‹ Petit dictionnaire des rimes françaisesChapitre 4 sur 231 · DE LA CÉSURE · texte numérisé non relu

DE LA CÉSURE

On appelle césure l'endroit où le vers se trouve coupé en deux parties par un repos, qu'il y ait ou non une ponctuation. Dans le vers de douze syllabes, ce repos se trouve après la sixième , et chacune des deux parties se nomme hémistiche. Dans le vers de dix syllabes, le repos se trouve après la quatrième :

Mais je n'ai plus trouve | qu'un horrible mélange D'os et de chair meurtris | et traînés dans la fange,

Des lambeaux pleins de sang | et des membres affreux Que des chiens dévorants | se disputaient entre eux.

(Racine.)

Si j'étais roi , | je voudrais être juste , Et dans la paix | maintenir mes sujets , Et tous les jours | de mon empire auguste Seraient marqués | par de nouveaux bienfaits.

(Voltaire.)

Les vers de huit syllabes et au-dessous n'admettent pas de césure , ou , pour mieux dire , n'ont pas de césure régulière. Ainsi, le vers de huit syllabes serait désagréable et monotone , s'il était constamment coupé par une césure en deux hémistiches égaux; mais il a presque toujours un repos :

Captif | au rivage du More , Un guerrier | courbé sous ses fers Disait : | « Je vous revois encore, Oiseaux ennemis | des hivers.

Hirondelles | que l'espérance Suit | jusqu'en ces brûlants climats , Sans doute | vous quittez la France I De mon pays | ne me parlez-vous pas ? (Béranger.)

La césure doit toujours tomber sur une syllabe accentuée, jamais sur une muette, à moins que cette muette ne soit immédiatement suivie d'une voyelle , et que, par conséquent, elle ne s'élide :

Observez rhémisti|che , et redoutez l'ennui

Qu'un repos unifor|me attache auprès de lui. (Voltaire.)

Sage Miner | ve , éclaire l'univers ; Que par tes soins ! l'âme divinisée Soit insensible aux grandeurs, aux revers. (Bernis.;

La césure ne doit pas tomber sur des mots que la

prononciation réunit. Ainsi les vers suivants seraient défectueux quant à la césure :

Adieu , je m'en vais à | Paris pour mes affaires. Nous verrons bientôt si | chez moi je suis le maître. Du moins avant | qu'on ouvre la barrière.

La césure est encore très-faible dans les deux vers suivants, le premier, de Rotrou ; le second, de Boileau :

A l'instant que j'aurai | vu venger son trépas. Un tel mot , pour avoir | réjoui le lecteur.

Remarquons , en finissant , que les règles de la césure sont bien plus rigoureuses pour les genres relevés, tels que le poëme épique, la tragédie, tandis qu'on admet, au contraire, une certaine licence dans la comédie, dans Tépître familière, dans le conte, etc.

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