CHAPITRE IX
Des précautions que prit le ttiré pour préserver Petit-Jules tle la misère.
C'est une chose affligeante de voir des personnes, d'ailleurs estimables, ne pouvoir se défendre de certains vices honteux qui ternissent leurs bonnes qualités. M. et M.me Evroul, si sages dans la conduite de leur famille, et qui avaient accueilli Petit- Jules avec tant d'humanité, se sentirent piqués d'une vive jalousie , en apprenant ses anciennes relations avec le Curé, et le dessein de ce dernier de le garder dans sa maison.
jR rii-jui
— Ne ferait-il p.»s mieux , *«' dirent
l'un à l'autre, do pi cihIk aupics de lui
l'un de nos enfant plutôt que eet étrajj qui h a un un droit i ici i se protection 2 Ne tomuiet-nous pas, ses plu| proches parent| let héritiers naturelt, el peut-il se plaindre que nous avons manqué d'attentions i son ég ird ?
I i lencfoesse pàternettt avait beau être
une »!»• œS injustes murmures, il»
n\ u étaient pas moins indignes de deux li niables sous d'autres
i iji|»ni ti . et (jui , Imcii loin «IcnN ici à un jmiivh- oipliclm le seul appui qu'il eût sur la lene, devaient plutôt s'en réjouir connue le généreux lienjamin. Ce bon jeune homme, surpris et aflbgé du mécontentement de ses païens, essaya inuti-
LL SALTEtR. 1^
JMiient de les ramener à des dispositions plus favorables, et n'abandonna auprès d'eux la cause de son oncle et de son ami que lorsque le respect lui eut fermé la bourbe à ce sujet.
Cependant, le Curé, ayant confie 1% M. Evfoul , son frère, qu'il voulait se charger du pauvre Jules , et faire en sorte qu'il fût, à l'avenir, à l'abri de l'indigence, M. Evroul , lui répartit , avec un dépit marqué, qu'étant le maître de sa fortune, il pouvait en disposer sans consulter per-' sttnne. L'ecclésiastique ne se trompa pas au sentiment qui inspirait à son frère une p?ireilîe réponse -, mais faisant semblant de »e pas s'en apercevoir, il lui répondit qu'il croyait cette marque de confiance propre i le convaincre de son auaitié, et ifu'il es-
2o m-juLii
I i rail obtenir son approbation <mi faisant « I ii bien .1 un enfant auquel il avait témoi- - ii«: lui-même un si juste intérêt,
H, i'\ uoi 1..
OIi ! l'intérêt que nous avoni pris jeunesse ne nous eût point aveuglé jusqu'à le nui lie >m rang de nos proprei en! 1 h enfin noui ne le connaissons que! sur
1 c qu'il lin a plu «le nous dire , et lea in dicet lui lesquels vous vous appuyez vousjm. me me pai tissent fort incertains, lîcaacoup de personnes peuvent poi ter !<• même
iifiin ;iii ciic marque que vous dites qu'il t ini li jambe, ne peut- elle pas resscsiblei aussi
LE CURL y en souriant.
11 faut COhveftSf qu'un pareil coucom
LE SAUTUm. ni
de noms et de circonstances serait une chose fort extraordinaire, s'il n'en résultait que des renscignemens trompeurs; mais enfin , quand cet enfant ne serait pas celui que je pense , il n'en demeure pas moins vrai que sa situation malheureuse est digne de l'intérêt des honnêtes gens,
M. EVROUL.
Encore une fois, mon frère, vous êtes le maître. Je souhaite seulement que vous ne vous repentiez pas de votre bienfaisance , et que vous n'ayez pas imprudemment attiré au sein de votre maison un petit trompeur, qui vous livre, par la suite, à ses camarades. Ce ne serait pas la première fois que des voleurs se seraient servis d'un enfant.,...
Il Pi 1 1 i
LE Ci'Ri , L'interrompant uns itcon
fli ! îiimi frère ! quelle pensée avei-Yeus
i • I • | nuite <lc cet t»i phelÎQ DC |>< I
guéri de le supposer capable «Tune pareille ti Jûton. U i.i ut prcndi i d'agrinibrtune d*autrui par une défi.un e si subtile et si injtt ieusc.
1. 1 | iloutie étant peut-être «1»' toutef l<-s | ions i, plus iTeugle et la plufiacu* rable, ni lei remontrancei «lu Curé . m Ici iiist ipeo tuensaa «le Benjamin , m la
doueem et l.i •oumissîoa de* ivtii-.ïules ne purent guérir les crainte* et tas preeen»
da M. 'l <!<• ni. kI. une l.vroui. Ils
rompirent ayee leur frère, et défendu à leurs cnfan> d\ ntictenir aucune relation avec l'orphelin, qu'ils n'appelèrent plus
1 r. SAUTEUR. la
avec mépris que le petit sauteur. Le pauvre Benjamin, désespéré de cette brouil" lerie , fidèle à ses premiers sentimens , mais connaissant trop bien ses devoirs pour désobéir à sa famille, s'en retourna à Châteauroux avec plus d'empressement qu'il n'aurait fait en toute autre circonstance. Petit-Jules fut d'abord sincèrement affligé du prompt changement de ses premiers protecteurs , et surtout d'être la cause qu'ils cessèrent de voir le respectable Curé j mais la bienveillance de celui-ci n'en recevant aucune altération, il se consola de cette injustice, et ne songea qu'à se rendre digne de ses bontés.
Animé du vif désir de sortir de son ignorance , Petit-Jules travaillait , pour ainsi dire, nuit et jour , et son excellente
fETIT - fUlèttt
mémoire loi facilitanl sei pra en
moins de deux ans il sut lira , écrira , calculer et i on catéchisme d'un bout
à l'autre. H ne lui aur.it même pas fallu
.1. «ut «le temps s'il n'avait ou d'autre*
occupations ; m lit le Cui à , en borai :<• et préi n\ an! . ■ lui taira ap*
prendra un métier, à l'aide duquel il pût paei i i rie sans Le -••■ ours de personne*
— Les bienfaiteurs sont rares , (lit - il à
Petit-Jules, el tu vois, par l'exemple de mon frère, qu'ils sont sujets à changer. De j)lus , la mort peut mettre un terme :\ meilleures in tentions « .le ferai pour toi tout ce que tajustice me permettra «le fuie; m lis comme je n'ai qu'une fortune médiocre , et que mes neveux , peu riches eux-mêmes, ont à n I droits
tt! SAUTEUR. l5
dont il serait injuste de les priver, je te conseille, mon clier enfant, d'apprendre Un métier. Un honnête artisan mérite tout aussi bien qu'un autre l'estime des personnes vertueuses , et il a l'avantage de se procurer partout sa subsistance.
Jules, malgré sa jeunesse, comprit à merveille ce raisonnement , s'y soumit de bonne grâce , et demanda à être serrurier» Le Curé le mit aussitôt en apprentissage chez un de ses voisins , brave homme et meilleur ouvrier qu'ils ne sont ordinairement à la campagne. Celui-ci avait exercé long- temps sa profession à Dijon , sa ville natale , jusqu'à ce qu'étant devenu vieux, et n'ayant point d'enfans , il prit le parti de se retirer dans le pays de sa femme , où ils avaient d'assez bonnes propriétés» Pc-
->!> fETIT-JULCl
M -Jules port.» dans son nouvel rl.it vel etprit d'invention, d'adresse et tic nh qu'il av. nt reÇU de la nature, et dont
nous lui .i\ «mis \ adiré, iaooaMnenc*metitj m m d tngereui mm^1. Il gagnait déjà tant d'argent ï -on maître au bout de trois .ms, «jih* celui-ci trouva juste de Lui eu tenir
compte. Le premier aident que ici ut l'orphelin fut employé par lui a .h licier des
mttériaui de la première qualité, dont il
composa un ou\ rage ( m icnx , qu'il offrit en présent i Benjamiu , et qu'il accompat^iu de c< tte lettre :
Lettre de Petit-Jules à Benjamin lùronl.
« Je n'ignore point que votre famille
OUI a défendu de m'écrire , et mon in-
« tention n'est pas de vous exciter à la
« désobéissance j mais, mon cher Benja- « min , j'éprouve le besoin de vous ttnioi- « gner mon amitié et ma reconnaissance. « Il faut bien que je vons apprenne quel « tendre souvenir je conserve de vous.
« Plus mon sort s'améliore, plus je me a sens touché de ce que je vous dois 5 car ? enfin, c'est vous qui êtes la source de <( mon bonheur. Si vous ne m'eussiez « point accueilli sur le chemin de Bour- « ges , si vous ne m'eussiez point amené « dans votre maison , et jusque chez votre « digne oncle , je ne me verrais pas , de- « puis trois ans , comblé de ses bontés. « Daignez donc accepter le présent que je « vous envoie : c'est l'ouvrage de mes « mains. Vous m'aviez destiné le premier a. fruit de votre travail, ne méprisez p is
*8 fEIlT -Uf.E*
* \C IllK II ; fil 11 JC lOiS privé .le U <Atls«
! t. tmii de V(«iis voit et de Yove parler, i aimea-moi Loaioun au fond du i « rumine je fow i . nu*.
Juli.s ».
Le Curé ipprovra 1<' prêtent <"t ta lettre,
Bonerablei témoignage! de n rfecontoti*"
• (I.- rbrphelin. Benjamin 1rs rei ut
lui) et l'.mtre avec nu plaisir bien vif. Il
» point, -i la vérité, répondis à Petit-
Julrs, de peur de déplaire à ses pareils ,
mail il le dédommagea de cette contrainte en exprimant à son oncle tout ce qu'il
ut voulu dire a son ami.
LE SATUTEUrt. 9.9
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