PAUL PARFAIT XI
qui lui furent inspirées par une causerie du directeur de la prison de Chartres, où il allait voir son ami Lockroy, détenu là pendant la Commune. D'un fait vrai, Paul Parfait a tiré cette nouvelle d'une valeur rare.
Quant à Petit-Pierre^ il laissait en mourant le récit inachevé. Un ami, M. Charles Deslys, conteur très délicat , qui a écrit , entre tant d'autres livres, deux œuvres excellentes — un long roman, la Mère Rainette , et une courte nouvelle, les Bottes vernies de Cendrillon — Deslys, qui est un charmant homme , très dévoué à ceux qui l'approchent, rassembla les notes de Paul Parfait et acheva Petit-Pierre. Il y a toujours quelque chose de touchant dans ces collaborations posthumes. Il semble qu'on y évoque l'âme même d^un mort.
C'était une belle et bonne âme que celle de Paul Parfait, mort trop lot, mort le jour même où il entrait dans sa quarantième année. Nul ne fut plus aimé, nul ne mérita mieux de Têtre. Il souriait volontiers, cachait ses souffrances physiques, voulait laisser aux siens le souvenir d'un courageux et charmant garçon. Je l'ai toujours vu prêt à rendre un service.
XII l'AUL PAI^FAIT
Aucune envie, nulle jalousie, la droiture même et la probité dans le talent. Le lundi qui précéda sa mort, il s'excusait, par lettre, de ne pouvoir assister à la séance du Comité des Gens de lettres dont il était membre. Il se préoccupait encore, en mourant, de quelque devoir à remplir, de quelque confrère à soulager d'une misère.
Paul Parfait laisse, aux soins de la vaillante et charmante cousine qu'il avait épousée, deux enfants, dont un fils qui portera dignement ce nom aimé que le père et l'aïeul ont rendu deux fois célèbre et fait deux fois honorer.
Et ce camarade d'autrefois restera pour moi un de ceux dont on se dit, en avançant dans la vie, — et plus on vieillit, plus on se répète cela : « Pourquoi nous a-t-il quittés? C'est un cher compagnon qui nous manque!... Deux fois nous Faurons cherché à sa place et deux fois l'exil — si la mort est un exil — nous l'aura pris!... Certes l'existence est dure, même pour ceux qui semblent les plus heureux. Mais ce sont les bons comme celui-là qui aident à la supporter. »