‹ Petit manuel d'archéologie grecque d'après J.P. Mahaffy [microform]Chapitre 8 sur 25 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le Grce dans sa maison.

Coup d'œil Bur la famille grecque. — La maîtresse de mai- Bon; son costume ; ses devoirs; ses droits. — Cérémonie du mariage. — Les enfants : naissance et éducation. — Leurs jouets et leurs jeux. — Coup d'œil sur l'élucatioa. — Les écoles et les maîtres d*école. — Les matières de renseignement. — La gymnastique. — La majorité. -^ Les serviteurs dans la maison. — Les animaux domestiques. — Les cérémonies funèbres. — Monuments funéraires.

Coup d'œil général sur la famille grecque.

~ Le Grec, en tant que citoyen, était très jaloux de sa liberté et de ses droits, aussi la forme de gouvernement la plus répandue en Grèce fut-elle toujours

la démocratie ; mais, en tant que chef de famille, il était un véritable despote. Il disposait absolument de tous les membres de la famille soumis à son autorité, et ne se distinguant entre eux par aucune différence, sinon que les uns étaient de condition libre, les autres de condition servile. La loi reconnaissait au père de famille une puissance illimitée, sur laquelle elle se gardait bien d'empiéter. Fût-il injuste, fût-il cruel, le chef de famille était toujours assuré de l'impunité. En revanche, un chef de famille était-il assassiné par quelque membre de la maison, la loi ordonnait que les esclaves habitant sous le toit de la victime fussent -tous mis à mort, à moins que le meurtrier n'eut été découvert.

. La femme ne compte pas dans la maison : fille, elle est soumise à son père; le père mort, à ses frères et à ses agnats; mariée, elle est sous la tutelle du mari; le mari mort, elle ne retrouve pas sa propre famille, car elle a renoncé à elle pour toujours par le mariage sacré; elle n'y rentrait qu'en cas de divorce; à part ce cas, la veuve reste soumise à la tutelle des agnats de son mari, c'est-à-dire de ses propres fils, s'il y en a, ou à défaut des fils, des plus proches parents. Son mari a une telle autorité sur elle, qu'il peut, avant de mourir, lui désigner un tuteur et même lui choisir un second mari. Malgré cette loi, il va sans dire que beaucoup de femmes habiles arrivaient bien vite à diriger à leur

gre leur seigneur et maître. Quoi qu'il en soit, la règle dans la maison grecque c'est la puissance illimitée du père, l'autorité sans contrôle sinon le despotisme absolu : point de famille sans chef de famille.

La maîtresse de maison ; son costume. - La femme grecque avait le choix entre deux modes bien distinctes : le costume dorien, le costume ionien.

Le premier était remarquable par sa simplicité. A Sparte, les femmes non mariées ne portaient la plupart du temps qu'un simple et léger vêtement (xirwvtov), retenu sur les côtés par des agrafes; les voisins des Spartiates s'en moquaient beaucoup. Par-dessus le chiton se mettait le j^f^plos dorien, attaché sur les épaules par des agrafes, et laissant les bras nus.

Les Ioniennes portaient une longue tunique de toile, descendant jusqu'au sol et garnie de manches, et, sur cette tunique, un large vêtement flottant (itxàxiov et à/xTTîxôvïj) retenu par une ceinture. Suivant la mode du jour, les femmes nouaient cette ceinture soit très haut, soit très bas. Elles en portaient une autre, nommée ffT/>ôyiov sous le chiton et en guise de corset. La couleur ordinaire des vêtements des femmes était le blanc ; cependant on parle de manteaux couleur safran et même d'étoffes ornées de dessins.

Pour la coiffure, les jeunes filles se contentaient de leurs cheveux gracieusement arrangés: de longues boucles tombant derrière le cou et un bandeau autour

du front. Les femmes mariées portaient des bandelettes, des résilles, des bandeaux et des couronnes. Beaucoup se teignaient les cheveux: la nuance à la mode était le blond tirant sur le rouge ou le châtain. Un détail frappant dans toutes les statues grecques : les cheveux sont arrangés de façon à raccourcir le front; cet arrangement, diminuant la hauteur frontale, s'accordait très bien avec ridée que les Grecs se

faisaient de la beauté.

Les chaussures des femmes étaient d'un travail très soigné; elles ne portaient primitivement que la sandale, semelle sur laquelle était cousue une courroie qui passait entre l'orteil et le second doigt; deux ou quatre bandelettes, attachées deux par deux aux bords antérieur et postérieur de la semelle, venaient rejoindre cette lanière sur le milieu du cou-de-pied, endroit où les courroies étaient couvertes d'une boucle ronde ou en forme de cœur.

Enfin, ainsi qu'on peut le voir sur les nombreuses terres cuites de nos musées, les femmes avaient des éventails, des ombrelles, des bagues comme les hommes, mais seules elles portaient des boucles d'oreilles, des anneaux aux bras et aux jambes, tous bijoux en or. On cite une dame athénienne dont les bijoux valaient cinquante mines (plus de 4, 500 francs/ somme considérable pour ce temps.

Ses devoirs. - Le Grec vivait constamment hors

PETIT MANUEL d'ARCHÉOLOGIB *•

de chez lui, absorbé tour à tour par la politique et la guerre. Donc, une femme douée de qualités sérieuses lui était encore plus nécessaire qu'aux hommes de nos jours. Cependant, les Spartiates exceptés, les Grecs ne semblent pas avoir estimé à leur valeur les grandes qualités exigées de leurs femmes pour tant de devoirs qui leur incombaient. Ce n'est qu'à Sparte que la maîtresse de maison joue un rôle réellement important, qu'elle paraît en public quand il lui plaît, et même qu'elle émet sur les affaires communes des avis que l'on écoute. Au contraire, dans la ville cultivée par excellence, Athènes, on se borne à apprendre à la femme à filer, à faire la cuisine et à soigner les gens de la maison dans les petites indispositions. Un des plus importants devoirs de la maîtresse était de peser la laine aux femmes esclaves et de tisser ellemême les étoffes. Si elle appartenait aux classes supérieures, la femme ne voyait point les hommes qui rendaient visite à son mari; elle ne recevait dans ses appartements particuliers que ses amies et ses parents les plus rapprochés. Elle sortait rarement, sauf pour les funérailles de ses parents, les cérémonies du culte et les sacrifices. Ainsi, la femme grecque ou bien jouissait de la liberté nécessaire, comme à Sparte, ou bien vivait recluse et délaissée, comme à Athènes. Que si l'on parle de la liberté des femmes d'Homère, n'oublions pas que le poète no met en scène que les

femmes et les filles des princes régnants; il est probable qu'aux temps historiques, les femmes de ce rang avaient conservé la même indépendance. Elpinice, la sœur de Cimon par exemple, devait appartenir à une société où les femmes n'étaient soumises à aucune contrainte. Ce qui était la règle dans les premières classes de la société devait l'êtro aussi dans les dernières, les pauvres gens ne pouvant se donner le luxe de garder leurs femmes et leurs filles oisives et enfermées.

Ses droits. -- Au temps d'Homère régnait encore la vieille et barbare coutume d'acheter une jeune fille h son père pour l'épouser. Parfois aussi le père Toffrait en présent. Généralement le père donnait un trousseau en retour du prix qu'il recevait. En cas de séparation, il rendait la somme et reprenait le trousseau. A cette époque, la femme ne jouissait probablement d'aucun

droit légal.

Plus tard, ce fut le mari qui reçut une dot, considérée comme propriété commune tant qu'il vivait avec sa femme. En cas de séparation ou de divorce, la dot était restituée au père. Si la restitution se faisait attendre, le père avait le droit d'exiger des intérêts au taux de 18 0/0.

Dans bien des pays il était contraire à l'usage, et probablement aussi à la loi, d'épouser une seconde femme du vivant de la première. Cependant le conçu-

binage était toléré et reconnu. Toutefois, à Athènes, la femme légitime avait le droit d'intenter dans ce cas contre son mari une action sous le chef assez vague de mauvais traitements (Jé/^ «a/w^iw;).

La dot, semble-t-il, a été parfois regardée comme un obstacle au divorce, à cause de la restitution. Mais, nous voyons aussi que les riches héritières se rendaient bien souvent insupportables à leur mari par leur arrogance. Aussi, les écrivains grecs conseillent-ils aux hommes de ne point épouser des femmes plus riches qu'eux. D'autre part, comme tous les citoyens étaient égaux, et que le mariage avec une étrangère était frappé de nullité, nous ne voyons pas que l'on recommande aux jeunes gens de ne point faire de mariage au-dessous de leur condition ; au contraire, c'était une bonne action et que l'on recommandait d'épouser une jeune fille pauvre.

Cérémonies du mariage. — Les Grecs considéraient le mariage comme un contrat civil ayant pour efTet de conserver la famille et de fournir des citoyens à la République. Cependant ils jugeaient une cérémonie religieuse nécessaire pour en augmenter la dignité. Cette cérémonie, qui n'était point accomplie par un prêtre officiel, consistait en prières et en offrandes aux divinités du mariage Zeus, Héra, Aphrodite et Artémis. La saison préférée était presque toujours l'hiver, et le jour celui de la pleine lune. Avant la consécration, il

était bon de se purifier dans les eaux les plus sacrées de la région. Les présages étaient soigneusement observés, et des offrandes votives étaient consacrées aux dieux. Les préliminaires se termmaient par un sacrifice solennel offert dans une fête {wpoTàlua) à laquelle la fiancée voilée assistait avec ses compagnes. Il y avait souvent un grand dîner : les lois limitaient à trente le nombre des convives. Assez tard dans la soirée, la mariée était conduite en procession solennelle {nounit) à la maison de son époux. En général elle était en voiture entre le marié et son garçon d'honneur. Les futurs époux étaient parés de guhrlandes et oints de parfums. Le cortège, au son des harpes et des fiûtes, chantait Vhyménée ou chant nuptial. La mère de la jeune fille marchait derrière la voiture, une torche à la main; la mère du jeune homme, portant également une torche, attendait à la porte de sa maison. La fiancée apportait avec elle quelques ustensiles de cuisine ; à son arrivée, on lui en offrait d'autres, ainsi que des gâteaux. Le lendemain matin, le couple se séparait pour une journée (à7raû>t«); le mari allait coucher chez son beau-père, où sa femme lui envoyait un présent de vêtements. Alors seulement les jeunes époux recevaient leurs amis, qui venaient les compUmenter et leur offrir les cadeaux de noce. C'était ce qu'on appelait les «voexà>.uirTT&pca, parce que, ce jour-là, la mariée se montrait sans voile à ses visiteurs.

62 I.ES ANTlQUITlf-S DE LA GRÈCE.

Telles étaient les cérémonies ordinaires du mariage grec. En certains lieux subsistaient quelques vieilles et rudes coutumes. Par exemple, à Sparte, le mari devait enlever sa femme, et, pendant les quelques mois qui suivaient le rapt, ne la voir qu'à la dérobée et secrètement.

Les enfants : naissance et éducation. - Quand un enfant était né dans une maison, il était d'usage, en Attique et probablement aussi dans le reste de la Grèce, de suspendre au-dessus de la porte de la rue, des couronnes d'olivier si c'était un garçon, des rubans de laine si c'était une fille. C'était une façon de faire savoir la naissance aux amis et aux voisins.

La loi grecque concédait aux parents sur les enfants les droits les plus étendus. L'exposition était permise et très fréquente pour les filles, à cause des sacrifices d'argent qu'elles pouvaient occasiccner. Les enfants exposés devenaient les esclaves de celui qui les avait recueillis. En revanche, la loi réservait des faveui*s spéciales aux citoyens pères d'une nombreuse famille. Jusqu'au cinquième jour, le père pouvait accepter l'enfant ou l'abandonner : après ce délai avait lieu la lustration religieuse; toute la famille, préakiéede l'enfant, tournait en cercle autour de l'autel de la maison. Entre le septième et le dixième jour, on faisait un sacrifice solennel à la suite duquel on donnait un nom

à l'enfant, généralement celui de son père ou de son grand-père. Il n'y a aucun témoignage qui permette de croire que, jusqu'à la fin de la période macédonienne, on ait célébré les jours anniversaires de la naissance; la recommandation d'Épicure qui voulut que le sien fût célébré après sa mort paraît singulière.

Dans les familles riches, souvent les enfants étaient nounis par des nourrices à gages. Les Lacédémoniennes étaient particulièrement recherchées, parce qu'elles excellaient à élever les enfants sans langes ni maillot, et qu'elles les rendaient robustes et courageux. Vers la fin de la dure guerre du Péloponnèse, des Athéniennes furent réduites à se louer comme nourrices. Sur plusieurs vases peints, on distingue les nourrices à un mouchoir de forme particulière qu'elles portent sur la tête. Enfin, les Grecs se servaient, comme nous, de berceaux; ils donnaient aux enfants du miel, comme nous leur donnons du sucre.

Leurs jouets et leurs jeux. - Ainsi qu'on peut bien le penser, le génie inventif des Grecs se donna carrière dans la confection de jouets de toutes sortes. Aristote disait qu'il fallait mettre à la portée des enfants des objets avec lesquels ils pussent s'amuser, sinon s'attendre à les voir briser tout ce qu'ils trouveraient dans la maison. Archytas, autre philosophe bien antérieur à Aristote, passait pour avoir inventé le premier hochet {nkartfyi). Quant à Platon, il se plaint

quelque part des cris perpétuels que poussent les tout jeunes enfants et de la malicieuse turbulence de leurs aînés; d'où nous pouvons conclure que les enfants grecs étaient aussi difficiles à tenir en repos que les nôtres. Ils avaient des balles, des cerceaux (tooxo*), des cordes ou balançoires (acwocu), des chevaux de bois, des dés, des poupées (xo.oat) pour les filles, et divers animaux de bois ou de porcelaine comme ceux qu'on voit dans nos arches de Noé. Les garçons jouaient à cache-cache, à colin-maillard, à la savate (<rxoivoyi).év(ya), à la morra des Italiens, et à bien d'autres jeux dont les scoliastes et les Allemands ont en vain essayé de donner l'explication. Pour les grandes personnes, nous ne trouvons que fort peu de jeux : la balle, les dés, etc. Nous parlerons plus loin des exercices gymniques.

Aperçu général sur l'éducation grecque. - Les filles ne sortaient que rarement, dans quelques grandes occasions. Elles grandissaient dans le silence de la maison où elles apprenaient à faire la cuisine, à filer et à tisser. La majorité ne devait pas savoir lire et encore moins écrire.

Les garçons, au contraire, recevaient une éducation des plus soignées, et il n'est pas de question dont pliilosophes et législateurs se soient plus attentivement occupés que celle de l'éducation physique et intellectuelle des citoyens.

Le système moderne de Tintemat en commun dans

des écoles publiques n'était pratiqué qu'à Sparte, où un maître d'école (7r«cJo.ôpioç), nommé par l'État, dirigeait les enfants soustraits à la direction de leurs parents. Les enfants vivaient ensemble sous la surveillance des plus âgés d'entre eux et le contrôle de leurs maîtres. On les encourageait à terminer leurs querelles par des pugilats et à s'adonner à tous les exercices violents. Cette éducation se prolongeait beaucoup plus que chez nous, et le jeune Spartiate restait dans sa troupe ou Ua beaucoup plus longtemps que le jeune Français dans un collège.

Dans d'autres contrées, et principalement dans les villes ou dans les bourgs voisins des villes, le seul système en usage était celui de l'externat. Les jeunes garçons allaient et venaient de la maison à l'école sous la surveillance d'un esclave choisi parmi ceux qui n'étaient plus capables d'aucun travail pénible : on l'appelait le pécUigogue (rr«c^a7a>yôç), ce qui signifie celui qui accompagne les enfants, et non pas le maître d'école. Les enfants étaient soumis à la plus dure discipline; Os étaient constamment et étroitement surveillés, tenus à l'écart des lieux fréquentés par la foule, souvent punis et châtiés. Les quahtés les plus estimées chez un jeune garçon étaient la réserve, la timidité, la pudeur : les jeunes Grecs avaient la rougeur facile.

Les écoles et les maîtres d école. - Sauf à Sparte où le pédonome était une sorte de ministre de

l'instruction pubKque, les fonctions de maître d'école ne passaient pas, semble-t-il, pour être très honorables. Partout ailleurs, les écoles étaient des établissements ouverts par la spéculation privée, mais contrôlés par la police. L'école devait, d*après le règlement, être ouverte au lever, fermée au coucher du swleil; nul homme fait n'avait le droit d'y aller flâner.

Les maîtres des écoles primaires, qui se bornaient à apprendre l'alphabet aux enfants, étaient appelés 7oaa/xaTO(fiJàTxa>oi; ils formaient une classe peu considérée ; quelquefois ils donnaient leurs leçons en plein ahr.

Ceux qui apprenaient à lire et à écrire, les ypvLniioL- Tixo«, avaient une école (ff/o>«^), lieu de réunion et de repos, comme la maison des philosophes et des rhéteurs. On se servait pour écrire de petites tablettes enduites de cire (m'vaxs,', (^arot), sur lesquelles on gravait les lettres avec un stylet (ttOâoç, yoa^Jiîov). Le stylet, fait de métal ou d'ivoire, était taillé en pointe d'un côté, et de l'autre recourbé ou aplati pour effacer l'écriture et pour polh: la place rayée. A l'époque d'Hérodote, on employait une sorte de papier (Pt'SXo;) fabriqué avec l'aubier du papyrus égyptien ; on écrivait aussi sur des peaux préparées ou parchemins. L'encre (tô liilan) était conservée dans un encrier en métal, muni d'un couvercle; les écoliers le portaient à la ceinture. Pour écrire sur papier ou sur parchemin, on se servait

de roseaux (/à^apto;) taillés comme nos plumes. Les écoliers avaient l'habitude d'écrire assis sur des sièges bas en ayant les genoux pour pupitres.

Restent à mentionner, pour la partie physique et la partie esthétique de l'éducation, le rai^oroiSuc, qui ensoignait aux éphèbes la gymnastique, soit dans les ixdestres élevées par les dèmes et les tribus et placées sous la direction d'athlètes éprouvés, soit dans les gymnases, qui étaient publics et destinés aux jeunes gens déjà formés, enfin le .tôxu.r.; ou maître de

musique.

En dernier lieu, au-dessus de ces maîtres de la première jeunesse, venaient les rhéteurs et les sophistes; leurs fonctions répondaient à celles de noô professeurs de faculté ; c'était auprès d'eux que les jeunes gens achevaient leur éducation littéraire. Les honoraires payés aux divers professeurs étant en rapport avec le rang qu'ils occupaient dans la société, certains sophistes exigeaient de leurs disciples de très fortes sommes d'argent, et amassaient de grandes fortunes, tandis que certains maîtres d'école gagnaient à peine de quoi

vivre.

Les matières de l'enseignement. -Les Grecs,

n'ayant jamais songé à enseigner aux enfants les langues étrangères, se contentaient de leur apprendre à lire et à écrire leur propre langue. C'étaient les œuvres des plus grands poètes nationaux. l'/Ziade et V Odyssée,

les poésies philosophiques et gnomiques d'Hésiode, de Solon, de Phocylide, etc.; que les maîtres d'école faisaient épeler à leurs élèves : ainsi, de fort bonne heure, un jeune Grec avait lu les grands classiques de son pays. On les lui faisait apprendre par cœur, ce qui avait un double avantage : il n'avait pas besoin d'acheter un manuscrit, objet rare et coûteux, il retenait mieux

les sages préceptes du poète.

Enrésumé, le programme del'enseignement se com

posait de trois parties : la ypa/z^xaTixt, la fiou^iz^Q et la

yvavaTTiXfl. L'éduCatiOU complète (£yxvx>.coç izcu^da) d'UU

jeune Athénien comprenait la lecture, l'écriture, la musique, la grammaire et les exercices du corps. Les éléments du calcul étaient laissés en dehors. Mais à partir du iv^ siècle av. J.-C, on les ajouta au programme ainsi que des éléments de géométrie et de dessin.

Pour la musique, entendue au sens étroit que nous attachons à ce mot (les Grecs disaient : Vharmonique)^ comme il allait de soi que tout jeune Hellène avait de Toreille, on l'enseignait à tous les garçons. On leur apprenait à jouer de la harpe ou de la flûte et à chanter. On leur faisait hre les œuvres des grands poètes lyriques, chez lesquels la musique faisait toujours ressortir l'importance des paroles.

La musique des Grecs était plus savante et plus compliquée que la nôtre; leurs traités sont là pour le

prouver. Ils reconnaissaient trois modes principaux : le d(yrien, le phrygien et le lydien, et quatre modes complémentaires : Yhypodorien, Vhypophrygien, Vhy polydien et le myxolydien. Ils déterminaient rigoureusement le mode musical d'un morceau d'après le style de la composition; ils n'auraient pas écrit, comme nous le faisons souvent, des fwcturnes en majeur et des contredanses en mineur. C'est peut-être parce qu'Us attachaient une grande importance à l'effet moral de la musique. Il y avait certains modes qu'ils condamnaient rigoureusement; il y en avait qu'ils appelaient mcâles, guerriers et sévères; d'autres qu'ils appelaient . efféminés, lâches et immoraux. Le dorien était grave, le phrygien vif, bruyant et orgiastique, le lydien doux et plaintif, le myxolydien passionné. La tonique était au milieu de la gamme; le mode qui correspond a notre mineur {Vhypodorien) était le plus' usité. Les Grecs se servaient de signes différents pour les notes de leurs différentes octaves, et aussi de signes différents pour la musique vocale et la musique instru-

mentale.

Les Grecs avaient des instruments à cordes et des instruments à vent; nous ne parlons pas des cymbales, crotales, tambours et mtres, qui sont d'origine barbare et n'appartiennent pas au domaine de la musique.

Les principaux instruments à cordes étaient : la lyre, dont le plus ancien modèle avait trois cordes et

70 LES ANTIQUITÉS DE h^ GRÈCE.

le plus moderne dix-huit; la cithare j analogue à la harpe, comme la lyre primitive au luth; la phorminx, instrument d'Achille et de Phémios ; le barbitos, originaire de Lydie, introduit par Terpandre et Anacréon ; la pectiSj introduite par Sappho ; la sambuca, inventée

par Ibycos.

Les principaux instruments à vent étaient la flûte («w.ôç), simple, double, de mille formes diverses et servant à accompagner le chant, à remplir les intermèdes, à préluder; la syriwa;, ou flûte de Pan; la trompette ou salpinx pour les sonneries militaires.

La gymnastique. — On exerçait les jeunes gens pour les concours publics et pour la guerre : d'une part, on leur apprenait à lancer le disque, à courir, à lutter; de l'autre, à lancer le javelot, à manier Tépée et le bouclier, à monter à cheval. L'exercice le plus violent était le pawcracc (7r«yî?;.âTiov),oùles combattants, nus et sans armes, étaient libres de tout faire pour remporter la victoire. C'était une combinaison de la boxe, de la lutte et du chausson; il y était même permis de mordre et de déchirer les chairs. Les Spartiates avaient interdit le pancrace, à cause de la honte que ressentait le vaincu à confesser sa défaite.

Tous les exercices propres à développer les muscles et que nous pratiquons dans nos gymnases étaient connus des Grecs. Ils s'y livraient tout nus : d'ailleurs c'était un mérite que d'avoir la peau brunie par le

soleil. Avant leurs exercices, les Grecs s'oignaient d'huile, se frottaient de sable et se raclaient la peau avec un strigile (^r>cvv-:); plus tard ils prirent l'habi-

tude de se baigner.

C'était dans les palestres {nalairrroti, de îrà>«, lutte corps à corps) que les jeunes gens s'exerçaient à la lutt^ et au pugilat. A mesure que les exercices corporels se perfectionnaient, les palestres, qui n'étaient la plupart du temps que des aires à ciel ouvert, situées au bord d'un ruisseau et entourées de bouquets d'arbres, devinrent insuffisantes, on construisit des gymnases (vvuvà.^v). Les plus simples de ces édifices se composaient d'une vaste cour ouverte, environnée de portiques à colonnes et flanquée de compartiments ouverts. Dans la cour, on s'exerçait à la course et au saut, on luttait dans les enceintes fermées. Certaines salles avaient des destinations spéciales : l'è,>u- 6«ov, réservé aux jeunes gens; le paVavaov, ou salle de bains; le :rvpt«r^ptov, ou étuve; l'àTro^ur^.eov, ou vestiaire; l'È^aeoQîT^ov, ou salle où leshitteurs se faisaient frotter d'huile; le v.ove(TT>5'.tov, ou salle où on les saupoudrait de sable; le Ty^iotT'iipio^. pour le jeu de paume. Enfin, les simples visiteurs se promenaient dans de longues avenues (t?rÂ^oç), ou dans le xyste (?.Trô5), promenoir un peu élevé au-dessus de l'emplacernent réservé aux lutteurs, et d'où Ton pouvait voir à Tabri leurs exercices.

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La majorité. - Affranchir le plus tôt possible le jeune homme de la tutelle de ses parents semble avoir été le désir de presque toutes les républiques grecques. Jusqu'à seize ou dix-huit ans, le jeune Grec était considéré comme un enfant (..!;) ; arrivé à cet âge et sorti de l'enfance, il devenait homme fait (2^.605) le jour ou on l'inscrivait solennellement sur la liste des citoyens. Cejour.là, les Athéniens célébraient une céremome religieuse; le jeune homme prononçait un serment solennel par lequel il promettait obéissance et fidélité aux lois et à la religion de sa cité, et jurait de la défendre contre les ennemis du dehors et contre ceux du dedans. Cela fait, il était inscrit sur la liste de son dème ou .6 )..;ea,x-ôv ypa^uccscov. Dès lors, il pouvait prendre part aux délibérations dans les assemblées, plaider, se marier, en un mot remplir tous les devoirs du citoyen. Nous ne savons pas bien ce que devenait les rapports du jeune citoyen et de son père; si le père était incapable de gérer sa fortune, le fils pouvait, l'incapacité une fois légalement constatée, se faire attribuer tous les biens paternels, du vivant même de son père. Avant de s'étabhr, les jeunes Athéniens étaient soumis pendant deux ans (18 à 20 ans) à une espèce de service mihtaire : sous le nom de m^inolot, ils étaient répartis dans les places frontières, où ils faisaient l'apprentissage de la vie des armes et apprenaient à connaître les bornes de leur pays. On retrouve

encore dans toute l'Attique des vestiges de ces forts dont la jeunesse athénienne formait la garnison.

Les serviteurs dans la maison. - Sauf quelques-uns des ouvriers qui travaillaient la terre, sauf les nourrices qui, dans les temps difficiles, étaient parfois de condition libre, sauf enfin les cuisiniers qui, jusqu'à l'époque macédonnienne, n'habitaient pas la maison, mais se louaient à la journée quand on donnait à dîner, tous les autres domestiques, très nombreux dans toute bonne maison, étaient naturellement des

esclaves.

Énumérons les principaux serviteurs d'une grande maison. Il y avait : un intendant général, TrpofjTà'inç ; un régisseur, T«;/ta; ou T^uix, lequel avait la haute main sur le celUer et toutes les provisions; un esclave pour aller au marché, àyopaTziiç ; un portier, Guowpo; ; des boulangers et des cuisiniers, <TiTo»rotot, o-^onotoi pour apprêter le repas de tous les jours; un esclave qui accompagnait le maître dansses promenades, àxdWôo; ; une nourrice, -irOn] un pédagogue, enfin une femme de chambre, xoiiiKardu. ou mieux «6/>a. Dans les maisons plus riches il y avait en outre un groom ou muletier ôpswxo^oç. Cette quantité de serviteurs montre que la division du travail était poussée plusloin dans les maisons grecques que dans les nôtres.

Si ces esclaves avaient servi leur maître avec zèle et fidéUté, le maître ordinairement les affranchissait,

PETIT MANUEL d'ARGUÉOLOGIE *

soit de son vivant, soit à son lit de mort, soit par testament. Mais r affranchissement ne conférait point, comme à Rome, les droits des citoyens. Les affranchis, assimilés aux wt^('(??fes, demeuraient sous le patronage de leur ancien maître ou de ses ayants-cause.

Les affranchissements, surtout dans les petites villes, augmentaient à mesure que décroissait la population de condition libre. La quantité des inscriptions relatant les affranchissements est prodigieuse. Les moralistes ne cessaient d'exhorter les maîtres à traiter humainement leurs esclaves et à leur accorder la liberté; mais nul n'a jamais songea l'abolition de l'esclavage, car, pour les anciens, l'esclavage était une

nécessité naturelle.

Les animaux domestiques. ~ Les Grecs avaient des chevaux et des mules. Ils menaient d'ordinaire quatre chevaux de front : les deux chevaux du milieu étaient attachés au timon, les deux autres étaient retenus par des traits lâches; on les appelait rocicaTîépot, c'est-à-dire attachés le long des longes. On étrillait avec soin mules et chevaux et on les laissait se rouler sur le sable lorsqu'ils avaient fatigué.

Le plus com.mun et le plus apprécié des animaux domestiques était le chien. On en comptait plusieurs e:^pêces douées d'aptitudes et de qualités diverses. Il y avait des chiens de chasse, recherchés pour la subtilité du flair et l'agilité à la course ; des chiens de

garde et même des chiens de luxe. On voit figurer les chiens de luxe dans les scènes d'adieux sculptées sur les tombeaux. Le chien d'Alcibiade, bête magnifique dont l'histoire est bien connue, coûtait environ dix sept cent cinquante francs.

Les chats devaient être également très communs, puisque souvent les esclaves faisaient retomber sur leschatslesbris de vaisselle et autres objets dont ils étaient eux-mêmes accusés.

Enfin, on élevait en cage et en volière différentes variétés d'oiseaux, des faisans, des paons, etc.. des cailles pour les combats de cailles, analogues aux combats de coqs du peuple anglais.

Les cérémonies funèbres. — Nous terminons ce qui concerne la vie privée des Grecs par quelques détails sur les cérémonies et les monuments funèbres. Au moment de l'agonie, on voilait la figure du mourant pour la soustraire aux regards des vivants, mais, on la découvrait un instant pour lui placer une pièce de monnaie dans la bouche, et lui fermer la bouche et les yeux. Ensuite, le corps était lavé par les femmes de la maison, revêtu de blanc, parfumé d'onguents, couronné de fleurs, puis, le second jour, exposé dans le vestibule sur une litière ornée de feuillage. A côté de la couche on plaçait des fioles d'huile (XyjxvOoi), et devant la maison, un vase d'argile avec de Teau lus-

traie empruntée à une iiuiison voisine, afin que les

personnes sortant de la maison mortuaire pussent se purifier. On les aspergeait avec une branche de cyprès L'exposition durait un jour: les parents, hommes et femmes, avec des pleureuses à gage, entouraient la litière en prononçant des lamentations scandées par un refrain : cette coutume, d'origine asiatique, était blâmée par les législateurs grecs qui interdisaient aivK affligés de se déchirer le visage. Le lendemain de l'exposition avait lieu le transport du corps (»,oo.). D'après la loi de Selon, les hommes, en vêtements noirs et les cheveux ras, précédaient les femmes dans le cortège. Des aulètes et des pleureuses ouvraient la marche. A Athènes et dans d'autres lieux ou les femmes vivaient toujours recluses, il n'y avait que les femmes âgées et les plus proches parentes qm fussent admises dans le cortège : c'était l'occasion, pour les jeunes gens, de voir les femmes, en dehors de cela toujours invisibles. L'ensevelissement avait lieu le matin, avant le lever du soleil : il ne fallait pas que lesrayons de l'astre fussent souillés par un cadavre. Le mort une fois déposé dans la tombe, on l'appelait par son nom et no lui disait adieu, /.««. Ensuite venait lafête des funérailles; les parents et les amis déposaient sur la tombe des souvenirs. Le deuil durait à Athènes trente jours, à Sparte douze; à Céos, exceptionnellement, la mère portait le deuil de son fils pendant un an. On ne prononçait pas de discours, comme à Kome,

sur la tombe des simples particuliers, sauf dans les enterrements faits aux frais de l'état, pour les guerriers morts devant l'ennemi. Leur corps était brûle sur le champ de bataille et les cendres rapportées dans des urnes. La crémation, sans doute antérieure à l'inhumation, n'était guère pratiquée qu'à la guerre; en tout autre moment, elle n'était apparemment que l'exception. On enterrait, en Attique, depuis Cécrops, et l'on jetait delà terre même sur les cadavres inconnus, car l'âme qui n'avait pas son tombeau n'avait pas' de demeure : il lui fallait errer toujours, sous forme de larve ou de fantôme ; par ses apparitions, elle effrayait et tourmentait les vivants. Quiconque négligeait les tombes de ses parents s'exposait au mépris public, et les magistrats en tenaient compte pour la dudmasie. Le jour des morts, à Athènes, était

au mois de septembre.

Monuments funéraires. - Primitivement les morts étaient enterrés dans leurs propriétés, à côté de la maison où ils avaient vécu. Plus tard, ce ne fut que par exception que l'on permit d'ensevelir dans l'ultérieur des villes (par exemple, les bienfaiteurs de la cité, les gens frappés de la foudre qui étaient enterrés sur place). Le cimetière était placé dans le faubourg le plus beau et le plus populeux : les tombes s'alignaient des deux côtés de la grande route, comme à Athènes et à Syracuse; les inscriptions attiraient

rattention des passants. Dans les premiers âges, les tombeaux n^étaient que des tertres de terre entourés d'un grand cercle de pierres. Plus tard, on creusa dans la terre ou le roc des chambres funéraires : au-dessus, on bâtissait de beaux monuments en marbre ornés de peintures et de sculptures. Parfois ces édifices atteignaient les dimensions d'un temple. Les sujets représentés sur le marbre étaient empruntés à la vie et aux occupations du défunt; le plus souvent c'étaient des scènes de séparation et d'adieux; l'antiquité ne nous a rien légué de plus beau et de plus touchant que quelques-unes de ces tombes. Dans la chambre sépulcrale on trouve beaucoup de petits présents, des figurines en terre cuite, des vases, des bijoux. Dans les premiers temps, les animaux favoris, les esclaves du mort et des captifs immolés sur sa tombe étaient enterrés avec lui, dans la pensée que ces êtres enfermés avec le mort le serviraient dans le tombeau comme ils avaient fait pendant sa vie, tant on croyait que l'homme continuait à vivre sous la terre et y conservait le sentiment du bien-être et de la souffrance. La voie des tombeaux était en général ornée d'arbres et de fleurs; le faubourg populeux qu'elle traversait était un lieu de rendez-vous fréquenté. Le corps des criminels était rendu aux parents, ou bien enseveli en un lieu spécial, généralement ;dans un ravin, ou dans une vallée cachée aux regards, éloignée de la ville. Là

habitait aussi le bourreau, qui était presque toujours un esclave public (^«««m;). Ce cimetière des suppliciés s'appelait à Athènes le barathrum, à Sparte le téadas.

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