‹ Petit manuel d'archéologie grecque d'après J.P. Mahaffy [microform]Chapitre 7 sur 25 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

lia propriété.

La propriété. -- La propriété foncière : terres et maisons. ^ La propriété minière. - La propriété personnelle et mobilière; rargent. - Les esclaves. - Les bestiaux. - Estimation des fortunes.

La propriété. - Les Grecs distinguaient les propriétés de rapport (iveoyôv, x/^ii^e/xov) et les propriétés d'agrément. Cependant cette distinction se rencontre moins souvent que celle en propriété visible {oùdo. fuvtpû, fortune immobilière), et en propriété invisible (àyav-flO consistant en objets mobiliers : ameublements,manufactures, vêtements, troupeaux, et surtout esclaves, lesquels servaient pour les échanges ou étaient employés à garder les maisons. En temps de guerre, quand les impôts augmentaient, les riches s-empressaient de faire disparaître leurs biens (àyauéijav tàv ou(r£av), c'est-à-dire de les convertir en propriété invisible échappant au contrôle de l'État et par suite à la taxe. Cependant la véritable propriété était la propriété territoriale (lyyaoç oi^t'a) et foncière : maisons de ville, fermes, maisons des champs, et quelque-

fois mines concédées par l'État par un bail à perpétuité. Toutes ces propriétés étaient dûment enregistrées; en cas de besoin, c'était d'après la valeur de ces biens déclarés qu'on taxait les propriétaires.

Les terres. - De tout temps, chez les Grecs, la terre fut considérée comme la meilleure et la plus importante des richesses; des droits et des privilèges étaient attachés à la possession de la terre : c'était une conséquence de l'organisation de l'ancienne société grecque. Les nobles, on le voit clairement dans Homère, possédaient la majeure partie du pays à titre de propriété privée. On accordait des terres aux grands hommes bienfaiteurs du pays. Quant aux pauvres gens, on les voit dans Hésiode cultivant de petites pièces de terre; mais Hésiode ne dit pas si les nobles •louaient ces terres aux pauvres ou s'ils les leur donnaient. Il est plus probable qu'ils les leur abandonnaient ; en Béotie, les pentes abruptes et incultes des montagnes devaient appartenir à quiconque avait le courage de les défricher et de les cultiver. Plus tard, lors du règne de raristocratie, on voit les nobles s'emparer de toutes les terres; aussi à Syracuse les appelait-on ya^iôpoi, les propriétaires terriens, au-dessous desquels étaient les laboureurs et les marchands. Dans quelques États, comme à Sparte, on disait que les nobles avaient fait deux parts du sol : la plus consi-

LA PROPRIÉTÉ. ^l

dérable divisée entre eux, répartie en lots égaux et qu'ils faisaient cultiver par leurs esclaves; la plus petite partie abandonnée aux anciens propriétaires, lesquels devaient payer une redevance. Un partage de la propriété en lots de même étendue n'établissait qu'une égalité d'un moment : les républiques se plaignaient sans cesse de voir les terres réunies entre les mains de quelques-uns, tandis que le reste du peuple mourait de faim. Pour porter remède à ce dernier mal, les Athéniens distribuaient le sol des pays conquis, îles et côtes, aux citoyens les plus pauvres, lesquels, tout en vivant sur ces concessions éloignées ou cléroitqiiles {yù.n^^o^yjM), conservaient à Athènes tous leurs droits civils et politiques.

On distinguait trois sortes de terrains : les terrains non cultivés {^iH y^); les terrains arables; les terrains plantés d'arbres (TreyuTivfxîvu). On appelait les pâturages -situés sur les montagnes rocheuses, fùliiç ou yîUsà. en Attique, et I^xoluolI partout ailleurs. Ces terres étaient ou bien louées par l'État, en vertu d'un contrat à perpétuité (c'était en particulier le cas pour les mines), ou bien par des associations pohtiques et religieuses. Souvent aussi les propriétaires les exploitaient eux-mêmes et les faisaient valoir par l'intermédiaire de leurs intendants et de leurs esclaves. Les orateurs grecs parlent fréquemment de ces fermes.

La valeur de la propriété territoriale est impossible

nliKor Los autours donnontbien dos prix, mais sans Miquer la contenanco. Cependant la modicité de ces prix pour l'Attiquo fait supposer que la propriété y

était fort morcelée.

Maisons. - Nous avons dit plus haut que les anciennesmaisonsgrecques,situéesdansdesruesétroites

et irrégulières, très simples, sans ornements, avaient fort pc^u de valeur. Léotychide, lequel régnait à Sparte en 500 av. J.-C, ne put contenir son admiration à la vue d'un plafond avec boiseries à caissons qu'il vit à Corinthe. Démosthène dit qu'en ce temps-là les maisons des Athéniens les plus illustres étaient aussi modestes que celles de leurs voisins. Naturellement de pareilles habitations ne devaient pas avoir une valeur considérable. Il est question quelque part d'une maison valant trois mines, c'est-à-dire environ deux cent quatre-vingts fi-ancs; d'une autre, située à Eleusis, du prix de cinq mines; enfin, Démosthène parle d'une troisième maison qu'il appelle une petite habitation et qui valait sept mines, soit à peu près six cent cinquante francs. Mais les riches, entre autres Alcibiade, ne tardèrent pas à faire décorer leurs maisons de splendides peintures; dans la suite, cette mode devint tout à fait commune à Tanagre. Le prix des maisons monta jusqu'à la somme de quarante et cinquante mines (de quatre à cinq mille francs). Le riche banquier Pasion en possédait une qu'il louait à plu-

sieurs locataires et qu'on estimait cent mines (environ neuf mille trois cents francs).

Comparés à la valeur de nos maisons, ces prix sont dérisoires. On ne peut en expliquer la modicité qu'en rappelant qu'Athènes, qui cependant devait être la ville la plus peuplée de la Grèce et celle où la vie était au plus haut prix, avait une enceinte plus vaste qu'il n'était nécessaire pour ses habitants : il y restait toujours du terrain à bâtir.

Il semble que les Athéniens ne plaçaient guère plus du cinquième de leur avoir en maisons d'habitation, à moins qu'ils ne les achetassent pour les louer. Une maison louée à plusieurs locataires s'appelait auvou.'« et non pas oZy.éoc. Le gérant, que ce fût le propriétaire en personne, ou son intendant, ou une tierce personne, principal locataire, portait le nom de vaûxXTjoo:; la rente était dite vaO).ov. Les loyers n'étaient pas élevés.

La propriété minière. -C'était peut-être la plus importante de toutes, et certainement celle sur laquelle nous possédons le plus de renseignements. Plusieurs contrées de la Grèce renfermaient des mines d'or et d'argent : les plus connues sont les mines d'or de Tha^o^ et les mines d'argent du Laiirion. Cette région, toute en collines, enfermait dans son sein de riches liions d'argent, qui s'étendaient au-dessous du sol sur un espace de 82 kilomètres carrés et se ramifiaient jusque dans les îles adjacentes. L'exploitation de ces

gisements avait dû commencer de très bonne heure. On avait pénétré dans la montagne au moyen de puits et de galeries, et l'on savait ventiler par des courants d'air les percées profondes où travaillaient des milliers d'esclaves. L'État était le propriétaire, mais il n'exploitait pas lui-même; il abandonnait les divers districts ou fosses, moyennant un prix d'achat proportionné» à des capitahstes entrepreneurs qui se chargeaient de l'exploitation et payaient en sus, chaque année, une redevance d'environ 4 0/0 du produit à l'État dont ils étaient les fermiers héréditaires. En compensation, la propriété minière était exempte de tout impôt extraordinaire (eîa-^ooà). Des officiers spéciaux, comparables aux employés de la régie, surveillaient l'exploitation en vue du payement de la redevance. Les mines d'argent du Laurion étaient pour Athènes une grande source de revenus, comme pour PhiUppe de Macédoine les mines d'or de la Thrace. Toutes ces mines étaient régulièrement exploitées : il n'y avait à craindre ni grèves, ni augmentation de salaires, les mineurs étant tous des esclaves achetés pour le travail des mines.

La propriété personnelle et mobilière; l'argent. — La propriété mobiUère consistait principalement en esclaves et en argent de prêt. A propos de cette dernière valeur, on constate chez les écrivains grecs un certain embarras : ils ne savent dans quelle

espèce de propriété la classer, et souvent nous voyons l'argent qu'un habitant d'Athènes a laissé chez un banquier, compter, dans les cours de justice, comme ime partie de sa propriété réelle. Un fait certain, c'est que, jusqu'au moment des guerres médiques, l'or et l'argent furent très rares. Les premières sommes importantes qui arrivèrent en Grèce furent des présents des rois lydiens et asiatiques. Plus tard même les grandes fortunes ne furent pas nombreuses ; du reste, les Grecs continuèrent à consacrer leurs capitaux à l'achat d'esclaves et de vaisselle d'or ou d'argent; dans les inventaires de propriétés, il est toujours fait mention de cette argenterie ; au contraire, l'argent de prêt n'y figure que pour une très faible somme. D'autre part, l'État n'imitait point les particuliers : tous les gouvernements gardaient de grandes réserves de numéraire, à cause de la rareté du métal monnayé, et de la difficulté de s'en procurer dans une crise imprévue. Le taux de l'intérêt était de 12 0/0; il était bien plus élevé encore, suivant que le placement offrait moins de garanties. Par exemple, il était très commun de prêter aux propriétaires de bateaux marchands, lesquels avaient besoin de fonds pour acheter une cargaison et l'apporter en pays étranger. Mais, comme en cas de naufrage, le capital était perdu, le bailleur de fonds, si le voyage s'accomphssait heureusement, prélevait 25 et 30 0/0. C'était là le grand commerce du

Pirôe. Les placements qui offraient plus de sécurité étaient naturellement à un taux moins élevé.

Les temples avaient été les premières maisons de banque. C'était là en effet qu'on déposait, comme en un lieu sûr, les valeurs de toute espèce. Les prêtres avaient l'habitude de prêter, surtout à l'État, sur garanties publiques. Plus tard, et principalement à Athènes, les affaires de banque devinrent de véritables spéculations privées. Une maison de banque s'y appelait ToàrsÇa, c'est-à-dire primitivement table de changeur. Chaque maison tenait des comptes réguliers et exacts sur des registres d'inscriptions. Souvent les banquiers faisaient faillite ou, par euphémisme, Jeraient la table (àv«7/.rji?c70at tàv 7oà;r£Çav). On cite le nom d'un banquier d'Athènes, Pasion, lequel, ancien esclave affranchi par la cité, avait été inscrit dans un des dûmes les plus importants, parce que sa maison, résistant pendant que toutes les autres faisaient faillite, avait soutenu le crédit public. Sa signature, dit-on, avait cours dans tout le monde grec.

Les billets de banque, les bons pour le payement de .l'argent étaient inconnus des Grecs, quoique les Phéniciens eussent une sorte de monnaie fiduciaire pour faciliter les cchanges, et que les habitants de Byzance usassent pour cela d'une monnaie de fer.

Les esclaves. — L'esclave était un bien, une propriété au même titre qu'un bœuf ou qu'un cheval* On

le considérait plutôt comme une chose que comme un être humain. Certes, les philosophes grecs étaient remplis d'humanité : pourtant aucun d'eux n'a songé à blâmer l'esclavage. Aristote le déclarait naturel et indispensable. Toutefois, on n'admettait pas qu'un HeUèm put devenir esclave ; les Barbares seuls étaient soumis à cette honte. Un général victorieux qui vendait ses prisonniers n'encourait d'autre reproche que celui d'agir avec quelque dureté. Aux temps primitifs, il aiTivait souvent que les pirates enlevaient des Grecs de noble origine et les vendaient comme esclaves. Les enfants trouvés, nombreux puisque l'exposition était permise, devenaient les esclaves de ceux qui les avaient recueillis ; la loi ne s'y opposait point. Dans les villes prises d'assaut, la population était généralement massacrée, à l'exception des femmes et des enfants que l'on vendait. Dans certaines contrées j laLaconie et la Thessalie, les populations vaincues étaient soumises à une espèce de servage : attachées à la terre du maître, elles se nourrissaient en travaillant le sol et payaient une très lourde redevance. Ce sont ces serfs qu'on appelait à Sparte les Hilotes, en Thessalie les Pénestes, en Crète les Clarotes. Souvent ils servaient dans les armées en qualité de troupes légères. Mais la plupart du temps ils étaient soumis à d'intolérables vexations : aussi se soulevaient-ils fréquemment.

Un écrivain se plaint de la trop grande liberté qui était laissée aux esclaves d'Athènes : ils s'habillaient presque comme les hommes libres, à l'égard desquels du reste ils se dispensaient dans la rue des salutations et autres témoignages de respect.

Cependant à Athènes même, quoiqu'ils y fussent mieux traités que partout ailleurs, ils étaient passibles de la torture avant de déposer en justice. Tout citoyen accusé d'un fait dont ses esclaves avaient pu avoir connaissance, avait le droit, pour établir son innocence, de les faire interroger; mais la déposition n'était valable qu'autant qu'elle avait été maintenue au milieu des tourments. D'autre part, un citoyen respectable et pieux, Nicias par exemple, n'hésitait pas à louer des miUiers d'esclaves pour l'exploitation des mines d'argent du Laurion. Or le travail des mines était meurtrier; aussi le prix de la location d'un esclave était-il annuellement la moitié de sa valeur. Supposons un esclave résistant pendant trois ans, au bout de ce temps, Nicias avait touché une fois et demie le prix d'achat de son esclave. D'ailleurs l'entrepreneur qui louait devait rendre au propriétaire autant d'esclaves qu'il en avait reçus, quelle que fût la nature et la qualité de l'esclave. Certains maîtres employaient à dessein au plus honteux trafic leurs esclaves du sexe féminin.

Le prix des esclaves ne semble pas avoir été bien

élevé ; il variait entre deux mines, valeur moyenne, et dix mines au maximum. Les esclaves portaient une tunique avec une manche (au bras gauche) et un bonnet de fourrure; en d'autres termes, ils étaient habillés comme les plus pauvres habitants de la campagne. Nous nous occuperons plus loin de la part faite aux esclaves dans la société et de l'affranchissèment.

Les bestiaux. - Le plus important de tous était le cheval. Au temps d'Homère, l'usage du cheval était très répandu : les nobles s'en servaient soit pour voyager, soit pour faire la guerre : ils l'attelaient à des chariots. Cependant les chars étaient également traînés par les mules. Plus tard on perdit presque absolument, sauf en Asie-Mineure, l'habitude de combattre sur des chariots et de voyager en voiture : le petit nombre des routes carrossables et leur mauvais état en fut peut-être la cause. Alors les chevaux servirent de montures et de bêtes de somme. Toutefois, la cavalerie chez les Grecs n'avait généralement pas d'importance (1). Par exemple, à Marathon, les Athéniens n'avaient pas un seul cavalier ; à Platée, pour protéger leurs fourrageurs contre les Perses, ils n'en avaient pas davantage, attendu que les Thessaliens n'étaient pas du côté des Grecs. Quant aux Lacédé-

(1) YoiiVArméegrecqx,^, par 0. Pascal, p. 23. Klinckeieck, 1886. '

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moniens, jusqu'en 424 aT. J.-C ils n'eurent point de

rîivfilGriô.

Sauf en Thessalie et en quelques autres pays grecs, les chevaux ne servaient que pour le transport des hommes et des marchandises, et les grandes parades, comme les jeux Olympiques, les processions solennelles et les fêtes religieuses.

A Athènes, posséder des chevaux, c'était, dans Tesprit du peuple, être fort riche: aussi les chevaliers que l'État obligeait à avoir un cheval, devaient-ils posséder un revenu d'au moins 300 médimnes.

Un mauvais cheval valait au moins trois mines, c'est-à-dire plus qu'un bon esclave. Le prix courant d'un double poney ordinaire était douze mines. Le cheval d'Alexandre aurait coûté la somme énorme de treize talents, il s'appelait Bucépkale, du nom d'une race thessalienne fort estimée, les chevaux à tête de bœuf (]Bov/.éva\oO, ainsi appelés à cause de leur front large et de leur cou ramassé et court. Les autres bons chevaux venaient de Sicy one, de Gyrène et de la Sicile ; on les marquait avec des lettres : ceux qui portaient l'ancien sigma (c) étaient appelés T«a^ôp«ç; ceux qui portaient le cappa étaient appelés mutt^-zi»;. Ces lettres signifiaient peut-être Sicyone et Cyrène, écrit alors Kyrme. En définitive les chevaux étaient pour les Grecs plutôt un luxe coûteux qu'une source de bénéfices.

Les ânes et les mulets servaient pour les voyages comme bêtes de trait et bêtes de somme. Aucun document ne nous permet d'évaluer le prix de ces animaux. En revanche les documents abondent sur la race bovine. Au temps d'Homère, avant l'introduction de la monnaie, les échanges et payements se faisaient à l'aide du bétail. Le mot latin peciiniaj de pecus, attestait cet usage antique (1).

L'agriculture prenant de l'extension avec la population, les pâturages étaient défrichés et convertis en terres de labour. Cependant on conservait toujours quelques bœufs de plus qu'il n'était nécessaire pour les travaux de la campagne et pour les sacrifices. Sauf les Béotiens, nul peuple grec n'aimait beaucoup la chair du bœuf, lourde à digérer, ni le lait de vache. Il n'y avait guère de grands troupeaux qu'en Épire, dans l'Eubée, à Orchomène. Le cuir et les bestiaux euxmêmes étaient importés des bords de la mer Xoire et de Cyrène. Un bœuf coûtait à Athènes et du temps de Solon environ cinq drachmes, c'est-à-dire quatre francs cinquante centimes. Rappelons, pour expliquer la modicité de ce prix, que le métal monnayé était encore fort peu répandu. En 400 avant J.-C. nous constatons une augmentation considérable : un bœuf vaut alors de cinquante à quatre-vingts drachmes; les bœufs

(1) Voir dans Pline, 18, 12, nne autre explication de ce mot.

donnés en récompense aux vainqueurs des Jeux de la Grèce valaient environ cent drachmes, soit près de cent francs. Du temps de Selon un bœuf éqi ivalait à cinq moutons. Mais plus tard un bœuf dut valoir davantage, parce que les bœufs devenaient plus rares et les moutons au contraire plus nombreux.

On élevait les moutons pour ainsi dire partout. Les habitants de la campagne s'habillaient primitivement de leurs peaux : plus tard ils apprirent à en tisser la laine. Le lait des brebis servait à la fabrication du fromage; on immolait les agneaux dans les sacrifices ou l'on se nourrissait de leur chair. Nous ne voyons nulle part que la Grèce reçût des laines du dehors. Nous savons toutefois que les colonies grecques d'Asie- Mineure, Milet, Laodice, etc., étaient réputées pour les fins tissus fabriqués avec la toison des troupeaux de Mysie et de Phrygie. Beaucoup d'autres contrées jouissaient de la même réputation : les manteaux de Pallène par exemple étaient si renommés qu'on en donnait en prix aux vainqueurs de certains jeux locaux. Une brebis coûtait à Athènes au iv« siècle de dix à vingt drachmes. La quaUté de la laine déterminait la

valeur.

Sur les chèvres nous savons très peu de chose. On les gardait en troupeaux, comme les moutons, et leur poil servait à fabriquer des cordes et des étoffes grossières.

Sur les porcs, même pénurie de détails. Nous savons pourtant que leur chair était appréciée par les héros homériques. On confectionnait des manteaux avec leur peau. On élevait de grands troupeaux de porcs dans les parties montagneuses de l'Arcadie, de la Laconie et de l'Étolie : on leur faisait manger des glands dans les grands bois de chênes.

La volaille n'entrant pas dans l'ahmentation, ne comptait pour ainsi dire pas. En revanche, les abeilles, dont le miel tenait la place du sucre, avaient une très grande importance. Le miel de l'Hymette, montagne stérile où ne poussent que quelques petites herbes aromatiques, était et est encore le plus renommé du la Grèce.

Estimation des fortunes. — Il paraît à peu près certain que la majeure partie de la fortune d'un Grec consistait dans les propriétés qu'exploitaient des esclaves et des bergers. Il est fort probable que les riches ne mettaient pas beaucoup d'argent dans les banques ; ils ne consacraient pas non plus beaucoup de capitaux à l'achat de riches tissus, comme les Orien taux, ni de meubles et d'objets d'art, comme les Romains et les modernes. Mais, à cause des guerres et des invasions très fréquentes, cette fortune territoriale était précaire. Les immeubles, situés à l'intérieur des murs, offraient plus de sûreté, tout en étant encore une propriété de nature peu durable. En résumé, les

fortunes n*étaient pas considérables. Les splendides monuments de l'art grec, que nous admirons encore aujourd'hui, n'étaient pas dus à l'initiative des particuliers : ce sont des édifices publics. On peut croire que les plus grosses fortunes ne dépassaient pas 1,250,000 francs, et ce chiffre est aussi extraordinaire que celui de 125,000,000 de nos jours.

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