‹ Petit cours de chimie agricole, à l'usage des écoles primairesChapitre 33 sur 116 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

étable, on peut toujours creuser un trou dans la parfic la plus basse et y mettre une litière absorbante:

120. Le purin est une des richesses de l'agriculture, et on ne s'en préoccupe pas assez; il vaut beaucoup mieox' que l'urine, dont nous parlerons plus loin; car sur 100 kilog. ïl en renferme 28 de parties actives, dont environ ïa moitié représente de l'humus, de l'azote, des phosphates, des alcalis, etc., toutes Substances très-fertilisantes et que l'on paye fort cher dans la cendre, le noir animal ou le guano.

121. L'épaisseur à donner aux tas de fumier n'est pas une chose indifférente. En principe, il faut que l'air y puisse pénétrer assez pour que la fermentation se produise, mais pas tellement qu'elle s'effectue trop rapidement et ne laisse plus qu'une espèce de monceau de paille sèche. En général on peut dire qu'une hauteur de 2 mètres est suffisante et doit être observée. 11 faut de plus que les couches en soient également tassées; enfin, on doit éviter que la volaille ne l'éparpillé *.

122. L'alcali volatil (ammoniaque) est un corps qui contient l'azote dans un état où il est prêt à fertiliser les végétaux. 11 importe donc de ne pas perdre cette substance, qui fait la richesse du fumier. On a conseillé à cet égard de l'arroser avec de la couperose verte (sulfate de fer) dissoute dans l'eau, ou de le mélanger de plâtre (sulfate de chaut) ; deux substances qui ont la propriété de fixer l'ammoniaque *.

t Un fumier bien fait et bien entretenu présente, quand on le coupe, l'apparence suivante : le dessus a pour ainsi dire l'aspect du fumier frais; la seconde couche a une légère odeur d'alcali volatil (ammoniaque) ; la couleur de la masse va en sa fonçant de plus en plus à mesure qu'on se rapproche du sol; enfin, la dernière couche est presque noire et répand une odeur d'œufs pourris (hydrogène sulfuré).

* L'ammoniaque, étant très-volatile, se répand sans cesse. dan»

AUÉLIOllATIQN DES SOLS,

123. Voici comment on s'y. prend : dès qu'on afoïiné une couche,, a l'aide du fumier retiré de l'établej.onJ'arrose avec une dissolution do couperose verte ou on y met une couche de plfttre.. On forme ensuite une seconde, couche dp fumier, puis on arrose de nouveau, de couperose, ou on saupoudre de plâtre. On n'arrose ni on nosaupoudre par-dessus la dernière couche.

124. Un agriculteur distingué,, M. Jamet, prétend, que la dépense nécessaire pour cette opération ne coûte pas plus de 1 fr. par charretée (2,000 kilog.) de fumier;, et améliore celui-ci de 5 fr.; donc,. il y aurait profit net de 4 fr. par charretée

125. Dans les terres fortes (argileuses) le plâtre est d'un excellent usage. Il faut donc, si l'on a dos terres . fortes, préférer le plâtre à la couperose. Dans les terres légères (sableuses),, on pourrait adopter, la pratique usitée en Suisse de répandre sur chaque couche un peu, de terre mélangée de sel,.

126.. Le purin est d'une plus, facile conservation que le fumier solide. Il suffit, des qu'on remarque qu'il répand unoiodeur ammoniacale -, d'y jeter un peu de plâtre ou

l'air. Si on peut la combiner avec une autre substance, de façon à former un nouveau corps qui ne soit plus volatil, on peut dire qu'elle est fixée.

1 En supposant qu'il s'agisse de faire un tas de fumier de 2,000 kilog., il faut, si l'on veut arroser avec de la couperose, en dissoudre a kilog. dans 10 litres d'eau. Si l'on veut se servir de plâtre, on en répand en tout 25 kilog. D'excellents agriculteurs ont constaté que le fumier plâtré employé sur du blé donne un tiers de produits en plus,, ou même moitié. Ainsi 33 ares fumés avec du fumier ordinaire ont donne 4 hectolitres de blé, et une surface égale, fumée avec du fumier plàtr6,en a donné C. — II y a plus, les trèfles- semés apu-s cette récolte de blé sont magnifiques. '

* La maître devra faire voir à ses élèves de l'alcali volatil et leur en. faire sentir. Cette odeur ne s'oublie pas facilement quand une fois on l'a respirée.

TKOISIEHE PÀltTiE.

de couperose et d'agiter avec un bâton; si l'odeur reparaît, on recommence *. Puis quand vient le moment de l'employer, on peut y jeter de la terre criblée qui absorbe tout le liquide et devient un excellent engrais. Si, au contraire, on veut l'appliquer liquide, par exemple aux prairies, il est bon généralement de le couper avec un poids d'eau égal au sien. Enfin le sel peut aussi être employé pour améliorer le purin. On en ajoute en Suisse un peu moins de 500 grammes par hectolitre (un peu plus dans les terres pierreuses et sèches). Il forme ainsi le meilleur engrais peut-âtre qu'on puisse donner aux prairies.

127. Les fumiers frais ayant conservé en grande partie l'apparence qu'ils avaient dans l'établi!, sont dits fumiers longs ; les vieux, au contraire, sont dits fumiers courts, il est important de remarquer qu'on ne doit pas employer indifféremment les uns et les autres. On donne les fumiers longs aux terres fortes et aux plantes qui végètent lentement; les fumiers courts sont meilleurs pour les terres légères et pour les cultures qui ne durent pas plus de quatre mois. C'est que les premiers, ayant à peine subi la fermentation, ne sont encore qu'en partie passés à l'état où ils fertilisent les plantes. Cet effet se produisant plus tard et peu à peu dans la terre, il en résulte que les fumiers longs donnent successivement et pendant long-

1 Cette manière de désinfecter le purin est évidemment applicable aux fosses d'aisance. La couperose verte est peu obère et atteint parfaitement ce but. On eu fait, par exemple, une dissolution de 500 grammes dans un litre d'eau, et on en verso dans ta fosse, à raison de ii litres pour un hectolitre de matières fécales solides et liquides. On peut aussi mettre la couperose verte (sulfate de fer) sans la dissoudre. — Un autre procédé consiste à employer le plâtre et le charbon. Douze kilog. de plâtre en poudre et S kilog. de poussière de charbon suffisent, eu moyenne, par personne et pour une année.

AMÉLIORATION DES SOLS

lemps aux récoltes les substances dont elles ont besoin.— Au contraire, les fumiers courts étant beaucoup plus fermentés, sont mieux disposés à fournir aux plantes, dont la croissance n'est pas longue, ce dont elles ont besoin.

128. Mais un fumier vieux a perdu beaucoup de ses principes ', et c'est une question de savoir s'il faut employer le fumier frais ou le fumier vieux. Le raisonnement apprend à cet égard 1 que le fumier frais est trèsprobablement, et dans la plupart des cas, d'un meilleur usage. Mais il y a des observations à faire sur cette pratique : le fumier frais contient beaucoup de graines de mauvaises herbes et d'oeufs d'insectes que la fermentation en tas doit détruire ; si donc on veut fumer pour une céréale, le fumier frais remplira la récolte de plantes sauvages qui seront difficiles à en séparer Si, au con-

1 La matière gazeuse se perd toujours un peu, quoi qu'on fasse. 11 faut d'ailleurs observer que tout l'azote du fumier frais ne passe pas à l'état d'ammoniaque, et par conséquent ne peut point Être absorbe et conservé comme celle-ci. On a calculé (Horte) que 100 charretées de fumier frais se réduisent, en 81 jours d'entassement et de fermentation, a 75, et en 13 mois à 47!

1 Dans un climat chaud et dans un sol léger, le fumier fermentera presque aussi vite qu'il eût fermenté étant entassé, et la terre profitera de tout ce qui en émanera. Dans un climat froid et dans un sol compacte, le fumier fermentera beaucoup plus lentement qu'il ne l'eut fait en tas; mais l'humus qu'il formerait peu à peu ameublirait la terre.

s Une raison plus scientifique doit être, au besoin, donnée par le maître. Le blé, se développant rapidement, a besoin d'un engrais bien décomposé. Or, si ies jeunes plantes trouvent dans le fumier frais ce dont elles ont besoin, elles prendront une grande force; mais si, déjà grandes, elles n'ont pas à leur gré ce qui doit rendra leur développement parfait, notamment la silice, les tiges pousseront plus faibles que les feuilles et seront exposées aux mauvaises chances du printemps. 11 faut donc, en général, éviter pour le froment l'emploi du fumier frais.

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