TROISIÈME PARTIE
employer ce compost vingt à trente jours après cette dernière opération. On attend soixante et .même quatrevingtrdix jours si les matières qu'on a mélangées à la chaux sont difficiles à se^décomposer; par exemple s'il ■s^agtt de feuilles, de pailles, de bruyères, etc.
214. La chaux qui doit servir aux semailles de -printemps est préparée de février à mars; celle qu'on destine aux semailles d'automne est préparée pendant la belle saison, ce qui vaut mieux, car il est bon que cette opération ne soit pas contrariée par la pluie ou le brouillard épais.
' 215. Enfouir la chaux en même temps que la semence est une mauvaise pratique. En effet, indépendamment de ce que les graines et leurs premières racines peuvent ûtre décomposées par la chaux qui se trouverait en contact direct avec elles, il est évident que la répartition du chaulage est rarement aussi bien faite. Mieux vaut chauler avec l'avant-dernier labour et ne semer qu'après un vigoureux hersage.
216. Quelques fermiers font des composts de chaux avec du fumier. C'est encore là une détestable pratique; et pour s'en convaincre, il suffit de sentir l'odeur d'alcali volatil {ammoniaque) qui s'exhale des tas ainsi préparés 1 ,
1 Le fumier se compose d'eicréments d animaui et de pailles. Eh bien ! en mêlant de la chaux vive avec de la bouse ou du crottin, il-sera facile de convaincre les élèves que le mélange, après un certain temps, exhale de l'ammoniaque. Or cette ammoniaque est la plus précieuse nourriture des plantes. D'ailleurs, pourquoi mêlet-on de la chaux avec des débris végétaux? Pour les désorganiser et les changer en humus. Or les pailles que contient le fumier se désorganisent assez par la fermentation qu'y occasionnent les urines et les déjections solides. — Que. peut sur lui la chaux? Rien, si ce n'est chasser son ammoniaque et en faire un fumier gras et homogène que ni al heureusement trop d'agriculteurs regardent comme excellent et qui, en réalité, ne vaut guère
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et nous savons maintenant qu'il est l'urne- des fumiers. — Employer la chaux et le fumier séparément est sans contredit la meilleure manière d'agir.
217. Les agriculteurs sont divisés sur la quantité de chaux qu'il convient d'employer. En Angleterre on en met jusqu'à 170 hectol. par hectare dans les terres légères, pour une période de dix-huit années, et 270 dans les terres froides; on va même jusqu'à 600 hectol. dans les terres tourbeuses. En France, la dose est de 40 à .ï0 hectol. par hectare, tous les dix ou douze ans.
218. Quelques fermiers emploient de 8 à 12 hectolitres tous les trois ans. Cette méthode, qui ne nuit en rien à l'action de là chaux comme engrais, a l'avanlage d'exiger de la part des fermiers de moindres déboursés à la fois. D'ailleurs, il est évident que les plantes n'absorbent de la chaux que ce qui est .nécessaire à leur existence, et elles en trouvent toujours assez dans les doaes moyennes.
219. Les chaînages très-abondants ont au contraire un désavantage qu'il est aisé d'apprécier : ils désagrègent une trop grande quantité des principes organiques du sol et. les offrent trop abondants aux premières récoltes; celles qui viennent ensuite trouvent le sol épuisé et ne profitent point du chaulage; celui-ci étant alors presque impuissant, il fant donner aux terres des fumures hors
mieux que de la tourbe. — A ta rigueur pourrait-on, quand on répand les composts de chaux sur le sol, y apporter en même temps le fumier, parce que du moins l'ammoniaque qui se dégagerait dans le sol profiterait aux racines des plantes. — Mais mieux vaut, en tout cas, employer sûparément la chaux et le fumier. Et que si des individus ont réussi en les emplojaut eu même temps, n'en concluez qu'ils ont bien opéré que s'il vous est démontré qu'ils n'eussent pas obtenu de meilleures récoltes en se servant séparément de ces deux engrais.
<116 IROISÏÈBË PARTIE.
■do proportion avec le bétail dont on dispose dans la plupart des fermes *.
220. Il faut dire cependant que la nature des terres est pour beaucoup dans cette question; l'opinion Ires-différente a ce sujet des meilleurs agriculteurs n'a probable- .meut pas d'autre cause. En effet, quand on obtient de bons résultats de deux méthodes tout opposées, il faut •admettre queles observations alléguées départ et d'autre n'ont pas été faites dans les mêmes circonstances
1 On ne peut dire qu'une chaso en faveur des forts chaulages, ■c'est que la présence dans le sol d'une grande quantité de carbonate de chaux doit y favoriser la production des nitrates (voyez n° 207, à la note) qui, par le rôle important qu'ils jouent, compensent la diminution des substances organiques
s II importo que les élèves comprennent bien la signification ■des mots mêmes circonstance*. C'est une grande chose que de savoir 6e mettra, qtnnd eu Fait des ci;irtrieni:ui comparatives, dans les mêmes circonstances. Supposons du blé semé par un temps humide dans un champ où quelques jours plus tard on sèmera encore du même blé par un temps eee : n'est-il pas évident que, selon l'engrais employé, l'un des rieus blés pourra .prospérer alors que l'autre ne réussira pas? La terre "néanmoins -était la même, mais le temps a tout modifié. Si cependant l'expérience avait été faite par deus fermiers très-éloignés l'un de .l'autre, n'est-il pas vrai que l'un eût proclamé bonne et favorable la culture de ce blé, alors que l'autre l'eût déclarée mauvaise? Supposons, pouj donner un antre eiemple, que l'on ait semé le même jour et à la même heure une plante qui aime la chaux, -dans une terre qui on contenait et dans une terre qui n'en contenait pas. L'une et l'autre semence passeront par les mêmes circonstances de froid, de chaud, de sécheresse et d'humidité ; mais l'une réussira, parce qu'elle aura trouvé un aliment qui lui •convient, et l'autre piîridstf.ra. pa:'ffc qui; ce même aliment lui aura manqué. Pourra-t-on dire en termes généraux qu'il ne vaut rien de semer cette plante en loi ou tel mois ? — Savoir se mettre ■dans les mêmes circonstances est donc une chose difficile. Celuilà par exemple s'y mettrait qui, dans un champ labouré le même
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221. Quoi qu'il en soit, on ne peut nier qu'il n'y ait un grand danger à abuser de la chaux. Dans quelques déparlements où cet engrais existe en abondance, on s'est habitué à croire qu'on peut sans cesse lui demander des récoltes sans donner à la terre des fumures ordinaires. H arrive infailliblement que le fermier, se reposant sur cette conviction, augmente ses emblavures et diminue ses prairies, tant naturelles qu'artificielles. Le fumier baisse ainsi de jour en jour chez les fermiers, et comme la chausnepeut tenir lieu de l'humus et des matières organiques que les plantes trouveraient dans celui-ci, les terres vont en s' appauvrissant.
222. C'est ce qui a fait dire que a la chaut enrichit le père et ruine les enfants, m — Ce proverbe est vrai, mais dans les terres auxquelles elle est donnée continuellement en guise de tout engrais. En effet, on comprend, d'après ce que nous venons de dire de son action, qu'elle ait pour effet, dans les premières années où un fermier l'emploie avec abondance, de mettre beaucoup de matières organiques assimilables à la disposition des racines, et qu'ainsi elle enrichisse le père; mais elle ruine les enfants, parce qu'en continuant le même procédé ils finissent par avoir une terre appauvrie et incapable de porter de bonnes récoltes.
223. La chaux, au contraire, enrichit le père et les enfants, quand, par des fumures alternées, ou entretient dans le sol assez de matières organiques pour qu'elle
jour, aspecté sur tous les points do la même manière, ni plus sec ni plus humide d'un bout que de l'autre, chercherait quel effet produirait sur une plante semée le même jour, un engrais donné à la moitié de ce champ et refusé à l'autre. — Il faut bien se rendre compte de ceci pour éviter en agriculture d'accepter de mauvaises traditions comme vraies ou de repousser de bonnes méthodes comme dangereuses,