‹ Petit dictionnaire des rimes françaisesChapitre 8 sur 231 · DE L'HIATUS · texte numérisé non relu

DE L'HIATUS

On appelle hiatus la rencontre de deux voyelles ou d'une voyelle et d'un h muet, placés, l'une à la fin d'un mot, et l'autre au commencement du mot suivant. L'e muet, à la fin d'un mot, ne peut jamais former un hiatus, puisqu'on l'élide toujours. Nos anciens poètes, jusqu'à Malherbe, se permettaient l'hiatus, et Malherbe lui-même a laissé échapper le suivant :

Il demeure en danger que l'âme , qui est née Pour ne mourir jamais , meure éternellement.

Le h aspiré, précédé d'une voyelle, ne fait pas hiatus :

Jeune et vaillant héros, dont la haute sagesse.

(Boileau.)

La conjonction et, dont le t ne se prononce pas, fait un hiatus quand elle est suivie d'une voyelle; il n'en est pas de même du verbe est, dont le t se prononce.

Lrhiatus est admis dans le corps des mots, dans les mots composés , et entre la fin d'un vers et le commencement du vers suivant :

Dans un calme profond Darius endormi Ignorait jusqu'au nom d'un si faible ennemi.

(Racine.)

L'hiatus est indiqué par l'orthographe des mots et iJLLn par leur prononciation. Il en résulte que certains mott comme étranger, chevalier, nez, clef, nid, loup, et biei. d'autres dont la consonne finale ne se prononce pas, trouvent place sans difficulté devant une voyelle, bien que l'effet produit pour l'oreille soit le même que celui de la rencontre de deux voyelles. Serait-il plus choquant d'admettre, comme exemptes d'hiatus, certaines locutions toutes faites , qui se prononcent véritablement comme un seul mot, et principalement certains temps de verbes que la prononciation ne sépare pas, comme , par exemple : Il y a, il a été, il a aimé? Nous savons qu'on trouve dans La Fontaine, dans les comédies de Corneille et même dans les Plaideurs de Racine, quelques-uns de ces prétendus hiatus; mais l'usage les interdit à la poésie relevée, et ici, ce nous semble, l'usage a tout à fait tort. L'harmonie seule devrait être consultée, et le poëte ne devrait avoir à éviter que les rencontres qui choquent véritablement l'oreille.

Il est permis encore de placer devant une voyelle les finales an, in, on, un, oin ; mais il ne faut pas que la consonnance soit la même à la fin du premier mot et au commencement du second : il faut donc éviter un

an entier, en vain imploré, etc., bien que des exemples semblables se trouvent dans Corneille, Racine et Boileau.

La poésie admet encore sans hiatus le mot oui répété, et les interjections ah, eh, oh, suivies d'une voyelle :

Oui, oui, mon choix est tel qu'on n'y peut rien reprendre.

( Molière.)

J'irais trouver mon juge. — Oh! oui, monsieur, j'irai.

(Racine.)

7°. DE l'ÉLISION.

Il y a élision toutes les fois qu'un e muet final est suivi d'une voyelle ou d'un h non aspiré; alors la syllabe dans laquelle entre Ye muet se réunit avec la première syllabe du mot suivant pour n'en former qu'une seule. Ainsi dans ce vers :

Oui, je viens dans son temple adorer l'éternel;

( Racine. )

la dernière syllabe de temple et la première du verbe adorer ne comptent ensemble que pour une syllabe.

L'élision est forcée lorsque Ye muet est précédé d'une voyelle ; par exemple :

Hector tomba sous lui ; Troie expira sous vous.

(Racine.)

Il résulte de là que certains mots au pluriel , comme fortunées, vues , joies, et certaines formes de verbes, comme voient, etc., ne peuvent se placer qu'à la fin du vers , où les syllabes féminines ne comptent pas dans la mesure.

Les pronoms le, te, ce, ne s'élident pas; mais ils peuvent se placer à la césure, lorsqu'ils sont accentués :

Épargnez-le, nous n'avons plus que lui. (Florïan.)

Autrefois , cependant , l'élision du pronom le était permise :

Mais mon petit monsieur, prenez-fe un peu moins haut.

(Molière.)

Ve muet ne compte pas dans les terminaisons en aient, ni dans les auxiliaires aient, soient, comme nous l'avons déjà dit plus haut (De la quantité des syllabes) .

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