‹ Petit catechisme electoral, a l'usage du peupleChapitre 2 sur 4 · DE L OBLIGATION DU VOTE · texte numérisé non relu

DE L OBLIGATION DU VOTE

D. Le citoyen qualifié est-il tenu de voter ?

R. En général, oui, et c'est là un de ses princi-* paux devoirs envers la société. Aussi, dès qu'un individu réunit les conditions nécessaires, il doit se faire porter au plus tôt sur la liste des électeurs.

D. Est-il tenu de voter en vertu d'un texte légal ? R. Non, pareille loi n'existe pas en ce pays.

D. Mais que lui enseigne l'esprit de la Constitution ?

R. A se servir du privilège électoral chaque fois que l'occasion s'en présente et pour le plus grand bien du pays.

D. Et la loi divine ?

R. La loi divine lui fait une obligation grave de voter chaque fois qu'il pourrait, par son vote, empêcher efficacement un mal notable.

Exp. Ce peut être une obligation de justice, de chniité, voire même de religion. Supposons qu'une mesure intéressant la foi chrétienne et catholique, la question du divorce, par exemple, doive être soumise aux Chambres dans un avenir prochain. Je prévois que, des deux candidats en présence, l'un se montrera favorable au divorce et lVutre opposé. A moins que ce dernier ne soit absolument sûr de^ la victoire, je suis tenu de voler à son secours, et d'annnlpr par mon suffrage un bulletin accordé à l'adversaire. En

pi 'abstenant, je commets une faute grave, et même deuv, si mon exemple porte à scandale et empêche quelqu'un de voter.

D. Quels seraient alors les motifs d'abstention ?

R. Des motifs graves et proportionnés, comme la crainte légitime de perdre la vie, ou des biens considérables, ou une position indispensable au soutien de la famille.

D Et dans les circonstances ordinaires ?

R. Il suffit d'un moindre motif pour s'abstenir.

Exp. Ainsi l'électeur, ayant à choisir entre deux candidats d'égale valeur personnelle et offrant les mêmes garanties au point de vue des principes, pourra s'abstenir aisément, s'il espère de la sorte conserver une amitié précieuse, éviter une perte matérielle ou des conflits de famille. Parfois même, il devra renoncer au suffrage, pour maintenir sa bonne influence auprès d'un groupe ou se ménager, pour plus tard, l'occasion d'accomplir un plus grand bien. Mais l'abstention par égoïsme ou simple indifférence vis-à-vis de la chose publique ne doit jamais être conseillée ni permise, pas même dans le cas plus haut mentionné : le culte du moi irait s'accentuant davantage et retiendrait le votant à la maison, même dans les cas d'urgence.

D. Faut-il s'abstenir entre deux candidats également "indésirables" ?

R. Oui, l'abstention est nécessaire dans ce cas.

D. Doit-on s'abstenir en cas de doute sur le mérite d'une cause ou celui des candidats ?

R. Oui, l'abstention serait de rigueur, mais il est rare qu'un pareil doute puisse subsister pendant longtemps.

D. Peut-on s'abstenir entre deux mauvais candidats dont l'un pire et l'autre moins mauvais ?

R. Oui, l'abstention semble permise et suffisamment justifiée.

Exp. Ce dernier cas est tellement fréquent en France, que les évêques de plusieurs provinces se crurent obligés de donner une direction sous ce rapport à l'électorat catholique. On autorise l'abstention, mais on admet également qu'on puisse voter pour le candidat moins indigne, s'il n'est pas un ennemi de l'Eglise et s'il offre certaines garanties positives au sujet de sa conduite parlementaire. Espérons que le jour est encore loin où nos électeurs seront placés autrement que par exception dans une aussi triste alternative. Ce jour-là, Dieu aidant, les évêques canadiens ne failliront point à la lâche et ce sera le temps plus que jamais, pour les catholiques, de renoncer aux chicanes de parti pour se grouper autour de l'Eglise en fils soumis et respectueux.

D. Suffit il, en général, de voter pour le candidat méûtant contre le candidat indigne ?

R. Non, il faut, de plus, concourir au triomphe de l'un et à la défaite de l'autre, en usant de tous les moyens honnêtes à sa disposition.

D. Un bon citoyen est-il obligé de prendre part aux luttes politiques ?

R. Oui, dans une certaine mesure, selon l'influence dont il jouit et les talents que Dieu lui a donnés.

Exp. Si l'abstention du vote indique le plus souvent un mai que de conscience morale, l'abstention de la lutte dénote fréquemment l'absence de courage civique et de désintéressement. Par crainte de perdre une amitié qui leur profite, une poignée de mains qui les honore, il en est qui se taisent et se cachent aux heures les plus graves de la vie nationale. " 11 en est d'autres qui croient inopportun de résister de front à l'iniquité puissante et dominante, de peur, disent- ils, que la luttte n'exaspère davantage les

méchants Rien n'est moins propre à diminuer les maux

qu'une semblable prudence, et ceux qui aiment cette " prudence de la chair " et qui prétendent obtenir les récompenses promises aux vainqueurs en vivant comme des lâches et en s'abstenant de prendre part au combat, ceux-là non seulement sont incapables d'arrêter l'invasion de l'armée des méchants, mais ils secondent ses progrès." (Léon XIII

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