CHAPITRE NEUVIEME
L'encouragement à l’agriculture est une œuvre sociale excellente
D. Est-ce faire une œuvre patriotique que d'encourager l’agriculture ?
R. Oui, et celui qui s’y emploie est un bo:
serviteur de son pays.
D. À qui appartient-il d'encourager le progri: agricole ?
R. Il appartient d'encourager le progrès agricole à tous ceux qui ont de l'influence par leur position et leur instruction, et à tous ceux qui ont des connaissances agricoles suffisantes, mais en premier lieu c'est la part des ministères di l’agriculture.
D. Est-ce que dans notre province et déjà de. puis longtemps nos ministères d'agriculture ne : sont pas occupés du progrès agricole ?
R. Oui, sans doute et surtout depuis quel.
ques années plus que jamai: et avec succès.
D. Pourez-vous apprécier le bien qui résulte d'un encouragement sûr et effectif donné au progrès agricole ?
R. Non, le bien qui est ainsi produit a une portée trop grande pour le mesurer.
D. Est-ce qu'autrefois l'agriculture avait aussi besoin d'encouragement ?
R. Oui, dans tous les pays et chez tous les peuples les chefs d'Etat qui ont compris combien l’agriculture est nécessaire à la vie et à la prospérité d'une nation, et qui ont connu les besoins de la classe agricole se sont efforcés de protéger l’agriculture. L'histoire dit qu'ils ont augmenté par là le bonheur des peuples et qu'ils ont mérité la reconnaissance publique.
D. Vous dites que celui qui protège l'agriculture fait un bien d'une très grande portée ; quel est donc celui qui fait un plus grand bien, de celui que établit une manufacture, de celui qui donne sa lorlune aux pauvres ou de celui qui fait progresser l'agriculture ?
R. C'est celui qui fait progresser l'agriculture.
D. Donnez la raison de cette réponse ?
R. Celui qui établit une manufacture fait du bien à quelqu'un sans doute, mais la richesse publique s'en ressent faiblement et un petit
Dre te dl
RP
PR. ee
nombre d'ouvriers seulement en profitent quelque peu ; celui qui donne sa fortune aux pauvres fait certainement une œuvre très méritoire devant Dieu, mais tous les pauvres du pays ne sauraient en profiter, et au point de vue humain les bienfaits de cette œuvre n'’existeront plus quand la fortune sera dépensée. Celui qui fait progresser l’agriculture du pays fait un bien incalculable : il active l’ardeur au travail, il rend le travail moins pénible et plus productif, il augmente la richesse publique et le bien-être général est plus grand. De plus le progrès qu'il détermine ne s'arrête pas mais il va s'augmentant avec les années.
D. Est-ce un devoir pour les hommes que de tâcher de faire du bien aux autres ?
R. Oui, c'est un devoir de charité chrétienne qui s'appelle aussi le devoir social.
D. Qu’entendez-vous par devoir social ?
R. Par devoir social j'entends l'obligation qui lie les hommes les uns envers les autre:
Dans une famille le frère aide son frère, c'est un devoir naturel. De même dans la grande famille humaine qui est la société, tout citoyen doit, suivant ses moyens, suivant les besoins et suivant l’occasion aider les autres homme: ses frères, de son influence, de ses connaissances
et de ses conseils, sans parler du devoir de l’aumône aux pauvres. C’est ainsi que font les bons citoyens qui comprennent leur devoir social.
‘ On nous a dit, Messieurs, que la noblesse d'Europe ne reconnaissait que deux professions : les armes et la charrue ; les armes, par besoin, par esprit de conquête ; la charrue par goût. Mais la noblesse de notre pays a toujours cumulé les deux professions. Nos ancêtres ont défriché le premier sol, le fusil d’une main et la hache de l'autre. (Appl.)
‘ Messieurs, de cette noblesse d'autrefois, il en est resté parmi nous, et c’est elle encore qui nous donne l'exemple, Les seigneurs de jadis -défrichaient la terre côte à côte avec leurs censitaires : ils étaient toujours prêts à crier : aux armes ! quand l'Iroquois cruel se présentait. Aujourd'hui cette même noblesse s'honore encore du titre de cultivateur, et quand l'occasion s'en présente, elle dit : Étudiez. La récolte n’a pas été bonne dans tel champ, la production n'a pas été aussi considérable que vous vous y attendiez, ce n’est pas la Providence qu'il faut accuser, ce n'est pas le soleil qui vous a manqué, ce n'est pas le sol qui s'est desséché, mais c'est le défaut d'instruction agricole.
* Oui, votre carrière est noble, et malheur aux peuples, malheur aux jeunes gens que la fierté chasse loin des champs, croyant que la vie est plus brillante et plus belle à la ville, croyant qu'ils porteront des habits qui feront
d'eux de plus beaux cavaliers.
‘* Leur erreur est grande. Et ce que j'ai admiré surtout ce soir, parmi les lauréats, c'est que presque tous les hommes étaient vêtus de l'étoffe faite de la laine de leurs brebis. (Appl.)
“Et ceux qui ont été les plus applaudis, ce sont ceux qui se sont présentés ici habillés d'étoffe du pays. Suivez cette louable habitude de vous suffire à vous-mêmes.
(Discours de l'noNoRABLE R. AXGERS,. lieutenant-gouverneur de la province, à l'inauguration de l'Ordre du Mérite Agricole, 1890.)