‹ Petit manuel d'art, a l'usage des ignorantsChapitre 42 sur 117 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Philippe de Champaigne, voyez ça. Qu’est-ce qu’ils deviennent? Qu'est-ce qui en reste? Le Pied bot de Ribera , cet affreux petit bonhomme avec sa béquille sur l’épaule et qui montre ses dents gâtées, c’est beau. La Joconde me prend moins que Rembrandt, que van Dyck, mais c’est beau. Si Rubens n’avait peint que la série des Médicis du Louvre, je me demande si ce serait Rubens... Je cherche... ce serait Rubens encore! Voyez les petits enfants qu’il a jetés dans le bleu du ciel ; il faut voir de près ce coin-là : j’en ai fait une copie très-poussée; il faut voir ce que le front des enfants prend de bleu au bleu du ciel! Nous parlons peinture, eh bien, parlons peinture. On ne fait pas vrai, on fait l’ombre plus forte à côté du point où porte la lumière ; ce n’est pas vrai, la lumière chasse l’ombre, et plus le point lumineux est éloigné, plus l’ombre est épaisse. C’est Rembrandt qui observait ça! Et les reflets! les abominables reflets qui rendent les chairs transparentes ! ce n’est pas vrai, les reflets empêcheront les Mignard de rester.

TE TI T MANUEL D'ART

Un peintre dit :

— - EtWatteau ! Watteau n’est pas vrai.

— Watteau a ce droit-là ! Watteau restera. Valentin restera. Ah! Prud’hon! oui, Prud’hon ; ce qui me prend le plus dans les Prud’hon du Louvre, c’est son portrait de femme ; ça, c’est beau, très-beau, aussi beau que quoi que ce soit, aussi beau qu’un Vinci. David, c’est un homme très-fort : ce n’est pas vrai; Gros est très-fort. Ce sont des gens très-forts. Géricault... Géricault... que voulez-vous que je vous dise; je ne peux dire que ce que je sens; en face d’un Delacroix, je me dis : L’art de Géricault est un art inférieur.

-—Je me découvre devant Géricault, dit un peintre.

— Nous parlons peinture, parlons peinture. Géricault a des brutalités. Voyez un Delacroix et comparez. Delacroix est bien autrement distingué. Ingres dessine bien, Delacroix dessine bien; seulement Ingres c’est le puriste, il sait où sont les petits os... Voyez-vous, le père Ingres était fort, Delacroix très-fort : c’étaient des gens très-forts. Decamps est trop cuit.

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