‹ Petit-Jules le sauterChapitre 16 sur 23 · I : Curée une bouteille de vin au prochain · texte numérisé non relu

I : Curée une bouteille de vin au prochain

cabaret-; 1 1 quoiqu'il oc fut pas sans doute

LE SAUTEUR • r)f)

du meilleur que produit la Bourgogne , Fiorcntina en accepta un verre avec beaucoup d'empressement. Elle disait peu de choses , se contentant de remercier a demivoix ceux qui la soulageaient dans sa misère , lorsqu'elle entendit prononcer le nom de Petit- Jules. Fiorentina tressaillit, regarda plus attentivement celui qu'on appelait ainsi, et laissa échapper une exclamation qui prouva à l'orphelin qu'elle le reconnaissait, ou plutôt qu'elle croyait le reconnaître , car les années avaient dû opérer en lui de grands changemens.

— Vous ne vous trompez pas , Fiorentina, lui dit-il, je suis ce même Petit-Jules à qui vous avez appris votre métier, et cette respectable femme dont les soins vous conservent aujourd'hui la santé, est

TM Tl | - .Mil S

i laquelle \ mis in'atfes enlevé.

i , hon la tète

lui son i< in, et te biit a pleurei sans Lui i o <!i e.

— le m- rotts dis point ceci, continua

Jules, pour augmente! rotre confusion -r

\ dus en . 1 1 ï 1 1 de ne point

rendre coupable, à l'avenir, d'une

ate, i ai < » m < it une bien grande

rer à Leui i familles de pauvres en-

]»<»ui 1rs aérer dans toutes sortes

— Si j'ai fait «I< ^ fautes dans nu vie, répondit Fiorentina, j'en suis bien punie i ((!i«: heure. Mon mari, mes eniana tt n ( i(:s ont été mis en prison

poui plusieurs années, je me trouvescule, Bans argent, sans pain, sans savoir coin-

ment en gagner, et peut-être cxpose'e à perdre aussi ma liberté, si je suis recon? nue pour la femme de Brigace.

Isabeau lui demanda si elle n'avait point d'amis ou de païens auprès desquels elle pût se retirer. Fiorentiua répliqua qu'elle avait à Paris une 6œur assez à son aise, mais que, n'ayant jamais voulu écouter ses conseils, elle n'osait recourir à ses bontés, et comme la veuve Aubert lui témoigna quelque curiosité d'entendre le récit de ses aventures, la femme de Brigace, d'ailleurs trop bien connue de ses hôtes pour chercher à leur en imposer , ne fit aucune difficulté de la satisfaire.

— Quoique jesois née, poursuivit-elle, dans la même profession que j'exerce aujourd'hui, il n'a cependant dépendu que

lOl I i i l l II. ES

«It'liioi ilVii embrasser mie plus sûrert plus

honorable . mais la fatalité de mon éi<>ile, ou plutôt mes mauvaises inclinations, me poussèrent .< préf< rei loujoui i ce <p«i m'éle plus désavantageux. J'avais quinte i quatorze , Lorsque noire m. i e . .«H .'• une troupe de sau-

teurs , DOUS pi il un jour toutes les <lcu\

<t nous eu n.i \.is mi village situé*

■us environs de Paris. En marchant nous nous aperçûmes qu'elle pleurait.

— Qu'an < ma mèi e . lui demandant - dous , an peu alarmées ? pourquoi i lai mes qui i oulenl <!»■ (m ?

— Si vous sai ici où nous allons , nous répondit-elle , vous ne séries pa surprises de Les voir.

là comme elle Tit que la frayeur s'em-

LE SAUrEUR. to3

para de nous à ces paroles , elle reprit : — Venez , venez , mes filles , il n'y a aucun danger à courir. Je vous conduis parmi mes parens. Ce village que voilà devant nous, c'est celui où je suis née. Si je pleure, c'est que je ne puis m'empècher d'être attendrie par le soutenir de ma jeunesse. Hélas ! une étourderie me fit abandonner ces lieux à l'âge de dix-huit ans, et je n'ai pas osé y revenir depuis ce teinns là , car j'avais un père sévère , dont je redoutais l'indignation ; mais j'avais aussi un frère qui m'a toujours témoigné de l'amitié , et je ne puis résister au désir de le revoir.

Nous arrivâmes dans le village, c'était un jour de fête, les offices venaient de finir. Les habitons se rassemblèrent sous

loj *ET1T-JULEÎ

de n ieu? ormeaux, les vieillard* et les hommes mariéi pour l'entretenir gravement enimeble, letjeonei genset les jeunes

iillcs pour ibotÇI M son du tambourin.

Tout le inonde av. ut un lir paisible et contint. Notre mère l'étant informée de son in i e,on lui montra on bomme d'un visage %' rmeil, assis au milieu de plusieurs en-

Cint, tous bien m Lus, fit l'air aussi agréable que leur père. Elle voulut s'approcher de lui ; mais son émotion augmenta tellement que, ne pouvant plusse contenir, et n'osant se faire connaître devant tant de témoins , elle nous emmena derrière un buisson , où elle put soulager son cœur en liberté en donnant passage à ses larfl

Ccpeadant, quelqu'un ayant remarqué son attendrissement, le rapporta a Pierre

LR SAUTEUR 3 105

Morel, noire oncle ; il eut quelques soupçons de la vérité , se leva aussitôt de sa place , et, s'avanrant vers nous ,

— Je suis Pierre Morel , dit-il à ma mère , quelqu'un m'a dit que vous souhaitiez de me parler, me voici prêt à vous entendre.

Ma mère voulut faire un effort , ses sanglots l'en empêchèrent.

— Hélas ! reprit Pierre Morel , que

dois-je penser de l'état où je vois plus

je vous regarde, plus il me semble vous

reconnaître seriez -vous en effet ma

sœur Jeanne, si c'est toi , ne me laisse

pas plus long-temps dans le doute.

Jeanne, pourtoute réponse, se leva précipitamment et se jeta dans ses bras.

Alors Pierre Morel pleura à son tour , et

PETIT -JULEJ

tous deux confondirent un moment leurs ciubrasscim us et leurs larmes. Ma smir et moi nous partagions Uni nttendi isseinent. 1 tin, mon oncle prenant la parole, nous dît que ce lieu n'était unère propre à une

pareille reconnaissance) et qu'il allait nous

conduire dans sa maison. Il nous y mena par des sentiers détournes , pour nous

soustraire i la curiosité des habitant. Elle

ci. ùt propre, bien rangée et garnie des meubles nece^uus. Ma mère, en jetant les v( n\ autour d'elle , le félicita sur PaîiaHOt dont il paraissait jouir.

— Il faut, lui dit-elle en souriant, que tu ayes déterré quelque trésor, puisque, notre père ne possédait rien que ses deux bras.

Pierre Morel lui répondit :

— Ce sont aussi mes deux bras qui.

m'ont acquis ce que je possède, car, voistu , ma sœur , il n'y a point de trésor plus avantageux que le travail. J'ai fait des entreprises qui m'ont bien réussi , je n'y ai épargne ni ma patience ni ma peine, et Dieu m'a fait la grâce de soutenir mon père dans sa vieillesse. Je me suis marié à une veuve riche , nous avons vécu ensemble pendant quinze ans dans une parfaite union , après quoi Dieu me l'a ôtée ; * niais il me reste de bons enfans, dont l'affection me console de la perte de leur mère. Yoilà, Jeanne , dans quelle situation je suis , apprends-moi à ton tour l'état de tes affaires.

Ma mère , à cette question , baissa les veux d'un air confus.

ÎOS PETIT -JTJLM

■ — Il t'en faut bien, lui re*pliqua-t-elre, que j '-aye aussi bien employé* mon tempf

que tu l'as fait, e'est pourquoi je ne nu ne

qu'une rie a^e/ nii^<i »1>I«*. Ali! si jYtais n h ore (lins la force de ma jeunesse . combien )<• me bâtei tis d'abandonner cette vie errante, sans profil et samshonneur, pour

■M livr.i h i i un h a\ ni utile ! DUUSéJ Cft

trop tard maintenant.

Elle lui eipliqua enfin quelle profession elle av.ut embrassée. Pierre Iforel en parut extrêmement mortifie. Il irait vu quelquefois «les troupes 'le baladins dans marches »>u il conduisait son bétail, et M rappelait qu'on n'es! parlait jamais qu'ara mépris. Sa sœur fut obligée <!<•

convenir qu'ils ne le mentaient (jue trop.

— Ma soeur, reprit-il, il me semble

Lfc SAurtin. }pg

qu'il est toujours teints Je cesser de m il faire et de se retirer do la compagnie tics médians. Je t'offre de demeurer dans ma maison avec tes tilles , elles sont jeunes , nous les accoutumerons' , au travail , et quant à toi , tu feras ce que tu pourras pour nous aider dans le tracas du ménage. Ma mère accepta sa proposition; mais elle lui dit qu'étant engagée dans une troupe, elle,ne pouvait se retirer que dans un an, qu'à cette époque, elle viendrait avec joie iinir ses jours sous sa protection.

— Pour mes filles, poursuivit - elle , rien ne s'oppose à ce qu'elles profitent tout de suite de ta bonne volonté. Je ne négligerai pas une si heureuse occasion de

les soustraire aux mauvais exemples, et je t. a. 10

rtb m-jT'T.ri

t<- 1rs confie, mon pher li< rc , afin f[»r tu

les « "iiiiiic te* propres enfuis.

Mon onde approuva forl ce paru, qui

lui y irim (I ulIruiN de la Miur-

Bllf passa deu\ jours «lins |r Ikmi d«- si naissance, après quoi elle s'iit al II rejoindre ses ramai .. nous promettant |l« revenir le plus toi qu'il lui serait possible.

M.» sœur, Bomntâe / n « ut au-

cune peine à se l.iire IU nouveau %&Mt de vie que mou oncle DMNM Imposa. 1 .11»

livra mèiue .ivei un veulalde plaisir. L#9 occupations île la rampai. e lui paiaisnt charmantes ; elle devançait 1< s autres au ti av.ul . M inonti ait vi- liante < tentive à exécuter les ordres qu'on lui Mît, et comparait «ans cesse cotte vie

libre et innocente Ma vie honteuse et trainte que nous avions menée jusque-là,. .l'en fus d'abord moi-même assez contente dans les premie: s temps, c'est-à- dire tant qu'on nie laissa vivre à ma fantaisie j mais sitôt qu'on s'avisa de m'assuiettir à quelque travail , je ne fis plus que me plaindre de mon sort et regretter celui que j'avais auparavant. Ma sœur me représentait en vain la nécessité de vaincre ma paresse; elle me montrait l'exemple de toute une famille, et m'engageait à prendre mon parti de bonne grâce, puisqu'aissi bien notre mère ayant l'intention de §c retirer aussi dans ce pays , je n'avais plus le choix de vivre ailleurs. Tout cela ne me persuadait point. Ce fut bien pis lorsque mon oncle nous manifesta sou projet de nous

rni r - .u : i «

nu tii i hei une

| h , ni. ^ . qui » lui ( -Miituriric en

r»»l>f. Qn< i.|n"il (ut l.i bouté de «'.itt.vlipr

I un jour, m i vrur fut l.i ieà\k i lui ( u vi\ iiir •■y-. Pour moi ,

e que «le l'ennui «!«• pa

is \u\c ?i grand luïtê\

J'.itii n 1 lis fmpatiemmcnt !<• retour de ma

. (1 ini l'espérance qu'elle me dispen-

srr.iit d'une ch< te'poui laquelle j'avais tant

d'aversion, quand nous rimes àii ivér .» sa

l»l xc une \ ieille femme de (a troupe , nom*

i Benoîte 9 qui estait la mère de Brigace.

nous aborda . nia tœuTèi mol ,<!'n extrêmement ti i^tr , deti pleurs m£mè coui eux en nous embrassant.

Elle nous » j .ju it que notre mère s'c'Liil

LE SAUTEUR. Il3

tuée en tombant de dessus une corde tendis e , au milieu d'un exercice public. INos cris ayant averti notre oncle de ce malheur ; il donna aussi des larmes ;» une soeur qu'il aimait , et près de laquelle il avait espéré de finir ses jours. Ensuite, nous embrassant l'une et L'autre avec tendresse, il nous promit de ne jamais nous abandonner.

— Oui, mes chères nièces, continua-t-il , je vous servirai de père. Vous savez déjà que raon intention est de vous placer toutes les udex chez ma respectable parente, pour qu'elle vous apprenne son état. J'attendais le retour de ma pauvre sœur pour exécuter ce dessein j mais puisque nous ne devons plus la revoir,, ni vous ni moi, je ne différerai pas davantage de vous faire ce bien-.

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ni pas les injures , en risque jours de nous rompre les bras ou 1ms ? et d'aller languir dans un Du bien de nous casser le cou, ( est arrivé à ta mère. IN'est-il pas p v.i plus honorable de demeurer t lement dans sa maison , occupé < vail lucratif et sans péril? et pei gretter un peu de gêne et d'ap dont les résultats seront ^i avant

Mon obstination résistant à discours , elle finit par me dire

1 1 r> rkTlT-Jll.M

résolution de U luiTrc malgré elle, uni

en rien ilire à personne. I .Ile était déj plus de doux lienei «lu village quanti je là joignis mu l.i rouit*. Benoîte se fâcha et

\ (Milut me rt'iivnvir.

— Ou. uni vous «levne/ DM tuer sur la plue, lui répoudis-je, je ne m'en retourii( iu 5ÉI ; je ne vcu\ pas aller en appren-

— Eh bien ! me icpliqun-t-elle , puisque tu veu\ rtie m allieureuse , accomplit tliim t.i mauv.u>e destinée; mus souvicusl i que tu en pleuier..* un jour.

llelas! continu.» I i<a entiiia , cette pré * du '.nui n'a été que ti op vraie. J ai regrette ]>ien dfef lois de n'avoir point suivi l'exeinpie <lc ma sœur, et maintenant j'en ai plus de sujet que jamais; mais alors je ; f

LE SAL'TLUB. I I 7

fis aucune attention à cet avertissement. Environ siv ans après, le hasard îu'ayanL luit rencontrer Zerbine à Paris , nous ne nous fumes nas plutôt reconnues, qu'elle m'accabla de caresses. Cette bonne iille avait eu beaucoup de chagrin de ma fuite. Son apprentissage était fini depuis dvux ans; elle était devenue à son tour maîtresse couturière, et avait déjà un grand nombre de pratiques. Elle m'emmena dans son appartement , qui était propre et bien meublé , et où je vis plusieurs jeunes ouvrières occupées à coudre pour sou compte.

— Ma chère sœur, me dit Zerbine , je suis très-heureuse ici, et j'ose dire , bien vue de tout le monde. Je dois mon bonheur À mon oncle Pierre Morel , qui accueillit

1 18 1 1 i \r - jn.ts

autrefois si :■.<■ < reu ewfnfl notre mère et

nous-mêmes. Tu I lit qu'elle <\ ...l d>

di* quitter m dangerenut | rofession pool offre* de I qu'elle

l'.ui. it Lut , s.v i h mort n'< ul

mis un cmp. I '. le t«' l«is

de heu i «i m li même proposition; quitte

pendent que tu et encan

jeuiit1, viens demeure* ...ni , je t'en-

ii i c que |" ii ijtpiis.

— Serait» il possible i« [sabeauj ■m \uus eneeiei enenre méprisé nu parti

Si 11 i\, et que l'amitié d'une si

lendit Mil n'eût trouvé en vous qu'une. >tt ■!

— li n'est que trop vrai , répondit Fiorentina eu baissant les yeux. Outre mon d4goèt pour le travail qu'elle me propo-

LE SAUTEUR. 1 lQ

Sait, j'étais encore dominée par mon inclination pour r>ri;;ace, que j'étais à la veille d'épouser. Je n'ai pas besoin de vous dire continent nous avons vécu depuis ce temps- là ; Petit-Jules n'en est que trop bien instruit : mais vous en gavez assez pour juger vous-même si j'ai le droit de recourir aux bontés de ma sœur, et si je ne suis pas le propre artisan des malheurs qui menacent ma triste vieillesse.

Isabeau et son fils ne parent se dissimuler qu'elle ne'méritait guère d'être plainte, puisque le goût de la paresse et du libertinage lui avait fait préférer un métier honteux à l'affection d'une famille honnête, mais pourtant ce récit leur faisait connaître Zerbinc sous des rapports si avantageux , qu'ils n'hésitèrent point à conseiller

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