TROISIÈME PARTIE
prépare sans cesse aux racines des plantes de nouvelles matières assimilables, au lieu d'appauvrir le sol en lui prenant jusqu'aux dernières parties organiques qu'il contenait.
224. On peut donc chauler sans cesse, mais aussi fumer : c'est par l'alternance de ces deux engrais qu'on donne beaucoup de valeur aux terres. Pour fumer il faut avoir des bestiaux, et pour avoir des bestiaux il faut faire du fourrage. Quand on néglige celui-ci pour des cultures de grand rnpporf, on a aujourd'hui l'aisance et demain la misère.
225. Ainsi que nous l'avons dit (n° 206), la chaux ne peut séjourner longtemps dans la terre arable sans revenir à l'état de carbonate (c'est-à-dire de calcaire) où elle était avant d'être soumise, dans le four à chaux, à l'action de la chaleur. On se fait donc une grande illusion quand on croit que l'action de la chauï, en tant que chaux cuite, peut se faire sentir pendant une longue suite d'années.
226. Ainsi la chaux redevenant vite dans le sol à l'état de calcaire, elle produit dans une longue suite d'années le Biûmo résultat que produisent les marnes, les tangues ou le sablon, qui, les uns et les autres, contiennent plus ou moins de calcaire Nous allons donc maintenant parler de ceux-ci.
227. Rien n'est plus variable d'apparence que les calcaires : les uns sont doux au toucher, comme la craie et le blanc d'Espagne; les autres rudes, comme la pierre à chaux ordinaire. Enfin parmi les marbres, qui sont aussi
* Les calcaires sont composés de chaux et d'acide carbonique; 28 k. de chauï et 23 k. d'acide carbonique font 60 k. de calcaire pur mais !es calcaires ordinaires sont plus ou moins mélangés de terre ou d'autres substances.
AMÉLIORATION DES SOLE
des calcaires, il y en a de toutes les couleurs, depuis le blanc pur jusqu'au noir le plus foncé ',
228. Les marnes aussi sont des calcaires; elles contiennent môme parfois des débris animaux ou azotés qui Ajoutent a leur fertilité. L'aspect des terrains qui contiennent presque à fleur de sol des marnes, est remarquable par quelques plantes qui, ebose bizarre, offrent plutôt une apparence désolée que celle de la richesse : ces plantes sont, entre autres, les sauges, les plantains, les ronces, le tussilage, etc.
229. Le caractère disiinctif des marnes est de se déliter et de tomber en poussière fine sous l'influence de l'eau, et, à la longue, sous l'action de l'air. Ou les divise en marnes argileuses, sableuses, calcaires, magnésiennes, gypseuses s .
230. Les marnes argileuses contiennent de 20 à B0 % de calcaire, et de ;>0 à 7i> °/ 0 d'argile, plus un peu de sable. Au contraire, les marne* sableuses conlîcnnenl de 20 à 30 °/o ^ e calcaire et de ïiO à 7ii u /o de sable, plus un peu d'argile.
231. Les marnes calcaires sont celles qui rcnfermenl entre 50 °/o de calcaire et 93; le reste es! un mélange de sable et d'argile. — Les marnes magnésiennes et gypseuses conviennent fort aux prairies, mais il n'y en a guère eu France, et il ne faut pas songer, vu le prix, à en importer.
1 H serait boa que les élèves vissent des échantillons de ces divers calcaires.
î On appelle aussi sable marneux ou argile marneuse, les marnes sableuses et aryikuses qui cùiiliennent moins du 20 °/ 0 de carbonate de chaus. Dans les localités où il existe de l'une, de l'autre ou de plusieurs des marocs qu'on vient d'indiquer, .il est à désirer que le maître s'en j.rocure et les fasse voir à ses élèves.
TRO!.-li:iIE PARTIE.
232. Les grandes différences que présentent les marnes dans leur composition indiquent assez qu'on ne peut indifféremment les appliquer toutes et à toutes les terres. Ainsi les marnes calcaires doivent Gtrc préférées pour les sols où manque le carbonate de chaux; les marnes argileuses doivent Cire réservées pour les terres légères et ^sableuses; enfin, dans les terres froides et fortes on doit mettre des marnes sableuses. Or, comme ces différentes applications ne se peuvent faire si on ne connaît pas la nature de la marne, on ne devrait jamais en acheter sans savoir quelle est sa nature.
233. Connaître l'analyse d'une marne ne suffit pas, car -cet engrais agissant en grande partie par son état pulvérulent, il est évident que sa faculté fertilisante, est amoindrie par la présence de rognons qui ne se délitent pas. On a constaté qu'une, marne de ce dernier genre, laissant 8G à 87 °/ 0 de rognons, a produit sur un même sot huit fois moins d'effet qu'une marne très-pulvérulente, bien que tontes deux fussent de même composition
234. En général les marnes produisent un bon effet ■sur les herbages moussus, roides et durs, ainsi que dans les sols tourbeux; mais ceux-ci en exigent de grandes
» Comme il est essentiel que le cultivateur puisse lui-même ■découvrir cette faculté des marnes, il est bon de savoir comment il faut s'y prendre pour cela. On introduit 1 kl!, de la marne qu'on veut acquérir dans une terrine à bec, presque pleine d'eau. Une heure après, on agite avec une baguette et. on fait couler immédiatement par le bec la portion de l'eau qui entraînera les parties les plus Unes de la marne. On remet alors autant d'eau qu'on en a enlevé et on recommence à verser celle-ci après l'avoir agitée ; on renouvelle celte opération jusqu'à ce que l'eau ainsi mise et agitée sorte claire. Le résidu est séché et pesé. Ce qui manque de poids représente la partie active que contient la ■marne ainsi essayée. — Il est inutile de faire remarquer que toujours la marne la plus riche de celte partie active est la moins
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quantités. On les répand sur les herbages, et on les enfouit, dans les (erres arables, à la charrue ou à la herse. Avant de les employer, il faut les faire déliter comme la chaux ; aussi les dépose-t-on avant l'hiver sur la terre, par petits tas. Les gelées, les pluies, les neiges, les réduisent en poussière, et quand, au printemps, le sol est ressuyé, on répand à la pelle par un temps sec.
235. La dose du marnage varie avec les pays; on a des exemples de dosages de 5 métrés cubes par hectare et d'autres de 2.ï. Les hommes qui ont le mieux étudié cette question pensent qu'il faudrait en général marner de telle sorte que la terre arable contînt de 1 à 2 0 / 0 de calcaire. On admet aussi que les récolles et les eaux enlèvent annuellement au sol qui l'a reçue de 3 à 12 hectolitres de marne par hectare. Au reste, l'apparition de certaines plantes dans un terrain qui a été marné, entre autres la marguerite des blés, la digitale pourprée, les oseilles, signaient la nécessité de renouveler le marnage.
236. Les abus du marnage doivent avoir quelque analogie avec ceux du chaulage, puisque les effets de la chaux sont comparables à ceux de la marne. Cependant celle-ci n'épuise pas la terre autant que l'autre, car son action sur les matières organiques n'est pas aussi énergique; cependant, donnée trop abondamment, elle finit par devenir inutile, et si l'on veut que les marnages répétés continuent à agir constamment, il faut de toute nécessité combiner leur action avec celle des fumiers
chère pour la fermier, puisque la masse qu'il faut en employer étant moindre, les frais de charroi et o"£pand.-ige sont réduits d'autant, Plus le s paL'Ucs actives siiiit cfii^ii^-ivili]»^, plus l'iiction est prompie, et plus prompte dès lors est la rentrée du capital lisis uMkks par le fermier.
1 La marne agit comme la chaux dans la seconde période d'action. Elle entretient la terre non acide ; et tout en fournissant du
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237. Dans' quelques pays situés buf les bords de la mer on se sert aussi, comme engrais, des maries, agglomérations de coquilles marines brisées qu'on trouve sur certaines grèves. Ces maries, qui contiennent beaucoup de carbonate de chaux et un peu de phosphate, sont employées comme les marnes et produisent d'excellents résultats.
238. Il y a enfin dnns la région nord-ouest de la France un engrais très-renommé et connu sous le nom de tangue, dont on ne peut mieux parler qu'à l'occasion des calcaires : c'est une espèce de sable gris ou blanc jaunâtre qui se dépose dans certaines baies, et particulièrement dans celle du mont Saint-Michel, et qui jouit d'une telle réputation, que les cultivateurs vont le chercher a pluB de dix lieues à la ronde; aussi de Saint-Malo a Isigny en est-il exploité annuellement plus de 20 millions d'hectolitres .'.
calcaire aux plantes, elle contribue à la formation des nitrates (voy. n" 207, à la note). Elle fait plus que la chaux, en' ce sens qu'elle apporte à la terre un peu d'azote, surtout quelques-unes qui contiennent 1 kiL 500 gr. de cette substance par 1;000 til.
» La violence des flots de la mer projette des coquilles (parmi lesquelles dominent celles d'huîtres) contre des rochers granitiques ou schisteux. Des parcelles de ces rochers se détachent et se mêlent avec les débris de coquilles, puis tous ces sables ballottés et entrâmes par les courants sont jetés sur les cotes de la Normandie. Les parties les plus grossières sont ainsi lancées sur les eûtes les plus élevées, tandis que les plus fines s'arrêtent dans les baies plates où les vagues peuvent s'étendre et perdre peu à peu de leur vitesse. Ce dernier objet, c'est la tangue. Celle-ci, exposée à l'air pendant plusieurs mois, augmente de volume, parce que les coquilles qu'elle contient se délitenl et deviennent pulvérulentes. Toutes les tangues n'ont pas la même composition : ainsi celles de MoiJrey renferment jusqu'à 1 1/-2 % d'acide phosphorique et autant d'aiculïs, tandis que celles de Cherbourg, Brevands, Sallenelles ne contiennent pas plus d'un millième d'acide plios-
AMÉLIORATION DES SOLS
239. La tangue peut être employée seule ; cependantil est plus usuel d'en former des composts avec des fumiers, des balayures de routes, les curures des cours et des fossés, etc.; mais dans tous les cas on la laisse d'abord passer quelques mois à l'air libre. C'est ordinairement après le fauchage des prairies naturelles ou artificielles età la fin de l'hiver qu'on la répand quand on l'emploie seule. Si on veut la donner aux terres en labour, on la répand a la volée, en septembre et octobre, sur les chaumes de froment et de sarrasin.
240. La dose la plus ordinaire est de G à 10 métrés cubes pour les meilleures tangues, et de iO à 20 pour les moyennes. La durée d'action est de trois à cinq ans. — Cet engrais agit par le calcaire trés-dhisé qu'il contient; les autres principes que renferme la tangue oidout à son action, mais n'y jouent pas, comme on l'a dit, le rOle principal l . Elle est donc bonne partout où le marnage est bon; et si elle rend le même service que la marne et la chaux., les inconvénients qui résultent de l'abus de celles-ci sont les mûmes pour la tangue : la
phorique et !e double d'alcalis. Toutes à peu près n'ont pas plus d'azote que 1 millième; enfin les tangues de SallenelleS renferment jusqu'à 60 % de Cdlcaire, taudis qu'il n'y en a guère que 30 % Qan s celles de Cherbourg, Brevands et Isigny.
1 L'action fertilisante d'un engrais ne peut dépendre que de la nature des principe* qu'il contient; or ceui 'de la tangue ne sont pas tels qu'ils puissent avoir grande influence sur les récoltes. La meilleure, celle du pont de La Roque, ne contient, sur 12 mètres cubes, que 1 kil. de sel marin, quantité insignifiante, surtout quand on pense qu'avant d'employer la tangue, il faut la laisser eiposêe à l'air et à la pluie pendant plusieurs mois. La tangue ne renferme jamais plus de G kil. d'acide pUospborique par metie cube ; on en donne autant à la terre en mettant 2 bect. J/2 de bon noir par hectare. Enfin 12 mitres cubes de cet engrais ne renferment pas plus d'azote que a,b00 kil. de fumier de ferme.