‹ Petit manuel d'art, a l'usage des ignorantsChapitre 4 sur 117 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

bon garçon de mon âge et qui est mort à vingt ans, le frère de Mlle Favart. Il me disait souvent : Viens donc à la maison. Un jour je me décide. Il demeurait avec sa sœur. Il lui avait dit : J’ai un camarade à l’atelier qui a la passion des livres et du théâtre : c’est le fils du contre-maître. Il a de la mémoire ; on lui fait conter ce qu’il a vu et lu ; c’est très-amusant.

Mlle Favart avait dit :

— Amène-moi ce garçon-là !

Je crois bien, le fils du contre-maître !

Nous arrivons.

Mlle Favart était près de la fenêtre, occupée à coudre.

— Bonjour, monsieur.

— Bonjour, mademoiselle.

Mon grand Favart me montra de curieux dessins à la sépia, signés Pierre Beauvallet. Je les regardai sans dire mot. Toute la pièce formait une immense bibliothèque, appartenant à un parent, consul en Italie. Les beaux livres, les bons livres! J’admirai en silence.

Favart se disait : Qu’a-t-il donc?

VETIT MANUEL D'ART

Mlle Favart me dit :

— Vous aimez le théâtre ?

— Oui, mademoiselle.

— Vous m’avez vue jouer ?

— Oui, mademoiselle.

Oui, et ce fut tout. Mlle Favart m’avait dit de m’asseoir; je m’étais assis. Interrogé, je m'étais levé; j’aurais voulu me rasseoir, je n’osais pas; j’avais gardé mon chapeau à la main; je n'étais pas pressé de partir, cependant! J’avais l’air d’un niais ; je le sentais.

— Dans quelle pièce m’avez-vous vue ?

J’avais vu Mlle Favart jouer ces jeunes amoureuses désolées de la tragédie, nées pour être belles, être aimées, pleurer et bientôt mourir ; tout troublé devant la jeune comédienne, un seul nom de pièce me vint aux lèvres, une pièce à notaire, une pauvre pièce nouvelle, le Sage et le Fou , où Mlle Favart s’était montrée mal à l’aise !

— Dans le Sage et le Fou , dis-je étourdiment.

— Ah!

Mlle Favart de coudre alors avec ardeur,

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