‹ Petit manuel d'art, a l'usage des ignorantsChapitre 99 sur 117 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

gent 6,000 fr. ! Il faut que le plâtre égale le marbre. Et que de douleurs ! Le groupe est grand, l’atelier est petit; pour faire tourner son groupe sur la selle, l’artiste a fait une large tranchée dans le mur. Le modèle a toujours froid ; il faut bourrer le poêle, — ça coûte, le bois! — et, dans cette température chauffée, remuer les pains de terre. Le mouleur veut 35o fr. Pour faire transporter ce groupe aux Champs-Elysées , il faut encore trouver de l’argent.

Le jeune M. Lagouette est étonné; il ne m’a pas une seule fois dit : Et qu’est-ce que cela lui rapportera ?

L’artiste le sait, l’œuvre d’art ne frappera que les initiés si elle est parfaite de forme seulement ; il veut arrêter le public. Au point de vue de la beauté, il n’a eu qu’un but : historier une ligne, la ligne ondoyante; il a voulu être enseignant par le choix du sujet, décoratif avec la ligne historiée, tentant de toucher ainsi au but de l’art, qui est d’être décoratif et enseignant. Le côté philosophique du sujet, c’est l’homme descendu de l’état de nature,

VETIT MANUEL D'ART

l’homme devenu cruel et puni par la bête : le chien est devenu justicier.

En quittant l’artiste, je lus ces lignes à Lagouette :

La nuit, l’œil ardent, portant haut le front et comme aspirant la gloire, il oublie les heures qui devraient être consacrées au sommeil. Cependant, ses artères battent trop violemment, il lui faut de l’air; il ouvre sa fenêtre donnant sur le toit (le peuple, dans sa naïve poésie, appelle ces croisées jours de souffrance); mais cet air, qui le rafraîchit, n’est pas pur; il a passé sur tant d'infortunes et sur tant de larmes; il lui apporte tant d’imprécations et tant de soupirs ! — David (d’Angers).

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