CHAPITRE XI
AryScheffer? Paul Dclaroche? Léopold Robert? Oui, mais où est le peintre? je cherche le peintre. Je peux dire ce que je pense de Régnault : je l’aime et je ne l’aime pas ; il me fatigue.
— Son général Prim est beau.
— La tête est à Goya. Le fond jaune de la Salomé tue tout; il vous revient toujours en tête ce fond-là! Un fond, ce n’est rien, ça ne doit pas se voir. Qu’est-ce que cela me fait un fond! Dans un portrait de Carolus Duran, c’est du fond que l’on se souvient d’abord : le fond vert et la femme, le fond bleu et l’enfant. Régnault a songé à Fortuny. Fortuny est égratigné, ne dites pas non. Voyez à côté d’un Fortuny un Bonnington. Hum! Couture, on ne le copie plus; l’a-t-on assez copié ! On copie toujours Paul Véronèse. Parbleu oui! Ribot est un peintre; le torse de son Saint Sébastien , du Luxembourg, est beau; les dessous sont bien construits, c’est un bon morceau de peinture ; mais figurez-vous une galerie composée de Ribot, c’est ça qui serait triste! De tous ceux du même groupe d’ar-
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tistes, c’est Baudry le plus fort; de Puvis de Chavannes on peut dire tout le mal possible et avoir raison, mais il a le sentiment de l’art décoratif. Meissonier établit un bonhomme dans sa pose prise sur la nature, la pose réelle. Détaillé fait bien, c’est un bien petit monsieur à côté de Meissonier ; c’est mince, cherché, adroit; il met tout. François Millet, c’est autre chose que ce que l’on fait, le modèle ne donne pas ça ; ça, c’est beau. Ah ! son effet de nuit! On sent la fraîcheur, ça vous tombe sur les épaules. Il y a des morceaux de Courbet qui resteront. Ah! Corot, ce Corot, oui, le père Corot, c’est un maître; un paysage de Corot, c’est ça qui est dans l’air! Théodore Rousseau se perdait dans le jus, Jules Dupré se perd dans la pâte. Ah ! Corot est beau, je ne dis pas le Corot des grandes machines , mais Corot, le Corot des petits cadres. Daubigny est-il plus fort? Je n’en sais rien ; je vois que Daubigny est lourd ; il a des noirs que je ne vois nulle part dans la nature. Corot est distingué, je dis distingué, je cherche toujours la distinction. Troyon est vrai, il n’est
pas si fort que ces gens-là. Les Rosa Bonheur sont bien arrangés. Michel est puissant; j’accrocherais dans mon atelier un Vollon, un Bonvin, un Manet, un Pissaro. Bonnat me va bien, surtout le Bonnat des petits Bonnat, le Bonnat des petits Italiens couchés le long d'un mur, que vous avez vu au Salon il y a des années. Henner est plus fin, plus délicat. Je n’aime pas Gérôme extraordinairement. J’ai bien aimé Pille, le Pille de V Automne. Dehodencq a de vilains jaunes. C’est chez Cabanel que Henri Lévy, Humbert, Thirion, Cormon, ont appris à aimer Eugène Delacroix. Fromentin est distingué, parbleu oui! mais Cabanel aussi. Fromentin ! Fromentin, avez-vous vu ses terrains, comme c’est petitement obtenu? Munkacsy, il peint. Roybet est brutal; ce qui y est y est, il l’y laisse; il ne cherche pas quelque chose de plus. Depuis qu’il a été en Orient, il a une autre manière de faire : la tête dans l’ombre et tout l’effet dans les vêtements. Régnault, voyez-vous! On dit : Si Hamon est comme ça, c’est qu’il a passé par Sèvres; je réponds : Et
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Diaz aussi. Il n’y a pas de peintre de nature morte, de peintre de paysages, de peintre d’histoire, il n’y a que des peintres. Et oui, Worms adel’esprit, Vibert a de l’esprit, Leloir a de l’esprit, ils ont tous de l’esprit ; mais vingt ans de succès à cette note-là, et l’art français est mort. Pour saisir ce que ce pot donne de brun et ce qu’il prend de blanc à ce plat, il faut du génie.
Après un long moment laissé à la méditation, il dit :
— Cette nappe est grise.
— Elle est jaune, dit l’autre ,