ROMANCE DE LA MORT DE DURANDARTE
{Primavera y Flor de romances^ t. II, p. 3o8.)
H I Belerma, oh ! Belerma I tu es née pour mon malheur. Sept ans je t'ai servie sans rien obtenir de toi; maintenant que tu m'aimes, je meurs dans cette bataille. La mort ne me pèse pas, quoiqu'elle soit prématurée ; mais ce qui me pèse, c'est qu*elle m'empêchera de te voir et de te servir. O mon cousin Montesinos (2) ! ce qu'à présent je vous demande, c'est que, quand je serai mort, quand mon âme me sera arrachée, vous portiez mon cœur où est Belerma ; que vous la serviez de ma part comme je l'attends de vous, que vous mé rappeliez à sa mémoire deux fois par semaine ; vous lui direz
(i) Ce romance contient un épisode de la bataille de Ronce* vaau Le personnage qui en est le héros est un Français, mais nvention espagnole, car il ne figure dans aucune de nos cnansons de geste. Comme le remarque M. Milà y Fontanals, c'est le nom de l'épée de Roland, Durançlal, qui a servi sans doute à nommer le héros en question. On se souviendra que le bon don Quichotte a souvent parlé de Durandart.
(2) Montesinos est encore un chevalier français créé par les poètes espagnols. Plusieurs romances, qui sont de véritables petites chansons de geste, ont été composés sur Montesinos (V. Vieux Auteun castillans^ t. II, p. 3o7 et suiv.), dont le chevalier de la Manche a souvent parlé et que Ton a vu figurer dans le Romance de Gaîferos,
qu'elle se souvienne combien elle m'était chère. Donnez- lui toutes les terres dont je suis seigneur ; puisque je la perds, que tout mon bien soit avec elle. Montesinos, Montesinos, ce coup de lance me fait souffrir, mon bras et ma main sont fatigués de mon épée, j'ai de grandes blessures, j'ai perdu beaucoup de sang, mes membres sont froids, le cœur me manque. Les yeux qui nous ont vu partir ne nous verront pas revenir en France. Embrassez- moi, Montesinos, car mon âme s'échappe. De mes yeux je ne vois plos» ma langue est troublée, je vous confie mes volontés. —Que le Seigneur en qui tu crois entende ta parole. — Durandarte gît mort au pied d'une montagne. Montesinos, qui assistait à sa mort, le pleurait. Il lui ôta son casque, lui détacha son épée; il lui creusa une fosse avec une petite dague. Il lui prit son cœur, comme il l'avait juré, pour le portera Belerma, ainsi qu'on le lui avait ordonné. Les paroles qu'il dit lui sortaient de l'âme : — O mon cousin Durandarte, cousin de mon âme, épée invaincue, courage sans pareil î Je ne sais pourquoi celui qui vous tua m'a laissé vivre.
DO CYCLE CARLOVINGIEN. Il5