‹ Petit romanceroChapitre 18 sur 55 · DU SERMENT QUE LE CID DEMANDA AU EOF · texte numérisé non relu

DU SERMENT QUE LE CID DEMANDA AU EOF

ALONSO Cl}.

{Prinumera y Ftor de romance», t. I, p. i58).

ASainte-Gadea de Burgos où Jurent les gentilshommes^ le Cîd demande un serment au roi Castillan. Le serment est si terrible qu'il

(i) Dans notre courte notice sur le Cid, nous avons dit un mot du serment que le Cid exigea, dit-on , du rot don Aifonso. Cet épisode, rapporté dans la chronique en prose sur le Cid et les romances, est passé sous silence dans la vie du Cîd publiée pur Risco, l'un des plus anciens documents relatifs à don Kodrigo qui ait un caractère de vérité. M. Dozy.dons ses savantes Recherches^ p. 447, croit le fait vrsûsemblable et pense qall put causer la &aine d'Alfonso contre le Cid. S'il en eût été ainsi, on ne s'expliquerait pas qu'Ai fonso eût donné à Ruy Diaz la main de sa cousine Ximena, ûWe de don Diego comte d'Orvieda Un poëme très-antiqufi et très-cucîeux, découvert et publié par Ed. du Méril, dit que le Cid jouit d'abord prèsd'ÂTfonso d'autant de faveur que sous ses prédécesseurs, et qu'ensuite ré^vie des coaitisans fît disgraciéf 1& Campeador :

Dkenfes régi : Domine, qoid facis ?

Contra te ipsura maie operan»

Cum Rodencum sublimari sinis ; Displicet nobis.

épouvante le roi. On le prête sur une serrure de fer et sur une arbalète de bois. — Que les vilains te tuent, Alfonso, les vilains et non les gentilshommes ; qu'ils ne soient pas des Castillans, mais des Asturies d'O viedo ; qu'ils te tuent avec des aiguillons et non avec des lances et des dards, avec des couteaux à manches de corne et non avec des poignards dorés ; qu'ils portent des chaussures grossières et non des souliers avec lacet; qu'ils aient des capes pour la pluie et non de drap de Courtray ou frisé, qu'ils aient de grosses chemises d'étoupes et non de Hollande ni travaillées ; qu'ils montent des ânesses et non des mules ni des chevaux, qu'ils se servent de brides de corde et non de cuir passé au feu ; qu'ils te tuent dans des champs labourés et non dans un bourg ou un village; qu'ils t'arrachent le cœur par le côté gauche, si tu ne dis la vérité sur ce que je t'ai demandé, si tu as participé ou consenti à la mort de ton frère

Le roi prêta le serment qu'en tel cas il n'avait jamais été, puis il parla de cette sorte mauvaisement et irrité. : — Mal à propos tu m'as fait jurer, Cid; Cid, très-mal à propos tu m'as fait jurer ; mais si aujourd'hui tu>demandes mon serment, demain tu me baisera^i^a main. — Pour baiser la main du roi, je i*eine tiens pas honoré, et parce que mon père la baisa, je me tiens pour offensé. — Va-t'en de mes ti<erres, Cid, mauvais chevalier, et n'y reviens pd ^s de ce jour en un an. — Cela me plaît, dit Je bon fa Cid, cela me plaît comme étant la première chqjflse que tu ordonnes de ton règne. Tu me bannis po*éjurun an, mais je m'exile pour quatre. —

SUR l'histoire d'espagne.

Il s*en va le brave Cid sans baiser la main du roi, aYCC trois cents cavaliers qui tous étaient gentilshommes; tous étaient des hommes jeunes, il n'y a pas là une tête blanche ; tous ont la lance au poing avec son fer brillant, tous portent des boucliers avec des houpes rouges. La place ne manque pas au bon Cid pour asseoir son camp.

ROMANCE DES COMTES DE CARRION (l).

[Primaveray Flor de romances^ t. 1, p. i85.)

J'ÉTAIS à Valence, à Valence la grande; bon roi, je vis sortir votre bannière et votre honoré pennon ; je sortis pour leur faire honneur, comme un

(i) Le poète donne d'abord la parole au Cid lui-même. Ces t nn épisode de la vieillesse du Campeador qui a fourni le sujet de ce romance. Les infants de Carrion, don Diego et don Fernando^ avaient épousé les filles de Ruy Diaz, alliance dont ils n'étaient pas dignes. Un lion s'étant échappé et s'étant présenté à eux dans la demeure de leur beau -père, ils donnèrent une triste idée de leur courage et crurent qu'on avait voulu l'éprouver. Il8 résolurent de se venger et le firent sur leurs femmes , qnlls abandonnèrent dans un bois, après les avoir meurtries de conps et attachées à des arbres. Tout cet épisode et le combat qui le suivit sont longuement narrés dans la vieille chanson de geste, dont ils forment d'ailleurs un des plus beaux passages , et qu'ils terminent. Le romance a pu slnspirer en partie de la chanson de geste, mais il faut reconnaître qu'il n'en reproduit nullement les énergiques qualités, et qu'il en est une pâle et faible copie. Rien de réel dans le mariage des filles du Cid avec les infants de Carion. (V. Vieux Auteurs castillanst t. 1, p. 195-203.) ^,

vassal le doit à son seigneur. Vous m'envoyiez une lettre avec un message pour nr' enjoindre de donner mes filles aux comtes de Carrion. Ximena Gomez, leurnrère, nele voulait pas, mais pourobéir à roê ordres, me» je les mariai. Les noces durèrent trente jours, trente jours et pas un de plus. Une fois, comme l'on dînait, un lion s'échappa. Les comtes étaient couards et crurent à une trahison. Ils demandèrent mes filles pour les emmener à Carrion. Comme elles étaient leurs femmes, j'y consentis. Hélas! au milieu du chemin combien elles fiirent maltraitées ! Un chevalier les reconnut, que Dieu l'en récompense ! à l'une il donna son manteau, à l'autre sa robe. Il les trouva en tel état que d'elles il eut compassion. Alors répondirent les comtes et ils le firent très-mal : — Vous mentez, Crd, vous mentez ; nous n'avons pas été traîtres. — Pero Bermudez se leva, lui qui avait élevé les deux dames, et au comte qui avait ainsi parlé il donna un grand souifiet. — Alors le roi prit la parole et s'exprima ainsi : — Dehors,. Péro Bermudez, et ne répliquer pas. — Octroyez -nous le champ, seigneur, car en grande douleur vit la mère qui les mit au monde. — Le roi octroya le champ et on leur partagea la lice. Pour k Ckl combat Nuno Gustior, homme de grande valeur; avec lui va Pero Bermudez pour être son témoifl. Les comtes*, lorsqu'ils les virent,, ne voulureat plus combattre. Alors parla ïc bon roi, écoutez bien ce qu'il dit : — Si vous ne prenez pas le champ, je ferai justice aujourd'hui même. Alors un serviteur des comtes de Carrion parla ainsi : — Ils acceptent le combat pour demain au point

SUR l'histoire d'espagne. bg

[du jour. Dans ce moment le bon Cid répliqua» écoutez bien ce qu'il dit : ■— S'ils veulent combattre un contre un, deux contre deux, ils trouveron Nuno Gustioz et celui qui éleva mes filles. — Le roi répondît : Cela me plaît, Cid. — Et il donna son consentement. Le lendemain matin on leur partagea le terrain. Les comtes vinrent vêtus de noir et le Cid de rouge. On leur assigne leur place, ils font peine à voir. Aussitôt ils abaissèrent leurs lances. Comme ils furent bien combattus I Aux, premières rencontres les comtes furent vaincus et Gustoz et Pera Bermudez demeurèrent vainqueurs.

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