‹ Petit manuel d'art, a l'usage des ignorantsChapitre 59 sur 117 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

L’ami des maîtres artistes.

J’ai à dire aussi qu’il est parmi les notables amis du jeune M. Lagouette d’honnêtes jeunes gens qui ont du cœur. Ils ambitionnent le titre d’ami d’artistes, d’artistes en renom. On les tourmente méchamment; on met en doute leur qualité d’ami. On leur demande des preuves. Ils mettent de la passion à la réplique : — Si je suis son ami! je suis son propriétaire. — Je suis le parrain de sa dernière.

On a noté cette preuve sans réplique : — Je ne le connais pas ! je lui ai posé vingt sangsues. . , .

Ce sont là des propos d’artistes.

De la sensibilité des artistes : Théodore Rousseau et le lézard.

Quand on met en doute l’excessive sensibilité des artistes, un artiste ne manque point de vous conter cette historiette :

TE Tl T MANUEL D'A R T

Le bruit que faisait la diligence de Barbizon amenait d’ordinaire Théodore Rousseau sur le pas de la porte; un jour, comme la voiture passait devant chez lui, on vit Rousseau, tout pâle, tout ému, tout tremblant, se jeter à la tête des chevaux; une roue de la voiture allait écraser un lézard...

L’art pour l’art.

Un peintre avait exposé un bon tableau. On y voyait un prêtre lisant son bréviaire, en plein champ de blé. Un journal religieux écrivit : Un artiste vient de confesser sa foi.

L’artiste, interrogé, répondit : — Ah oui ! la soutane, c’est une note de couleur.

Le même peintre fut décoré sous l’Empire. Interrogé sur le désir qui lui était tout à coup venu de s’attacher un ruban rouge à la boutonnière, il dit : — C’est comme note de couleur.

Page 1