‹ Petit romanceroChapitre 27 sur 55 · ROMANCE DE RENAUD ET DE HOLAND · texte numérisé non relu

ROMANCE DE RENAUD ET DE HOLAND

{Primavera y Flor de romances^ t. Il, p. 326.)

'était le jour de la Saint-Georges, c'était un jour de grande fête, et ce jour-là, pour plus d'honneur, les douze pairs se sont armés pour aller avec l'empereur et afin de l'accompagner. Ils vinrent tous de bonne grâce avec un plaisir singulier, à l'exception de Renaud, lequel était à Montauban, et qui ne put être présent dans cette grande solennité. Alors tous les chevaliers de trahison le viennent accuser, et la cause en fut Ganelon, parce qu'il lui voulait du mal. Il l'accusa près de l'empereur, de même que près de tous les autres ; cela pesa fort à Roland de le voir ainsi maltraiter; il s'en fut près de l'empereur, en hâte, et sans aucun retard, avec une voix irritée; à l'empereur il dit ainsi : — Beaucoup me pèse, monseigneur, et de cela j'ai grand souci, que Renaud pendant son absence soit de la sorte

(i) Don A. Duran trouve à ce romance tous les caractères des improvisations que les jongleurs faisaient sur un sujet donné. De là, la lourdeur, les incorrections, les impropriétés de termes, tous les défauts de ce romance que nous avons traduit comme un spécimen des chants de longue haleine composés par des poètes illettrés.

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maltraité, et si telle chose a lieu, il pourra m'en coûter la vie. — L'empereur, très-contrarié de ce qu'il venait d'entendre, leva la main avec colère et lui appliqua un soufflet, pour qu'une autre fob il n'osât pas à l'empereur ainsi parler. De cela beaucoup s'irrita, cet intrépide don Roland, et il fit alors un serment, et cela au-dessus d'un autel, durant tous les jours qu'il vivrait, de ne jamais rentrer en France, jusqu'à ce que des douze pairs il pût tirer une vengeance. Déjà part don Roland, déjà il part, il s'en va avec un seul petit page qui l'accompagnait d'ordinaire; après de nombreuses journées il arriva en Espagne ; s'en allant par les chemins pour chercher aventure, il rencontra un More vaillant qui était auprès de la mer; il est à la garde d'un pont, et ne le laisse à nul passer, à moins que de force ou de gré il ne Tait fait battre avec lui, parce que son seigneur le roi le lui a ainsi ordonné : que tout homme qui viendrait- armé il ne le laissât point passer, ou bien qu'il abandonnât ses armes, s'il voulait dans le royaume entrer. Don Roland fut fort irrité de ce qu'il venait d'apprendre. Pourtant d'un ton mesuré, telle réponse il lui donna : — Que ses armes il les défendrait, et ne les voulait pas quitter, et que personne n'oserait les lui prendre sans qu'il lui en coûtât la vie. Alors lui parla le More ; écoutez bien ce qu'il lui dit : — Puisqu'il en est ainsi, chevalier, sur-le-champ il faut donc combattre ; vos armes vous les laisserez, ou il m'arrivera du mal. — Incontinent ils abaissèrent leurs lances et s'avancèrent l'un 4»ntre l'autre; aux premières rencontres leurs latieefs sont brisées, ils

mettent la main à leurs épées sur-le-champ et sans tarder; de si forts coups ils se donnaient, que c'était chose merveilleuse. Le More leva son épée et il atteignit don Roland sur le sommet de son casque, tellement qu'il lui fit plier les genoux. Don Roland qui vit cela lui donna un tel coup qu'une si grande blessure fit tomber le More en défaillance : — Dis, More, qu'as-tu senti? déjà tu ne te soucies plus de parler ? — J'ai senti un petit souffle qui m'a traversé le corps. — Don Roland lui répondit aussitôt (vous écouterez ce qu'il lui dit) : — Que maudit soit l'homme qui ne sent pas son mal! chausse-toi cet éperon qui va se détacher. Le More s'abaissa pour regarder l'éperon et ne put se relever. Il mourut ainsi promptement. Le bon don Roland aussitôt lui prit ses armes, il lui prit aussi ses vêtements et il quitta les siens (i). Il en revêtit le More. C'était une casaque de quatre espèces de drap (2), avec laquelle il avait coutume de cheminer, et il envoya le corps en France par son petit page ; armé de la sorte et avec ses habits, le More paraissait don Roland. Il

(i) On raconte dans la chronique deTurpin (p. 9 de l'édition de Paris, i833} que Roland, après avoir tué un Sarrasin, appelé Saltaptraz put s'emparer de ses armes, de son cheval et pris pour le More, entra sans difficulté à Bordeaux où résidait Aygoland. Cette aventure pourrait bien avoir fourni le principal épisode de ce romance.

(2) Un sayo de cuatro cuartos.

A propos de ce vers, Duran fait remarquer que quand Roland était enfant, il était tout nu et que ses compagnons lui donnérent quatre pièces de drap de diverses couleurs dont il se fît foire un habit, en souvenir duquel il porta toujours des casaques de quatre morceaux.

dit au page qu'il le portât là où se trouvait dona Aida, et de lui dire que c'était son fiancé, et qu'elle eut à le faire enterrer. Quand le page fut arrivé à Paris, cette ville, il le montra à dona Aida, avec tristesse et cHagrin. Lorsqu'elle vit le corps mort, elle pensa que c'était don Roland ; c'était une douleur d'entendre les plaintes qu'elle poussait. Les douze pairs le pleuraient aussi, et l'fempereur de même. Les archevêques et les prélats, autant qu'il y en avait à la cour, avec beaucoup de tristesse et de chagrin le firent enterrer.

Don Roland, très-bien armé avec les armés qu'il avait prises, se rendit vers les tentes où le roi more était. Ce roi more était un jeune homme très-désireux de combattre, et des douze pairs de France il voulait se venger. Il reçut avec beaucoup d'honneur et avec des marques d'amitié Roland qu'il croyait le More vaillant, chargé de garder l'entrée du royaume. Celui-ci lui dit comment au pont il avait tué don Roland. Le roi ce jour- là même se décida à l'envoyer en France; il lui donna beaucoup de gens, dont il le fit capitaine, pour qu'il allât chercher les douze pairs et qu'il combattît contre eux. Déjà part don Roland pour se diriger vers Paris; les Mores qui s'en vont avec lui pensaient dans leur esprit que c'était le More vaillant chargé de garder l'entrée du royaume ; ils envoient aussitôt des messagers à Paris, cette ville, et, à peine arrivés, ils ont établi leur camp ; ils demandent que la ville se rende sans aucun retard, ou que les douze pairs se battent, si Paris veut être délivré par les armes.

L'empereur répondit [éocKttez bien ce qu'il dit) r — Qu'il lui plairait beaucoup d'envoyer combattrej les douze pairs. •*- On fixa un jour pour le combat, et ce jour-*là les douze pairs sortirent pour com* battre ; ils prennent des chevaux reposés qui ne se lassent pas de hennir et avec une furevsr très^grande ils se précipitent sur les Mores. 11 se fit une bataille bien cruelle en vérité, mais les Marcs étaient nombreux et les douze pairs furent pris ; Ganelon lui-même comme les autres. Grand déshonneur est pour les douze de s'être ain^ laissé prendre. L'empereur a tout vu de son palais royal; il ordonne d'appeler ses chevaliers pour avoir leurs conseils : -^ Vous savez que don Renaud est un bon vassal^ c'est un dss douze pairs, le meilleur des bons, il a toujours eu en vue mon honneur et ma couronne impériale, pots*tant les douze l'ont accusé, mot je veux lui pardonner. -^ Tous se réjouirent beaucoup de œ que Tempereur avait dit. On envoie aussitôt à Moa"> tauban, où était don Renaud, pour qu'il vînt vite à Paris, afin qu'il combattît les Mores, parce que cela intéressait la majesté royale^ et aussi parce qu'en France personne ne lui était supérieur. Aussitôt part don Renaud pour venir où les Mores étaient et pour combattre ce vaillant Sarrasin. Il emmène avec lui dona Âlda, la fiancée de Roland, mais don Renaud savait bien quelle était la vérité, et que ce More valeureux était son cousin don Roland. Car un oncle qu'il avait (i)

(t) Cet oncle n'est pas nommé, mais il s'agit probablement du fameux enchanteur Maugis dont il est tant question dans

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lui avait dit la vérité ; par art de nécromancie, il tui avait appris comment don Roland était vivant, ît comment le corps qu'à Paris l'on avait ramené, ftait celui d'un More que don Roland avait tué. Marchant toujours, ils arrivèrent au camp; aussitôt don Renaud s'arma pour combattre le Sarrasin; aux premières rencontres les cousins se sont reconnus, ils se sont reconnus tous deux à leur façon de combattre ; lorsqu'ils allaient se rencontrer, ils ont détourné leurs lances, ils ont laissé leurs armes tomber par terre, et tous deux avec grande affection se sont embrassés. Ils eurent là grande joie et oublièrent leur chagrin. Renaud ordonna d'appeler les Mores et les fit tous réunir, parce qu'il leur voulait parler : — Vous avez en votre pouvoir les douze pairs que j'ai fait prisonniers; je ne vois plus personne avec qui combattre, si ce n'est cet homme seul, ce qui serait honteux. — Alors don Roland et don Renaud commencent à combattre, ils tuent tant de Mores que c'est merveilleux à voir. Quand les Sarrasins furent morts et qu'il n'en resta plus, Roland s'en fut yers sa fiancée, heureux tous deux de se revoir: Quand dona Aida le revit, elle était près de pleurer de joie. Les réjouissances que l'on fit ne se pourraient raconter. Ils partent in continent pour Paris, afin de consoler l empereur. Quand l'empereur sut que don Roland revenait avec toute sa chevalerie, il sortit de la ville : — Soyez le bien-venu, mon neveu, bonne soit votre

le roman des quatre fils Aymon^ et qui d'ailleurs figure dans un autre romance sur Renaud de Montauban.

amvée, j*ai grand plaisir de vous voir sain et vivant en vérité. — On fit de grandes fêtes que l'on ne pourrait raconter. Là étaient les douze p£Ûrs qui mangent Je pain à la même table. Tous eurent plaisir du retour de don Roland.

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