CHAPITRE I
sans plus lever les yeux vers moi ni me parler. Ce devait être un travail pressé. Je partis...
Et ce bon Favart avait dit : Il a une langue !
— Vous, ô Lagouette ! rien ne vous saisit, ne vous trouble. Ne vous hâtez pas de triompher : infirmité cruelle ! vous n’êtes pas sensible, vous n’avez ni bonhomie ni naïveté, et c’est là une grande infériorité.
Un jour, il prit un petit air malin pour me dire :
— Et l’art démocratique, dont vous ne me parlez pas, l’art moralisateur?
— O Lagouette ! vous répétez d’un air épanoui de pauvres plaisanteries bien connues et qui, nouvelles, étaient déjà des sottises ; les hommes qui ont trouvé ces choses ne sont pas méchants, on les calomnie : ils sont bêtes, voilà tout; la pêche aux coquins se fait à la ligne, en choisissant bien hameçon et appât; la pêche aux imbéciles se fait au filet ; et quelle pêche, ô Lagouette 1 c’est à rompre les mailles !
TET IT MANUEL D A RT
Qu’il faut beaucoup de vouloir et peu de savoir pour faire la leçon aux ignorants.
— O Lagouette! je suis propre à faire la classe des petits; bien peu de science nous sépare, ce qui me garde d’être pédant.
— Il y a un vers latin qui rend bien cet état particulier.
— J’entends mal le latin.
— Vraiment!
— C’est assez commun; ce qui est plus rare, c’est d’en convenir. Je vous demande d’être modeste en présence de gens qui ont appris ce qu’ils savent, péniblement, le travail fait, la nuit souvent. Ils ont mangé des pois secs dans la saison des pois verts; ils lisaient Platon dans la saison de l’amour.
Ce qui fit rire le jeune M. Lagouette.
Je lui dis ;.