‹ Petit cours de chimie agricole, à l'usage des écoles primairesChapitre 21 sur 116 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Cette recherche lui apprendra en même temps ce qui manque a celui-ci, el ce qu'il convient de lui donner pour changer ou du moins pour modifier sa mauvaise constitution. Nous étudierons d'abord la composition du sol sous le rapport des mafières organiques.

73. Toute terre arable contient une substance végétale dite vulgairement terreau (et par les chimistes principe humique '). Si cette substance, qui y a été introduite depuis des siècles, par la décomposition successive, des végétaux naturellement développés, n'existe pas dans une terre en proportion suffisante, il faut renoncer, à moins de disposer d'une immense quantité d'engrais, à l'y introduire et par conséquent à cultiver ce sol.

74. Il y a deux manières de rechercher le terreau ; on peut désirer connaître la quantité exacte qu'en contient une terre a , ou seulement constater si elle en contient assez pour être propre à une bonne culture. C'est cette dernière question seulement que nous étudierons ici.

75. Avant de procéder sur une terre a aucune recherche chimique, il faut d'abord prendre dans la ferme une terre reconnue bonne et l'essayer comme il suit : on passe cette terre au crible, pour la séparer des pierres qui, répandues très-inégalement dans le sol, ne seraient pas un élément constant 3 . Cela fait, on en prend une certaine

' Du mot latin humus, qui veut dire terre végétale.

- IL y a deui manières d'analyser une substance. Si l'on veut savoir seulement quels sont les principes dont elle se compose, l'analyse est dite qualitative. Si, an contraire, on lient à connaître en quelles proportions ces principes sont contenus dans la substance qu'on eïa rai no, l'analyse est dite qualitative. Cette dernière demande généralement plus de savoir en chimie et un laboratoire complet.

3 On appelle un élément constant celui qui est également répandu dans une masse dont on veut connaître la composition. Si, par exemple, j'ai de l'eau troublée par un peu de vase qu'elle a

ÉTUDE DU SOL

quantité, 50 grammes, par exemple, et on y ajoute environ le quart, soit 12 grammes, de cristaux de soude (voy, n= 50) ; on introduit le tout dans un petit ballon, avec un peu d'eau la plus pure possible, et l'on fait chauffer sur un réchaud. Au bout de dix minutes d'ébullilion, les cristaux de soude ont attaqué le terreau, ce. qui s'est manifesté par la couleur foncée qu'a prise le liquide. On verse alors dans un verre et on abandonne le tout pendant douze heures. Si la terre est riche en terreau, la couleur sera alors devenue brun noirâtre ; si elle n'en contient que des traces, le mélange sera peu co- -loré.

76. On appelle terre type celle qui a servi à faire cet essai, et dont les qualités sont bien connues de l'agriculteur. Quand il voudra savoir par avance le mérite d'une autre terre, il fera simultanément l'essai ci-dessus décrit, sur 50 grammes de cette terre et sur S0 grammes de sa terre type. Celle des deux qui donnera la couleur la plus foncée sera la plus riche en terreau. L'agriculteur verra ainsi si la terre qu'il essaye est plus riche ou moins riche que sa terre type 1 .

entraînée, cette vase étant répartie presque également dans toufe l'eau, il y en aura constamment la même quantité dans deus litres de cette eau pris séparément. — Mais il n'en est pas de même des cailloux dans le sol ; et on comprend qu'il peut arriver que 10" do terre pris au hasard dans un sillon pourront contenir & de cailloux, tandis que id^ pris dans un autre sillon n'eu contiendront que 1*. — Les ciilioui ne sont donc pas un élément constant. — Nous insistons pour que le maître fasse faire à ses élèves cette observation, qui aura le mérite de les habituer à se rendre compte de ce qu'ils font, et d'apprendre peu à peu à se placer, quand ils feront des essais comparatifs, dans des circonstances telles que ces essais aient un caractère sérieux.

1 Expliquer le mot type, qui exprime une chose à laquelle on peut en comparer d'autres. J'achète chez un pépiniériste 1,000 arbres verts, et pour que ni lui ni moi ne soyons eiposés à perdre

DEUXIÈME PAnïIK.

77. Il csl superllu d'insister sur la nécessité où est un agriculteur do se rendre compte de la richesse d'une terre sous le rapport du principe kumiqtie. l'n simple coup d'œil ne suffit point a résoudre cette question, quelque habitude que l'on ait de juger la terre sur son apparence.

78. Tel sol vu par un temps humide paraîtra riche en terreau, tout en étant pauvre; et tel autre, vu par un temps sec, paraîtra pauvre alors qu'il sera riche. L'analyse par les cristaux de soude est, au contraire, certaine en tous les cas.

SECTION y.

Recherche dCM principes organique».

79. Nous avons vu qu'en calcinant une terre on en chasse tous les principes organiques (voy. n" Z'à, k la note). L'inverse a lieu pour les éléments inorganiques d'une plante, le feu ne les faisant pas disparaître.

80. De tous les principes minéraux que Ton trouve dans les terres arables, il y en a quatrequi sont les plus importants ; ce sont : les alcalis (soude et potasse), la silice, la chaux et l'acide phosphorique.

81. II est nécessaire qu'un agriculteur sache constater la présence dans le sol de toutes ces substances. Et d*a-

dans le marché que nous faisons, nous en choisissons un qui Fera le type de la fourniture. Ce qui sera beaucoup plus gros pourra m'être refusé par le vendeur, et ce qui sera trop petit pourra être refusé par moi.— De même ici la terre qui noircira plus que mon type sera meilleure en lerreau que lui; cetie qui noircira moins lui sera inférieure.

DigilLzefl By CoogI

ÉTUDE DU SOL

Îf5

bord il y en a qui s'y trouvent toujours, on peut le dire; tels sont les alcalis et la silice, qui proviennent de 1» décomposition de certaines roches.

82. Ce qui peut manquer au sol, c'est la chaux et l'acide phosphorique. Voyons donc comment, par quel prol'édi'i =iui|di', nous poui'Hoiis «avoir ~\ une ferre contient, en quantité notable 1 de la chaux et de l'acide phosphorique.

83. La chaux contenue dans un sol est toujours à l'état calcaire ou de carbonate, c'est-à-dire unie à l'acide carbonique, et, par suite, elle fait effervescence quand elle est mise eu contact avec un acide un peu énergique (voy. n° 39, à la note). Prenez donc la terre que vous voulez, essayer; criblez-la, pulvérisez-la, puis desséchez-la au bain-marie -. Mettez ensuite cette terre dans un ballon avec de l'eau de pluie, puis versez sur la bouillie qui se forme un peu d'eau-forle (acide nitrique des droguistes), et chauffez légèrement. Pour peu que la terre contienne

' Ces mots quantité notuble demandent à Être expliqués aux élèves. Il peut arriver qu'un sel contienne une substance, mais non pas en quantité suffisante pour alimenter une plante qui on demande beaucoup. Ainsi, si une terre ne contient que des traces d'acide phosphorique, elle peut suffire à des navets, dont une récolte d'un hectare n'en exige environ que 4 kilog.; maie il faut qu'elle en renferme en tpiantitt! nutnl/U:, < u autrement dit considérable, s'il s'agit il'une récolte de trèfle, qui en demande àpeu près 25 k . — L'instituteur pourra faire remarquer, à cette occasion, que la culture n'est qu'un moyen de rendre une plante beaucoup plus forte qu'elle ne le serait dans l'état naturel. — Aussi un blé cultivé sur une terre pauvre finit-il par n'avoir plus, en quelque sorte, que l'apparence du blé.

* On appelle bain-marie un vase rempli d'eau et pouvant aller au feu, sur lequel on en met un autre contenant la substance qu'on veut dessécher. On porte l'eau à l'ébullition, et la substance placée

dans le second vase se tante.

ot> DEUXIÈME PARUE. ,

du calcaire en quantité appréciante, il 3.0 fera une effervescence. Si celle-ci est forte, ce sera un indice qu'il y a dans le sol ainsi essayé beaucoup de calcaire. Si clic est nulle ou presque nulle, vous en conclurez que ce sol ne contient que peu ou point de calcaire.

84. L'acide phosphorique (voy. n s 68) n'est pas non plus dans les terres à l'état libre : il y est combiné avec la chaux, le fer ou les alcalis. Pour en apprécier la présence dans un sol, voici l'expérience à laquelle on a recours : on prend HQ grammes de terre que l'on a, comme il est dit dans le paragraphe ci-dessus, criblée, pulvérisée et desséchée an bain-marïe. On la chauffe dans un tût de façon à détruire toutes les matières végétales. Cela fait, on met la terre dans un ballon avec trois fois plus d'eau, et on ajoute 13 grammes de cristaux de soude (voy. n° 06, à la note).

85. On fait bouillir pendant environ '30 minutes, en ayant soin d'ajouter de l'eau a mesure que la première s'évaporera; puis on versera sur un filtre, et on réduira, en le faisant bouillir de nouveau, le liquide au volume d'un demi-verre environ. Alors on y verse de l'acide chlorhydrique, et lorsqu'il ne se manifeste plus d'effervescence, on ajoute quelques gouttes d'une solution de sel d'Epsom (sulfate de magnésie des droguistes); enfin, on ajoute un peu d'alcali volatil {ammoniaque des droguistes) f . Si la terre que l'on essaye contient des phos-

1 Ualcati volatil ou ammoniaque est une substance dont un agriculteur prudent doit toujours avoir un flacon chez lui. Toute brûlure, pourvu que l'ampoule ne soit pas encore formée; toute piqûre d'un insecte dangereux, d'une vipère, etc., sont combattues efficacement par l'ammoniaque. Une vache est-elle enflée (ou mémorisée), 30 grammes de celte substance dans un litre d'eau bouillie avec des mauves la guériront; enfin quelques gouttes d'ammoniaque dans un verre d'eau dissipent l'ivresse presque instantanément.

ÉTUDE DIT SOL

phatcs, il se fera dans le liquide un précipité plus ou moins abondant, en raison de la plus ou moins grande quantité de phosphate qu'il contient.

86. Ce n'est pas par l'examen seul des terres que l'on reconnaît quelles sont les substances que le sol contient. Les cendres sont le résidu des matières inorganiques que les plantes ont empruntées à la terre; eu cherchant quelle est leur composition, l'on saura donc d'abord ce, que contenait le sol sur lequel ces végétaux ont poussé, ensuite ce qu'il faut rendre à celui-ci pour que la mémo plante y vienne favorablement. C'est surtout ce second service que nous demanderons aux. cendres.

87. Les cendres peuvent être classées en quatre grandes divisions; elles sont alcalines, calcaires, phosphatées ou silicatées l . Voyons par quels moyens sommaires on peut constater à laquelle de ces. grandes divisions une cendre quelconque appartient.

88. Toute cendre qui, après avoir été lessivée -, ne laissera que 40 à 50 °/ 0 de matières insolubles dans l'eau, sera évidemment alcaline, puisque ce qui a été dissous est formé en grande partie d'alcalis. C'est ce qu'on observera, par exemple, avec de la cendre d'épinards.

1 Ces mots indiquent suffisamment que les cendres contiennent surtout ou des alcalis, ou de la cliaux, ou des phosphates, ou de la silice.

1 Lessiver une cendre, c'est faire exactement ce qu'on fait dans la lessive destinée au nettoyage du inge, c'est-à-dire lui enlever par l'eau bouillante tous les principes solubles qu'elle contient. A cet effet, on prend 20 grammes de cette cendre desséchée au àain-marie (V. n° 83, à la note) ; on les met dans un ballon avec 40 a 50 grammes d'eau, et ou fait bouillir, puis on filtre. On reprend ensuite le résidu, ou charrée, on le dessèche de nouveau au bain-marie et on pèse. La différence ent7e cette pesée et la première apprend quelle quantité de parties solubles le lessivage a enlevées.

Page 1