CHAPITRE I
— Pour arriver à distinguer le bon du mauvais, le mauvais du pire, devrai-je étudier la philosophie, la perspective, l’anatomie?
— Et pourquoi pas ?
J’ajoutai :
— Les vers, les petits vers légers vous plaisent, si peu que vous soyez entraîné par la poésie, ô Lagouette ! Vous aimez la musique au rhythme sautillant et vous n’êtes pas musicien : jouissance par les oreilles; renoncerez-vous à cette jouissance des yeux : la peinture^ la sculpture ? Allez souvent au Louvre, tout seul, ou bien avec quelque bon compagnon initié aux choses d’art. Avez-vous un camarade qui ne soit ni banquier ni notaire?
— Certes.
— Un peintre?
— Non.
— Un sculpteur ?
— Non ; j’ai un ami photographe.
— Vous ne m’avez pas compris, Lagouette.
Devant la Kermesse de Rubens, toute vie et toute lumière, il dit :
— C’est drôle.
TET IT MANUEL D'ART
Çe que savent le jeune M. Lagouette et ses jeunes amis.
En vue de donner de l’émulation au jeune M. Lagouette, je lui dis :
— Sans doute vous pouvez confondre Jane Grey et Marie Stuart, Jeanne Hachette et la Pucelle; néanmoins vous avez quelques éléments d "histoire, de géographie; vous savez qu’Esope était bossu, que Venise a été bâtie sur pilotis, que Jésus était contemporain d’Auguste; mieux, vous pouvez, d’une main savante, détacher une aile de perdreau, ce qui est un grand avantage sur ceux qui ne savent rien ; mais ce que j’envie en vous et en vos amis, c’est l’imperturbable aplomb que vous gardez en toutes circonstances. Que ne suis-je ainsi doué !
J’avais dix-huit ans : je dessinais des rosaces et des palmettes à côté d’un grand