CHAPITRE VI
El» religion.
Éléments divers de la religion grecque. - Son Çaractcre local - Son caractère national. - Les dienx de 1 Olympe. Les dieux de la terre. - Les dieux des enfers. - Les ministres de la religion. - Le culte. - Le sentiment religieux.
Le moment est venu de dire quelles étaient les divinités auxquelles le Grec rendait un culte, et à chercher par quels moyens il attirait sur lui leur protection et leurs faveurs. Il est bien entendu que nous n'entrerons point dans les détails; chaque ville ayant des divinités particulières, et le culte variant souvent de pays à pays, nous serions entraînés dans des discussions compliquées et interminables.
Éléments divers de la religion grecque. -
Plus que toute autre religion ancienne, la religion grecque est un mélange d'éléments variés et parfois même incompatibles. Cela tient à des causes historiques et à l'isolement géographique des différents états grecs. Les croyances des Aryens se retrouvent manifestement dans la mythologie grecque; les noms aryens des forces et des phénomènes de la nature adorés par les populations indo-européennes, le soleil, Taurore, les nuages, les orages, ont été conservés sous ime forme grecque dans la mythologie. Les croyances aryennes furent donc le fondement de la religion des Grecs.
L'esprit créateur des Hellènes ne tarda pas à transformer et à animer ces vieilles croyances. Portés par un instinct supérieur à croire que les phénomènes de la nature étaient comme les actions humaines produites par la volonté et la passion, ils en personnifièrent les causes. Ainsi les forces de la nature devinrent des êtres ayant la figure de Thomme, son intelligence et ses passions. Le caractère essentiel de la mythologie grecque est Vanthropoynorphisme,
On ne conçut pas d'abord ces dieux comme veillant sur le genre humain tout entier ; on crut que chacun d'eux appartenait à une ou plusieurs cités qu'il habitait de préférence, par exemple Zeus résidait à Dodone ou à Olympie, Héra à Samos ou à Argos, Athéna
à Athènes. On trouve quelque chose d'analogue dans cette ancienne croyance des Hébreux qui prétendaient que Jéhovah habitait le temple de Jérusalem, tandis que les Samaritains soutenaient qu'il devait être adoré sur le mont Gérizim.
Des poètes parurent bientôt qui, comme Hésiode dans sa Théogonie, rapprochèrent les divinités locales, supposant des mariages, et inventant des parentés fondées d'ordinaire sur un vague souvenir des rapporta qu'ont entre eux les phénomènes naturels. Ce fut là pour ainsi dire l'origine de la théologie nationale. En même temps que ces auteurs de généalogies, ou immédiatement après eux, vinrent des poètes épiques qui, tout en chantant les exploits des hommes, représentaient les dieux mêlés à la vie des mortels et dkigeant leurs actions. Les poèmes d'Homère et de son école répandirent la connaissance des anciennes généalogies des dieux, et l'habitude de se représenter la divinité sous les traits et avec le caractère de l'honame. L'anthropomorphisme ne fit que se développer, surtout lorsque la peinture et la sculpture vinrent en aide à la poésie. Telle fut l'origine de la mythologie grecque.
Mais tandis que l'art encourageait cette conception matérielle et parfois peu morale de la divinité, des esprits plus sérieux et plus élevés cherchaient et trouvaient dans les mystères et dans les ciA-ltes secrets une religion pure et consolatrice. Nous savons que ces
PETIT MANUEL D'ARCHÉOLOOIK
mystères et en particulier ceux d'Eleusis, sans contredire aux croyances populaires, enseignaient les doctrines de la vie future et promettaient des récompenses ultra-terrestres afin de procurer aux initiés la paix et la joie durant la vie et une ferme espérance à l'heure de la mort.
Dans le courant de leur histoire, et surtout au moment de leur déclin, les Grecs adoptèrent des divinités étrangères, mais nous n'avons pas à nous en occuper ici.
Caractère local de la religion grecque. — « Il faut bien reconnaître que les anciens, si nous exceptons quelques rares intelligences d'élite, ne se sont jamais représenté Dieu comme un être unique qui exerce son action sur l'univers. Chacun de lem*3 innombrables dieux avait son petit domaine; à l'un une famille, à l'autre une tribu, à celui-ci une cité. Quant au dieu du genre humain, quelques philosophes ont pu le deviner, les mystères d'Eleusis ont pu le faire entrevoir aux plus intelligents de leurs initiés, mais le vulgaire n'y a jamais cru. Chaque ville avait ses dieux qui l'habitaient. Les noms de beaucoup de ces divinités sont oubliés ; c'est par hasard qu'on a conservé le souvenir du dieu Satrapes, qui appartenait à la ville d'Elis, de la déesse Dindymène à Thèbes. Les noms de Zeus, Héra, Athéné nous sont plus connus, et nous savons qu'ils étaient souvent appliqués à ces divinités poliades.
Mais, de ce que deux villes donnaient à leur dieu le même nom, gardons-nous de conclure qu'elles adoraient le même dieu. Il y avait une Athéné à Athènes, et il y en avait une à Sparte; c'étaient deux déesses.
« La ville qui possédait en propre une divinité ne voulait pas qu'elle protégeât les étrangers et ne permettait pas qu'elle fût adorée par eux. La plupart du temps un temple n'était accessible qu'aux citoyens. Les Argiens seuls avaient le droit d'entrer dans le temple de la Héra d'Argos. Pour pénétrer dans celui de l'Athéné d'Athènes, il fallait être Athénien.
« Chaque cité avait son corps de prêtres qui ne dépendait d'aucune autorité étrangère. Entre les prêtres de deux cités il n'y avait nul lien, nulle communication, nul échange d'enseignement ni de rites. Si l'on passait d'une ville à une autre, on trouvait d'autres dieux, d'autres dogmes, d'autres cérémonies. Les anciens avaient des livres liturgiques, mais ceux d'une ville ne ressemblaient pas à ceux d'une autre. Chaque cité avait son recueil de prières et de pratiques qu'elle tenait fort secret. En général, l'homme ne connaissait que les dieux de sa ville, n'honorait et ne respectait qu'eux. Chacun pouvait dire ce que, dans les Suppliantes d'Eschyle (v. 893), le hérault dit aux Argiennes : « Je ne crains pas les dieux de votre pays, car ce n'est pas eux qui m'ont nourri ». « Ainsi, la religion était toute locale, toute civile, à
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prendre ce mot dans le sens ancien, c*est-à-dire spéciale a chaque cité. »
Caractère national de la religion grecque.
— Cependant, avec le temps, la religion perdit ce caractère exclusivement local et, sans faire disparaître les cultes locaux, devint véritablement nationale. Les vieux poètes déjà cités avaient puissamment aidé à cette transformation. D^ailleurs, les Grecs étaient disposés à identifier les dieux étrangers avec les leurs, et n^avaient rien de Texclusivisme qui est Tessence des religions modernes. Quand l'oracle de Delphes prit en Grèce la haute main sur les affaires religieuses, il détermina en quels lieux et à quelles époques le nouveau culte devait être célébré, et désigna les grands hommes défunts qui devaient être élevés au rang de héros et par conséquent adorés. Les grandes fêtes panhelléniques contribuaient aussi à unifier les croyances et les cultes puisque la Grèce entière se réunissait pour adorer un même dieu avec les mêmes cérémonies. Enfin, rhabitude de compter les saisons et les années par les fêtes périodiques exerçait également en ces matières une salutaire influence. Thucydide (2, 1.), fixe une date en indiquant non-seulement le nom du magistrat annuel de la ville d'Athènes, mais encore Tannée de la prêtrise de Chrysis à Argos et le nom de Téphore de Sparte.
Les dieux de l'Olympe. — On en reconnaît
généralement douze; ils passaient pour être supérieurs aux autres divinités en puissance et en privilèges. La liste de ces dieux varie.
A la tête de r Olympe était Zeus, le père des dieux et des hommes, lequel, disait-on, avait détrôné Cronos et les Titans, anciennes divinités, personnifiant peutêtre des races conquises qui avaient disparu devant les Hellènes. Le principal temple de Zeus était à Olympie : c'était un monument d'ordre dorique qui renfermait la statue du dieu sculptée par Phidias. Les ruines de ce lieu sacré sont disséminées dans la riante plaine de PAlphéios. La déesse Héra, femme et sœur de Zeus, présidait aux mariages et était adorée à Samos et à Argos. On trouve ensuite, aux temps historiques, Apollon dont le culte fut emprunté par les Dorions aux Ioniens, qui lui avaient bâti un temple fameux, et célébraient à Délos de grandes fêtes en son honneur. Mais, ce fut l'Apollon de Delphes en Phocide qui, avec les Dorions, l'emporta en influence sur tous les autres dieux de la Grèce. Au temps d'Homère les plus importants des dieux étaient Poséidon^ dieu de la mer, et Aihéné, divinité protectrice de l'Attique et d'Athènes; tous deux jouent un grand rôle dans V Iliade et V Odyssée. On disait Athéné fille de Zeus; c'était la déesse industrieuse qui présidait aux arts, aux sciences et à tous les métiers manuels. Arès^ dieu de la guerre, était surtout adoré en Thrace. Aphrodite,
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souvent confondue avec la déesse phénicienne et assyrienne Astarté, était la déesse de l'amour. Son fils, Eroz, était la personnification du désir. ArUmxS, d'un caractère lunaire à l'origine, était la déesse de la chasse: on l'adorait aussi comme divinité infernale; elle était sœur d'Apollon, et née avec lui à Délos de Latone, une des femmes de Zeus. La déesse des moissons et de l'agriculture était Déméter, la terre mère ('/•À fxijT^p). vieille divinité pélasgique adorée dans les mystères' d'Eleusis; sa fille Qora, femme d'Hotfè^j, frère de Zeus et roi des enfers, était par conséquent une divinité infernale. RtrmU ou le messager des dieux, présidait également au commerce et conduisait les âmes des morts aux enfers ipsijchopompe). On l'adorait dans les carrefours, et les bornes des rues faites à son image s'appelaient E'ofxai.
Les héros sont dans Homère des hommes d'autrefois, supérieurs en valeur à ceux que connaît le poète. Dans Hésiode, ce sont déjà des demi-dieux, formant une classe à part; Pindare les place de même entre les hommes et les dieux. L'un d'entre eux, Héraclès, après avoir été longtemps adoré comme un héros, fut transformé en divinité olympienne. Il est souvent difficUe de dire si tel temple était consacré à un dieu ou à un héros; cependant en général la porte principale des temples consacrés aux dieux regardait l'Est, celle des temples cons^.crés aux héros l'Ouest
Les dieux de la terre. — Les Grecs avaient uae bien poétique manière d'aimer la nature et d'en sentir les secrètes beautés : ils la peuplaient d'êtres surhumains et bons qui la protégeaient, et qu'ils adoraient. Ces habitants mystérieux des sources, des ruisseaux, des grottes et des bois ne comptaient point parmi les divinités de l'Olympe. C'étaient Pan, le dieu berger qui causait les terreurs paniques, les Nymphes habitantes des eaux, les Hamadryades, qui vivaient sous l'écorce des arbres, les Oréades. qui peuplaient les montagnes, etc. L'imagination se les représentait dansant en rond dans les clairières ou folâtrant dans l'onde puie des fontaines. Midi était l'heure où Pan sommeillait : les bergers cessaient alors leurs chants pour ne point troubler son repos. On adressait souvent des prières à ces divinités champêtres : les nymphes des sources étaient le plus fréquemment invoquées. Mais on redoutait de les rencontrer dans la solitude des bois; le Grec qui traversait une forêt était hanté par la crainte de surprendre quelque nymphe endormie DU distraite; malheur au mortel imprudent qui osait arrêter ses regards sur la divinité : il perdait soudainement la vue et parfois même était frappé de mort. Les dieux des enfers. — C'étaient les habitants des régions souterraines, non seulement Hadès, Persephone, Hermès psychopompe, mais encore les héros et les ancêtres qui avaient un tombeau, des autels et
auxquels des honneurs étaient régulièrement rendus. Le culte des morts était répandu dans toute la Grèce. Presque tous les grands hommes des temps héroïques étaient r objet d'un culte, au moins de la part de ceux qui prétendaient les avoir pour ancêtres. Plus tard, ce fut l'oracle de Delphes qui décida quels hommes devaient jouir d'un pareil honneur : le choix de ces nouveaux héros était sans doute assez libre et capricieux.
On croyait qu'après la mort Tâme entrait dans une seconde existence ; l'homme continuait à vivre sous la terre, et il n'y était pas assez dégagé de l'humanité pour n'avoir pas besoin de nourriture. Aussi à certains jours de l'année portait-on un repas à chaque tombeau : c'était un devoir strict pour les vivants de satisfaire aux besoins des morts. « Les morts passaient pour des êtres sacrés. Les anciens leur donnaient les épithètes les plus respectueuses qu'ils pussent trouver ; ils les appelaient bons, saints, bienheureux. Ils avaient pour eux toute la vénération que l'homme peut avoir pour la divinité qu'il aime ou qu'il redoute. Dans leur pensée chaque mort était un dieu. Les tombeaux étaient les temples de ces divinités. Aussi portaient-ils l'inscription sacramentelle ôiot; x^vovtotç. Devant le tombeau il y avait un autel pour les sacrifices, comme devant les temples des dieux. Si l'on cessait d'offrir aux morts le repas
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funèbre, aussitôt les morts sortaient de leurs tombeaux ; ombres errantes, on les entendait gémir dans la nuit silencieuse. Ils reprochaient aux vivants leur négUgence impie ; ils cherchaient à les punir, ils leur envoyaient des maladies ou frappaient le sol de stérilité. Mais si le mort qu'on négligeait était un être malfaisant, celui qu'on honorait était un dieu tutélaire. » Aussi le soin d'apporter les offrandes sur le tombeau des ancêtres était au nombre des devoirs les plus solennels de la piété filiale.
Les ministres de la religion. - On peut les distinguer en prêtres patriarcaux et en prêtres de profession. Nous entendons par prêtre patriarcal tout citoyen qui accomplissait quelque rite religieux pour obéir soit à la religion du foyer, soit à quelque devoir pieux légué par l'ancêtre de la famille. Par exemple les Eumolpides d'Athènes étaient à ce dernier titre chargés de présider aux mystères d'Eleusis ; certains magistrats, en vertu même de leurs fonctions, avaient également à s'acquitter de certains devoirs religieux : c'était par exemple, à Athènes, l'archonte-roi qui, après l'abolition de la royauté, avait hérité des fonctions religieuses du roi.
En dehors des prêtres patriarcaux, il y avait des prêtres de profession divisés en deux classes : les prêtres et les devins. Les prêtres étaient attachés aux temples où ils accomplissaient les sacrifices et ensei-
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gnaient aux suppliants comment ils devaient adorer la divinité. Les devins n'étaient attachés à aucun sanctuaire : ils accompagnaient les chefs dans les entreprises importantes pour faire les sacrifices et interpréter la volonté des dieux par l'inspection des victimes, le vol des oiseaux, les signes célestes, les songes, les mots et autres sons de bon ou mauvais augure, tels que les bourdonnements d'oreilles, les étemuements,etc. Le devin (ftàvre:) pouvait être un personnage fort important, ou bien une sorte de charlatan ou de diseur de bonne aventure. Jamais en Grèce, les prêtres et devins ne fondèrent une corporation unie agissant sur la politique et dirigeant la société. La diversité des cultes, l'isolement des communautés, la nature du sentiment religieux empêchèrent l'établissement d'une église opposée à TÉtat ou le contrôlant dans ses actes.
Le culte. — Prier, sacrifier, consulter des oracles, célébrer de grandes fêtes religieuses, voilà à peu près en quoi consistait le culte. Quand le Grec adressait une prière aux dieux dans leur temple, il cherchait à se les rendre propices en brûlant des parfums sur leurs autels et en y immolant des victimes. Quand il avait accompli suivant le rite toutes les cérémonies propitiatoires, il croyait qu*en toute justice les dieux étaient obligés de l'entendre.
« L'ablution des mains précédait la prière, que Ton faisait debout, le visage tourné vers l'Orient, la tête
découverte, les mains levées au ciel; quand on s'adressait à un dieu marin, on étendait les mains horizontalement vers la mer, et on les abaissait vers la. terre quand on invoquait une divinité souterraine. Lorsqu'une prière ne s'adressait à aucune divinité en particulier, on nommait à la fois plusieurs dieux.
« Les sacrifices non sanglants consistaient en prémices de la terre, en gâteaux de farine et de miel : ce sont les plus anciens. Les pauvres offraient une pâte à laquelle ils avaient donné la forme d'un bœuf, d'un mouton ou d'un porc. Une autre forme de sacrifices non sanglants consistait à brûler sur les autels du bois de cèdre ou des parfums. Enfin les libations {ano^^xi, Aoie«i), le plus souvent accompagnées de sacrifices, se faisaient avec du miel, du lait, de l'huile, surtout du vin pur. On y ajoutait de l'eau quand on sacrifiait aux Euménides (0««l àoivot), aux Parques, aux Muses, etc.
Les sacrifices humains, dont Athènes a donné plus d'exemples que les autres villes grecques, ne se rencontrent qu'à titre d'exceptions monstrueuses.
On ne sacrifiait pas tous les animaux à tous les dieux ; on n'offrait ni chèvres à Minerve, ni porcs à Aphrodite, mais on sacrifiait le porc à Cérès, parce qu'il détruit les fruits de la terre, et le bouc à Bacchus, parce qu'il nuit aux vignes. Les victimes devaient avoir un certain âge, et leur sexe était généralement celui de la divinité à laquelle on les offrait. Les vie-
times blanches étaient réservées aux dieux supérieurs, les noires aux dieux de la terre et de la mer. Les sacrificateurs étaient lesprêtres, et, à l'époque héroïque, les rois. » Tantôt les victimes étaient entièrement brûlées {holocauste)y tantôt on en réservait une partie pour des festins religieux.
Enfin, quand il s'agissait de prendre une résolution importante, de se lancer dans une entreprise, de résoudre quelque difficulté qui embarrassait l'intelligence humaine, le Grec s'adressait à la divinité et consultait le» oracles. Les deux plus célèbres de la Grèce étaient l'oracle de Dodone, au pied du mont Thomams en Épire, où Zeus faisait connaître sa volonté au frémissement des chênes sacrés agités par le vent, ou bien au son que rendait un vase d'airain lorsque le vent poussait contre lui un fouet tenu par une statue; et l'oracle de Delphes où une vierge, la Pythiey assise sur un trépied, exposée aux vapeurs épaisses qui s'exhalaient des entrailles de la terre, révélait dans ses prophétiques inspirations les volontés
d'Apollon.
Le sentiment religieux. - C'est une vérité à peu près incontestable que les croyances sont toujours plus élevées et plus pures que les pratiques ne le donnent à penser. Amsi ne devons-nous pas juger la piété des Grecs d'après ce que nous savons de leurs rites et de leurs cérémonies, ni d'après ce que nous
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révèlent leurs œuvres d'art et leur littérature. D'ailleurs maint passage des auteurs grecs nous prouve que le commun du peuple croyait à l'unité de Dieu et à la providence divine, et que, non contents de rendre aux dieux les devoirs prescrits par la religion, beaucoup d'hommes les adoraient avec un fervent amour. Les plus belles œuvres des poètes, des sculpteurs et des architectes n'ont-elles pas été inspirées par le sentiment religieux?