‹ Petit cours de chimie agricole, à l'usage des écoles primairesChapitre 32 sur 116 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

plus susceptibles de se décomposer. — On nomme ces trois manières d'être : 1° V humas; 2° l'acide humique; 3° le pourri.

108. L'humus, par cela qu'il n'est pas entièrement décomposé, a plus de rapport avec les végétaux que l'acide humique et le pourri. Il est donc pour les plantes un réservoir où elles peuvent encore .prendre ou s'assimiler par leurs racines les substances dont était composé le végétal mort qui a fourni cet humus, comme, après la bataille, un soldat en vie prend sur l'homme tué les objets qui lui manquent et dont celui-ci n'a plus besoin. Ce n'est pas tout : les parties minérales abandonnées ainsi par les parlies organiques sont dans un état particulier qui les dispose aussi à se mieux laisser absorber par les racines. } /humus est donc Un véritable aliment pour' les végétaux.

109. Quant à l'acide humique, son rôle est trop compliqué pour que' nous y insistions ici 1 ; il nous suffira de dire que les racines l'absorbent et qu'il hAte la végétation.

110. Enfin, le pourri rend a peu près les mornes services que le terreau, mais sous le rapport de l'action physique. Ainsi il concentre, 'en vertu' de sa couleur brune et de son peu de conductibilité, dans le jour la chaleur du soleil, et la rend peu a peu aus plantes la nuit; il absorbe aussi, comme une éponge absorbe l'eau, les gaz fertilisants qui, sans lui, s'échapperaient dans l'air et seraient perdus pour les plantes.

111. Nous avons vu que tous les végétaux ne sont pas composés delà même manière. Par cette raison les ter-

' Nous savons qu'un acide en se combinant avec un oxyde forme un sel (p. 45, note 1). L'acide humique formo donc des selsplus on moins SolubleK avec la potasse, la soude, l'ammoniaque, et s'introduit ainsi dans le» plantes par leurs racines.

AMELIORATION DES SOLti

reaux ne sont pas fous pareils. Ainsi vous savez que le terreau provenant d'une oaille est, dès qu'il se Forme, bon a mettre sur le soi, et vous savon également que celui qui provient du marc de cidre ou de raisin est acide et ne peut servir que longtemps après qu'il s'est formé ou qu'on l'a corrigé par de la chaux. C'est ainsi que certaines terres, notamment celles des marais tourbeux, ne deviennent fertiles qu'A l'aide de là chaux, puisqu'elles sont naturellement acides.

112. Toute terre, pour ejre propre à la culture, doit contenir du terreau. On admet qu'il faut dans une terre arable destinée a l'avoine ou au seigle de 1 Vï a 2 °/ 0 de terreau ; il en faut le double pour l'orge , et le quadruple pour le froment. Les forêts ne s'enrichissent que par le terreau des feuilles qui s'accumulent du pied des arbres ; aussi peut-on le nommer « le fumier de la nature. i>

113. Ce que nous venons de dire était une introduction nécessaire à l'élude du fumier de ferme. Celui-ci, on le sait, est formé par la litière des animaux mêlée à leurs excrémeuts. Ces excréments, riches eux-mêmes en matières fertilisantes, servent aussi de ferment 1 et contribuent à faire passer la paille à l'état d'engrais. Tins un bétail sera bien nourri, phis , pàr conséquent, le fumier sera

1 On nomme ferments les corps qui, par leur simple contact, tendent à mettre certains autres corps dans ce mouvement qu'on nomme fermentai ion, et qu'on peut observer quand le moût de raisin écume ou quand le cidre jette. — La leïûre île bicre est un ferment; en la mêlant à la piite destinée à faire le pain, on détermine dans cel!«-ci la fermentation nécessaire pour la faire lever. — Mettez encore un peu de ce ferment dans une liqueur sucrée, celle-ci se transforment un akiiol. — Dr même l-s incréments font fermenter la paille et hâtent sa transformation eu eugr.iis. — Nous ru m- n ikons mil- miju! diins lu diii[uk-!Jiuj i.ai'.k-, à |j:'<i|h>s (le*

industries agricoles.

TROISIÈME PABTIE,

riche et donnera de bonnes récoltes. C'est là une des bases de toute bonne agriculture.

114. Puisque l'agriculture, avons-nous dit, est l'art de tirer du sol le meilleur parti possible, un des points principaux pour y parvenir c'est d'obtenir avec de la litière et les excréments des animaux la plus grande quantité de fumier possible et de la meilleure qualité.

115. Jetons les yeux sur la plupart des fermes. Qu'y voyons-nous? Du fumier, qui, au sorfir des étables, est entassé a des hauteurs plus ou moins considérables, selon la dimension de la cour, sans abri contre le soleil pendant l'été , exposé à la pluie , et laissant entraîner par celle-ci le purin, qui va se perdre dans les fossés ou gâter l'eau des mares où le bétail s'abreuve ; fout cela sans compter les grattages incessants que lui font subir les animaux de basse-cour. — Voyons s'il n'y a pas moyen de mieux faire.

116. Le fumier, pendant qu'il a séjourné dans l'étable, s'est imprégné d'urine, et il est assez humide pour qu'une fois convenablement entassé à ciel ouvert la fermentation puisse s'y produire par suite de la chaleur qui se développe dans la masse'; mais si cette chaleur devient excessive, n'est-îl pas évident qu'elle chassera du fumier la plupart de ses produits gazeux? Il faut donc qu'un tas 'de fumier soit, autant que possible, abrité par quelques arbres contre les rayons du soleil, et soustrait à l'eau qui coule des toits de la ferme; car si l'excès de la chaleur lui cause une trop prompte fermentation, l'eau en excès l'arrête, indépendamment do ce qu'elle entraîne au loin la partie la plus productive, le purin.

117. Il faut dresser le terrain sur lequel le fumier doit être déposé et pratiquer tout autour une rigole qui viendra réunir à la partie la plus basse tout le purin découlant du tas : une petite cuve assez grande pour qu'on puisse y plonger un seau et l'y manœuvrer, sera creusée dans cette partie, et a mesure qu'elle sera remplie, le

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purin y sera puisé et rejeté sur le milieu du tas. Ainsi on sauvera cette précieuse substance, en môme temps qu'on entretiendra assez d'humidité dans le fumier pour que la fermentation ne s'arrête pas, et assez de fraîcheur pour qu'elle n'aille pas trop vite.

118. Un fumier ainsi disposé sera déjà dans de bien meilleures conditions : mais il y aurait encore beaucoup d'autres améliorations à réaliser; en voici quelques-unes. Si l'on a à sa disposition de bonne terre glaise, il Taut en faire un lit par-dessus l'emplacement destiné au fumier, afin que le purin glisse sur cette couche imperméable et se réunisse mieux dans les rigoles, au lieu d'aller se perdre dans les fossés voisins Si l'on manque de bonne terre glaise, il faut faire tout l'inverse, c'est-à-dire établir le fumier sur une foncée de bonne terre ou de tourbe, ou encore un mélange de terre, de sarclures, de feuilles, etc.; le purin serait absorbé par ce lit sur lequel porterait le fumier et fournirait ainsi d'excellent terreau. — Avec trois ou quatre chevaux, dix à douze bœufs et vaches et cent moutons, on peut recueillir chaque année plus de 100 hectolitres de purin.

119, Ce que nous venons de dire des fumiers entassés est également vrai pour le fumier dans ces étables qui, par une mauvaise disposition, laissent écouler le purin à mesure qu'il se forme. Quelque mauvaise que soit une

1 Dans quelques campagnes, on croit que les animaui aiment à boire l'eau des mares où on laisse couler du purin; c'est une grande erreur. Les animaux et les hommes s'habituent à boire une eau chargée de substances qui lui donnent un mauvais goût, au point de la préférer à toute autre beaucoup meilleure; mais il est certain que bêles et hommes se trouveront toujours mieui de l'usage d'une bonne eau. Comment ne pas comprendre, d'ailleurs, qu'une mare couverte en été d'insectes dont la putréfaction lui donne une odeur rebutante, et que le fermier ne pourrait boire, sera malfaisante pour le bétail?

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