‹ Petit manuel d'art, a l'usage des ignorantsChapitre 41 sur 117 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

LE CHANTEUR LASSALLE. — DISSERTATION SUR LA PEINTURE PAR UN PEINTRE SINCÈRE.

Nous sortions de l'Opéra. Le baryton Lassalle avait chanté Guillaume Tell. En marchant, quelqu’un dit :

— C’est là le grand art : ramener tout au simple, indiquer les grandes lignes avec fermeté, sobriété, laisser à leur plan les menus détails, ne pas haranguer le parterre , tenir un compte sévère de la valeur comparée des par-

VETIT MANUEL D’ART

ties diverses de l’œuvre, considérer l’ensemble comme un fond neutre duquel se projettent en saillie les parties brillantes, et arriver ainsi par un laconisme savant, à un effet unique rendu grandement, noblement ; c’est la belle visée de l’artiste.

Un musicien dit en accentuant les mots :

— Lassalle est un artiste.

On mangeait le plus jeune coq de mon poulailler. Un peintre parla librement des maîtres peintres.

— Une tête d’Holbein, un petit œil fermé avec une touche de lumière, c’est beau, dit-il. Les Pierre de Hoogheet les Ostade, c’est beau. Gérard Dow est plus mince. Les Terburg sont étonnants. Et notre Chardin, c’est ça qui ne crie pas! Il n’y en a qu’un qui ait su jeter un plat d’argent sur une nappe blanche sans que la nappe soit trop blanche et le plat trop noir ; celui-là, c’est Rembrandt. Et la Femme nue de Rembrandt, la femme de la salle Lacaze, comme elle est enveloppée d’air! Voyez cette femme-là entre les deux Velasquez, qui ne sont peut-être pas de V elasquez, près du

Page 1