ENGRAIS VÉGÉTAUX
Paille, récoltes vertes, tourteaux, etc.
141. On donne le nom d'engrais végétaux aux plantes fit aux parties de plantes qu'on enfouit dans le sol pour le rendre plus productif; tels sont : toutes les pailles, le foin, les récoltes enfouies en vert, les fanes de pommes de terre, etc.
142. En effet, bien que cela puisse paraître bizarre, il arrive parfois que l'on enfouit des cultures en vert au lieu d'attendre l'époque de leur récolte; c'est ce qui a lieu quand on retourne une prairie, du trèfle, de la moutarde blanche, même des navets. Dans ce cas il faut enfouir assez profondément les mottes de gazon pour qu'elles puissent pourrir (se décomposer) dans la terre, et en même temps assez près de la surface pour que les racines des jeunes plantes qui pousseront dans ce sol puissent
organiques azotées ioienl au* substances organiques non azotées comme 1 est à 2 V»- Or, dans le fumier ordinaire, ce rapport est comme 1 est à 6. Il en résulte qu'où ne peut pas trop fumer une terre sans s'exposer à la rendre trop pailleuse, c'est-à-dire trop facile à l'iutroduetion de l'air extérieur et à se dessécher. L'intervention modérée de la terre-litière améliore le fumier sous ce rapport. Est-ce le fourrage qui abonde dans la ferme? la terre comblera le vide causé par le manque de paille. Est-ce la paille qui abonde? l'emploi de la terre permettra de donner ia paille en, supplément du fourrage. Si on objecte la dépense du transport, il faut répondre que les charrettes qui vont porter les fumiers dans les champs peuvent en rapporter de la terre, au lieu de revenir vides. Enfin, ou fera comprendre aux élèves que, quelque absorbante que soit une litière, elle ne le sera jamais autant que de la terre.
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profiter de cette décomposition en s'assimilant 1 les substances que les herbes qu'on vient d'enibuir s'étaient appropriées.
143. C'est surtout dans les sols légers {sableux) qu'il faut pratiquer celte méthode, parce qu'on leur donne ainsi les substances végétales qui le plus souvent leur manquent *. On doit donc s'efforcer, dans des sols pareils, d'enfouir les feuilles et les tiges des pommes de terre ou les uïtes des navets, après la récolte des tubercules, au lieu de les laisser pourrir sur le sol. En Angleterre ou estime que cette manière de faire équivaut à une fumuri' de 8,000 kilog. d'engrais de ferme, quand on la fait suivre d'une récolte d'avoine ou de blé. Il faut toutefois rcmar-
1 Ce mot est un peu scientifique et a besoin d'être expliqué aux élevés : l'assimilation est le fait de rendre une chose semblable à une autre avec laquelle elle n'avait aucun rapport. Quand l'homme mange une substance quelconque et que ses organes la transforment en partie en ebair et en os, de dissemblable qu'elle était ù sa nature il la fait semblable. — De même quand une plante absorbe un engrais et le rend, d'informe qu'il était, semblable à ellemême, elle se l'assimile.
* Le goémon ou warech que l'on récolte sur les bords de la mer est aussi employé dans quelques localités. Parfois on le mélange avec de la terre ou des maries, et on en fait des tas que l'on retourne deux ou trois fois, à quelques mois d'intervalle, avant de les employer. Parfois aussi on l'emploie directement, c'est-à-dire en vert, notamment pour la culture des pommes de terre. Nous devons faire observer que, dans ce cas, les semences s'altèrent quand elles touebent le warech et que les produits sont généralement abondants, mais aqueux. — Il vaut mieux l'enfouir avant de faire les plantations, ou bien encore recouvrir les semences de terre, celle-ci de warech, et le warecli d'une autre couche de terre. On obtient ainsi des pommes de terre très-farineuses. — Il est à remarquer que si l'on veut enfouir les fanes de celles-ci, il faut en retrancher les fleurs a. mesure qu'elles se produisent, ce qui maintient la plante verte beaucoup plus tard.
TROISIÈME l'ARTlK.
quer que l'effet de l'engrais vert est de tenir le sol trop ouvert. On obvie à cet inconvénient en passant un lourd rouleau sur la terre après l'enfouissement, surtout si elle est très-légère (sableuse).
144. L'on applique encore comme engrais végétal. les tourteaux, qui sont le résidu de la fabrication des huiles de colza, de lin, d'œilletle, etc., etc. Ces tourteaux desséchés et réduits,en poussière se nomment farine; on les emploie comme cwverture pour les jeunes blés. En Flandre on les mole avec des engrais liquides dont l'usage u'est pas, malheureusement, assez répandu dans l'agriculture française, et dont nous parlerons ci-après avec quelques détails.
145. La paille et le foin qu'on donne a manger aux animaux sont aussi des engrais végétaux que l'on fournit à la terre, mêlés aux excréments des animaux. C'est ce qui constitue le fumier de ferme proprement dit, que nous avons ci-dessus étudié aveesoin.
§ 3. ENORA15 A.MMAL X,
Saug, o?, laine, excréments humains, noir, animal, guano, etc.
146. Les parties des animaux que l'on emploie comme engrais sont : le sang, la chair, la peau, les os, le poil et la laine; enfin les excréments humains.
147. Le sang est généralement mêlé avec d'autres débris dans les résidus des boucheries; Quelquefois aussi on le dessèche, et, dans cet état, il sert à- recouvrir les jeunes liges de blé; ou bien encore on le sème avec la graine, et il est ainsi l'un des plus puissants engrais; enfin, dans quelques localités on le fait absorber par de la chaux délitée, et l'on obtient, par ce procédé, une poudre qu'on
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répand sur les cultures vertes ou que l'on mille au fumier ordinaire.
148. La chair des chevaux abattus, des vaches mortes de maladie, des chiens, etc., est aussi un puissant engrais quand on l'enfouit dans ; le sol ou quand on en fait un compost par mélange avec d&la terre, de la chaux ou de la marne. Nous en parlerons plus loin. (V, n° 179.)
149. Le sang et la chair ne sont guère utilisés qu'aux portes des grandes villes ; mais il est une antre substance animale qui, depuis quelques années, est très-employée dans la culture; nous voulons parler des os Dans les pays :de culture avancée/ on réunit les os, on les broie a l'aide des moulins, puis on les sépare selon la grosseur fies parties ainsi concassées (depuis les morceaux: ayant 3 centimètres à peu près sur tous sens, jusqu'à la poussière la plus fine), et on les répand sur les champs. Plus les os sont réduits en poussière, plus ils agissent sur le sol; mais aussi plus leur action est vive, moins elle a de durée
1 Nous avons plusieurs fois déjà parlé de la nécessité qu'il y aile donner à la terre de l'acide phosphorique ou des phosphates qui sont une combinaison de cet acide avec un oxyde. Les os contiennent beaucoup «le phosphate de chaux.
* Les cultivateurs savent déjà que le noir anima/, qui est fait avec des os calcinés (dans des cylindres de fer, à peu près comme ceux des- usines où l'on fait le gaz), est d'autant meilleur qu'il renferme. ou plus phosphate 4e chavœ wi plus d'azote. Or les os, avant -d'être oalcmés, contiennent, en-outre de ce phosphate de chaux, diverses substances animales qu'ils perdent par la calcination. — Les os de bœuf sont les plus riches en phosphate; ils en contiennent jusqu'à E7 pour cent. La matière animale qui les accompagne sert à la fabrication de la gélatine on colle-forte. —Le maître fera bien de brûler devant ses élèves, à la flamme d'une lampe à esprit- de-vin, nn petit fragment d'os, et de leur montrer que la partie animale étant détirai te, il ne reste plus que du phosphate de chaux contenant un peu de carbonate de chaux. Le résidu
'inoiBitJit; l'ARiit.
150. C'est surtout sur les vieux pâturages que les os ont une action marquée et salutaire 1 ; ils sont aussi excellents pour les cultures de navets ou farneps.
151. Il y a deux manières d'employer cet engrais : en poussière ou sous forme liquide. — Il est inutile de dire que pour le premier de ces cas on a recours à des pilons qui sont mis en mouvement par une chute d'eau ou par l'air, comme les moulins. — Mais quand on veut les dissoudre (ce qui est la meilleure des deux manières), il faut recourir à l'opération plus compliquée que nous allons décrire.
152. On prend environ poids égal d'os pulvérisés et d'huile de vitriol (acide sulfurique), étendu de deux fois son poids d'eau. On met les os dans des vases de terre;
aura les deux tiers du poids de l'os. La partie animale qui a été brûlée est un puissant engrais; c'est elle qui, lorsqu'on en adonné à un semis de navets, par exemple, détermine la prompte venue de ceux-ci. — Quand on veut faire de la gélatine avec des os, on les met à macérer avec de l'acide muriatique (chlorhydrique) . Au bout de quelques jours, tout le phosphate de chaui a disparu, et les os, bien qu'en conservant leur forme, ne sont plus qu'une masse flexible comme do la gomme élastique, et qui, pat l'ébullition dans l'eau, passera à l'état de gélatine. — Les os sont favorables aux plantes, parce que celles-ci ont toutes besoin de l'acide phosphorique que contient leur phosphate.
' Le lait contient beaucoup de phosphate de chaux, et si le fermier enlève cette substance au sol sans lui en restituer, i! peut arriver que les plantes qui n'en ont pas besoin prennent le dessus sur les autres ; et dès lors les pâturages donnent de moins bon lait, sans que le cultivateur sache à quoi attribuer cette circonstance. Dix litres de lait contiennent 6G grammes de phosphate; donc une vache, qui en fournit 10 litres par jour, enlève par semaine environ 460 grammes de ce sel aux plantes, c'est-à-dire à ïa terre. Il faudrait un kilog. d'os pulvérisés pour remplacer ce que le sol perd ainsi. Ceci explique pourquoi les os sont un excellent engrais pour les vieux pâturages.
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on verse l'acide dessus, et l'on remue de temps à autre, avec une grande baguette, pendant environ deux jours. On obtient ainsi une pâte liquide, qu'on allonge de trente fois aon volume d'eau, et qu'on répand sur le sol avec des arrosoirs ou avec des tonneaux à arrosage, selon la quantité qu'on emploie de cet engrais '.
153. Au lieu d'allonger cette pâte avec de l'eau et de la répandre comme un arrosage, on peut aussi la sécher en la mûlant avec du charbon pilé très-fin, de la tourbe, ou même de la terre épierrée et criblée. On obtient ainsi une poudre que l'on sème sur le sol.
154. A ce que nous venons de dire sur l'emploi des os, nous ajouterons que, généralement, il vaut mieux les donner simplement pulvérisés aux navets et aux betteraves, surtout dans les sols légers; mais que, dans les terres compactes et dans les sols paresseux, il est essentiel de les donner en solution. Règle générale: les engrais sont toujours plus actifs quand on les emploie liquides. Ainsi le purin provenant d'une écurie de chevaux est cinq fois plus puissant que le fumier lui-même.
155. Les chiffons de laine sont aussi employés quelquefois comme engrais. On les donne aux houblonnières, aux pommes de terre et aux navets l . Il est de bonne
' Le maître devra, autant que possible, faire cette expérience devant les élèves, et leur faire remarquer les précautions à prendre pour ne pas répandre d'acide suîfurique sur la peau ou sur les vêtements.
* Les chiffons de laine, ainsi que les cheveux, qui sont très-employés en Chine, où les habitudes sociales veulent que l'on se rase la tète tous les dix jours, contiennent jusqu'à 5 % de soufre. Les premiers s'emploient ainsi qu'il suit : on en met chaque jour une petite quantité avec la litière des animaux. Ils s'imprègnent ainsi des déjections liquides et viennent fermenter avec le fumier qu'elles accompagnent dans les tas. On peut en mettre un dixième de la Litière.
pratique de les mélanger au fumier de ferme, où ils pourrissent très-vite. Un bon compost est relui qui est l'ait avec deux tiers de fumier d'étable et un autre tiers de chiffons de laine et de tannée a demi consommée déjà. Ce compost est facile à faire dans le voisinage des grandes villes.
156. Nous avons vu que les déjections du bétail constituent la partie la plus active du fumier de ferme. Pourquoi donc l'agriculture n'cmploie-t-elle pas, pour ainsi dire, les déjections humaines, qui l'emportent sur celles de tout le bétail par leur richesse en azote et qui n'ont, relativement a celles-ci, que le défaut d'etremoins abondantes?
157. L'homme adulterend moyennement, par 24 heures, 1,380 grammes d'excréments mixtes (tant liquides que solides); soit, par an, environ b'00 kilog. Ceux-ci renferment en azote 6 kilog. 6i>0, quantité suffisante pour fumer 4 ares 40 centiares de terre. Voyez quels résultats on obtiendrait si on utilisait en France tous les -excréments humains I
158. Il faut donc, dans une ferme bien tenue, exiger que tout le personnel, quand il n'est pas aux champs, se porte sur un même point pourydéposer ses déjections. Quelques tonneaux défoncés et à moitié enterrés; quelques planches ou clayonnages pour les abriter des Tegards, voila toute la dépense a faire. Les fermiers intelligents doivent s'efforcer de détruire ainsi à peu de frais la sale et déplorable routine qui cause la perte presque absolue des engrais humains.
159. On peut objecter contre l'emploi des déjections humaines l'odeur désagréable qu'elles exhalent; mais
1 II est bon que le maître connaisse et explique au besoin. le. tableau suivant :