IV PAUL PARFAIT
revoir, au lycée Bonaparte, notre camarade Paul Parfait.
Ce camarade devait être, d'ailleurs, pour nous le plus aimé et le plus loyal des confrères. Il était d'un an à peu près moins âgé que moi. Né à Paris, le 23 octobre 1841, il avait environ douze ans lorsqu'il quittait ainsi Paris pour Bruxelles, oii il continua ses études à l'Athénée de la ville. M. No'^l Parfait voulait faire de son fils un mathématicien, rêvait de le voir ingénieur ou polytechnicien ; Paul Parfait n'avait d'amour que pour la littérature. Les X et les Y lui semblaient purement et simplement des instruments de torture. Les moindres vers, au contraire, un sonnet ou un trait d'esprit, le transportaient d'aise. L'encre d'imprimerie lui donnait déjà cette ivresse dont on ne guérit pas. Il écrivait donc des articles, il écrivait des pièces de théâtre. Il fondait — cela s'appelle toujours fonder! — un petit journal, dont il était à la fois le directeur, le rédacteur en chef et plus encore — Timprimeur ! sous le nom de « Pécopin ». Un souvenir du Beau Pécopin^ cette admirable légende, une des merveilles du Rhin^ de Victor Hugo. A seize ans, Paul
TAUL PARFAIT V
Parfait apportait au théâtre Molière de Bruxelles une comédie en un acte, la Coquetterie d'une heure, et le directeur, qui n'était autre que M. Gil-Naza, le futur Coupeau de V Assommoir^ distribuait aussitôt le principal rôle du petit acte à une jeune fille mince et timide qui n'était autre que mademoiselle Zulma Bouffar, la princesse d'opérette à venir.
Elle réussit très brillamment, cette Coquetterie d'une heure. Paul Parfait n'avait rien dit à ses parents, et, le soir à^ld^ première, son père étant en voyage , il avait emmené madame Noël Parfait au théâtre, riant dans sa barbe (en supposant qu'il en eut déjà) de la surprise qu'il allait faire à sa mère.
Pendant l'entr'acte qui précède la représentation de la comédie nouvelle, Paul Parfait se lève.
— Ah! Et maintenant, je m'en vais! dit-il.
— Et pourquoi?
— Parce que c'est une pièce de moi qu'on va représenter. Ma première pièce!
Et la mère apprenait ainsi, presque au même instant, que son fils écrivait des comédies et qu'il pouvait les faire applaudir.