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(romancé), était primitivement attribué, comme en France le mot roman (qui en .serait la vraie tra-^ duction) à toute œuvre enAague ^irfgaire, et finii par désigner plus particulièrement les récits épi ques, quand s'introduisit Tusage de les écrire, fe prenant aux Castillans le mot romance y qui, s'il était bien prononcé, perdrait son apparence féminine les Français lui ont fort mal à propos fait changer genre ; aussi depuis quelques années les critiqu les plus compétents lui ont-ils rendu son caract masculin, que je lui conserverai. Les romances o un rhyihme particulier. Il ont pendant longtem été transcrits comme s'ils étaient octosyllabique Disposés ainsi, les vers pairs offrent seuls, non un véritable rime, mais une assonance, dontdelongu explications ne feraient sans doute pas c prendre la nature à nos lecteurs, mais don^J^l rimes imparfaites de nos chants populaires peuve leur donner une certaine idée. Aujourd'hui bea coup d'érudits considèrent les vers impairs, les vers blancs des romances, comme de simples hémis* tiches et placent de suite les mots qu'on eût autr^ foi^écrits sur deux lignes. 11 faut en convenir, cet longs vers, de mesure parfois peu égale, rappellent le rhythme des productions d'où les romances paraissent être dérivés, des chansons de geste , can tares'] de gesta. Ce nom désignait des compositions épi- ! <|ues d*assez grande étendue et transmises d'abord oralement. Après les savantes recherche? de M. Milà y Fontanals^ on ne peut douter que l'Espagne comme la France ne possédât un nombre considérable d'œuvres de ce genre ; on n'en connaît cepefldant plus que deux,ayant chacune le Cid pour héros .
mais la Chronique gén&ale,écnte au xin* siècle, en est en quelque sorte le répertoire; elles y sont citées, analysées, discutées, reproduites même par Âagments.
Les chansons de geste furent supplantées par les chroniques, mais leur disparition ne fut guère qu'apparente (i). Elles eurent, du moins, une prompte résurrection, elles l'eurent dans les romances qui reprirent la plupart des personnages célébrés par les cantares, qui les reprirent soit directemem à ces poëmes, soit à des traditions ^es. Longtemps on a prêté aux romances fime date trop reculée. On y avait vu la source des légendes qui ont envahi l'histoire d'£spagne« tau point d'y causer souvent d'étranges confusions. C'est bien des fois le contraire qui eut lieu. Cest fréquemment des chroniques que ces légendes passèrent aux romances; comme jadis [elles avaient passé aux chroniques des chansons Ide geste. Les petits chants dans lesquels se réveilla la poésie populaire furent donc la continuation des chansons de geste, mais les plus antiques romances que nous connaissons ne semblent guère devoir dépasser le xiv* siècle. S'ils ont perdu le [prestige d'une grande ancienneté, ils ne restent pas moins très-dignes d'attention, constituent une poésie populaire fort riche, et peuvent être divisés
' W Telle est l'opinion que M. Milâ y Fontanals a développée ta «on remarquable, livre De la Poesia heroico popular Cottellana, que j'ai bien des fois mis à contribution, non-scu- InKatdans cette préface, mais dans tout ce volume. J'ai donné ODe analyse du livre de M. Milà dans la Revue des questions ^iitoriques^ janvier 1875.
ea deux vastes catégories. Des romances en assez grand nombre, par leurs dimensions et par la nature des sujets traités, peuvent être réellement comparés aux chansons de geste et sont dus à des jongleurs plus ou moins lettrés» D'autres sont d'une origine plus populaire. A ces deux classes il s'en joignit plus tard une troisième, celle def romances exécutés par des poëtes érudits. Long* temps le petit poëme de forme populaire n'avait joui d'aucune estime près de ceux-ci. Au xv« siècle le docte marquis de Santillana s'exprimait ainsi dans une définition des divers genres littéraires :; « On peut appeler bas le style de ceux qui sans ordre, sans règle, sans mesure, font les romances et chants dont se délectent les gens de vui* ; gaire et servile condition. » Depuis la phrase dédat- \ gneuse de Santillana jusqu'au xvi* siècle il n'est pour ainsi dire plus question des romances, mais à cette époque, comme' nous l'indiquions tout à l'heure, ils reparaissent tout à coup, et tous les imprimeurs des Espagnes rivalisent à qui les vengera d'un trop long oubli. Ce fut alors que les poëtesdc profession s'emparèrent des fictions des poëtes po* pulaires, les polirent, les imitèrent, mirent en romances les chroniques, qui souvent n'étaient que des chansons de geste transformées, et firent des romances sur tous les sujets, sur les personnages de l'histoire comme sur ceux des épopées italiennes. Bientôt l'école prétentieuse de Gongora remplit de ses brillantes mais fausses couleurs le petit cadre emprunté à de vulgaires rapsodes. On inventa des héros sans vraisemblance, des Mores galants qui n'étaient pas plus vrais que les guerriers du
Faramond de La Calprenède, ou que les bergers dont d'Urfé avait peuplé les rives du Lignon. Ce ne fut qu'un pastiche brillant, spirituel, et ces romances relativement modernes ont causé un certain désordre dans le classement des chants vraiment anciens. Ceux-ci, comme nous Tavons vu, peuvent être divisés en deux classes, mais les données qui y sont traitées sont de trois sortes. Tantôt ces romances s'inspirent d'anciennes traditions nationales et de récits carlovingiens modifiés, tantôt ils roulent sur des situations romanesques, sur de simples épisodes, et là, malgré l'originalité de la forme, on peut quelquefois deviner quelques inspirations étrangères. — Je noterai les rapprochements qui pourront s'offrira ma mémoire, la littérature comparée intéresse aujourd'hui assez vivement pour que je ne néglige point des parallèles de ce genre. — J 'ai parlé de trois catégories principales de romances, c'était indiquer la manière dont ce livre sera composé. Il comprendra un choix de romances historiques, de romances carlovingiens et de romances détachés.
On a des romances sur l'histoire d'Espagne à partir de Vamba ; c'est une histoire qui s'est faite à côté de l'histoire réelle, c'est un vaste répertoire où Lope de Vega, Calderon, Alarcon et leurs émules prirent souvent leurs héros, et d'où Guillen de Castro a fait sortir ce Cid dont Corneille devait s'inspirer. Ces romances, tirés souvent des chroniques, sont pour la plupart bien postérieurs aux événements qu'ils racontent. Je négligerai ceux de ces chants qui semblent les moins vieux. Les romances sur le roi don Ro-
drigo, sur Bernard del Carpio, sur les infants di Lara, sur le Cid, me fourniront^ dans la classe des chants historiques, les principaux sujets de traductions. On s'étonnera peut-être de ne paJ voir figurer dans cette série un plus graa^ nombre de romances moresques. Un mot à cil propos me semble nécessaire. On a confondu souf ce titre des romances fort distincts : les uii^ offrant de courts épisodes romanesques sont an«^ teneurs à l'époque artistique, et l'on en trouver* plusieurs parmi les romances détachés ; les autres ont rapport à la guerre que Chrétiens et Mores se faisaient sur les frontières, d*où leur nom d(: frQnteri^QS, On en rencontrera quelques-uns dan$ la série des chants historiques. Enfin des romances, dits moresques datant surtout du xvi® et da< XVII® siècle, ne montrent que des tableaux d^ fantaisie, que des Mores de convention, et non des scènes réelles et de véritables Sarrasins. Après la domination musulmane, les Espagnols se passionnèrent pour tous les vestiges laissés par des ennemis qui n'étaient plus à redouter. Ils furent comme séduits par les souvenirs que les Mores avaient laissés dans leur pays, par leurs mœurs élégantes, par le récit de leurs amours, de leurs prouesses, de leurs aventures romanesques, des tragiques discordes des Zégris et des Abencérages. Les Arabes devinrent alors les héros d'une foule de romances qui excitèrent un engouement vraiment ridicule, un engouement qui attira aux auteurs de ces chants cette boutade méritée : « Les faiseurs de romances de T Espagne ont renié leur foi; ils offrent à Mahomet le meilleur de
leur talent, ils ont renoncé aux beaux faits d'armes de leur patrie victorieuse et mendient à des étrangers des contes et des bourdes. » Ces romances prétendus moresques et qui ne sont nullement empreints du génie oriental, n'auront aucune place dans notre collection.
Il n'en sera pas de même pour les romances se rattachant au cycle carlovingien, qui sont en assez grande quantité, et dont il n'est pas difficile de s'ex<pliquer la popularité. L'influence qu'exercèrent les poëmes de la Table ronde fut faible et tardive en Espagne. Le vieux caractère castillan, reli« gienx, austère, s'accommodait peu des galanteries de la cour d'Artus. A Lancelot, à Tristan, il préférait les chevaliers de la Chronique du prétendu Turpin, chronique écrite sous une inspiration monacale, crédule aux miracles apocryphes et se rapprochant de la rudesse primitive de l'Espagne (i). Une autre chose encore devait rendre ces chevaliers sympathiques au delà des Pyrénées. On devait là s'intéresser vivement aux expéditions de Charlemagne contre les Mores, expéditions qui avaient pour théâtre TEspagne même. Les traditions étrangères devenaient ici presque patriotiques. Quantité de romances offrent de curieuses traces de cette influence si prolongée du cycle carlovingien : Roland, Renaud^ Aude, Maugis, sont les personnages que les romances empruntent à nos poèmes. Des héros qui ne nous appartiennent pas sont aussi mêlés par les trou-
(t) Pour plus de détails voir les Vieux Auteurt coitill ans , l II, à partir de la page 395.
vères espagnols à ceux dont les trouvères français se sont plu à entourer Charlemagne. Tels sont Montesinos, Durandart. dont le nom est sans doute un souvenir de Tépée de Roland, Grimaltos, Dirlos, Claros, le marquis de Mantoue. Cet enthousiasme pour le cycle carlovingien eut un singulier résultat : la création d'un chevalier imagée à rinstar de nos preux et devenu leur adversaire, la création de Bernardo del Carpio. Une fois que l'Espagne se fut ainsi donné son Roland, les douze pairs, d'abord célébrés comme des héros indigènes, furent tout à coup traités en ennemis, et le désastre de Roncevaux se changea pour l'Espagne en une victoire nationale.
Les épopées françaises ont évidemment fourni le type de Bernardo del Carpio et les modèles de quantité de romances. Il ne faudrait pas croire toutefois que les jongleurs espagnols n'usèrent pas de beaucoup de liberté à l'égard des chants inspirateurs. M. Milâ y Fontanals les compare avec raison à des librettistes prenant dans un roman ou une nouvelle un sujet d'opéra. L'auditeur ne connaissait pas les originaux et n'avait nulle observation à faire sur les altérations qu'on leur faisait subir. L'illustre critique que je viens de citer se demande si ces transmissions françaises vinrent des temps antiques, de l'époque où l'on chantait en Espagne les aventures de la jeunesse de Charlemagne et les exploits de Roland, ou si elles furent l'effet d'une invasion postérieure à ces fragments épiques; si ces fragments français parvinrent à l'Espagne sous forme de poésie jongleresque altérée et déjà populaire. Il croit que l'on avait plus
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011 moins perdu la tradition de l'ancienne poésie carlovingienne espagnole, et que ce fut une nouvelle irruption de narrations françaises qui produisit ces romances. Il pense qu'ils furent l'œuvre de jongleurs connaissant les originaux, soit par leurs relations avec les jongleurs français^ soit par le texte même de nos vieilles chansons de geste. Les romances purement populaires se formèrent ensuite de quelques-unes de ces narrations dont on se souvenait imparfaitement.
Une irruption semblable à celle que suppose le savant professeur de Barcelone se produisit encore dans des temps peu éloignés de nous. Tépoque où les auteurs de romances devenus littéraires s'emparèrent de l'histoire d'Amadis, de celle du chevalier du Soleil, et montrèrent les paladins du cycle carlovingien d'après les tableaux de Pulci, de Bojardo et de TArioste, des poètes populaires reproduisirent encore ces types d'après la chronique de Turpin et d'autres livres du même genre. Ainsi furent composés les romances auxquels on a donné le nom de vulgares caballerescos (vulgaires chevaleresques) et qui ont été classés sous ce titre : Romances de Charlemagne et des dou^e pairs de France, qui contiennent les combats d'Olivier et de Fierabras, les amours de Florippe et de Guy de Bourgogne, et beaucoup d'autres aventures^ atkours et guerres ; on y rapporte aussi la bataille de RoncevauXf la mort de Roland et d'autres pairs de France, le tout suivant l'histoire de Charlemagne et de l'archevêque Turpin.
Nous ne nous occuperons pas de ce romancero, qui n'offre que des imitations de peu de valeur. Il
n*est guère remarquable que par un retour au plus ancien esprit des romances carlovingiens. Ici il n'est nullement question de Bernardo dei Carpio et les sympathies de l'auteur, Juan José Lopez, sont toutes pour la France.
Les romances qu'on désigne sous le titre de de romances chevaleresques détachés (Romances caballerescos sueltos) composent la troisième partie de notre recueil et sont peut-être ceux dont la leq^ure offre le plus d'agréments; les uns dont l'inspiration est tout à la fois lyrique et dramatique appartiennent à la poésie populaire et ont conservé tous les caractères d'une origine traditionnelle ; les autres souvent de plus langue haleine, plus travaillés comme' style, sont l'œuvre de jongleurs. Les uns et les autres ont un attrait que je ne me 1 flatte pas d'avoir pu leur conserver, pas plus hélas ! qu'aux autres chants qui forment ce volume.
« Aucune traduction, dit Ticknor, qu'elle soit littérale, qu'elle soit libre, ne peut rendre les romances avec cette fraîcheur, cette séduction qu'ils ont dans leur idiome natal. i>