyant que le vieux comte, au désespoir, les 'soupçonnait d'avoir empoisonné leur frère et leur bellesœur. Alors le comle et le marquis d'Âlinvil se jetèrent à ses pieds en lui avouant tout , en le conjurant de ne pas souiller ses cheveux blancs par le déshonneur de ses fils. Le vieux comte sentît la force de ce raisonnement; il promit à regret de garder le silence; mais il ne s en attacha pas, moins à l'enfant, qu'il appelait son fils, son cher Dominique* Il eut même la faiblesse de confier les crimes de ses fils à sa gouvernante Elvina , femme d'ailleurs discrète, prudente , et surtout excessivement bonne. Elvina sentit dès-lors tous les dangers que courait le pauvre enfant afuquel elle, donnait ses soins , et proposa au

i58 LE PETIT

vieux comte de le faire passer en Angleterre , où elle raccompagnerait. Le vieillard y consentit à regret, et la sage Elvina fit secrètement tous les préparatifs pour son déport ; mais les.

fils d' A lin vit avaient placé auprès de leur père un domestique qui leur était affidé ; ils apprirent de ce domestique, nommé Fénigle , ce projet de fuite» Redoutant également et l'indiscrétion du vieillard s'il gardait 1 plus long-temps Penfant près de lui r et les justes reproches que pourrait

5 un jour cet enfant si on Fé-

n d eux % ènf pays étranger,. \W

it de le perdre*

t vingt-deux jours après la mort des deux époux que ce projet affreux s exécuta.

Saint-Eve , ce même confident du frère de madame de Saint-Erbin, entra un mâtin r avec uu homme à lui*

CARRILLONNÊUR. i5g ' dans là chambre d'Elvina , où couchait le petit Dominique. Elrina , qui les connaissait pour être les amis des oncles de son protégé , frémit. Saint- Eve lui annonça que messïetrrs d'À-^ linvil et de Saint-Erbin fils voulaient dorénavant faire l'éducation de leur neveu , qu'ils venaient le chercher»

Elvina s'y apposa d'abord , assurant qu'elle ne le remettrait entre leurs mains que d'après l'ordre du vieux comte ; mais le vieux comte était absent pour deux jours. Sainte-Eve insistait y menaçait d'enlever Dominique de force. Il dormait encore ce pauvre enfant ! Elvina entra seule dans l'asile oh il reposait; agitée d'un funeste pressentiment elle glissa dan»

sa poche les deux extraits mortuaires des auteurs de ses jours , et se mit à écrire une lettre qu'elle eut pas Ite temps de finir, c*r elle entendit que

x6o LZ PETIT .

Saint-Eve venait la surprendre. Elle joignit cette lettre aux deux actes, habilla l'enfant, et lui faisant un rempart de son corps, elle protesta quelle mourrait avant qu'on, pût s'en Saisir.

Elle fit bien toute la résistance qui était en son pouvoir ; mais renversée par terre , elle vit .disparaître son cher protégé , et le suivit ensuite en jetant les hauts cris jusqu'au cabriolet, qui l'enleva, et disparut soudain à ses regards. Au milieu de sa douleur, elle sentit qu'il ne fallait pas, pour l'honneur de son maître, compromettre ses fils, et s'excusa auprès des gens de la maison , tout étonnés de ce qui se passait , sur Je chagrin, quelle éprouvait de perdre un enfant auquel elle s'était attachée; et qu'on allait rendre à ses père et mère, car les domestiques du château croyaient, tout bonnement Dominique un en font

CARRILLONNEUR. i6i trouvé , dont on prenait soin par humanité. Le vieux comte avait permis qu on fît courir cette fable pour cacher la vérité, qui pouvait devenir funeste à ses enfans.

. Voilà donc ce pauvre Dominique enlevé et abandonné aux Champs- Elysées, par Saint- Eve et son complice , qui reviennent de suite à Marseille , raconter à leurs amis le succès de l'expédition dont ils l'ont chargé* Je dois maintenant dissiper les -injustes soupçons que vous auriez pu former sur monsieur et madame de Saint-Erfrin. Vous tes avez peut-être crus complices de tous les crimes des fils d'Àliuvil ; ils étaient bien éloignés de connaître leurs forfaits! on les appréciait assez pour ne pas leur faire partager de grands crimes. C'était à leur ^in su que le marquis d'Alinvil , d'accord avec son frère ; avait privé

rfa LE PETIT

du jour le père et la mère de Dominique. On refusa même la porte à monsieur et madame de Saint Erbin pendant leur maladie; et quoiqu'ils pussent concevoir des doutes sur ces deux morts précipitées, ils n'en avaient pas l'affreuse conviction. S'étant cependant rendus coupables des premières fautes, il fallait bien qu'ils cherchassent à les couvrir. Lorsqu'il fut question de soustraire l'enfant à l'indiscret vieillard et k Elvina , qui voulait l'emmener en Angleterre , le marquis proposa , comme un moyen plus court, d'assassiner l'qrphelin.

Ce crime fit horreur à la famille Saint* Erbin, qui le repoussa en frémissant des soqpçons que cette odieuse proposition leur faisait soudain concevoir. Le marquis se radoucit et con- * seilla seulement de perdre l'eafant* 11 n'a point été baptisé , dit-il , il ne

CARRILLONNEUR. i63 pourra jamais réclamer ni son nom, ni son état ; qu il grandisse dans l'obscurité y nous n'avoua rien à craindre de lui.

- Ce plan fut arrêté; mais la famille Saint - Erbin , craignant pdur les jours de l'enfant, m les féroces d'Alinvil se chargeaient de le perdre, exigèrent • qu'on donnât ce soin à Saint-Eve , et Saint-Eve ne s'en acquitta que trop bien , comme vous le savez*

Cependant le vieux comte revint.

Elvina, désolée, lui apprit l'enlève* ment de son petit-fils; et le vieux xomte, dont la tète était faible, se contenta de pleurer en maudissant ses enfans. Il demanda à finir ses jours au château de la Croix-Saint- - André , où son ami , le vieux baron de Saint* Erbin , était inhumé; et la famille Saint-Erbin le ramena ici, où il mourut quelques jours après son

arrivée* On écrivit sur le champ à Marseille , en envoyant son extrait mortuaire àsea fils, qui liquidèrent de suite sa succession.

Jusque-là, la famille Saint Erbin , séduite dès l'origine de ces évènemens; par les conseils des d' A lin vil , s'était prêtée, bien malgré elle» à quelques-unes de leurs ruses ; vous allez la voir revenir à de justes remords. Avant dç perdre la lumière du jour f le vieux comte d'Alirtvil »

pénétré toujours de la tendresse qu'il avait vouée à son petit-fils, exigea qifon lui dît ce qu'on en avait fait.

On lui apprit qu'il avait été perdu aux Champs - Elysées. ' Le vieillard n'en voulait rien croire, secoua là tête, en disant: Cela est faux! ces scélérats l'auront empoisonné comme ils ont fait de son pauvre père, de sa malheureuse mère! — Que dites-

Bigitizedby VnOOQ

CARRILLOÎîNEUR. i65 tous! «écria monsieur de Samt-Erbio.

— Je dis que ce monstre de marquis d' AJinvil , que je renonce à appeler mon fils, a tranché les jours de deux époux que nous avons trop perse* cutés... — Ils seraient capables...! — Vous feignez de l'ignorer? — Nous lignerons, sur l'honneur! tous. êtes •ûr...?— Sûr! le marquis et son frère m en ont fait l'horrible aveu ! — O Dieu! et j'ai pu, par mes intrigues avec ces assassins, me rendre con^»

pltce du meurtre de ma sœur!

Le baron tombe sans connaissance* Madame de Saint-Erbin se livre au plus violent désespoir ; son frère et Saint - Eve sont confondus dans leurs tristes réflexions 9 et soudain le remord dévore tous ces cœurs qui n'étaient pas faits pour devenir des criminels...!

Ce Saint-Eve, mon cher Domini-

i66 LE fcETIT

que, vous ne l'avez pas reconnu dan* le râle odieux, qu'il vient de jouer ?

Vous Tarez aimé , estimé jusqu'à présent.*.,! Gesses de me prodiguer ces doux sentiaieos; car s'est moi qui suis Saint-Eve; c'est moi qui ai eu la cruauté de vous abandonner dans l'âge le plus tendre, de vous maltraiter même pour vous chasser de la voilure qui venait de ypus enlever à votre aïeul, à vptre lionne gouvernante l Jfe spi* cemalheurex ,• Dominique» l'aur teur dé tous vos roaux! IVfe lies par* donnerez-vous jamais!

Dominique teste immobile, glacé, comme un bçmme qui ne sait quelle résolution il doit prendre. De BJévile continue :

Votre silence > jeune homme»

m'apprend trop ce que je daàwttemire de vous. Il doit bien effrayer votre onde! qui fut pour te meios aussi

CAttRILLONNEUR. 167 coupable que moi...*-! Mais poursuis vons.

Cette cruelle certitude de deux crimes dont noua ne nous doutions que trop, nop$ change tous subite-* nient. Tances que nous jurons aux dAIinvil la haine qu'ils inspirent, notre intérêt se porte tout entier sur la dernière de leurs victimes, sur ce pauvre enfant que *>ows les avonç aidés ,S perdre ^ son tour. ïXous douterions notre sang, inotre vie pour le retrouver,.. Mais, hélas! où est- il?

que fait-il?

M. d$ Surval est si répétant, si désolé d avoir trempé dans tous ces complots, qu'il court aux pieds des autels 9 faire le serment.sacfé de se consacrer à Dieu pour la vie. Veuf defu*is trois ans, et père d'une jolie petite fille* il me conjure dje 01 en charger^, deTélover coroinç naa propre

i66 ; LE PETIT enfant. Il me laisse l'administration entière de ses biens , dont je dois former par la suite une dot pour Àdrienne ; et ne se réservant rien , il se jette dans Tordre monastique le plus pauvre de tous, où il pourra, par l'humilité, la prière et le jeûne , expier les fautes qu'il a commises; il se fait, en un mot , capucin , sous le nom du père Isidore; et moi, je change le mien en celui de Bléville, qui peut me déguiser un jour aux yeux du petit Dominique, s'il se retrouve; et il se retrouvera , disions-nous tous! Dieu protège 1 orphelin et confond tôt on tard ses ennemis.

Pour monsfeur et madame de Saint- Erbin , leur douleur est éternelle* Ils ne se pardonneront jamais, disent-ils, la part qu'ils ont prise aux crimes des d'Alinvil; et s'ils ont jamais le bonheur, inouï pour eux, de revoirie

CARRJLLONNEDR. 169

fils de leur sœur, ce sera pour obtenir de lui 011 géaéreux pardon , en l'accablant de biens. Mais, encoce «aie fois, où est -H?

Deux ans«t de»i «près 1 abandon de l'enfant, madame de Saint-Erbin étapt à Parts , .passa sur la place Saint* Germain -l'Àuxerrois, vit un petit carrillonueur , et reconnut soudain son cher Domkûque. Elle ne pouvait pas se tromper; elle avait ses traits si profondément gravés dans la mémoire!.,.. Mais elle fut déroutée par la prétendue mère du petit, et revint à la Croix-Sa*nt«-Anciré , où elle nous apprit cette rencontre , qui ne nous laissait aucun espoir.

Nous avions rompu tout commerce avec les d'Alinvil, qui, de leur «oéié, regrettaient bien d avoir abaa~ donné l'enfant, mais dans une toute autoe intention que la «être. Ces xv* 8 " '

misérables étaient désolés de n'avoir pas pris le parti plus sûr d'immoler leur neveu* Ils craignaient bien aussi que la Providence ne le fit reparaître un jour , et n'accui%fculét preuve sur preuve pour les confondre et les perdre, sachant surtout quEivina avait mis sur vous des papiers assez clairs pour vous faire connaître. Dans cette terreur, qui les poursuivait partout , ils- avaient chargé quelques-uns de letars confidens de courir tout Paris, d'y chercher le jeune Dominique , de l'enlever de nouveau et de le ramener chez eux. FénJgle, cç domestique qu'ils avaient mis auprès du vieux comte, était sans place, et s'occupait à travailler dans un atelier de menuiserie à Paris. Un joçr, est homme brutal et dévoué à ses a»»

ciens maîtres, vous entendit nommer par Mathieu Robtpeau, sur le bojfe-

CÀRR1LL0NNEUR. 1 7 1 levard> près du faubourg du Temple, C'est lui , bon Robin eau, qui vous frappa si rudement sur l'épaule, le jour où vous tirâtes votre protégé des mains des bateleurs pour le confier à monsieur le curé Paterne. Vous eûtes une scène vive avec lui , et peu s'en fallut qu'il ne vous arrachât l'enfant qu'il reconnut très-bien , quoique ses traits fussent un peu changés. Ce malheureux l'aurait ramené aux d'Àltnvil , et Dominique n'existerait plus!

Nous apprîmes cette tentative, heureusement inutile, et elle .nous fit frémir; car, reconnu d'abord par madame de Saint - Erbin, puis après par le domestique de votre aïeul, il était peu douteux que ce joli petit Dominique ne fût le nôtre. Pesez cette double surprise, et de la part des gens qui vous connaissant très-bien* Nous

i 7 2 LE PETIT

sûmes depuis que votas h'eserèfetf plus le petit talent de cferriifoniteuf dâiia Paris ; mais tiotrs ne pûmes dé* couvrir le Heu que vous habitiez. Cela nous engagea, xjuefques années après* à demander de vos nouvelles par tek voie de la gafcette de France, le ne sais si vous avez lu cet article ; je ne le crois pas ; car monsieur Rohineau , qui savait «vôtre secret, y aurait répondu , d'autant plus que nows y désignions comme les plt*sgramd« amis de l'enfant les personnages qui tfai- ' saient cette recherche. Elle fut im*tile ainsi que les autres, Dès-lôts, frtttifc cessâmes d'espérer, et nos fegpeSs, ainsi que nos remords en deftore&t

Désirant voir plus fréquemment mon ami de Surval, devenu le pèt^ Isidore, au couveht des «aptecrt» de Preux, j'atlrëtm une petto maison-

bjette dans cette ville , et je fus Thabiter avec la jeune Adrienue ,.quif cour £ée à mes soins dès sa plus tendre enfance % me croyait sincèrement sou père; illusion douce pour mon cœur > et dans laquelleelle est encore! Le père Isidore la voit toujours pvçc tendisse ; mais ayant fait abnégation de tout , pour se livrer à la pénitence , il ne lui a jamais dit un mot qui pût lui faire soupçonner la vérité; et monsieur ainsi que madame de Saint-Erbio, quisontoncle et tante de cette aimable personne, ont respecté de leur . cOté lç secret de son père.

Dès • qu on sut que Dominique , ce même Dominique qui avait cfâ autrefois peiil carrillonneur à Paris , habitait le village de ***, où il carrillonoait plus en grand) les soupçons se réveillèrent de tous les côlés» l*e$ d' A lin vil surtout, devenus seigneur

de ce village , cherchèrent à vous attirer chez eux; et sans la ridicule passion que la laide comtesse conçut pour vous , vous n*exîsterîefc peut-être plus ; car elle a bien souvent arrêté le poignard que son mari voulait lever sur vous , en cherchant toujours à lui persuader que vous n'étiez pas leur infortuné neveu.

Tandis que le marquis , plus coupable que les autres > était bourrelé de remords qui le rendaient maniaque, presque somnambule , au point de voir partout du sang et toujours du sang , votre nom, chaque fois qu'il frappait les oreilles de monsieur et de madame de Saint-Erbîn , leur inspirait une terreur secrète r en leur rappelant combien étaient graves les torts qu'ils avaient envers vous. Mais on n'était pas sûr que ce fût vous; et dans les deux familles, chacun >

CARRILLOWNEUR. i 7 5 avec des intentions, différentes , m demandait à votre aspect, ainsi que tous l'avez remarqué vous-même:

Est-ce lui ? N'est-ce pas lui ?

La gaucherie de vos prétendus père et mère, qui se coupaient quand on les interrogeait , qui mentaient et déguisaient mal la vérité, avait frappé tout le monde* Des recherches que firent les d'Àlinvil , et que nous apprîmes de notre côté , amenèrent presque la conviction ; et sans le pan de mur qui"vous procura votre liberté, en tombant dans la prison où le comte tous avait enfermé pour l'espièglerie de mademoiselle Gothon ( vous voyez que nous savons tout ) , ce misérable vous aurait sans doute immolé aux craintes que vous lui inspiriez.

Par le conseil du comte , sa femme vous avait fait peindre à votre insu

i*jê 1£ PETIT

ffendafcl ?té heures contactées à la mnsiqne, ptor un peintre eatibé daris ub cabinet invisible à vos regarda Ce portrait, toè$4»ete Ddf, ofc lawait envoyé à la terri d'ÂUÉrvil, où -un concierge afïdé devait comparer vos traits arec ceux des taWeauK de fatoiUe qui ornent là grande galerie du ehâéeau. Lé concierge 9 en renvoyant votre portrait au comte* lui avait mande que vous ressembliez exactement à votre mère. Mêmes yeux , même nés , même bouche f c'était exactement la méine^giirej et vous vous doutes bien que cettç resseta*-btance * q«é n aurait cet t aine ment pas eue un étranger «oupçonné à tort d'être notre Dominique, a dû souvent frapper et les d'Àlitivil et la fomttt* Saint-Erbin,

Ce portrait devînt une prelwe de plus contre vous. Je nie sais ce qu'il

fst devenu. On a rapporté que k laide comtesse, se repentant quelquefois de son amour pour vous , qui suspendait *a vengeance, te jet* , 110 jour, au feu, dans un accès de déHre , el que «on* sieur le curé Paterne h sauva des flammes, bien étonné de tramer le votre image»

Quoi quil en £0*1 , rouà vîntes à Dreux , où rnpi , vivant seul , isolé de mes amis , jignorais alors feulas ces particularités^ Qwe déviasse quand je vous soupçon nai d'être aotre Dommique ! Quelle £*t ma terreur quâod je découvris que vous aimiez Àdrienne, que vous e* étiex at&él Si je désespérais de trouver quelqu'un qui voulût l'épouaef après qu'on {aurait mis au /ait du nom et des faute* de son père f jugez si je pouvais vous la destiner, à vous la victime de ces fautes ! Je fus don* obligé de «e *é*

parer de vous ; et sur l'avis que j'en donnai à monsieur de Saint- Erbin , votre oncle , il me chargea de vous payer une pension annuelle, sous le voile de l'anonyme.

Ne doutant plus que vous fussiez leur neveu , monsieur d'ÀHnvi!

et monsieur de Saint-Erbm se rencontrèrent un jour. 11 y avait bien des années qu'ils ne s'étaient vus^ tant ils se haïssaient mutuellement > et par des motifs bien opposés. Vous* connaisses ceux du baron j ils sont justes, louables; mais d'Alinvii abhorrait h\ baron, parce qu'il te craignait. Cachant combien il vous était attaché, il redoutait que l'excès des remords de monsieur de Saint - Erbht ne le portât à tout vous découvrir, à vous exciter à la vengeance. Les criminels tremblent sans cesse d'être dénoneés* Celui-ci savait h baroa-

CÀRRILLONNEUÎl, 179 capable -de «'immoler lui-même pour faire triompher la cause de Fûmo* cent.

Ils se rencontrèrent ' donc et se disputèrent si vivement à votre su* jet , qu'ils se donnèrent rendez-vous le même soir pour se battre. Le baron avait menacé d'Àlinvit, en cas que tous disparussiez , qu'il vous fît te moindre mat , de le livrer aux tribunaux, dût-il être perdu lui-même pour la part qu'il avait prise à vos malheurs , à ceux des auteurs de vos jours. Cette menace avait exaspéré d'Âlinvil, au point que, des injures, il en était venu à des gestes très huroi- Jians. H fallait se battre pour venger cet outrage. Vous savez l'issue de cette soirée des Boulevards-Neufs. Vous empêchâtes le baron de consommer sa vengeance sur le méchant d'Alinvil , et vous ramenâtes ce dernier

i6o LE PETIT

blessé , chtz hxi , tfoù motasiértr <ie Sernt<-Erbin tous fit transporter dafo* une maison isolée , espérant que vou* ▼oui dévoileriez enfin aux yeux d*EIvina , de cette bonne gouvernante qui, d'après noire repentir, nos re»

grets et nos larmes , s'était attachée à la famille Saint- Erbm. Ses prière* ftirent inutiles; voua fie paies lui rien avouer ; et , â nôtre grand déplaisir* vous vous attachâtes au comte d'À* imvil , au marquis , à qui vous sau* vfrtes aussi la vie aux Champs-Elysées.

Tétais, ce soir- là, à Paris, daps ce Keu même , témoin jadis de votre abandon. J'y pleurais avec mon ancien domestique, sur le fossé où nous vous avions jeté de \a manière la plus barbare... J entendis la voix du piarquis.

Je vis bien un jeune homme l'aborder, lur parler, l'emmener; mais je ne vous reconnus pas* Je partis le

CARR1LL0NNEUR. 181

lendemain pour venir ici, oit j'avais laissé Àdrienne; mais 1 aspect du mar»

quis, fa vue de i endroit où j'avais commisle crime de vous perdre 9 tout cçla m'avait tellement 4gité que ye tombai malade aussitôt mon arrivé* au château.

Les d'Àlinvil avaient changé de manières, 4e langage envers vous; «est qu'ils avaient renoncé à leur premier projet. Suit l'effet du remord$ ou de la reconnaissance que leur inspiraient vos procédés, ils ne son~ geaiçat plus, comme autrefois, à yqui immoler sans autre forme de procès ; mai;, persuadés que vous connaissiez le secret de votre naissance 9 ils voulaient vous amener f par la douceur, à vous dévoiler à leurs regards , à signer, en leur faveur» un désistement de toutes poursuites, de réclamations de biens; ce papier enfin qu'ils vous • -

ife LÉ PETYT

ont présenté hier dans le bots. C'est lorsque jai appris ce dessein perfide r que, me croyant près de ma dernière heure , je vous ai fait écrire par Àdrienne de vous rendre ici. J'avais Fïritention de vous prévenir contre eux, en vous révélant tout ce que vous apprenez aujourd'hui. Le baron me força au silence» Il me représenta, que vous étiez trop jeune, trop Vif r trop emporté- peut-être pour entendre de sang -froid un pareil récit r qui d'ailleurs rouvrait toutes ses blessures. H voulut gagner du fèmp* pour mieux vous étudier, pour juger si vous seriez assez indulgent pour apprendre ses fautes sans lui en faire plus de reproches qu'il ne s'en adresse à lui-même. 11 reculait, en un mot, le plus qu'il le pouvait, le terrible aveu que vous venez d'entendre. Il était pénible à. faire ! Il fallait nous montre*

CÀRMLLONNEUR. i85 tous coupables aux jeux d'un juge sans expérience , indigné sans doute, et qui pouvait ne rien pardonner !••••• II est dur pour des hommes d'avoir à courber le front , à rougir devant

l'innocent qu'ils ont persécuté î.

mais quand ces hommes sont coupables, ils doivent l'avouer hautement, se mettre à la merci de celui qu'ils* ont offensé. C'est l'çypiatioa de leurs fautes; elle est juste} ils doivent la subir t

Vous voilà maintenant, Dominique, au fait de tout ce qui concerne votre famille. Il ep résulte que si les Saint - Erbin ont partagé les complots qui ont causé les premiers malheurs de vos parens, s'ils ont même contribué à votre abandon r les d'Âlinvil ont été- les assassins de votre père, de votre mère, et qu'ils ont voulu voua réunir à ces tristes

i«4 LE PETIT

victimes. L'un d'eux -s'en est puni ; le marquis s'est privé de la vw ; un des AU du comte a péri aussi dans un combat extravagant, suscité entre jeunes gens qui connaissent de part et d'autre les secrets de leurs paréos, et qui se détestent comme leurs pères. Voilà assez de sang de répandu» Il est temps d en arrêter l'effusion aussi affligeante que scandaleuse , et c est ce que vous verrei après* demain»

Dominique ! tous ave* voyagé dans les chambres souterraines ! vous ave a vu le lit de votre. mère, votre berceau! vous êtes cet enfant sculpté au pîeii du tombeau du pavillon des Regrets. Ce towbeau *es* vide } mais il fut érigé par le remords., le regret et la tendresse fraternelle, aux mânes de votre père, de votre mère* s Là, un frère désespéré , votre «ucle,

CARRILLONNEUR. i85 qui vous chérit , vient tous les jours pleurer sur ce marbre qui lui rappelle le cercueil dune sœur dont les malheurs sont en grande partie son - ouvrage. Il vous voyait au pied de ce tombeau; ne pouvant vous retrouver, il possédait votre image , et il gémissait de vous avoir perdu* C est vous encore dont il est question dans le cabinet du bosquet fermé; partout votre mère a écrit ou brodé sur la soie son histoire et la vôtre. Ce château, son parc, ses souterrains , tout est plein de son souvenir, de vous-même, et Ton vous y pleurait long-temps avant que vous ne l'habitassiez !

A présent , Dominique, que doivent espérer votre oncle, votre tante , ce respectable religieux , votre Àdrienne, et moi même enfin? Nous jugerez* vous avec la rigueur que méritent des

coupables? Nous regarderez - vous avec l'indulgence du pardon ? Nous attendons notre sort ; c'est à tous à prononcer*

CÀRRÏLLONNEUIU 187 CHAPITRE VIIL

Il y a encore nu coia du voile à soulever»

Dominique, attendri jusqu'aux larmes du long et touchant récit de monsieur de Blé vil le, n'eut pas la force de parler; pour toute réponse, il se leva et courut se Jeter dans les bras de son oncle, qu'il embrassa avec effusion. Ce bon oncle, enchanté de ce mouvement de tendresse , versa des pleurs à son tour , et serra le jeune homme Sur son cœur. Eh quoi!

Dominique ! s'écria- 1- il y tu ne me punis pas? — Qui se repent, .mon* sieur, répond Dominique avec une noble fierté, est digne de l'indulgence et de l'estime des hommes !

iâ8 LE PETIT

Gâté d abord par une mère faible»

par un père trop facile, vous fûtes entraîné par la séduction , par les conseils de deux êtres affreux! Seul, vous n'auriez jamais fait le malheur de votre sœur. — Je te le jure !.,. mais ce que je ne puis me pardonner, c'est d'avoir entraîné dans mes erreurs ma tendre épouse et son digne frère. .

L une , il est vrai , a bien partagé mes remords ; l'autre expie les siens au pied dés autels. Àh! ne me témoigne pas plus d'indulgence qne je n'en ai pour moi-même! Je suis coupable , Dominique, mats je puis réparer mes torts, et tu verras* ce que je ferai pour tof, en présence même dés d' Alinvil ; je ne m'explique pas davantage jusqu'à ce qu'ils soient tous ici... Enfin, bon Dominique, tu nous pardonnes? — Ah ! mon oncle , n'employons jamais ce motj ou«*

CÀRRILLONNËUR. 189 hïions, oublions tout , c'est Jà ce que nous devons faire. — Quel excellent - cœur !

J'avais bien jugé de tnon jeune fnymme, interrompt Robineau en liant et pleurant à la fois; si je ne l'avais pas connu , î'atrraisînterrotopu monteur de Bléville dès le commencement, de sa narration ; il y aurait eu peut-être du danger à faire de pareilles confidences à tout atrtre qu'à toi. — Bu danger! reprend fo baron avec fermeté j voas vous trompée, monsieur. A présent que Pestirtable Dominique a cédé au seuil mouvement de son cœiir > sans menaces, isans discussions sur les fautes quVm lui* a révélées , je puis vous dire que si j avais trouvé en lui <un jeune homme violent, irascible, capable d'invoquer les lois, je l'auraie laitsé» faire. Il a*a point de nom,

rço LE PETIT

point dC-état civil reconnu; l'honneur de toute une famille, la nécessité de cacher ses erreurs aurait forcé à plaider contre lui, à le faire passer vpour uu aventurier. It y a des causes célèbres plus étonnantes que celleci, où l'innocent s'est vu condamné faute de preuves; mais je veux lui donner un nom , un état et des preuves. Sa conduite à la fois noble , touchante et désintéressée , mérite qu'on le réhabilite . dans tous ses droits. Oui , mon Dominique , tu seras heureux ; et si des..,, des préjugés ne t' éloignent pas de tttffiç* nièce , de ta chère Adrienne , tu deviendras son époux* — Dieu ! que de bontésl —Tu sais que je t'ai dit qu'elle serait le prix de ta docilité.

— Qu'exigez— vous de moi , mon oncle? je suis prêt à tout faire pour mériter votre tendresse et la main

CARÎULLONNEUR. 191 A* Adrienne ! — Boa Dominique!

non, je ne me suis pas trompé sur tes rares qualités dès les premiers raomens où je t'ai connu; mais toujours bourrelé par le souvenir de m^s fautes, je tai paru souvent hi* zarre, énigmatique, bourru même, et dur quelquefois; conviens-en.*.., mais conviens aussi qail était bien difficile d'aborder des aveux tels que ceux que tu viens d'entendre. La honte qu'ils me causaient était la seule cause de mon trouble ; et doutant toujours , malgré mille soupjçons , que tu fusses mon neveu , il eût été imprudent de communixpiev de pareils secrets à un étranger. Il me fallait des preuves de la part de monsieur Robineau, de la tienne f et surtout l'exhibition des papiers cachés sur loi par la prévoyante Elvina. Encore, lorsque j'ai eu cette

î 9 * LE PETIT

certitude, encore, dis- je, ai-je balancé ; et sans l'affaire d'hier, qui va enfin amener le dénoûment de tout ceci, peut-être n'aurafe-tn tien ap<pris aujourd'hui,. tant il me coûtait de paraître à tes yeux un coupable qui demande son pardon» — Mon oncle 9 nous avons à jamais proscrit ce mot déplacé» — J'y consens 5 rayons-le de nos entretiens..,, à prêtent que tu sais tout... — Tout, «Km oncle ?

Dominique hésite comme un horrime qui n'est pas pleinement satisfait. Le baron en parait surpris, et lui répond : Qu'as-tu encore à désirer ?

ne t'a-ton pas dit franchement...? ■*— Mon oncle , il est encore un mystère que vous me celez. — Lequel? — Celui de ce prétendu insensé à qui vous, avez cédé une partie* de votre parc, l'homtoe an tambour, au cor

CARfULLONNEUR. ig3 4e. chasse. — Ah! ah!... mais on ta tout dit là-dessus*

Le ton du b^çon annonçait visibjement qu'il cachait la vérité. Domikiiqiie répliqua : Cet hotpme , sur lequel on prétend m avoir tout dit, feabite les chambres souterraines; je n'en puis douter. J'ai vu des harcles, des vestiges qui prouvent l'existence d un être vivant ; et tous ces papiers placés sur le tombeau du vieux

. baron de Saint - Erbin? — Mon ami , ce. mystère (car c'en, est encore un pour toi) s'expliquera à son tour avec le temps. Approuve mon si-

: lence?pour le moment^ il est nécessaire; tu en sentiras les raisons* Tu

, sais tout ce qui te concerne, toi particulièrement. Ne cherche pas à pénétgir ce que la prudence doit encore te paçher. Tu seras pleinement content de nous; c'est ce que je puis bien xv. g

i 9 4 LE PEtflT

t'assurer. Barortne , vbcrs pfcttV&r bisser entrer vos fils et'vMteiifète*

Madathe de SaUtt-E^bin ouvrit la porte du cabinet de 50n totori à ms trois fils et * la belle AdrieiAie, qui attendaient en dehors. >

Adolphe, Auguste et Valléry de Saint Erbin *e présëhfèîtent d'uto atr titnide , Consultant les yte'ux de leur pçre pour' sa Voir ■tfil étèfct content de la itiariièredôhtDdtninique^aitïeeki Ses aveux. Le* baron leur dit rMwenfans! dt>drèz'eèibtas*CT vôtre éousitt ; i! sait tout, il oub4ie, tt>nf ; it^èt digne fie nous !

. -LèsWs ftères^e^cqilréfcitdtos lès brik* J de 'DoritfMÇtie, ! Acte1phe Madte&e'ces tebts ^Etifln^ohyjetWe atai cbtrnàîtdesdétaHsqûeicidtre pé»e avait dàt'gtié nous confier, brm $^tffle nôtre discrétion ffdp tfécesiMr^dàis une pàreMIe àituatbnj il : ttbus aisiire

CÀRRILLONNEUR. ï 9 5 qtie4u oublies ieut ! Ah ! soyons dé* tormais inséparables ; que l'amitié la plus étroite nous unisse jusqu'au tombeau, #i ne ^jpnnons jamais ces exemptas scandaleux de haines de famille si dangereuses, cotnme lu le sais à présent*

Dominique ne fut r pas le seul caressé par ©es bons jquhw gens ; ils témoignèrent aussi à Matbie «eau t$ar reconnaissance de leur avait conservé un parent ai digne d être aimé ; -et Te Robioeau pleusa de joie & cette réunion touchante, en pensant au bonheur qui attendait déwrra^^s son pi;oU?gé. ^Lje ^vctilà ! s'écriait,-^, cetf mon ouvragel'Qh! mon Dieu! qui *m,-auraU dit!-.», quand rfïa commère Gwquet faisait sur lui des conjectures d^prèis aes irpmans , ije me moquais d'4le , «t son firtaji .aussi 1 ,|î ^njy a

iy6 LE PETIT

point de romans , je le vois bien* Tout arrive, tout peut arriver, et fexéntple dé mon petit carillonneur, qui retrouvera famille, en est une preuve certaine. . • . Mais mademoiselle de Bléviïlfc écoute tout cela d'un air étonné; elle ne sait rien en»

core. Qurdàignéra la mettre au fait ?

Ce sera moi, interrompt de Bléville. Approchez, ma fille; apprenez des secrets qu'il est temps de vous dévoiler. — Mon père, vous savez 'tgup.jt tes ai toujours respectés. — Je ïè sais ; mais il en est un qui vous touche particulièrement. Vous m'a- ; vez toujours donné le tendre nom de père?* ce nom si doti* :> un autre le * réclame aujourd'hui. Vous ifêtes 'point ma fîtle , Adrienne. Vous devez le jour" à ; ce respectable religieux , ftiifitaire autrefois, et qui perdit voire c riièfe lorsque vous &i« encore 4ans

CÀRRILLONNEUR. 197 rage, le plus tendre. — ^ Que ditesvous, mon pè.«#, Monsieur? — Je dis que voilà votre père et votre.

époux ( montrant Dominique ). — Mon père! mon époux! 6 doux mo-, mena! Est* il possible que ce digne religieux...? — C'est le frère de madame de Saint Erbin , dont vous êtes la nièce* — Moi! comment! je me trouve attachée de si près à une famille qui ma comblée de bienfaits 1 Ah , mon père ! daignerez - vous me nommer votre fille? — Je ne le puis ouvertement, mon enfant, puisque j'ai renoncé. au monde, répondit le père Isidore ; mais je vous en donnerai, par des actes authentiques , tous les titres et tous les droits» Grâces aux économies de Saint-Eve de Blé ville, moo ami, qui vous a servi de père, votre dot peut s'élever à deux cent mille livres. Vous, les .apporterez à

rç8 EE PETIT

Dominique d'Àlinvil , neveu de monsieur le bacon, que je voua donne en mariage. — Grand Dieu! que de biens k la fois! — Tenea encore cela secret; gardons tau» nous-mêmes le silence sur ce qui' vient de se passer, jusqu'après h visite que nous attendons des d'Àlinvil. Notre ouvrage c'est pas consommé. Je leur ai promis, Iftèr, de lès concilier; je les ai assurés de la docilité de Dominique à suivre envers eux le plan de conduite que je lui tracerais. Je tf ai pas en tort , n'est-ce pas , mon cher Domstriqcie, de compter sur votre entière confiance en moi?

Dominique répond : Oh, monsieur de Surval ÎJjjfcb, mon oncle ! que puis-je faire de mieux que de suivre vos conseil* ! mon plus grand bonheur serait de voir cesser cette division intestine entre parens! — Elle cessera, je lai

CARRiLLONNËUR. m> prorois à Dieu, aux hommes; elle, passera! — * Mais quels ipoyensayez-r *oiê& donc, pour calmçr I4 haine que oea gawlài nouft o^ rouée? -rUa teeyftA çertajin^ infafllîWe. — J £ **<* poussai p4* glq^loi^riadUpréfiqij.

H me suffifi hîen pauç 1#, i#pmçitf d'avoir retrouvé un, oncle., qpje tante, dos cousins si chers, des arrçis sisélé^,, *i iood Adriçime, qjui v^dp.v^nicmpp, épouse. -? kes> di AtlyaiqJ soumis,, tQq, mawg? - 9 mm *m 9 W *<m plHft reoulé que, le temps, ngcç^ke p<#|j& an faire tes l>riljafts pr,ép?#rtifc» — Quel excès de b^he^! — tt <1^ naître d'o&e. crig^ ç*r 1$? d'Al^vil ne s-atfceadeut guççë au coup cpè'qf* leur prépare!

Oa fil courir saq^aîa dqns le château lis bruit que 1§ b«f9a d# Sai^- Eohirt axait eafiifc *£ttou$é i#jp€#flft % qa it ehfiwhait depuis fcwgrteff»*,

soo LE PETIT*

et voici là fable qu'on imagina poiïr^ détruire les soupçons; elle était une suite nécessaire des premiers mea-~ songes qu'on avà&f Faits jadis, ©a pré-* tendît que lorsque SopMe d'Àlinvii ftit enlevée par un grand seigneur qui l'emmena dans les lies ( ce que tout le monde croyait fermetnent ) , elle fut à la vérité ramenée en France par Saint-Eve, mais seule et sans soti enfant, que ceméehant seigneur lui avait ravi. Ne possédant plus la mère , ajoutait-on , son vil séducteur avait remis ce malheureux enfant à un agent sur qui l'avait perdu à Paris, où un pauvre ménétrier l'avait trouvé et fait élever par ses amis»

Comme on savait encore, dans le château et au village de****, que Dominique était ce même petit ca- Tillonneur qui avait fait, dans son enfance , l'admiration de tout Paris ,

C ARWLLONNEUR. ao i op ajouta, ce qui était vrai, que *e* père et mère adoptifs ignorant à qui il appartenait 9 avaient ainsi utilisé ses jeunes talens pour les aideç & l'élever. Cette fable parut si naturelle, quelle n'excita aucuns soupçons sur des secrets qui étaient uniquement concentrés dans les deux familles» Ainsi monsieur de Saint Erbin put nommer hautement Dominique son neveu, et il exigea de ses vassaux qu'on eût pour lui tous les égards qûç son rang méritait*

Tandis que Dominique recevait les félicitations de Victor Pénon , de tous ceux qui s'intéressaient à lui, Mathieu Robineau, qiii pensait à tout, fit à part liji ces réflexions ; Le baron de Saint-Erbin reconnaît ouvertement Dominique , c est fort bien i mais peppe t il à lui rendre Théritage de ses père et mère , à lui

*oz LE PETTy

donner un nom que la fatalité loi a refusé? Il Ta promis vaguement; it devrait y songer, ou nous indiquer les moyens qu'il prendra pour lui faire .restituer tout ce dont il la privé de concert avec les indignes parens du mari de sa sœur; cela paraît difficile. Cela ne peut se faire d'accord avec les d'Àjjpvil , qui sont intéressés à garder les biens qu'ils ont volés à l'orphelin. Voyons venir le baron ; et s'il ne me parle pas de tout cela, je prendrai les ménage* mens d'usage pour lut en parler le premier.

Il montrait encore de la défiance, cebonRobineau! mais elle était l'effet de l'extrême tendresse qu'il avait pour son protégé. Nous verrons bientôt qu'il ne savait pas apprécier toute la délicatesse du baron de Saint- Erbio.

camullonneur. ^5 chapitre; ix.

TotM ses amis hri sont Tendus. r

Dominique, eu sç promen^ cjaos Je parc avçc ses cpsusiaa , qui laçça-^ bUieut des preuve 4e Jeu? amitié , voulut voip cç pwMQB <&* Regrets PV il était représenté ea marbre. I) versa des l*rn*?s swp la tpyfeç érigée en mémoire 4e# auteur* 4e ses jours, et 9 <&ûaan4a «il *e pourrait pas Toir également le cabine* des ho*~ quets enclôt Adolphe , embarrassé 4e noureap , lui pr»tg#ta que cela était impoasiMç; q#e d#na peu il serait libre de tout visUer; et Dominique, affecté encore de gp {fermer iqytfère, n'insist? pins.

Comme tout lui paraissait changé dans ce ciiAtepu qù il avait éprouvé

*o4 LE PETIT

de si grandes terreurs^ Il lui blait, dans l'ivresse de sa joie, qu'il en était un des propriétaires» Dominique appartenait du moins au seigneur de cette terre magnifique 9 et c'était pour lui un honneur -inespéré, en même temps qu'un grttnd 6ujet de satisfaction. Il passa la nuit dans les songes lés plus flatteurs, et il était grand jour quand il descendit au salon, où tout Je monde était réuni auprès d'un bon feu y car l'automne commençait à stannoneer froid et pluvieux.

Le baron de Sarût-Erbm tenait une lettre ouverte. Approche, Dominique^ lui dit- il; je reçois à l'instant cette lettre du comte" d'Ainsi; viens e* entendre la lecture.

« Baron i>e Saint-Erbiic^

« Tu sais que j'ai promis avaaU

CARRILLONNEUR. aoô • hier, au chevalier de Snrval, de a me , transporter avec ma famille r a demain , dans ton château. 11 est sûr, a m'a-t-il dit, de noua rendre à loua « la paix et la sécurité.»*»*. Prend* « garde de rn attirer dans un piège j a car je ne répondrais pas de la fu- « reur de eues fils, ni de la mienne* a Malgré noa divisions , je rends a justice à Survai ; il est homme a d'honneur ; et s'il a donné sa pa~ a rote de finir noa débats, il la tien* a dra , j'en suis certain , quoique « j'ignore par quel moyen ce proa dige pourra s'opérer. Vous sentéfc « bien tous que c'est le but de me§ «vœux...— mais, encore une fais, ««n'abuses pins de ma crédulité , car a tous me trouvère* capable de tout»

a Quand je devrais me perdre , d'au»

« très seront perdus avec moi !»•«.•• a J'irai donc demain à la Croix-

ao6 LE PETIT

« Saint -André ; niai* répondez -moi u parlent , et jurez -moi, mv Thon-»

if neur, que je puis faire sans danger « cette démarche hasardée, la derrière <* à lequèHe je puisse et doive consentir ¥ désormais. » "n

La lettre n'était pas* signée > mai»

elle était bien de 1 écriture du comte.

Il faut lui répondre, dit le père Isidore; son exprès est encore là , il faut se hâter de répondre.

Le comte prit du papier, et tut à haute Toix le biHet suivant , après qu'il l'eut écrit :

h Vous are» raison de regarder ' « mpa beau -frère coramç un homme if loyal) il ne voue a riea promis « qu'il ne soit en état de l'effectuer.

m Je vous jure sur l'honneur, puisque « vous l'exigez , que vous pouvez

CÀRftïLLONNEUR. aof «venir chez moi sans crainte avec «la comtesse et ses fils* Ayee soin « seulement de modérer lew ardeur « trop belliqueuse. Voue sentez bien, «à votre tour, que pour terminer «nos différends à l'amiable (ainsi « que cela se fera*, je tous te pro- «mets), il est inutile d'élever des * scènes scandaleuses qui pourraient «rfaire naître des soupçons aux per-ff sonnes qui sont étrangères k »ot %deux familles. C'est dans le sein «de ces deux familles, sans cris, « sans bruit , sans d'inutiles proie vocations, que tout cela doit se «terminer; et vous verres si Sur val « et moi nous vous aurons tc»u j pa^ « rôle.

« Je sigte, moi,

«Prosper de SïvErbin. »

Ce billet , étonnant pour Domi-

*pS LËOPEÏTT

nique et Mathieu Robineau^fut remis au messager du comte, qui parût suc; le champ»

On était bien sûr maintenant que le comte viendrait; et sans lui tepdre aucun: piège , comme on le, verra, o# était enchanté qu il eut souscrit à cette démarche.

Comment donc vont ay prendre les Saint -Erbin pour terminer, eH uae matinée r des .débats qui ont duré si longtemps?... c'est ce que se> demandaient Dominique et son ami Mathieu. H fallait l'intervention du premier. On avait promis qu il serait docile à faire tout Ge qu'on exigerait de lui* Voulait- on ^ qu'il signât des renonciations aux noms , à l'héritage de ses père et mère? IljTy avait que ce moyen pour contenter la basse cupidité des d'Alinvi! , et peut être aussi Fanxbitioa des» Saint- Erbin ;

CARRItLONNEUR. 20^ car (les deux côtés, chacun de ce»

oncles de Dominique avait des enfans auxquels on pouvait avoir le désir de le sacrifier.

Le baron et ses fils étant sortis avant le dîner , Mathieu Robineau alla se promener avec Dominique seul, dans le parc, et lui communiqua ses réflexions , en l'engageant è ne consentir à rien , à ne signer surtout aucun papier sans son approbation. Le jeune homme sentit la justesse des raisons que lui donna son ami , et promit de le consulter avant de céder* à aucune insinuation. m

Le baron et ses fils revinrent de la ville voisine, où ils avaient été, disaient- ils, engager quelqu'un qui devait leur être bien mile, à venir le lendemain. On dîna j et dans laprès-raidi, on vit arriver M. le curé

aïo LE PETIT

Paterne, qui était vivement inquiet

de son élève*

Pardon, dit-il, M. le baron; mai&.

j'ai entendu dire que Dominique avait manqué d'être assassiné dans un bois par des voleurs. U ne m'écrit point j il me laisse dans la plus mortelle incertitude sur son sort. Âb !

Dominique, devais -je attendre de vous une pareille ingratitude l Quoi* que j aie l'honneur de connaître mon*, sieur et madame de Saint -Erbia, je Saurais pas. pris la liberté de me présenter chez eux , si je n'avais été agHé^par les plus Nombres terreurs* Cette nuit, des songes affreux m'ont représenté mon cher Dominique lut* tant entce la vie et la mort. 11 ap« prochai fc, me disait- on en rêve, d'une crise terrible qui allait décidé* à jamais de sa, destinée. Seoaîè^l possw blequele fils d'un pauvre m éaéteier!...

CARRILLONNEUR. an Oh! monsieur le curçé, interrompit le baron de Saint-Evfom , cerne* la fe¥a|e^ elle est maintenant inutile; nous savons tous que Dominique est notre cher neveu , et vous me faites le plus grand plaisir en verUmfc partager la* joie que nous cause cette douce certitude. Un homtne de voire âge, êe votre car ractète, plein d'expérience et ,de bonté , neat pas indigne de partager ce secret de famille , qu ? il taira avec la discrétion qu'on k»i connaît* Oui , Dominique est le fils de cette sœur que j'ai tant pleurée ; tout le monde le sait. Ne craignes donc plus pour lui de vains pressentimens; son bonheur est entre mes mains : cloutez* vous que je ne le fasse ? Il est vrai qull est à la veitte d'un grand événement, mais qui ne lui sera nullement funeste. Le soleil doit éclairer

*i2 LE PETIT

demain le pacte d'union des deux familles divisées, depuis vingt ans> d'intérêts comme de sentiment C'est à Dominique , c'est au .bonheur de lavoir retrouvé qu'on devra ce miracle. — Que dites • vous !.... Quoi!

MM. d'Àlinvil....» — Restez, vénérable M. Paterne ; passez quelques jours avec nous, et vous serez témoin de la félicité parfaite qui attend ici votre aimable protégé. Vous j consentez ?.... Dominique, c'est un bien heureux augure pour toi que de voir réunis ici tous tes meilleurs amis!

Dominique embrassa; le Bon curé Paterne , lequel , à son tour , fut charmé de rencontrer 11 le cher Mathieu 'Robineau. A présent, ajouta le curé , je ne crains plus rien ; je vois que notre enfant n'est entouré que de tous ceux qui le chérissent;

CARRILLONNEUR. ai 5 mais madame Frison était siffiqtiièle, que c'est elle qui m'a déterminé , en partie , à commettre l'indiscrétion... — Un homme- comme vous, répliqua le baron , ne peut jamais être indiscret. Nous vous avons, d'ailleurs, l'obligation d'avoir élevé, instruit* notre neveu; vous devez avec nous vous croire de la famille, si toutefois (il soupire) cela peut être ^considéré " comme un honneur. — C'en est un bien réel/ et j'en sens tout le prix.

' I*e baron, ses fite, lé père Isidore et,Sa*nt-Eve de Biéviilé ayant <te- *nandé la permission de se retirer pour vaquer à quelques affaires qui les concernaient seuls ,* madame de Saint - Erbin engagea Dominique à -faire voir lé parc à M. le curé.

• Dominique, son -fidèle Mathieu et M. Paterne sortirent en conséquence,

j»4 LE PETIT

et furent trè$-étonnés d'entendre des coups de marteaux qui annonçaient que beaucoup d'ouvriers travail* laient dans une partie du château jusqu'alors inhafciâée. Cette partie était composée d'une longue galerie au rez-de-chaussée, et qui. donnait sur les bosquets endos de treillages. Ja~ mais jusque-là personne n'avait pénétré dans cette salle, qui tombait en xqinea, disait-on, et dont on ajoutait que les clefe étaient même perdues.

Dominique et -ses amis mouffibkrt aur le sommet tf un kbynn^à^te quel l'œil pouvait plonger aïséqtent sur les croisé^ 4e oetté galerie. Ils y ^remarquèrent beaucoup de mouvement : on nettoyait les vitraux antiques; on appliquait des tapisseries sur les murailles dégarnis j on apportait des sUjgeç, des mauhles; on

CÀRRILL0NNEUR. ai5 suspendait des lustres au plafond. 11 semblait , en un mot, qii'on déco* rait cette salle pour y donner une fête tnagnifique.

Dominique tte savait que penser.

S occupait oh déjà des ^préparatifs de son mariage, qiMto disait devoir être célébré dune taafci&re ferifante?

Mais le jour n'en'éttit pas fixé ; il follait daaiètfrs qu'on rôt, «avant tout, «i : Etom*niq©e toudWttt tiOBserire aux propagions qu'on devait mm doute lui faire le lénderntfinven faveur dés d'ÂlHrtiL, et peur calmer la haine de cotftoédWttSé Si <des prépositions étaient dune nature à blesser sa éi- 4ietitesse, H ne pourrait les accepter; Mathieu iRobtoeau Vm empêcherait avec raison.

Qa ornait cependant cette pièoe avec une • activité qui dénotait qu'on était bien prossé d'en jouir. iDominir

ai6 LE PETIT

que observa que l'homme qui dirigeait les traveaux clés ouvriers était .

un domestique du château ,. qu'il n'avait aperçu que deux ou trois fois pendant son séjour. Ce dômestique r nommé La Brie, n'était attaché ni à monsieur, ni à madame. Son existence était énigrnatique , comme le genre des services qu'il pouvait ,re»dre était secret. C'était donc ce La Brie qui donnait des ordres; il s'occupait lui-même dune manier^ . très-empressée* H allait , il veàait; il portait des fardeaux; on l'entendait crier 2 Allons donc! allons donc I cela ne sera jamais, prêt 1

C est apparemment , dit Mathieu Robineau , p*ur recevoir demain les d'ÂUnvil qu'on fait de si grands préparatifs* r— Bon , répondit Dominique , a** on besoin de ce luxe et d'un si grand local pour une simple expli-

CARR1LL0NNEUR. 217 cation de faraftle! Ils ne viennent que quatre ; le salon ordinaire du château suffirait; te comte ne mérite pas...

•Os moto , débjtés à haute roix par La Bwe ;> frappèrent de nouveau les oreilles de'nos amis : *Le comle entrera par-là; le comté passera ici; il s esseoira de cfe cAté.

.C'est pour iemmtè, dit monsieur Paterne; vous le voyez clairement.

Mais que : signifie cette fastueuse réception?'— >J&* *ft J y jtercfe , réplique Dominique. — £t moi aussi , ajoute Robifteâu. *— Il y a encore un my* tère qu'oh nëim'a pasitévélé, reprend Dornitnque. Cette fclôture, abattue lctfsqtoe je suis parti , rétablie à mon rbfoiir , et setter galerie qui donne précisément sut leS'bosqtifcls quelle renferme, certes tout cela cache un sç£?eL.~ -— Qtii Se dévoilera, répond Mathieu Robineau, ou biennous ne sir iy. l<>

si 8 LE PETIT

jgqons rien, nous ne consentonaà rien*

Et vous ferez ires bien , dit mon-* sieur Paterne,.. Tenejs, tenez, La Brie nous aperçoit* sur celte hauteur; il parait inquiet; il ferme le* croisées; ~ le bruit diminue; nous ne -voyons plus rien.... Retrrons-nous pour ne pas le gêner. Il parait que ce La Brie est un agent bieçij$jèle 4* mpnsieur de §aint-IJrbin ! .. , .

Ils descendirent 4u labyrinthe , vi*»

sitèrent le parc en entier, sans oublier le pavillon des Regretfl, dans l^pel ils Sje rjepo^f e«U . Là ^ I>omi.

nique répéta , *# bon curé le récit ^ doujoureux qu'oç lui ?vfeifci feit la vaille; çt monsieur Pateraé^ qui était incapable dabpçer de cette cottft* dence, géï^t,,s«r les fouie* des bu-:

m^iqs } en priant) Di^u 4e pardonner cell^-jçi au* p^ren^ d^s0a cher prç^v

èARRILLONNËtJR. 219

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