‹ Petit manuel d'art, a l'usage des ignorantsChapitre 100 sur 117 · AUX ARTISTES · texte numérisé non relu

AUX ARTISTES

Il y a un modèle que vous dédaignez, l'ouvrier, celui que je connais, l’ouvrier de Paris. L’ouvrier suffit à l’étude de toute une vie d’artiste. Le paysan ne rebute pas François Millet ; où est le François Millet de l’ouvrier ? Le paysan est courbé; le soleil jette une teinte uniforme sur toutes les faces de paysans ; l’ouvrier, lui, est pâle, ou il est rouge ; on voit sa couleur de chair. Le paysan est petit dans la campagne; les arbres sont si grands, les montagnes si hautes ! il mène les bœufs et fait

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partie du troupeau. L’ouvrier est le modèle de choix ; il n’est point chauve, il n’a pas de « ventre », il porte la barbe Sans façon, comme elle pousse elle pousse. Il a l’air crâne, la mine résolue ; il sait se passer de feu l’hiver, de bon vin, de linge blanc; il sait se passer d’air, de tout. Il sait « se retourner », comme il dit, et c’est bien dit. L’ouvrier pauvre vit à trois, à quatre dans dix pieds carrés ; la chambre où l’on mange est la chambre où l’on dort ; on vit près l’un de l’autre, on se prouve qu’on s’aime à chaque moment ; on se touche presque ; c’est si petit ! Céder sa place au feu chez l’ouvrier, ce n’est pas politesse seulement, c’est quelque chose de mieux, de plus. On a du plaisir ; un ami vient, un ami cossu : il apporte un pot-au-feu, un bon pot-au-feu.

On voit de ces tableaux dans les bons livres de M. Erckmann-Chatrian, dans les livres de M. Edouard Siebecker.

Il y a de ces tableaux dans les livres de M. Eugène Muller: le ton mesuré, le tour simple, des pages bonnes à être lues le soir, le travail fait, entre braves gens.

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