‹ Petit romanceroChapitre 11 sur 55 · MARIAGE DE PON RODRIGO YELASQUEZ ET DE DONA LAMBRA · texte numérisé non relu

MARIAGE DE PON RODRIGO YELASQUEZ ET DE DONA LAMBRA

[Primavera y Fior de romances^ t, I, p. 65.)

II Dieu! quel bon chevalier fut don Rodrigo de Lara qui tua cinq mille Mores avec trois cents hommes qu'il

,,,^ conduisait! S'il fut mort dans ce

temps^ quel grand renom il eût laissé. Il n'aurait

(I) Ce romance évidemment ancien est le remaniement d'un dùnt plus ancien encore : A Calatrava la Vieja {Pritnavera

pas fait périr ses neveux, les sept infants de Lara; il n'aurait pas vendu leurs têtes au More pour qu'il les emportât. Déjà on préparait ses noces avec la belle dona Lambra. Ses noces se firent à Burgos, le retour de noces à Salas; les noces et le retour durèrent sept semaines. Les noces furent trèsbonnes et le retour très-mauvais. On a invité des convives en Castille et en Navarre. Il vint tant de monde qu'il n'y avait plus de logements. Et cependant manquaient encore les sept infants de Lara. Les voilà, les voilà qui viennent pat la plaine unie. Leur mère dona Sancha sort pour les recevoir. — Soyez les bien venus, mes fils ! ibonne soit votre arrivée. — Dieu soit avec vous, madame, notre mère dona Sancha ! — Ils lui baisent les mains, elle les baise au visage : — Je respire de vous voir tous, sans qu'aucun ne manque, parce que je vous aime, mon Gonzalvico, ainsi que vous tous. Remon tezà cheval, mes fils, et allez vous reposer au quartier de Cantarenas. Pour Dieu, je vous en prie, mes fils, ne sortez pas de vos demeures, parce qu'en pareilles fêtes on donne bien des coups de lance. Les infants chevauchent et vont à leurs demeures. Ils y trouvent le repas prêt et les viandes accommodées. Après qu'ils eurent mangé, ils demandèrent des jeux de trictrac (i). Ainsi ne fit pas Gonzalvico ; lui, demanda son cheval ; bien assis sur sa selle, il se rendit sur la place, où il trouva don Rodrigo qui lançait des baguettes à une tour

y Flor de romances, 1. 1, p. 6i), auquel nous l'avons préféré» parce que la narration y est plus suivie et moins obscure.

(ij Juego de tablas^ jeu de table, le trictrac, suivant Legrand d'Aussy. Il sera souvent parlé de ce jeu dans ce recueiU

et avec une telle force qu'elles passaient de l'autre côti. Gonlzavicoqui vit cela, lança aussi les siennes ; mais elles pesaient beaucoup et n'arrivaient pas en haut. Dona Lambra, qui vit cela, parla ainsi : — Aimez^ dame, aimez qui vous vous voudrez. Plus vaut mon chevalier que quatre de Salas. — Quand Sancha entendit cela^ elle répondit très-irritée : — Taisez*vous, Lambra, ne dites pas de telles paroles ; si mes fils les entendaient, ils tueraient votre chevalier devant vous. —Taisez- vous donc, Sancha, vous avez motif pour le faire, puisque vous avez mis au monde sept fils, comme une truie sur un fumier. — Gonzalvico, qui avait ouï, répondit de cette sorte : — Je te couperai les jupes honteusement au-dessus des genoux une palme et davantage. — « Aux plaintes de dona Lambra , vint Rodrigo : — Qu'est-ce là, dona Lambra I qui vous a irritée? Vous n'avez qu'à me le dire, vous serez bien vengée, car tous doivent honorer une dame telle que vous.

MORT DES INFANTS DE LARA *, {Primavera y Flor de romances^ 1. 1, p. 75,)

SORTANT de Canicosa par le val d'Arabiana, don Rodrigo attend les fils de sa sœur dans les

(i) Ce romance est une version libre et non sans mérite de U tradition relative à la mort des infants de Lara. Canicosa se Ironvait sur le territoire de Salas et ne devait pas être éloignée de Palomares et d'Arabiana. (V. Milâ. Poesia heroico popU' i«r, p. 2i3.)

champs de Palomarez : il vit venir une grande foule, bien des armes brillantes, bien des bou. cliers richement travaillés, bien des chevaux légers, bien des lances étincelantes, bien des étendards, bien des bannières flottant dans les airs. Le signe que Ton y remarque est une demi-lune, Allah est leur cri de guerre, et ils invoquent Mahomet. Ils poussaient de tels cris que la campagne en résonnait. Ce qu'ils disaient annonçait un grand malheur. — Qu'ils meurent, qu'ils meurent, s'écrièrentils, les sept infants de Lara. Vengeons don Rodrigo, qui est irrité contre eux. — Là est Nuno j Salido, le gouverneur qui a élevé les infants ; il leur parle ainsi quand il voit cette foule de Mores : —0 mes fils aimés, je voudrais ne pas être vivant, pour ne pas voir la grande douleur qui se prépare. Si je i ne vous avais pas élevés, je ne sentirais pas un tel désespoir, mais je vous aime tant, mes fils, que c'est comme si on m'arrachait l'âme. Notre mort est certaine, pas un ne pourra échapper à toute cette gent païenne. Vendons bien nos corps et songeons à nos âmes, combattons en braves et vengeons notre mort. Que ceux qui nous prendront la vie la paient chèrement. Ne nous plaignons pas de la mort,puisqu'elle sera bi en employée, puisque nous succomberons ensemble comme des preux dans la bataille. — Comme les Mores s'approchent, il embrasse chacun des infants ; arrivé à Gonzalvico, il le baise au visage : — Fils Gonzalo Gonzales, ce qui me peine le plus, c'est ce qu* éprouvera votre mère dona Sancha. Vous étiez son vrai miroir, celui qu'elle aimait plus que tous les autres, et à présent il faut qu'elle vous perde sans

SUR L HISTOIRE DESPAGNE. *5g

espoir. — En ce moment les Mores arrivent et commencent la bataille. Les infants les reçoivent avec leurs boucliers et leurs lances : — Saint Jacques, saint Jacques, criaient-ils à grande voix. Ils tuèrent beaucoup de Mores, mais tous restèrent sur place,

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