‹ Petit manuel d'art, a l'usage des ignorantsChapitre 9 sur 117 · CHAPITRE Jl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Jl

— Oh ! fit Lagouette.

— Ne riez pas, ou je vous plante là.

— Je ne ris plus; mais comment pleurer devant cette Vierge à la chaise! ce n’est pas là un sujet triste; encore si c’était une Vierge au pied de la croix !

— Un tableau de maître a des beautés sévères qui ne sont pas comprises de l’ignorant ; il doit le voir, le voir encore.

A la première audition d’une symphonie, que de gens ont dormi, bâillé à la deuxième et qui à la troisièmeaudition ont été charmés ! On ressent alors quelque chose comme si notre propre vie était le sujet de la symphonie. Le début des violoncelles répond à la fureur qu’inspire une femme trop aimée; une réponse des violons, et l’on croit entendre la réplique de la coquette; les cuivres prennent la voix du jaloux jusqu’au moment oü une rentrée de flûtes fait le tableau de la réconciliation.

Plus tard, vous entendrez et vous verrez; déjà vous jugez du pouvoir du beau : larmes de critique, larmes de comédienne, larmes rares !

VETIT MANUEL D’ART

Hadol.

Le dessinateur Hadol a cette grâce, l’imagination. lia pu, en dehors de ses ingénieuses fantaisies de la Vie parisienne, du Charivari , de YEclipse, donner les dessins si naïfs des Vieux Noels.M Jules Claretie l’affirme : «On dirales Noëls d’Hadol comme on a dit le Noël d’Adam. » Il a composé pour le Roman de la chair des tableaux d’un sentiment intime exquis. C’est que si Hadol a cette qualité, l’imagination, il a ce don, la sensibilité; oui, ce Parisien ! Hadol convalescent, encore bien pâle et faible, était à mon bras; en passant près de la vitrine d’un marchand de tableaux, nous nous arrêtons; une toile de Daubigny était en montre.

— Ah ! dit-il épanoui, devant un Daubigny, je respire !

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