‹ Petit-Jules le sauterChapitre 14 sur 23 · LE DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

LE DOMESTIQUE

11 y a des circonstances qui aggraveut tellement les maux , qu'il semble que la raison , ni même la religion , n'y fassent rien. J'ai vu tout cela , moi , qui vous parle, et je suis encore tout troublé de celte désolation , quoiqu'il y ait bien dixsept à dix-huit ans que ces choses soient arrivées. M.""4 de Saint- Romain , après vingt ans.de mariage, lorsqu'elle ne comptait plus, depuis long-temps, sur la douceur d'être mère , donna le jour à un fils. Jugez de la joie de ces tendres époux ! Jugez-en par l'excès de l'afïliction dont ma pauvre maîtresse continue d'être accablée ! Je ne vous parlerai point des soins et de la sollicitude dont le nouveau né fu£

>s l petit -jii.es

L'objet, vous les im /. MM peine.

Ce château ne j> n.iis- uil DM (Util une H-

tuation i labre, on envoya L'entant

dans une métairie voisiné} ou sa mère,

j. non. mi .1 iet habitudes et aux commodit- - i!< >a maison, alla demeurer avec la nourrice. Sixmois après la naissance dé soto fils, M. de Saint-Romain fut atteint de la maladie de la pierre, et ses souffrancei devinrent si cruelles que , malgré lavis de tes médecins, il résolut d'aller se faire opérer à Puis. Il a\ ut un neveu qu'il avait életéé) regardé long-temps comme son bel ii ur. L i naissance <lu jeune Alfred détruisit , de ce côté, les espérances de M. de Sdsthènes , ainsi se nommait ce neveu ; mais elle ne le priva point de l'amitié de son oncle , auprès duquel il continua

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tic demeurer avec autant de liberté qu'autrefois. Il l'aurait même accompagné dans son vovagej si m:) maîtresse, qui ne voulait poiqt abandonner son mari dans un si grand danger, et qui n'osait emmener son fils, de peur de compromettre sa santé, n'eut prié M. de Sosthènes de demeurer au château pour surveiller la nourrice. Le petit enfant jouissait alors d'une vigueur propre à la tranquilliser sur ses jours. J'accompagnai mes maîtres à Paris. M. de Saint - Romain , malgré tout le courage avec lequel il la supporta, succomba à une opération si douloureuse. Sou corps n'était pas encore refroidi, qu'une lettre de M. de Sosthènes annonça à la malheureuse veuve la mort de son fils, qu'une colique soudaine venait d'enlever en

H m -j ri. ES

moins d'une heure. Ces «lrux coups', si rapprochés, lui causèrent une telle union qu'elle en perdit la raison pendant quelque* fours, llle ne la recouri i ensuite que pour l'abandonner à une doucprimable, qui devint sombre ei concentrée. If, de Saint - Romain , prdnt i \ ti iste destitti <it demandé

re inhumé dans ce château, qu'il af* Sectionnait, quoiqu'il appartint s son épouse. Ma maîtresse fit déterrer le cercueil de son fils, qu'on avait déposé dans le cimetière de la p e , et, le plaçant à côté de celui de son époux, elle leur consacra une espèce de culte. !,<> petit enfant était mort avant son père , les biens de celui-ci devinrent le p i de M. de

Jiènes; mais cette perte toucha peu,

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ma maîtresse. Ses propres biens sont plus que suflisans pour une personne qui ne s'occupe que de sa douleur.

Petit-Jules que ce récit avait singulièrement intéresse, voyant le repas près de finir, se leva tout pensif, et retourna à son ouvrage , sans attendre son compagnon. Il vit une jeune personne, parfaitement belle , agenouillée entre les deux monumens. Sa mise élégante lui fit deviner que c'était mademoiselle Palmyre, et le souvenir de ce qu'on venait de lui apprendre à son sujet lui causa une émotion extraordinaire. Il la vit cueillir deux roses qu'elle déposa sur les tombeaux, puis se retournant pour s'en aller, et, apercevant Petit-Jules , elle vint a lui , en rougissant d'avoir été surprise.

88 i it - ji-i i *

— Monsieur, lm dit-elle d'un sou de chai m. mi , .un. .-\ous bientôt acheva' tct oii\ rage?

1 1 r-juLis.

Je ùt p ose pas, Mademoiselle, «ju'il

puis>c I » h <■ .»\ .uit l.i nuit.

P.4LMYI\E.

l.li bien , je roui » onjufe «!«• vous i e- Itrer an coucher du soleil. C'est l'heure > laquelle osa pauvre tante vient ici, elle

i. contrai i e d'avoir des étran pour témoins de sa douleur.

PlTlT-iVLI s.

Mademoiselle, vous serez obéie.

PALMYRL ;iv. ( lmnl

]Se prenez point en mauvaise part l.i i l

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commandation que je vous fais. Je crains que cela ne vous contrarie en reculant la fin de votre ouvrage ; mais les personnes malheureuses méritent des égards.

Petit-Jules s'inclina respectueusement en signe d'obéissance. Palmyre fit quelques pas , et , revenant à lui :

— Il me reste encore une demande à vous faire , reprit-elle. Les personnes de votre profession ont assez souvent coutume déchanter en faisant leur travail; mais je vous invite à considérer le lieu où vous êtes , et à vous souvenir du respect que l'on doit à ces pauvres cendres.

Moi ! chanter!... rassurez-vous , Mademoiselle, quoique je ne sois qu'un ouvrier,

je conn lia asseï les bienséances pour n\ivoir pu besoin de me contrai adre ù <<l

I'.iImimv lui M.iiut ivcc liuiivrill.niic

ci ie retira. Petit-Jules U suivit dei yeux. tant qu'il put l'apercevoir , et lea propoi

MM le muhiui lui .i-.jiI leUUI pendant

iite lui revenint .'• l'esprit , il lonpira

i m »lii i u lui-même*

— G est une épouse comme cette jeaue

personne, une femme ornés <l< tous les

.tv.m ne l.i nature et I ésVucatioi i «-

u m lu ion sexe, <jui ferait mon bon»

Ih'ui j nuis I injuste fortune, 60 me r.ichant mon origine pour me fuie vivre dans ToIim arité , me défend d'aspirer jaunis 1 une félicité si désirable.

Jules lit part au maître serrurier delà

LE SU ILUR. Cjl

Mimandatiou de la demoiselle , et tous deux , dociles à ses ordres, abandonnèrent leur ouvrage au coucher du soleil ; mais Jules , ne pouvant se défendre de la curiosité de connaître madame de Saint-Romain, s'échappa sans rien dire, et retourna se cacher aux environs de la grille. Les deux dames ne tardèrent pas à paraître. La veuve, appuyée sur le bras de sa nièce , marchait d'un pas majestueux.* Ses traita avaient une grande noblesse , f|ue relevait encore son costume de veuve, malgré qu'il fût d'une extrême sévérité. Elles firent ensemble leur prière au pied des tombes, puis madame de Saint-Romain se relevant, demeura un moment dans une sombre méditation , leva les yeux au ciel, et prononça à haute voix ces paroles :

?ET1 l - jiM

— Clici s objets de ma tendresse , il faut donc encore vous quitter! C'est en vain

que je soupire iprèi l'heure da noue i< union , le ciel semble dm punie « 1 < * mon impatience en prolongeant une vie qui

imM odieuse ; ni. us les années oui beau se sine .1er sur ma tête, vous êtes toujours prêtent I ma mémoire. 0 mon époux! comment oublierai-je Le temps de notre heureuse union , et toutes les marques de teuiliesse dont vous m'avez comblée! et toi , mon cher iils , ton image ne sYfl'.uera us de mon souvenir. Je te vois ayee - naïves, tes traits délicats. J'entends encore ta douce et faible voix , estaj ant de balbutier mon nom que je le

lais sans cesse

Elle cacha son visage dans son mou-

choir, et île profonds gémissemens s'exhalèrent dé *a poitrine oppressée. Palm vie l'entoura de ses bras, la serra contre son cœur, et , l'attirant ensuite avec une tendre violence , s'efforça de remmener. Pelit-Jules1, qui s'était avancé pour mieux entendre les paroles de la daine , en fut si attendri, que, sans penser à se cacher d'elle, il demeura à la njeme place. Palm vie , offensée de sa hardiesse, la lui reprocha d'autant plus vivement, qu'elle en craignait l'effet pour sa tante. Cependant madame de Saint-Romain s'en montra plus surprise qu'irritée. La sensibilité qui se peignait sur le visage du jeune ouvrier lui ht trouver grâce à ses yeux; elle s'empressa de l'excuser.

. — Ne te fâche point, Palmyre, lui dit-

mt -jri

elle , ce pauvre jeune homme est tout m pleura; sani doutej il ■ avait peint des* scin < 1 « * noui offenseï .

Petit lulei ""i mi |9MNi on terre do- \ mi madame de Saint-Romain j en lui demandant P irdon <l«' ion indiscrétion*

— C'est bit h , c'est bien, interrompit li \nni . remeitei TOUS, mon ami, et que le ciel vous préserve îles nul heurs qui

mt' sont .irri\ l

Les dames continuèrent leur chemin, rt lYiit-.lules, aprèi i'< tre promené quelcjm s momeni pour se remettre du trouble

où il «'tait, retourna au cliàteau, qu'il abandonna le jour suivant pour reprendre la route de Dijon.

LE SACTLT/R. (jj

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