‹ Petit manuel d'art, a l'usage des ignorantsChapitre 60 sur 117 · UNE IGNORANTE AU SALON · texte numérisé non relu

UNE IGNORANTE AU SALON

J’ai accompagné au Salon une jeune femme

ignorante, Mlle Héloïse, du théâtre Elle

n’avait été avant ce jour-là qu’une seule fois au Salon, alors qu’.elle était toute petite, un dimanche, avec son père et sa mère. Elle avait eu chaud, elle avait eu soif ; elle avait demandé à boire; on lui avait répondu : « Quand nous serons à la maison. » Elle avait pleuré plus fort ; on lui avait promis des gifles. Elle

TETIT MANUEL D'ART

avait continué de pleurer; on les lui avait données. On s’était remis en route ; on tirait la petite, qui était lasse, on la tirait ! — Les bras m’en font mal quand j’y pense, dit Mlle Héloïse.

Tout cela lui était resté en laid dans l’esprit.

Elle se souvenait du temps passé, admirablement. Elle avait été sauvée du vice par la misère. Déjà grande fille, elle était à la fenêtre ; un beau garçon sans cœur lui crie d’en bas :

— Où est ta mère ?

— Au lavoirs

— Et ton père ?

— A l’atelier.

— Alors, descends.

— Je n’ai pas de souliers.

Il faut entendre conter cela par Mlle Héloïse !

Et une nature à elle ! Encore enfant, à table, elle pleurait; sa mère lui dit : QuJas-tu donc ? — Je n’ai plus soif.

Mélancolique par instants, Mlle Héloïse!

Un jour qu’elle marchait tristement, la tête

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