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JUSTICE

La blessure n'était pas morlelle, ou plutôt, pour qu'elle ne le devînt pas, il avait fallu des soins, une science, un dévouement providentiels.

Lorsque le blessé reprit toute sa connaissance, — six semaines plus tard, — il était dans une ambulance anglaise, mais spécialement organisée par des Canadiens, des Mauriciens et autres compatriotes de nos anciennes colonies perdues.

Dans le médecin qui l'avait sauvé, il reconnut le docteur Bréant ; Louise, dans rinfirm.icre qui le veilla cette môme nuit.. . La nuit suivante, ce fut le lour de Mauricia.

En l'apercevant, il ne put retenir un cri de joie.

— Ne bougez pas ! lui dit-elle. Oh ! ne parlez pas ; on le défend...

Elle avait un air de tristesse et de gravité qui ne lui était pas habituel ; elle ne le tutoyait plus.

— Vous n'avez déjà que trop parlé dans le transport de la fièvre ! poursuivit-elle. J'ai compris qu'il y avait un obstacle entre nous... Lequel? je ne veux pas le savoir; mais je me suis résignée... Ne voyez plus en moi [qu'une amie... Oh ! bien dévouée, par exemple, et qui disparaîtra dès que vous serez guéri, dès que vous serez heureux... Avec le chagrin la raison m'est venue... Je ne suis plus une enfant... Je suis même assez forte pour ne plus vous aimer, s'il le faut.

Une douloureuse exclamation du blessé l'interrompit. Des larmes ruisselaient sur son pâle visage ; il tendait vers elle ses mains suppliantes,..

— Oui, s'écria-t-elle en les couvrant de baisers, oui, tu m'aimes et je t'aime!...

Puis, relevant la couverture sur ses épaules, et, par une douce pression des doigts, lui refermant tour à tour les lèvres et les paupières :

— Dors !... ajouta-t-elle ; je reste là, veillant sur toi...

11 obéit... N'avait-il pas rêvé?

Quinze jours plus tard, en vertu d'une autorisa-

lion spéciale obtenue par l'ambassade anglaise. Pierre Sorel fut transportée dans le midi de la France, à l'établissement militaire d'Amélie-les- JBains. Madame Bréant et sa jeune sœur l'accompagnaient. Elles s'installèrent dans une des villas de cette délicieuse station hivernale. 11 leur fallait aussi le repos, le soleil.

Après la guerre, dès que les tribunaux se rouvrirent, Fautrat comparut devant la cour d'assises.

Il y avait prescription quant à ses premiers méfaits remontant à plus de dix ans. Mais Petit-Pierre et ses amis furent appelés en témoignage, et la vérité, quant à la mort de M. Sorel, éclata dans tout son jour. Paul Bréant s'accusa, revendiquant avec franchise sa part dans les malheurs qu'il avait si noblement réparés. Quant au vol, la lettre de madame Sorel et le billet de Fautrat lui-môme ne permettaient aucun doute. Il avoua tout, du reste, et, la mine hypocrite , il s'efforça , par un prétendu repentir, de mériter l'indulgence du jury : espoir, disons-le tout de suite, qui ne devait pas se réaliser. Mais, lorsque Petit-Pierre parut enfin, rémotion de l'auditoire alla grandissant. Pâle encore de sa blessure, encore revêtu de son uniforme de soldat, que rehaussait la médaille militaire, le jeune lauréat des Beaux-Arts raconta son enfance,

les souvenirs de la nuit fatale, le culle qu'il avait consacré à la mémoire de son père, ses efforts pour le remettre en honneur, l'épisode de la mort de Cochepain, tout ce qu'ona lu dans ces pages, mais exprimé par le héros lui-même avec l'entraînement du cœur, avec l'éloquence de la piété filiale.

— Ah ! s'écria-t-il en terminant, ah I mon pauvre père, on va te rendre enfin justice !

— Justice immédiate et complète, lui répondit le président. Oui, ce fut un honnête homme... Oui, sa mémoire a droit à tous les respects... Je le proclame d'avance et ses concitoyens n'ont pas attend ii notre arrêt pour lui faire amende honorable... Le vote de leur conseil municipal en faveur du fils qu'il avait cru mort, ils le maintiennent, ils le renouvellent pour son père, pour sa mère, qui, dès demain, réunis dans cette tombe glorieuse, y reposeront au milieu des honnêtes gens... Pierre Sorel, n'était-ce pas là votre rêve?... Eh bien, que ce soit votre récompense...

L'inauguration du simple monument fut une cérémonie touchante. Tout le pays, tous nos personnages étaient là, voire Nanon, fièrement appuyée sur le bras de maître Claude.

— Ah! maisoui-da!.., disait-elle en pleurant de

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joie, je me serais fait porter plutôt que de ne point venir !

Sur la pierre tombale, on lisait cette inscription:

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