CHAPITRE
Chaque fois que je me fais la barbe, ça me coûte vingt francs.
Du plus habile parmi les malins peintres qui peignent pour l'exportation, on dit dans les ateliers : Il fait suer l’emballeur.
L’ambition du plus grand nombre est médiocre ; ils semblent limiter leur désir à ce que Ton dise de l’un d’eux ce qu’il y a à dire de Me Lachaud, par exemple : Il est le premier de son métier.
A l’Art immortel, ils disent : Régales-tu?
Conseils pratiques,
Lagouette me dit :
— Est-il un point d’arrivée où l’on puisse juger d’une façon absolument certaine de la valeur artistique d’une œuvre?
— Non.
— Ah ! Y a-t-il des peintres ou des statuai-
TETIT MANUEL D’ART
res de talent et de bonne foi ne rendant pas justice à des artistes de talent ?
— Oui. Connaissez-vous ma théorie l’art
DE FAIRE DES CHEFS-d’œüVRE?
— Non; mais j’ai lu vos livres, et je sais par là que vous avez jusqu’ici retardé la mise en pratique de votre théorie.
Et Lago'uette prit un petit air satisfait.
Je lui dis :
— Laissez-vous aller à vos impressions. S’il vous vient des niaiseries à l’esprit, dites ces niaiseries-là, et non d’autres, que vous forgeriez péniblement; consentez à être ému. Parlez, sans croire que l’on vous écoute; c’est plus sage et montre quelque talent d’observation. Le mieux est de vous taire.
— - Je me tairai donc; mais, s’il est ridicule de parler de ce qu’on ne sait pas, n’est-il point plus ridicule encore de donner son opinion par écrit ?
— Peut-être bien, Lagouette. Un conseil : abonnez-vous à un journal d’art, et vous serez ainsi tenu au courant des expositions, des ventes. Prenez l’habitude de passer chaque