CHAPITRE V
Vie imfcllque «la eltoyca sree.
Les rangs et les classes dans la société. - Le. principa,« W.tiefs. - Les principaux commerces. - Les profcss.ons UWrales : 1» la politin«e; 2» la guerre ; 3- la J»» •«''.. ■H"' littérature ; 5» le. bc-aux-arts ; O" la médecine et la ch.rureie ; 7" les fonctions sacerdotales. - Kepas et jenx. — Voya-es. - Concours d'athlotes. - Concours dramatiques et musicaux. - Fêtes solennelles. - Hippodromes, stades et théâtres.
Sortons de la maison et de la famille et pénétrons dans la société; transportons le Grec de l'enceinte étroite de sa demeure dans l'enceinte plus vaste de sa cité pour étudier sa vie publique et les rapports qu'il avait avec ses concitoyens.
Les rangs et les classes. - Comme dans toute société humaine, il y avait dans la société grecque des inégalités, des distinctions, des rangs. Il importe de
rechercher sur quels principes reposait cette division
de la société.
C'est la possession de la terre, c'est-à-dire la propriété inviolable, qui constitua la première aristocratie et qui conféra primitivement tous les droits du citoyen. Aussi la noblesse n'était-elle pas marquée, comme chez nous, par des titres, mais, comme chez les Écossais, par le nom de la famille. Un Alcméonide d'Athènes était aussi respecté par ses concitoyens qu'en Ecosse un membre d'un ancien clan par les autres Écossais. Mais la pauvreté fut la perte de cette antique noblesse des possesseurs du sol qui, méprisant le commerce et le travail, appelaient l'oisiveté la sœur de la liberté. A Sparte, tout citoyen qui exerçait un métier était déchu de ses droits politiques ou, tout au moins, perdait toute influence dans le gouvernement des affaires pubUques. Or ce préjugé contre le travail manuel ne disparut jamais complètement; môme aux plus beaux jours de la démocratie il persistait encore. C'est que l'homme qui travaille est obligé de vivre enfermé dans sa maison et de priver son corps des exercices, son esprit des entretiens qui développent de concert l'un et l'autre.
Cependant, si les Grecs bien nés méprisaient le commerce (luîroota), du moins ils établissaient certaines distinctions. Le petit commerce au détail {x^xTrulzia) ne lui semblait point un trafic bien honnnête; le mar-
chand qui s'y livrait ne jouissait pas d'une bien grande sécurité, sauf pourtant dans sa ville; mais, nulle part, il ne devait s'attendre à se voir équitablement traité selon les lois communes. Le citoyen pauvre d'Athènes, qui vivait de l'indemnité des trois oboles que l'État lui payait, professait le plus souverain mépris pour le riche commerçant, qui passait sa vie dans une boutique sombre ou dans l'atmosphère étouffante d'un fourneau (pivau^roç). Aussi, à Athènes, la plupart des boutiques et presque tous les métiers étaient-ils aux mains d'étrangers patentés ou métèques (^éroixoi), lesquels payaient certaines taxes à l'État, mais se dédommageaient en vendant à gros bénéfices. Il est vrai que, dans les moments de crise et de péril social, ils couraient le risque d'être pillés et persécutés. En un mot, leur situation était analogue à celle des Juifs dans les villes du moyen âge.
A l'opposé de ces marchands, les riches capitalistes qui, par l'entremise d'un administrateur et à l'aide de nombreux esclaves, exploitaient quelque vaste et lucrative entreprise, jouissaient de l'estime publique, quoique bien souvent leurs gains ne fussent pas très honnêtes; mais le citoyen pauvre, que la nécessité forçait à prendre un métier, n'était guère mieux traité
qu'un esclave.
Au temps d'Homère, il existait certaines classes privilégiées, celle des démiurges (cJïjfxioepyoi), compre-
81 LES ANTIQUITÉS DK LA ORfeCE.
nant les médecins, les devins, les aèdes, les forgerons en airain... Plus tard, les sculpteurs et les sophistes jouirent d'une certaine estime, quoiqu'il eussent encore le tort grave, aux yeux des Grecs, de recevoir un
salaire en argent.
Les principaux métiers. - La majeure partie des vêtements était fabriquée par des esclaves dans la maison ; presque tout ce qui concerne la nourriture était préparé par leurs soins. Mais, pour les autres besoins de la vie, il fallait recourir à des ouvriers spéciaux. C'étaient : Varchitede, lequel était fort considère; les maçms (r.OoVJyo.), les charpentiers (xé/Toviç) et les menuisiers, qui travaillaient sous la direction de l'architecte. C'étaient les potiers («oauu-ç). corporation considérable à en juger par le débit de leurs produits, vaisselle et verrerie. C'étaient encore les divers fabricants de lampes, bijoux, armes de guerre et instruments de musique, {Uy:,'.nof>i, f.-x/.«'P«"'«"'i «*«'•)• ^^^ teerands étaient peu nombreux, les tailleurs moins nombreux encore, attendu que les habits n'étaient pas difficiles à confectionner et que les modes ne changeaient guère. Au contraire il y avait des quantités de dégraisseiirs (-/-.«.f;). de teinturiers (p«?>î«) et de cordonniers en tout genre. Sur le marché, on trouvait des cuisiniers à la journée, des cordiers (»/.«•«<>»-''«•*"»). des tanneurs (^.=70<fi-^«) et aussi beaucoup de parfumtun et do droguistes. Les tanneurs étaient ordinal-
rement forcés d'avoir leur atelier hors de la ville. Il nous faut mentionner un dernier métier de nature toute particulière : celui de soldat mercenaire. Dès la plus haute antiquité il avait été pratiqué en Asie ; pendant toute la durée de l'histoire grecque, il fut le monopole des Arcadiens, ces Suisses de la Grèce. La paie d'un mercenaire, soldat de terre ou de mer, était de quatre oboles par jour. Beaucoup déjeunes gens hardis s'enrôlaient en Asie-Mineure, dans le Pont et la Grande- Grèce. Les fameux Dix mille de Xénophon n'étaient pas autre chose qu'une armée de ces aventuriers, attirés à la suite de Cyrus le jeune par l'appât du gain et du pillage (1). Les rois de Sparte eux-mêmes (Agésilas, Cléomène), ne rougissaient point de servir à l'étranger en qualité de mercenaires.
Les principaux commerces. - Il faut distinguer le commerce en gros du commerce au détail.
C'étaient des gens peu estimés et fort peu estimables qui faisaient le commerce au détail; ils avaient pour spécialité d'acheter au producteur pour revendre au marché avec bénéfice. Ces espèces de revendeurs se mettaient en relation avec les bergers, les pêcheurs, les laboureurs que leurs occupations empêchaient souvent de se rendre à la ville ; ils étaient marchands de poissons, marchands de légumes, surtout marchands
(l) Voir VÀrméi gmqae au temps ch Xénnphan. Klinc'^sieck,
Fl
de vin ambulants. Le peuple ne manquait pas d'accuser les marchands de poissons de vendre du poisson pourri, et les marchands de vin d'ajouter de l'eau à leur marchandise. Chacun de ces petits marchands avait son cri pour appeler le chaland ; mais souvent aussi c'était l'acheteur qai criait à haute voix dans le marché ce dont il avait besoin, et appelait à lui le marchand.
Le marchand en gros était naturellement un plus important personnage. En réahté c'était le gros commerce qui enrichissait une partie de la cité, formait grâce à l'argent une classe toute-puissante, luttait contre l'aristocratie et amenait la chute des oligarchies. Beaucoup de citoyens respectables ne croyaient pas déroger, sauf à Sparte, en se livrant au grand commerce. En tout cas, nul ne se faisait un scrupule d'y engager ses capitaux, comme dans une spéculation.
Les marchands {îimoooi) étaient souvent appelés armateurs vavx*/ucoc, presque tout le commerce se faisant par mer à cause de la difficulté des communications par voie de terre. Les eaux de la Grèce, aujourd'hui désertes, étaient couvertes de vaisseaux. Un poète, pour désigner les marins allant et venant dans toutes les directions avec une industrieuse et infatigable activité, disait d'eux : les fourmis de la mer. Le long des quais s'élevaient des embarcadères et des entrepôts ((^féyfxaTa) ; les Capitaines des vaisseaux marchands y exposaient les échantillons de leur cargaison. Et,
sauf pour les marchands de blé et les marchands d'esclaves, cette cargaison se composait de mille marchandises diverses : le trafiquant grec achetait tout ce qu'il jugeait propre à fournir une bonne affaire : poteries de Samos et d'Athènes, tissus de laine et tapis assyriens de Milet, papier, parfums et verres d'Egypte, poisson salé, pelleteries et blé de la mer Noire, esclavts, bois pour les constructions navales de Thrace et de Macédoine, ivoire et épices de Cyrène. En certains pays, les marchands étaient tout particulièrement ft^vorisés : point d'impôt, point de service militaire, prompte et sûre justice rendue pendant l'hiver au moment où les affaires étaient suspendues.
Les professions libérales. — 1° La politique. - Dans tous les états grecs, les grandes charges publiques étaient acceptées comme un devoir et recherchées comme un honneur ; partout, elles étaient toutes absolument honorifiques. Il est certain cependant que ceux qui les remplissaient pouvaient s'arranger pour retirer de très grands profits de ces fonctions non rétribuées : ils se laissaient acheter et corrompre. Un modique salaire était attribué aux greffiers, commis et autres employés subalternes.
Lorsque Athènes fut devenue (469) la capitale d'un immense empire athénien, le peuple y fut payé avec les contributions des confédérés et des sujets. Chaque citoyen recevait en qualité de rf/cas^e ou juge tioi-s
oboles par jour, et, dans les jours de fête, une somme suffisante pour entrer au théâtre et se divertir. Beaucoup de citoyens pauvres vivaient de ces espèces d'appointements.
2° La guerre. — Nous avons vu que le métier de soldat mercenaire était fort répandu. Celui de général à solde n'était pas moins en faveur. Des Grecs de grande naissance, comme Agésilas et Cléomène, le recherchaient. Or. comme ces généraux ne recevaient que quatre fois la paie d'un simple soldat, il est évident que pour grossir leur solde ils avaient recours au pillage et à toute sorte d'exactions. C'était du reste l'habitude des vieux généraux dont nous connaissons l'histoire, Pausanias, Thémistocle, etc.
La profession d'ingénieur militaire n'était pas répandue, mais elle fut exercée avec succès par quelques hommes distingués comme Artémon; on appréciait beaucoup les services de ces hommes remarquables.
3o La justice. — Il n'y avait à Athènes ni miniatère public, ni avocats proprement dits. Les citoyens se dénonçaient et s'accusaient les uns les autres, et devaient se défendre eux-mêmes. Cependant, comme il arrivait souvent que ceux qui avaient des procès étiiient des ignorants ou des gens incapables de parler devant des juges, il se créa, pour venir en aide aux plaideurs embarrassés, une industrie très lucrative, celle des logographes ou dicographes qui écrivaient les
discours que les plaideurs devaient prononcer : il arrivait que le même logographe composait la plainte et la défense et louait sa plume aux deux parties. Dans quelques cas on permettait à l'accusé d'appeler à son aide un parent ou un ami chargé de compléter ses explications; c'était ce qu'on appelait un ^jvijvoco;. Enfin, l'État employait parfois un orateur, à titre de ffuvÂ'/oooç ou (;ûv(yixo; public, pour défendre les lois anciennes contre un novateur : il lui accordait alors, comme honoraires, une drachme soit 0 fr. 93. En l'absence de ministère iwe&Z*c, certaines gens faisaient métier de dénoncer aux magistrats quiconque semblait devoir tomber sous le coup de la loi. Il va sans dire que les sycophanies, c'est ainsi qu'on appelait ces délateurs attitrés, étaient de fort malhonnêtes gens qui se vendaient à qui voulait les acheter, aux riches et aux hommes politiques. Lors de la réaction démocratique qui suivit à Athènes le gouvernement des Trente, il y eut des accusateurs publics désignés par les Cinq- Cents ou par l'assemblée. Au temps de Démosthène, cet accusateur encourait une amende de mille drachmes si la personne qu'il accusait était acquittée.
4o La littérature. — A part les maîtres d'école, qui ne jouissaient pas d'une bien grande réputation et que l'on considérait moins comme des professeurs que comme des industriels, il y avait les sophistes. A la fois philosophes et rhéteurs, ils tenaient à peu près la
place de nos professeurs de faculté. On disait un élève d'Isocrate, comme on dit aujourd'hui en Angleterre un étudiant de l'université d'Oxford. Les sojjhistes enseignaient la politique, la rhétorique et la critique littéraire. Malgré leur impopularité, ils se faisaient d'immenses revenus. Cependant, comme une sorte de concurrence ne tarda pas à s'établir entre eux, ils durent diminuer leurs prix : un cours complet, durant trois ans, coûtait de cinq à dix mines (500 à 1,000 francs environ).
Il va sans dire que les Grecs n'ont pas connu la propriété littéraire. A l'exception des poètes dont les ouvrages étaient souvent largement payés par les républiques ou par les rois, et des tragiques dont les pièces étaient une source de profit et de gloire, on ne peut pas dire que les écrivains d'alors vivaient de leur plume. C'étaient les libraires qui faisaient tous les bénéfices. Des esclaves copistes travaillaient aux éditions que l'on exportait jusque dans la mer Noire. C'est le cas pour un traité d'Anaxagore, lequel traité coûtait une drachme. Mais Anaxagore lui-même, malgré la popularité de ses écrits, n'en retira jamais rien et mourut dans la misère. Quant aux vieux rhapsodes homériques, il n'y a pas à douter qu'ils vivaient aux frais des rois et dans leur palais.
5o Les beaux-arts. — A en juger par les monuments qui sont encore sous nos yeux, c'était Varchi-
tecture qui était le plus considéré de tous les beaux-arts, les architectes les plus estimés et les mieux payés de tous les artistes. Les architectes étaient certainement des esprits cultivés et lettrés, comme Ictinos, un des architectes du Parthénon, lequel a écrit un ouvrage spécial sur ce magnifique édifice. Dès l'abord \q peintre et le sculpteur ne furent pas considérés comme Varchitecte. Le sculpteur n'était en définitive qu'un habile ouvrier. Des artistes supérieurs, comme Phidias et Polygnote, n'acceptaient pas la plupart du temps de salaire, tandis que les sculpteurs qui décorèrent l'Erechthéion, un des plus beaux temples de la Grèce, recevaient une ou deux drachmes par jour ou deux cents à deux cent cinquante drachmes (soit moins de 2ôO francs) par figures ou par petits groupes. Nous ne parlons que du siècle de Périclès, c'est-à-dire de la grande époque, car plus tard, les grandes statues, les grands tableaux se vendirent des prix énormes, tandis que les œuvres des artistes sans réputation procuraient à leurs auteurs à peine de quoi vivre.
Il en était à peu près de même pour la musique. On jugeait indigne d'un homme libre de tirer profit de ses talents musicaux ; les musiciens de profession étaient mis au rang des histrions, des jongleurs et autres gens qui servaient à l'amusement des . riches. Cependant, avec le temps, les musiciens célèbres et les grands auteurs devinrent d'importants personnages et furent
courtisés par une société qui n'avait plus de goût pour les occupations sérieuses.
60 La médecine et la chirurgie. — La médecine fut toujours en grand honneur, depuis les temps fabuleux de Machaon et de Podalire, jusqu'à Tépoque de Platon, où les médecins marchaient escortés d'orateurs chargés d'engager les patients à absorber leurs drogues. Ne nous étonnons pas de cette façon de recommander les remèdes ; n'était-il pas de mode en Grèce d'ergoter sur toute chose? et vit-on jamais ce peuple se soumettre à quoi que ce soit, politique, religion ou médecine, sans que la parole ait joué son rôle ? Au surplus, comme il n'y avait pas en ce temps des facultés de médecine, des hôpitaux, des diplômes et des certificats, il fallait bien que les médecins, surtout quand ils n'appartenaient pas à quelque corporation médicale en renom, trouvassent un moyen de se faire connaître.
Naturellement les superstitions étaient nombreuses ; le charlatanisme s'exerçait sur une vaste échelle à grand renfort d'amulettes et de philtres. Cependant il y avait des médecins officiels, nommés par l'État et bien rétribués par lui ; leurs aides, de simples esclaves, visitaient et soignaient le bas peuple et les autres esclaves. Le salaire d'un grand médecin montait quelquefois à 12,000 francs par an, ce qui était considérable.
Les plus célèbres écoles de médecine étaient celles
de Crotone, de Cnide, de Rhodes et de Ces, dont le fondateur vénéré était Hippocrate. Ces écoles étaient des espèces de corporations dans lesquelles on n'entrait qu'après avoir prêté un serment solennel.
Les Grecs avaient des connaissances médicales très avancées. Les ouvrages qui nous sont parvenus sous le nom d'Hippocrate sont si remarquables par le bon sens et la finesse de l'observation, en ce qui concerne la description et le traitement des maladies, que les juges les plus compétents les considèrent encore comme le fondement de la médecine moderne.
7o Les fonctions sacerdotales. — A côté des devins et des prêtres voyageurs qu'on peut comparer aux moines mendiants de l'Italie et qui n'avaient aucun caractère sacré, et ne jouissaient d'aucune considération, il y avait un grand nombre de prêtrises héréditaires attachées à des temples spéciaux, imposant de petites charges, rapportant d'immenses revenus. Ces places s'achetaient souvent à prix d'argent, comme chez nous les bénéfices sous l'ancien régime. Il y avait aussi des espèces de prophètes, au caractère religieux mal défini, comme Lampon qui dirigeait la colonie de Thurii , mais nous ne savons pas comment on payait ces hommes marquants et très influents.
Repas et jeux. — Passons à des sujets moins graves, et disons un mot des festins, des visites, des concours d'athlètes et des fêtes solennelles. Toutes ces
Choses-là S'entremêlaient dans le cours de la vie : nous les diviserons pour la clarté de l'exposition.
Quand on lit Homère, on voit les chefs toujours prêts à s'asseoir devant un copieux repas de viandes rôties, de pain et de vin, quel que soit du reste le moment de la journée. Cependant, l'heure ordinaire de leur dîner ou e?eï7rvov était midi. Le repas du soir, semblable à celui du matin, s'appelait ^6.7:0.. Mais avec le temps, comme chez les Européens modernes, l'heure du dîner fut de plus en reculée, et aux temps historiques le dîner était à cinq heures.
Quand un Grec allait dîner en ville, il se faisait suivre d'un esclave qui, le plus souvent, le servait h la table de son hôte, mais qui, en tout cas, prenait soin des souliers que le maître quittait en entrant, et lui ofTrait l'eau pour se laver les mains. Les hôtes se réunissaient dans la salle à manger et prenaient place sur des lits où ils montaient à l'aide d'un tabouret. A l'époque homérique, chaque convive était assis devant une table séparée ; plus tard, le luxe augmentant, les hommes mangèrent étendus sur des lits ; les femmes et les enfants devaient toujours rester assis devant une table et à l'écart des hommes. Sur chaque lit deux ou trois convives au plus pouvaient prendre place ; chacun avait sa table. On se servait de cuillers, peut-être aussi de couteaux, jamais de fourchettes. Le dîner consistait en hors-d'œuvre : herbes, huîtres ou poissons salés ;
premier service (ttcw-yj rpâmKoi) : poisson, viande, volailles apprêtées de diverses façons ; second service : friandises (rpay^j/xara). Pendant le repas, on ne buvait pas de vin, peut-être buvait-on de l'eau. A la fin du repas les convives, après s'être frotté les doigts de petits morceaux d'une mie spéciale qu'ils jetaient ensuite sous la table, se lavaient les mains avec de l'eau que leur apportaient les esclaves ; puis, ils buvaient une coupe de vin pur en l'honneur du bon démon. Alors les tables étaient enlevées ou changées pour boire, et on entonnait le péan, c'était le symposion qui commençait. Le vin était mélangé dans de grands vases (xo>jty3^) ; on en mettait d'ordinaire trois dans la pièce, et, à la première coupe qu'on puisait dans chacun d'eux, on faisait une libation ; pour le premier, aux dieux de l'Olympe, pour le second, aux héros, pour le troisième, à Zeus sauveur. Les convives étaient le plus souvent couronnés de fleurs, et buvaient mutuellement à leur santé. C'est alors que commençaient les conversations, les chants, avec ou sans accompagnement de lyre, les charades (yoe'^oe), les plaisanteries, et surtout les scolies. On appelait sœlle une chanson commencée par un convive et qui devait être continuée par les autres dans le môme mètre et sur le même air; chaque convive récitait une strophe, tantôt en suivant l'ordre autour de la table, tantôt capricieusement, le dernier chanteur désignant celui qui devait continuer en lui passant une
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branche de m3rrte. On jouait aussi au cottàbe^ jeu dans lequel les convives frappaient d'un jet de vin une plaque de métal, et tiraient du son produit un présage pour leurs amours. En outre, il y avait des amuseurs de profession, venus sans être invités, c'étaient les parasites aux dépens desquels s'amusait la société. Des jongleurs faisaient des tours, des danseurs de ballet les accompagnaient, et, sauf chez les gens sérieux, des danseuses et des joueuses de flûtes égayaient encore le festin de leur bruyante ivresse. Enfin, quelques-uns des convives jouaient aux dés, d'autres aux dames parmi les coupes pleines.
Voyages. — Les auberges étant fort mal tenues, les aubergistes fort mal famés et passablement fripons, il ét^it rare de voir un Grec voyager pour son agrément. Se rendait-il à quelque fête publique, il était reçu d'ordinaire chez un hôte de sa famille, ou dans un logement spécialement préparé pour la circonstance. Ce qui attirait les voyageurs, c'étaient les curiosités artistiques des grandes villes, les temples vénérables par leur antiquité, ou remarquables par leur architecture; c'étaient les statues des dieux, les portraits des héros et des vainqueurs, œuvres de sculpteurs fîimeux, c'étaient les fres(iucs et les tableaux qui décoraient les murailles des sanctuaires. On allait en foule contempler le Zem de Phidias à Olympie, VÉros de Praxitèle à Thespies, et la vache de Myron à Athènes.
Ces chefs-d'œuvre étaient constamment copiés; c'est à quoi nous devons les nombreuses reproductions conservées dans les galeries que les Romains formèrent en pillant la Grèce.
Tout état de quelque importance était représenté dans les grandes villes par un proxène, sorte de consul qui recevait chez lui les voyageurs importants du pays qu'il représentait. Toutes les grandes familles possédaient des relations dans les principales villes. Ces liens d'amitié {lvn%%) se perpétuaient de générations en générations. Les hôtes (çtvoi) qui ne s'étaient jamais vus se reconnaissaient à quelque signe convenu jadis entre les deux familles, à une tessère^ à un anneau rompus dont chaque moitié était soigneusement conservée par les familles. La reconnaissance effectuée, l'hôte ûistallait le voyageur dans un appartement séparé (tôv çsvwva), lui fournissait la lumière, le feu, le sel, et lui envoyait son dîner le premier soir. Ensuite, à part quelques repas qu'il prenait chez son hôte, le voyageur, accompagné de ses esclaves, devait suffire à tous ses besoins.
Les voyages proprement dits se faisaient surtout par mer, car sur terre on ne trouvait aucune commodité. Pour aller à Delphes, à Olympie et autres lieux fréquentés, il y avait de bonnes routes carrossables. Partout ailleurs, il fallait voyager à cheval, avec des mules pour les bagages, ou même à pied, ce qui devait être
fréquent, puisque voyager se disait en grec ^x^i^siv (marcher). Il arrivait parfois qu'on se faisait suivre par des esclaves qui portaient les bagages, la literie et les couvertures pour la nuit. Les voyages par mer étaient au contraires très faciles et à très bon marché, mais l'installation des bateaux laissait fort à désirer, souvent on n'y avait même pas de couvertures. On préférait toutefois voyager par mer, et, dans la belle saison, on couchait sur le pont quand la chaleur rendait la cale inhabitable.
Concours d'athlètes. - Il n'y avait pas de jeux (àywvs;) saus fûtos, ni de fêtes (7ravi]yûo6t;) saus jeux ; cependant, pour la clarté de l'exposition, il nous faudra étudier séparément ces deux choses inséparables. La plus solennelle de ces réunions religieuses que les Grecs aimaient à célébrer était, sans contredit, celle qui se tenait à Olympie. Au dire des prêtres, l'Héraclès du mont Ida, sous le règne de Cronos, y avait institué une course à pied. A l'époque historique, Iphitos, roi d'Elis, d'accord avec Lycurgue, avait établi la périodicitépew^aetériqiie (de 4 en 4 ans révolus) de Vagôn olympique. On connaissait le nom des vainqueurs depuis l'année 776 av. J.-C. Cette réunion fut successivement ouverte à tous les Péloponnésiens, puis à tous les Grecs du contment, enfin à ceux des colonies (620 av. J.-C). D'autres jeux furent fondés à Delphes (586), à l'isthme de Corinte 582), à Némée (576). Ils étaient célébrés en
l'honneur des divinités de chacun de ces lieux : Apollon à Delphes, Poséidon à l'Isthme, Zeus à Némée et à Olympie. CJne trêve solennelle était publiée dans la Grèce à l'occasion des jeux olympiques, et THellade entière s'y donnait rendez-vous; on y voyait ses amis, on y trafiquait, on y traitait des affaires commerciales et politiques, on y faisait connaître les inventions; en un mot, c'étaient des réunions comparables à nos grandes foû-es du moyen âge (la foire de Beaucaire, par exemple). A Delphes, le concours était surtout poétique et musical; ailleurs, les exercices du corps, les courses de chars et de chevaux avaient plus d'importance.
Les concours d'athlètes consistaient en courses de 200 mètres (orà^tov de la longueur même du champ à parcourir), en courses de 400 mètres ((^lav).©,- ou double course), en courses de 1500 mètres (^6\txfiQ parce qu'il fallait faire le tour du champ); enfin en courses avec l'armure complète; en cinq exercices appelés le pentathle, à savoir : le saut, la course, la lutte, le jet du disque et le pugilat, auquel on substitua plus tard le jet du javelot. On pense que le vainqueur était celui qui avait gagné trois concours sur cinq. Les ordonnateurs des jeux, appelés kellanodkes avant même que toute la Grèce y prît part, et cela parce que les peuplades qui se réunirent les premières portaient le nom d'Hellènes, faisaient une sérieuse enquête sur les antécédents des concurrents pour s'assurer qu'ils étaient bien d*ori-
PBTIT MAMUSL D^UUKHÉOLOOIB S
gine grecque et que leurs mœurs étaient irréprochables.
Alexandre et Philopœmen déclarèrent que ces concours formaient de mauvais soldats ; opinion que les savants anglais, bons appréciateurs en ces matières, ont ratifiée ; pour motiver leur jugement, ils ont critiqué l'habitude qu'avaient les coureurs de crier en partant, celle qu'avaient les pugilistes de faire tour^ noyer leurs poings autour des oreilles de leurs adverversaires au Ueu de frapper droit au but, et surtout cette coutume de tous les athlètes qui, pour s entraîner, se gorgeaient de viande dix mois au moins
avant les jeux.
Concours dramatiques et musicaux. - A
part les exercices corporels, il y avait dans les grands jeux delà Grèce, par exemple aux jeux pythiques célébrés à Delphes tous les quatre ans, mxDlonysiesqni avaient lieu à Athènes trois fois Tan, des concours de musique et de poésie. Les poètes et les musiciens choisissaient même ces occasions pour se faire connaître et lancer leurs œuvres nouvelles. Toutes les grandes tragédies d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide qui sont parvenues jusqu'à nous, ont été composées pour les fêtes et en l'honneur du dieu Dionysos. Le trésor public accordait deux oboles à chaque citoyen d'Athènes pour qu'il pût entrer au théâtre avec sa femme pendant deux jours consécutifs et assister au concours de tra-
gédies. Neuf tragédies ou comédies de différents auteur» se succédaient sans interruption. D paraît qu'on faisait circuler de gradins en gradins des bonbons et du vin. Aristote y fait allusion en disant que l'auditoire, quand la pièce allait mal, se mettait à croquer des bonbons. Des juges désignés par le sort décernaient le prix à l'auteur des meilleures pièces. A l'époque d'Eschyle chaque concurrent devait soumettre aux juges trois tragédies et une petite pièce bouffonne dite drame satyri^we, parce que le chœur en était composé de satyres. Quant aux comédies dont nous ne connaissons l'esprit et la forme que par celles des pièces d'Aristophane qui nous ont été conservées, elles étaient de libres et véhémentes satires politiques, et jouaient presque le rôle de nos journaux et de nos revues. Elles n'étaient pas toujours exemptes d'indécence et de grossièreté ; c'est pourquoi les femmes n'assistaient pas aux représentations.
Ces jeux, consacrés d'abord à la religion, ensuite à la politique, devaient passionner les Grecs; aussi trouvons-nous, même dans d'obscures bourgades, des ruines de théâtres importants; n'oublions pas que la population entière d'une ville y accourait. Postérieurement, dans les cités démocratiques, les assemblées populaires se tenaient dans le théâtre.
Fêtes solennelles. — Kous avons déjà parlé des grandes fêtes périodiques, communes à toute la Grèce et appelées pour ce motif les fêtes panhéUéniqua.
C'étaient, comme on Ta vu, les Olympiques, les Pythiques, les Isthmiques et les Néméennes. Parmi les fêtes particulières à chaque peuple, les plus fameuses étaient les Panathénées, les Éleusinies, les Thesmophories, les Apaturies célébrées à Athènes; les Hya^inihies et les Garnies célébrées à Sparte. Ces fêtes étaient en l'honneur des dieux ou des héros. Elles consistaient principalement en sacrifices où l'on immolait de nombreuses victimes (169 bœufs à Athènes dans une seule fête) en prières et en processions solennelles ou npÔTo^oi. Des soldats ou des citoyens en armes et à cheval formaient le noyau d'un imposant cortège. La frise du Parthénon, dont la plus grande partie, enlevée par lord Elgin, est à Londres au British Muséum, représente la procession des Panathénées, longue suite de figures admirables, cavaliers, conducteurs de chars, victimes menées à rautel, femmes et jeunes filles portant l'appareil du sacrifice, etc. Des jongleurs et des saltimbanques prenaient aussi part à ces fêtes dont ils augmentaient peut-être la gaieté, mais dont ils rabaissaient la dignité. Aussi on sait avec quelle indignation Cicéron se défendait plus tard d'avoir assisté aux jeux olympiques.
n faut reconnaître tous les avantages de ces fêtes particulières à chaque cité. Elles correspondaient à nos dimanches et jours fériés. C'était une occasion pour les ouvriers de se reposer, de s'amuser et de se voir, pour les esclaves de se divertir avec quelque Uberté, pour
les femmes, si souvent séquestrées dans leurs demeures, de se montrer dans les processions et d'apercevoir un coin du monde, enfin pour les étrangers d'être fêtés par leurs hôtes. Les jours de fêtes, il ne pouvait y avoir d'exécution capitale, les prisonniers étaient relâchés sous caution, et les poursuites judiciaires suspendues en l'honneur des dieux que l'on adorait, non dans la tristesse, mais dans
la joie.
Hippodromes, stades et théâtres. - Les édifices qui servaient aux spectacles et aux divertissements publics étaient les hippodromes {inn6âpoy.oi), pour les courses à cheval et les courses de char; les stades (Ttà^tov) pour les exercices gymnastiques du pentathle; et les théâtres pour les solennités musicales
et dramatiques.
Les hippodromes étaient de vastes carrièresen forme de fer à cheval. Sur le côté rectiligne opposé à l'extrémité courbe, se trouvait l'entrée avec un portique, et les loges d'où s'élançaient les chevaux. Une arête en maçonnerie partageait la piste sur une pariiie de sa longueur. Là était Yépouvantaiî des chevaux {rapàlinm;). borne où il y avait souvent des chars brisés et des conducteurs blessés. Les spectateurs étaient rangés sur
des gradins.
Les stades ressemblaient beaucoup aux hippodromes. Ils étaient ordinairement plus étroits que les hippo-
dromes et parfois terminés en hémicycle aux deux extrémités. Il n'y avait point d'arête au milieu.
Les théâtres se composaient de trois parties essentielles : l'espace réservé au chœur ou orchestre^ celui qui était assigné aux spectateurs et la scène.
L'emplacement des spectateurs (tô xoî^v) se composait de plusieurs gradins étages en demi-cercle autour de l'orchestre. Des escaliers perpendiculaires sur l'orchestre (x).c>axfi;) et des couloirs concentriques (^ta- ÇwfxaTa) permettaient une circulatiw facile. La galerie la plus haute était recouverte d'une colonnade (K«ft7r«:oç). Le premier rang était réservé aux prêtres et aux archontes qui avaient le droit deproe'drie,
Vorchestre était réservé aux évolutions du chœur. Au milieu de cet espace demi-circulaire était une petite élévation, thymélé, qui rappelait l'autel de Dionysos. En face de l'orchestre, mais sur une longueur égale à tout le diamètre de l'édifice, s'élevait une espèce d'estrade en forme de paralléloo^ramme extrêmement allongé. C'était là que les acteurs déclamaient : on appelait cette estrade le logéion (\oyitov); comme le logéion était très étroit, les acteurs étaient obligés de se placer sur une même ligne l'un à côté de l'autre. En face de l'orchestre le logéion avait une partie en retrait : les côtés de droite et de gauche s'appelaient parascénieSj le mur du fond la scène {ni^yii) ; la scène était percée de trois portes : celle du milieu donnait
LA RELIGIOI*. ^^
accès dans le palais, celle de droite dans les appartements des hôtes, celle de gauche dans les appartements des femmes. Enfin tout acteur entrant par les parasctniea de droite était censé arriver de la campagne, et, par celles de gauche, de la ville. Telle était, dans ses éléments essentiels, la disposition d'un théâtre grec.